‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 119 sur 168 · II · texte numérisé non relu

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malement, force était au cavalier de se renverser en arrière ; lorsqu'il était arc-bouté au troussequin de la selle comme dans l'exemple fig. lij le choc pouvait lui briser les reins ou faire fléchir le cheval sur son train de derrière et renverser l'homme et la bête. Pour éviter ces accidents, il fallait amortir la puissance du coup là où son effet se faisait particulièrement sentir, c'est-à-dire à la chute des reins. Les jouteurs placèrent donc, au-dessous de la braconnière, une ceinture rembourrée, en manière de bourrelet, et le troussequin de la selle fut renversé à sa partie supérieure. Alors, au moment du choc, ce bourrelet amortissait partie du coup, et le cavalier, ramenant les étriers verticalement, se trouvait assis sur cette partie renversée et pouvait incliner le corps autant que besoin était, sans risquer de se briser les reins. Noire figure 7 explique la possibilité de cette gymnastique. On observera que dans ces deux derniers exemples, comme dans ceux qui vont suivre, le haut du corps du jouteur est très-chargé; la salade, l'écu, le corselet ou haubergeon, la lance, les garde-bras, donnaient un poids considérable. La position du jouteur, lorsqu'il abaissait le bois, était de porter le haut du corps en avant, tout d'une pièce, en inclinant la tête, de s'arc-bouter sur le haut du troussequin de la selle et de se dresser sur ses étriers

Le poids de la partie supérieure du cavalier ajoutait ainsi beaucoup à la puissance du choc qu'il donnait, et amortissait d'autant celle du choc qu'il recevait. C'est là une question de mécanique, et nous allons voir comme l'expérience ne lit que développer le résultat de cette observation. La selle de notre jouteur est munie à l'arçon d'une garde avec bourrelets devant les cuisses.

A la fm du xiv" siècle, cet habillement de joule subit encore des modifications assez importantes. La salade ne présentait pas une fixité suffisante, et pouvait, si le rochet rencontrait la vue, venir frapper le bas du visage en brisant le nez et la mâchoire du cavalier. L'échancrure faite dans la partie supérieure de l'écu était trop haute et forçait le jouteur à lever beaucoup le coude, ce qui lui était de sa force. Les coups de lance, étant toujours adressés à la hauteur de la partie supérieure de l'écu, dérangeaient au moins la salade, s'ils ne l'atteignaient pas. Toute l'attention des hommes d'armes se porta donc vers le perfectionnement des défenses supérieures; on pensa à mettre absolument la tête à l'abri de toute atteinte et à augmenter encore le poids du haut du corps.

Au XIII' siècle, on joutait avec le heaume en tôte. Vers le milieu du XIV' siècle, on mit en usage le bacinet, puis la salade ; vers 1390,

on revint au heaume, mais en lui donnant une forme spéciale (fig. 8) . Ce jouteur est présenté au repos, avant le moment où il va mettre la lance sur fautie. Son heaume est bouclé devant et der-

rière au plastron et à la dossière. La targe est échancrée sur le côté droit pour passer le bois de la lance maintenue par le fautre*. A la cotte d'armes sont attachées de larges et longues manches bar-

1 Faucre aujoiircl'lmi.

belocs. Le Iroussoqiiin do In solln est, rnl;ihli vorlic;il. Onf.ro sa mn- (lello (loslinée à caclifir l'échaiicnin' (l(^ la large, la lance esl: garnie en arrière de la prise de la main et, à la partie qui porte sur l'arrêt du fautre, de la (frappe, c'est-à-dire de plusieurs rangs de hilletles de fer en pointe de diamant, qui empêchent, le boi'S de glisser sur cet arrêt au moment du clioc. Le cheval est housse avec écussons aux ai'mes du chevalier.

La figure 9 montre le jouteur chargeant. L'inclinaison du corps et de la tête lui permet de voir son adversaire jusqu'à la selle ; la position de la targe force les coups de lance à glisser latéralement. Le cavalier, bien arc-boutê sur le troussequin de la selle, porte tout le poids du corps en avant, les étrivières étant presque verticales. Ces sortes de heaumes étaient d'un poids considérable, très-épais à la ventaille et au timbre, et plus minces à la partie postérieure. La figure 10 donne le détail de ces heaumes de joute ^ Celui-ci est forgé de trois pièces, le timbre, le couvre-nuque et la ventaille^. Le timbre est fortement rivé au couvre-nuque, qui est légèrement côtelé. Trois rivets, de chaque côté, attachent de même la ventaille

» Mu sée de Pierrefonds (dernières années du xiv^ siècle). Ce heaume pèse 9kil.,800. 2 On dit aujourd'hui le vnntnil ; mais jusqu'au xiV^ siècle cette partie du casque qui couvrait le bas du visage était appelée la ventnille.

au couvre-nuque. Au devant de la ventaille, très-épaisse, est rivée

une patte tenant à pivot un fort raoraillon percé de trois trous carrés. Ces trois trous entraient dans trois cramponnets n tourniquet fixés sur le plastron, afin d'empêcher le devers du heaume sous le choc. Par derrière, le couvre-nuque était attaché à la dossière par une courroie bouclée. En A, est figuré le heaume latéralement, euB par derrière, et en C par-dessus; en D, le détail du moraillon. Les quatre trous pratiqués au haut du couvre-nuque, garnis d'œillets de cuivre, donnaient de l'air; trois trous, de même garnis de cuivre, percés latéralement de chaque côté, permettaient d'entendre. Le cavalier ne pouvait voir son adversaire qu'à la condition d'incliner le corps en avant; car pour incliner le heaume fixé au corselet d'une manière invariable, il fallait nécessairement pencher tout le torse.

Il suffit d'examiner les deux figures 9 et 10 pour reconnaître que toutes les pièces de cet habillement de joute étaient disposées de façon à faire glisser le rochet latéralement, suivant des plans horizontaux, et à éviter les ricochets de bas en haut ou de haut en bas. Le jouteur visait le point a de la targe (voyez figure 9), ou l'arête de la ventaille en b. Si le rochet prenait bien exactement cette arête entre ses mamelons, il pouvait désarçonner le cavalier. Mais on remarquera (fig. 10) que cette arête est très-obtuse et mousse ; il y avait donc beaucoup de chances pour que le rochet glissât à droite ou à gauche et passât par-dessus les épaules. Il y avait plus d'avantage à frapper la targe au point a ; aussi les jouteurs cherchèrent-ils à faire fabriquer ces larges de manière qu'elles ne pussent offrir au rochet aucune prise. Le fer ou l'acier eussent été ou trop flexibles, ou trop lourds, si l'on eiît donné à l'écu une épaisseur égale à celle de la ventaille ; on fit donc des targes de bois légers (tilleul ou poirier), nervés intérieurement et extérieurement, et revêtus d'une marqueterie de couronne de cerf en manière d'échiquier. Cette surface polie, extrêmement dure, résistait aux coups de la lance. Cet écu était attaché au cou au moyen de la guige, comme nous l'avons dit, et maintenu dans le plan convenable avec le bras gauche qui tenait les rênes. Plus tard l'écu fut attaché par des tresses de chanvre qui passaient à travers son milieu.

Un manuscrit daté de 1M6, 4Zi/i8, dont une copie existe à la BibUolhèque impériale décrit l'habillement du jouteur à cette époque. M. R. de Belleval ^ a reproduit ce curieux document tout au long. Il résulte de ce texte, écrit par un homme de guerre, que

1 Français, ii» 1997, attribué à Antoine de la Sale. M. H. de Belleval possède une seconde copie de ce même manusciit.

2 Dm covtumc militaire des Franrms en IMii), par René de Belleval. Aubry, 18C6.

le harnais de jouLe avait alors subi quelques changements. Le heaume est à peu près celui que donne notre figure 10. Cependant la vue du côté gauche est un peu plus ouverte que du côté droit, afin de faciliter la visée du jouteur. Par contre, la face droite de la ventaille, « pièce qui arme le visaige » , est percée de quelques trous « afin que l'en nait schault dedens le heaulme »,

L'écu, ajoute le manuscrit, doit couvrir l'homme cà partir de deux doigts au-dessous de la vue du côté gauche, jusqu'à un demi-pied au-dessous du coude, c'est-à-dire qu'il a 0'",50 de hauteur, et de largeur environ O'",o0 à 0"',()0, droit à sa partie supérieure, échancrô latéralement à moitié de sa hauteur, rond par le bas et concave au milieu de trois à quatre doigts, « laquelle enfonceure luy « donne façon d'une petite vesture qui sert à estre plus aisé à con- « duire de la main le cbeval » .

Deux trous peuvent être percés à un demi-pied (0'",16) du sommet vers le milieu, pour passer les tresses qui fixent l'écu.

Quant à l'habillement du corps, il peut être fait de deux façons. La première consiste en une cuirasse d'acier, mais qui ne permet pas, comme le harnais de combat, de baisser ou retourner la tête sans remuer tout le torse, « saulve, dit le texte, que le voulant est « clox et arresté à la pièce, par façon que le voulant ne peut aller c( ne jouer hault ne bas » . Le mot voulant s'entend comme gorgerin, hausse-col ^ ; et, en elfet, le heaume bouclé à la cuirasse devant et derrière, fait de plaques rivées, était solidaire du corselet. Des reins à la tête le cavalier ne pouvait se mouvoir que d'une pièce. La seconde consiste en une brigandine avec cuirassine % c'est-à-dire en un corselet de fer épais couvrant la poitrine jusqu'aux basses côtes, lacé du côté droit ou dans le dos, renforçant ainsi la brigandine ordinaire et permettant de fixer le heaume et l'écu. lîn effet, à cette « cuirassine » sont fixés deux boucles doubl(?s et un anneau limé; l'une de ces attaches est placée au milieu du corselet, à la hauteur du creux de l'estomac, l'autre du côté gauche, un peu plus haute. Ces attaches servent à boucler le heaume; l'attache de gauche est principalement destinée à empêcher la ventaille de frapper la joue du jouteur sous l'effort du choc. A la cuirassine, du côté gauche, près du haut du bras gauche, à trois doigts au-dessous de la courroie qui attache le corselet sur l'épaule, est rivé un crampon de fer gros comme le doigt, formant anneau fixe, dans lequel on passe en

' Dans l'usage habituel, voulant veut dire une aerpe. - Voyez, dans la partie des Armes, l'article Brigantine.

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triple une grosse tresse, bonne el, forte, qui Iraversc la a poire » , laquelle masque le crampon et sert d'appui à l'écu maintenu par ces tresses qui, passant outre par les deux œillets, sont nouées extérieurement. A labrigandine ou cuirasse est fixée, entre les deux épaules, une boucle qui sert, comme dans la figure 10, à attacher le heaume et à l'empêcher de tomber en avant.

Au corselet, à la hauteur des fausses côtes, a gauche, est rivé un petit anneau dans lequel on pasge une tresse qui sert à soulager la main de fer, tout d'une pièce du coude aux doigts ; main qui tient les rênes et sert d'appui au bas de l'écu. Le bras gauche est en outre tléfendu par un garde-bras qui prend toute l'épaule et descend jusqu'au-dessous du coude. La main droite est garnie d'un gantelet appelé « gaigne-pain », et do ce gantelet jusqu'au-dessus du coude, au lieu de l'avant bras, est une pièce de fer appelée « espaullc de mouton », laquelle est très-large au droit du coude , s'ouvre en arrière et épouse la a ploieurcdu hraz »; le tout pour servir lorsque l'on couche le bois. L'épaule droite est garantie par des plates articulées, avec rondelle échancrée au droit de l'aisselle pour laisser passer le bois de la lance.

Les harnais de jambes ne diffèrent pas de ceux adoptés pour la guerre.

La lance doit avoir, entre la grappe et le rochet, 18 pieds à 13 pieds 1/5 de long

L'écartement entre les trois mamelons du rochet est de deux doigts et demi ou trois doigts.

Varrêl doit être garni de bois ou de plomb, afin que les pointes de la grappe y puissent mordre et n'échappent point.

Les rondelles des lances ont un demi-pied de diamètre environ (0"',16 à0'",17), et sont rembourrées intérieurement d'un feutre épais de trois doigts.

Ce texte précis, complet, mérite une attention toute particulière. Ecrit évidemment par un liomme du métier, il explique des pièces d'armures de joute isolées qu'on rencontre encore dans des collections, et cclaircit les figures que nous donnent les manuscrits.

Notre figure 1 1 donne ce harnais de tête et de corps au complet -. On voit comme le heaume est attaché au bas du corselet par une courroie passant en triple par des anneaux limés, c'est-à dire à rou-

' Ces lances avaient donc en tout 15 pieds au moins (5 mèires). 2 D'après des pièces d'armures et vignettes de manuscrits du conimeiicement du xv'= siècle (voyez, entre autres manuscrits, le Froissart de la Bibliolli, imper , t. iV).

leaux, comme dans des moufles, pour venir se boucler à la boucle inférieure; comme latéralement, du côté gauche, ce heaume est en

outre fixé par une seconde courroie qui empêche la ventaille de frapper la joue du cavalier sous le coup du rochet. On aperçoit, à côté de cette attache, le gros crampon rivé dans lequel passe la

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