II
tresse en triple qui traverse la poire et maintient l'écii; puis le petit anneau inférieur avec la tresse qui soutient la main de fer gauche. On voit comme le garde-bras est d'une seule pièce avec la spallière. A droite, on voit la rondelle masquant le défaut de l'aisselle, avec son écliancrure pour passer, le bois ; au-dessous, l'arrêt lortement rivé au corselet, avec son support inférieur qui le consolide. Les hanches sont armées d'une brigandine. Il y a dans la fabrication du heaume un perfectionnement. Ce n'est plus le timbre qui, comme dans la figure 10, est rivé au couvre-nuque, mais celui-ci qui emboutit le timbre et est rivé par-dessus. En effet, le rochet, dans l'exemple figure 10, pouvait accrocher le bord du timbre et fausser le heaume, tandis que dans la dernière figure le rochet ne peut sur aucun point trouver un arrêt. Les rivets, très-bien faits, serrés, en yoiitte de suif, ne font pas obstacle ; d'ailleurs, l'auteur que nous venons de citer a le soin de dire que ces rivets doivent au besoin être affleurés pour ne présenter aucun arrêt au rochet. 11 est une autre remarque importante : le corselet du côté droit descend verticalement pour recevoir l'attache de l'arrêt et du fautre, et latéralement est forgé d'équerre, afin de présenter une surface unie au bois de la lance. Cette disposition donne .une grande puissance au coup et de la fixité à la lance en arrière de la main, en l'empêchant de dévier cà. droite ou à gauche. C'est ainsi que, par une suite d'observations, l'armure du jouteur atteignait une perfection absolue au point de vue défensif ; mais cette perfection n'était obtenue qu'avec un poids considérable, et ce poids devenait un des éléments de succès des jouteurs : il donnait plus de puissance au coup de lance et de la lixité au cavaher sur ses arçons.
L'écu, attaché à la tresse et maintenu au-dessus de l'épaule gauche ou autour du cou par la guige, affectait, pour la joute, au commencement du XV' siècle, la forme donnée figure 12 Mais il convient de parler de l'ordonnance des joutes telles qu'on les faisait pendant la seconde moitié du xiv" siècle, à l'époque où ce jeu était fort prisé. Froissart nous a laissé une ample description des joutes qui se tinrent en 1 90 dans une plaine entre Calais et l'abbaye de Saint-Inghelberth. Pendant les trêves, trois jeunes chevaliers français, comme tenants, firent publier la joute pour les derniers jours de mai, dans toute l'Angleterre : c'étaient Boucicaut le jeune, Regnault de Roye et le sire de Saint-Py. Se rendirent pour jouter, d'Angleterre à Calais, le comte de Huntingdon, Jean de Courtenay, les sires Jean
' Maiiuscr. Bibliulli. iiiipér., Froissail, t. IV.
Drayton, Jean Wnlwrolb, Jcan Puissel, Thomas Shorburn, Guillaume Clifton, Gnillanme Taillel)ourg', r.o(lofroy de Seton, Guillaume Ilasquenay, .Tenu d'Arundel, et plusieurs autres encore.
Suivant l'usage, les trois tenants firent élever trois p-avillons sur un des cotés de la lice. A l'entrée de chacun de ces trois pavillons étaient appendues une iarge de rjiierre et une tarrje de paix. « Et « estoit ordonné que cil qui courir et faire armes voudroit à l'un « d'eux, devoit toucher ou envoyer faire toucher l'une destarges, ou f( toutes si il lui plaisoit ; et il seroit recueilli et délivré de joute '( selon que il demanderoit »
Les tenants, c'est-à-dire les trois chevaliers français qui avaient exposé leurs larges à toucher, se tenaient armés à l'entrée de leurs pavillons. Au côté opposé de la lice, les chevaliers anglais « tous d'un lez ». Chaque chevalier anglais pouvait courir six lances de suite, soit avec le même adversaire, soit avec un second, si le premier, par une raison ou une autre, se refusait à poursuivre la joute contre le même jouteur. Si un chevalier anglais faisait toucher les trois écus des trois chevaliers français, cela voulait dire qu'il entendait courir deux lances avec chacun d'eux. Le comte de Huntingdon envoie d'abord toucher l'écu de messire Boucicaut et ne court que trois lances ; à la première course, il traverse la targe de son adversaire. A la quatrième, Boucicaut se refuse, et le comte envoie toucher
1 Chroniques de Froissart, liv. IV, chap. xii.
la large du seigneur de Sainl,-Py : « Et cil qui jamais n'ciisL refusé, « issit tantost hors de son pavillon et monta à cheval, et prit sa large « et sa lance; et c[uant le comte sut qu'il esloit prcst et qu'il ne ^< demandoit que la joute, il épcronna le cheval de grand' volonté, et (( Saint-Py autant hien le sien. Si avalèrent leurs lances et s'adres- « serenl l'un sur l'autre. Mais à l'entrer ens, les chevaux croisèrent, « et toutes fois ils se consuivirent * ; mais par la croisure qui fut « prise à meschef, le comte fut desheaumé^. Si retourna vers ses « gens et moult tost il se fit renheaumer et prit sa lance, et le sire « de Saint-Py la sienne; et cperonnerent les chevaux et s'encon- « trerent de pleines lances, et se férirent es larges dur et roide ; et (( furent sur le point que de porter l'un l'autre à terre, mais ils san- « gierenl les chevaux de leurs jambes et bien tinrent; et retource nerenl chacun à son lez, et se resfrechirent un petit et prirent « vent et haleine. Messire Jean de Hollande (tluntingdon) , qui « grand'affeclion avoil de faire honorablement ses armes, reprit sa « lance et se joignit en sa large, et éperonna son cheval; et quand « le sire de Saint-Py le vit venir, il ne refusa pas, mais s'envint à « rencontre de lui au plus droit que onques il put. Si se atteignirent « les deux chevahers de leurs lances de guerre sur les heaumes « d'acier, si dur et si roide que les étincelles toutes vermeilles en a volèrent. De celle atteinte fut le sire de Saint-Py desheaumé. Et « passèrent les deux chevaliers moult frichemenl outre, et retourna c( chacun sur son lez. »
C'est là une joute de gens de guerre à glaives (lances) affilés, car dans une des passes un des chevaliers a le bras traversé par le for de la lance brisant la large. Les heaumes sont très-souvent enlevés, et quelquefois, dans ce cas, le chevalier desheaumé rend le sang par le nez. On comprend dés lors avec quel soin on chercha, pour les joutes courtoises, à attacher le heaume à la cuirasse. Quelquefois les lances portent si « roidement » sur les larges, que les chevaux s'arrêtent k cul et que les cavaliers se renversent sur la croupe, sans cependant vider les arçons.
Au milieu du xv" siècle, le jouteur, par suite des perfectionnements introduits dans le liarnais, n'est plus qu'une machine disposée pour produire un choc. Il n'a d'autres fonctions que d'épe-
1 Les « chevaux croisèrent » veut dire que les chevaux passèrent l'un devant l'autre dèla droite à la gauche. Il n'y avait point de barrières à cette joule qui séparât les destriers ; c'était une vraie joute avec le harnais de guerre. « Us se consuivirent » veut dire que les lances des chevaliers portèrent toutefois. Son heaume fut enlevé de dessus sa tête.
Ce n'est môme plus lui qui la porte, mais le fautre, disposé de
manière à la tenir à la hauteur convenable. Le cavalier est si parfaitement couvert, qu'il ne peut être blessé que par une chute de cheval. Notre planche LV montre un jouteur armé à la mode française de cette époque. Le heaume énorme, pesant, repose directement sur un gorgerin attaché au corselet; est maintenu, par devant, à l'aide d'une courroie, et derrière par deux autres courroies.
Les garde-bras sont articulés, et la main gauche est d'une seule pièce avec la cubitière.
La figure 13 permettra d'analyser ce harnais. En A, est (iguré le plastron avec son gorgerin B, dont la fraise a passe sous le heaume. Ce plastron présente du côté droit une saillie pour recevoir l'arrêt de la lance, et latéralement est forgé d'équerre pour pouvoir visser le fautre F. A la doublure C, qui renforce le milieu du plastron, est rivée la boucle qui sert à attacher le devant du heaume. En D, est l'anneau fixe dans lequel passent les tresses qui traversent l'écu, ainsi qu'il a été dit précédemment (fig. 11). L'arrêt est muni d'une tige oblique inférieure, qui lui sert de support. En E, est figurée la dossière de deux pièces, l'une, supérieure, qui s'attache sur les épaules au plastron et reçoit la partie postérieure du heaume en recouvrement; l'autre, inférieure, terminée par une gorge dans laquelle passent et s'attq^hent les courroies de ceinture G, et possédant latéralement deux boucles qui servent cà serrer les courroies latérales du plastron. Ces deux pièces sont rivées ensemble et trèsallégées pour laisser le jeu libre aux omoplates. Cette partie du corps n'est armée que pour maintenir le heaume, puisqu'elle n'a aucun choc à redouter. En efl^t, on voit qu'au bas du couvre-nuque sont rivés deux goujons saillants avec boutons. Un aulre goujon est rivé au milieu de la dossière, à 0'",lô environ au-dessus delà ceinture, puis deux boucles de même sont rivées latéralement au-dessus de la gorge recevant cette ceinture. Une courroie prenait le goujon delà dossière, passait sur les deux goujons du couvre-nuque, et venait se prendre,- en serrant à volonté, dans les deux boucles inférieures. Ainsi pouvait-on parfaitement brider ce heaume sur la dossière et faire que son poids lut reporté sur la ceinture. Le géométral latéral de cet habillement de joute (fig. Mx)', après les détails qui viennent d'être fournis, fait comprendre comment la forme si étrange de cette armure n'est que la conséquence d'une longue expérience. Le heaume, qui n'a pas moins de 0'",33 à la base, de l'anneau du devant aux goujons du couvre-nuque, laii^sait par con-
' A l'échelle de 0"',10 pour mètre.
séquenl, entre le point A et le nez de l'homme d'armes, 0"',08 de vide au moins. La tète, entourée d'une coiffe épaisse qui laissait les oreilles découvertes et s'attachait par derrière, pouvait se mouvoir dans ce cylindre de fer en tous sens. Le jouteur pouvait ouvrir le
volet de droite pour voir et respirer à l'aise. Ce heaume portail sur le hourrelet du gorgerin et revêtait la fraise élevée au-dessus de ce hourrelet, comme le couvercle d'une hoîte. On voit les courroies antérieure et postérieure qui attachent solidement le heaume et le rendent solidaire du corselet. Le gorgerin est en doublure sur le plastron et le renforce au point où les chocs sont le plus à redouter.
Oji voit comme le l'autre F est vissé à la partie latérale et plane du plastron, parfaitement isolé de la poitrine et ne touchant au <;avalier que sur les épaules et à la braconnière. Tout le poids de
l'armure est ainsi reporté en avant, et contribue à garantir d'autant le jouteur, à lui donner plus de résistance contre le clioc, et à augmenter la puissance du coup de lance qu'il fournit à l'adversaire.
La figure 15 montre le heaume ouvert V Ce heaume est forgé de quatre pièces : le timbre rivé avec le couvre-nuque, les rivets limés pour ne présenter aucune aspérité au rochet; le couvre-nuque; la
pièce formant la vue, avec pattes rivées au timbre; la ventaille à charnière. Le volet est maintenu au bord du couvre nuque latéral droit par une forte charnière. Quand la ventaille est en place, le crochet antérieur du volet la fixe sohdement. Les trous percés dans le timbre et le couvre-nuque servaient à lixer le cimier de cuir bouiUi et le lambrequin. A la braconnière B (fig. U) sont rivées les tasseltes articulées avec les deux plates qui flottent sur les gardecuisses suspendus à la sehe (voy. pl. LY).
Le fautre est terminé par une portion de spirale qui maintient la bascule de la lance. Ce fautre fixe (fig, lli) doit être à peu près parallèle cà la vue du heaume, relevant un peu la lance couchée sur l'arrêt, de telle sorte .que, quand le jouteur se dresse sur ses étriers et porte le corps incliné en avant pour voir l'écu de son adversaire, — et il
' Du musée d'artillerie de Paris.
n'est pas nécessaire qu'il voie au-dessous de ce niveau, — le rochet de sa lance soit exactement à la hauteur du milieu de cet écu. Ainsi le jouteur n'a-t-il qu'à se préoccuper de diriger son cheval et à tourner le corps quelque peu à droite ou à gauche pour que le rochet frappe en plein la targe du jouteur opposé. Une large rondelle triangulaire, allongée du bas, garantit la main qui empoigne la lance. La selle est munie d'une arçonnière haute, mais sans hourds latéraux ; les garde-cuisses d'acier en tiennent lieu avec avantage. La targe n'est plus échancrée du haut ou latéralement pour laisser passer le bois
de la lance ; elle est rectiligne au sommet, quelque peu courbe dans sa partie inférieure; convexe en section horizontale et concave en section verticale ; plaquée d'os de couronne de cerf. Elle est maintenue par une guige autour du cou et par les tresses à l'anneau rivé au plastron. La figure 16 présente la rondelle couvre-main droite. Cette rondelle est habituellement doublée vers la partie qui est sujette à recevoir le plus directement le choc du rochet.
Cet éi|uipement, tout particulier aux joutes, ne fut guère adopté en France qu'après 1450, car Olivier de la Marche, en ses Mchnoires, a le soin de dire : « Et certes les pompes et pareures de lors (1/|3S) « n'étoient pas celles de présent; car les princes jousloyent en pa- (i rures de drap de laine, de bougran ou de toille, garnis et enjolivés « d'or clinquant, ou de peinture seulement, et si n'en laissoyent « point à rompre grosses lances et d'endurer la rudesse de la jousle