II
[ JOUTK ] — —
« des armes, comme l'onl aujourd'lmy les plus jolis V... » Il l'aiU considérer que les armes de joutes françaises atteignirent leur poids le plus fort vers la tin de la première moitié du xv' siècle. De l'autre côté du Rhin on renchérit encore, s'il est possible, sur ces pesantes armes de joute; elles sont façonnées à peu près comme celle présentée figure 11, mais avec grand fautre, rondelles aux aisselles, et heaume d'un poids considérable, non plus attaché par des courroies au corselet et à la dossière, mais par de larges pattes de fer avec broches. Le musée d'artillerie possède une de ces armures allemandes, le musée de Pierrefonds trois, M. le comte de Nieuwerkerke une cinquième, et le musée de Saint-Pétersbourg une sixième, munie de ses garde-cuisses analogues à ceux figurés planche LV.
Vers IZ16O, on faisait encore des joutes libres, sans barrières, sans toiles, ainsi qu'on disait alors ; mais ce genre de combats devenait de plus en plus rare, et les joutes à la barrière étaient moins un exercice militaire qu'une occasion de déployer un luxe prodigieux en harnais. Cependant on rompait force lances, mais elles étaient moins pesantes qu'au temps passé. Olivier de la Marche décrit les joutes qui se firent à l'occasion du mariage de Charles le Téméraire avec Marguerite d'York, sœur du roi d'Angleterre (\X/h). Ces joutes durèrent neuf jours. C'était ce qu'on appelait alors un pas, d'où est venue la locution passe d'armes. Elles furent organisées sur la place du marché de Bruges, avec enceinte, deux entrées seulement, et barrière couverte de toiles peintes. Le pas était, comme dit le texte des Mémoires, fondé sur un géant prisonnier, conduit par un nain-, le poursuivant était nommé Arbre-d'or \ <> Au regard de « la place ordonnée pour la jouste, à l'entrée, devers la chapelle « Saint-Christofle, estoit une grande porte peinte à un arbre d'or, « et y pendoit un marteau doré, et à l' autre bout à l'opposite, contre « l'hoslel de ville, avoit une grande porte pareillement à l'arbre « d'or; et cette porte estoit faicte à tournelles moult gentement; « et sur icelle estoyent des clairons de mondict seigneur le bastard « (de Bourgogne, qui tenait le pas) à grandes bannières de ses « armes, et vestus de sa livrée (qui fut pour celuy jour robes rouges, « petits arbres d'or mis sur la manche, en signe du pas) ; et sur les « deux tours de la dicte porte avoit deux bannières blanches à deux « arbres d'or. A l'opposite des dames, du costé des grandes halles, « fut l'arbre d'or planté, qui fut un moult grand pin tout doré d'or,
1 Mihn. d'Olivier de la Marche, livr. 1, chap. vi. - lotd., livr. II, cliai). iv.
(( exceptées les feuilles; ef. d'emprès icelnypin nvoit un perron à trois ({ pilliers moult gentement laict, ou se tcnoit le nain, le géant, et « Arbre-d'or le poursuivant, par qui se conduisoit le pas et le mistère « de la jouste; et à rencontre dudict pillier avoit escript quatre « lignes, qui disoyent ainsi :
« De ce perron nul ne prenne merveille ;
« C'est une emprise qui nobles cueurs réveille,
« Au service de la tant honnorée
« Dame d'honneur, et de l'Isle-Célée.
f( Au plus près dudict perron avoit un hourd tapicé, ou estoyent « les juges commis de par Monsieur pour garder ledicl pas en (( justice et en raison... Devant le liourd des juges se lerroyent et « mesuroyent toutes les lances; ne de tout le pas ne fut lance tenue « pour rompue, qu'elle ne fust mesurée à la mesure par lesdicts « juges ordonnés, ne lance courue sans mesure... Les maisons, les (( tours, et tout à l'entour desdictes lices, tant loing comme près, « tout estoit si plein de gens que c'estoit belle chose à voir... »
Tout cela demande quelques explications.
Un pas ou passage était une entreprise à tenter. C'était une habitude de la chevalerie errante de se poster sur un passage, un pont, un croisement de routes, en armes et à cheval, et de ne laisser franchir le pas à tout chevaUer qu'autant qu'il aurait admis sans conteste la proposition faite par le tenant. Ainsi ce tenant sommait le chevalier qui voulait franchir le passage, de déclarer, par exemple, que telle dame était entre toutes la plus belle et la plus honorée. Si le survenant se refusait à faire cette déclaration — et il y avait beaucoup à parier qu'il s'y refuserait — il fallait, pour passer, qu'il vainquît à la lance le chevalier qui tenait le pas. Si le survenant était vaincu, il devait, toutes alfaires cessantes, aller se mettre à la discrétion de la dame en lui disant que tel chevalier l'avait forcé par armes à cette démarche. Gela ne contribuait pas à faciliter les voyages et se passait plus souvent dans les romans que dans la vie ordinaire; mais le fait se présentait parfois, surtout à l'époque oiila chevalerie errante était fort en honneur.
Au xv' siècle, les pas d'armes étaient donc un souvenir de cet usage.
Le jouteur qui voulait tenter l'aventure faisait frapper à la porte du pas par un héraut. Après de nombreuses formaUtés racontées par le menu dans les Mémoires d'Olivier de la Marche, le chevalier
de l'Arbre-d'or et le nouveau venu s'armaient et la joute commençait. Elle durait une demi-heure, au sablon, c'est-à-dire tout le temps que mettait à s'écouler le sablon d'une horloge tenue par le nain. Celui des deux jouteurs qui, pendant ce temps, avait rompu le plus de lances, était vainqueur de la course. On courait ainsi plusieurs joutes dans une après-dînée, et le vainqueur de l'entreprise était celui qui, au total, avait rompu le plus de lances. Olivier de la Marche décrit en détail les harnais des nobles jouteurs et des chevaliers, écuyers, pages, etc., qui les accompagnent. Or, chaque jouteur changeait de costume à chaque joute, et ne reparaissait pas deux fois avec le même. On peut se faire une idée du luxe de ces fêtes et de ce qu'elles devaient coûter.
Parmi un grand nombre, nous prenons l'équipement du sire Jacques de Luxembourg, seigneur de Riquebourg, frère de monsieur de Saint-Pol, connétable de France. « Devant luy aloyent, pour « l'accompagner, le comte d'Escalles et messire Jehan d'Oudevile, « tous deux frères de la royne d'Angleterre; monsieur de Roussi, « monsieur de Fiennes, et messire de Jehan de Luxembourg et tous « cinq neveux dudict messire Jaques. Pareillement l'accompagnoyent « monsieur de Renty, et le marquis de Ferrare , tous richement « vestus et montés. Son cheval (de Jacques de Luxembourg) estoit « houssé de drap bleu, à une grande bordure de drap d'argent cra- « moisi, et son escu de mesme. Uavoit six chevaux de pareure après « luy, dont le premier estoit couvert de velours cramoisy, à une « grande bordure d'hermines, et par-dessus le cramoisy avoit gros « chardons d'orfèvrerie dorée, élevés moult bien apparens sur la « housseure. Le second fut couvert de velours bleu, à grandes lettres (( de brodure de sa devise, et fut frangé d'or. Le tiers estoit couvert « de velours noir, à grandes lettres de brodure comme le premier « et semé de grandes campanes d'argent. Le quart de satin violet « semé de grans chardons d'orfèvrerie à grandes feuilles de mesme ; « et estoit celle couverture bordée de velours noir, la dicte bordure (( semée de larmes d'or. Ses pages esloyent vestus de satin blanc, « à lettres de brodure de sa devise; et après iceux pages venoit un « varlet vestu de mesme, sur un cheval couvert de damas blanc, « violet et noir semé de brodures de lettres d'or à sa devise, et par « dessus semé de grosses campanes d'argent. Ledict varlet menoit « un destrier en main, couvert de drap d'or violet; et en celuy « estât fit son tour devant les dames, par-devant l'Arbre-d'or et par- « devant les juges, puis prit son rang au bout de la toile. »
Après les joutes à la lance où les jouteurs se frappaient en plein
et rompaient le bois, on faisait des joutes à la large futée ou à la bavière. Il ne s'agissait plus alors de pousser la lance en plein écu,
mais d'enlever une pièce de l'armure rapportée. Cette sorte de joute paraît avoir été surtout fort prisée de l'autre côté du Rhin et dans les Flandres.
Pour ce genre de course, le harnais fin joiilenr rlifférait fie ceux précédemment donnés. L'habillement de tête consistait en une salade forgée d'une seule pièce, avec vue. Devant le plastron était fixée une doublure épaisse qui couvrait la poitrine, partie du ventre et s'élevait jusqu'au-dessous de la vue. Sur cette doublure ou ba-
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vière était rapportée une seconde doublure composée de pièces minces d'acier retenues légèrement entre elles. Le cavaHer n'avait pas d'écu. Il s'agissait de frapper celte doublure en plein à la hauteur de l'estomac. Un ressort disposé sur la bavière décHquait sous le choc, et faisait sauter la doublure de lames d'acier en plusieurs morceaux, comme si elle se fût brisée.
Voici (fig. 17) un jouteur ainsi armé. Pour ces passes, le rochet de la lance était à une seule pointe émoussée, afin de frapper le
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milieu du plastron. Examinons d'abord la salade (fig. 18) Forgée d'une seule pièce, ainsi que nous l'avons dit, elle porte sur le sommet du timbre un cimier bas, dont le profil est tracé en A, percé d'un trou B en è, pour attacher un lambrequin ou un ornement. La coiffe intérieure était fixée par des rivets en c, et des courroies d rivées latéralement maintenaient la salade sous le menton. En e est une boule d'acier roulant sur un axe (voyez le détail E et le profil F moitié d'exécution), qui permettait au bas du mézail, lorsque le jouteur baissait la lête, de rouler à l'intérieur de la bavière sans l'accrocher. Ici cette boule est accompagnée de deux branches se retournant d'équerre et quelque peu en saillie sur le nu de la salade. Nous verrons tout à l'heure à quoi servaient ces branches.
La figure 19 donne l'habillement de corps et de tête ensemble. La cuirasse, avec l'arrêt de la lance et le fautre comme dans les exemples précédents, est doublée d'une pièce en deux parties, la bavière A et le plastron B. Sur le plastron est disposé un mécanisme qui, lorsqu'on appuie fortement sur le bouton b, fait saillir vive-
' Collection de M. le comte de Nieuwerkerlte.
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menl deux Lampons c, lesquels jetlent en avanl la doublure D, coinposée de plusieurs pièces que le choc fait disjoindre et qui semblent ainsi voler en éclats. Le mécanisme est noyé dans un fort coussin de peau rembourrée, afin de rendre le choc moins rude. La figure 20 présente le détail du mécanisme. En A, on voit comme les deux lam-^ pons t, montés .sur ressorts à boudin, sont maintenus par la bascule à ressort b. Lorsqu'un choc violent agit sur le bouton a, la bascule double b se renverse et les deux ressorts à boudin agissent, ainsi
qu'on le voit en B. En C, le mécanisme est présenté de face en perspective. Il faut se rendre compte de la structure des pièces de doublure volante de la bavière. La figure 21 les montre assemblées du côté intérieur. Ces pièces sont au nombre de huit: six à la partie supérieure, deux à la partie inférieure, plus une petite rondelle médiane extérieurement conique. La figure 19 montre en a, à la partie supérieure de la bavière, une pièce saillante qui laisse entre elle et la pièce de dessous une rainure. Dans cette rainure entrent les cramponnets c figurés à l'intérieur de chacune des six pièces supérieures (fig. 21). L'extrémité inférieure de ces six pièces vient s'engager dans des rainures formées à l'intérieur des deux pièces intérieures par deux bandelettes de fer d rivées. Ces deux bandelettes, terminées chacune par un crochet, se réunissent ainsi dans un œil pratiqué dessous la rondelle conique. Deux crochets e rivés aux pièces intérieures s'agrafent entre les deux bascules qui retien-
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nenL les deux tampons b (lig, 20). Deux autres crochets mousses / entrent dans deux pitons rivés au bas du corselet en g (fig. 19).
Ainsi les six plaques supérieures bridées entre la pièce a de la figure 19 et les bandelettes d de la figure 21 forment elles-mêmes ressorts. Si un choc se produit au-dessous de la rondelle conique ou même sur cette rondelle, le bouton a de la figure 20 fait décliquer les deux tampons t. Les six pièces supérieures de la doublure volante
s'échappent des deux rainures, sautent en l'air, et les deux pièces inférieures elles-mêmes se décrochent et sont projetées en avant. Pour courir cette joute, les cavaliers prenaient, comme il est dit ci-dessus, des lances ferrées de rochets à une seule pointe mousse, et il fallait toucher l'adversaire juste au-dessous de la rondelle conique, en G (lig. 19); alors toute la doublure de la bavière volait en éclats. Ces sortes de joutes étaient fort en vogue vers la seconde moitié du xv' siècle D'autres consistaient à enlever une bavière
1 Oii les appelait courses à lu turge futée.
d'étoffe posée en avant de la baviére tixe. L'iiabillement du cavalier était le même que celui présenté ligure J 9 ; mais à la place des pièces de doublure D était attaché un voile appelé qiieue^ maintenu à une bandelette de fer légère, qui entrait dans les deux vides
laissés entre le mézail de la salade et les deux cramponnets verticaux indiqués dans le détail E de la figure 18. Ce voile descendait jusqu'au milieu du ventre, (juand le crochet de l'adversaire le piquait en plein plastron ou au sommet de la bavière, il le décrochait, l'enlevait et le faisait voler au-dessus de la tête du jouteur. La ligure 22
DICTIONNAIRE DU IVIOBILIF.R FRANÇAIS Joules. 2^Vol.B.LV[.
mei-UBucdel A^Levnhll
GARDE- CUISSE DE JOUTEUR A LA BARRIERE XV^ Siècle.
indique ce coup V Le cavalier esl, monté sur un clieval housse et flont les yeux sont masqués. Il arrivait souvent que, pendant les joutes, les chevaux, au moment de l'atteinle des lances, se dérobaient et faisaient ainsi manquer la passe. Or, pour la course à la queue, représentée dans notre ligure, il fallait que les lances frappassent le voile sur un point déterminé sans déviation; le moindre écart du cheval pouvait ftiire manquer l'atleinte. Pour éviter cet inconvénient, la housse couvrait les yeux de la monture. De plus, on observera que le jouteur a la jambe gauche couverte d'un large garde-cuisse de fer qui était destiné à parer le froissement du cheval contre la barrière à l'instant où les deux jouteurs croisaient leurs lances. Le musée d'artillerie possède une très-belle pièce de ce genre, que représente la planche LVI. Elle est de fer repoussé, avec incrustations de cuivre jaune très-habilement rivées. On l'attachait par une courroie au-dessus du genou, et dans l'échancrure inférieure passaient l'extrémité des grèves, les ctrivières et le soleret.
11 y avait encore la course à la poêle. La poêle ^ consistait en une sorte de targe carrée ou de gril d'acier fixé sur la poitrine, et que l'adversaire devait enlever avec le rochet. Les jouteurs, dans cette sorte de course, n'avaient pas la tète armée, aussi était-elle considérée comme très-dangereuse et n'était engagée qu'entre jouteurs expérimentes
Les salades de joute étaient aussi pourvues de doublures mobiles qu'un adroit jouteur pouvait fiiire sauter. Il existe de belles salades de ce genre dans le musée d'artillerie, dans celui de Pierrefonds et dans la collection de M. le comte de Nieuwerkerke. Voici l'une de ces salades (fig. 23) \
Cetle salade est composée de trois pièces : la bombe, forgée d'un seul morceau ; le mézail, qui fait le tour de la bombe et laisse un intervalle devant pour la vue; le couvre-nuque. Ces pièces sont soigneusement rivées les unes sur les autres, ainsi qu'on le voit en a. En B, sur l'arête antérieure et aplatie du cimier, est vissé fortement un ressort à deux branches détaillé en C. Les deux griffes de ce ressort maintiennent contre le frontal de la bombe deux doublures, c'est-à-dire deux plaques d'acier qui sont en outre fixées par deux
' C'était la course a la queue.
- Le rost.
3 L'annotateur français du Triomphe de Vempereur Maximilien prétend que, pendant ces sortes de courses, il était d'usage de placer un cercueil ouvert dans les lices au moment où les champions s'apprêtaient à jouter.
* Du musée de Pierrefonds (1470 environ).
arrêts placés de chaque côté de la vue. Lorsque le rocliet prenait.
l'une fie ces plaques près fie l'arrêl,, il la faisait sauter en l'air. C'était là un beau coup de jouteur. En D, est figurée la salade de profil. Les trous percés vers la partie postérieure de la salade sont pour l'ouïe, et au sommet de la bombe sont disposés deux ventilateurs. Un couvre-chef ^ c'est-à-dire un voile long, était attaché à la partie culminante du cimier. En E, est tracé un des rivets grandeur d'exécution. Cette pièce est fort belle et bien forgée. La bombe et le mézail sont d'une forte épaisseur sur le devant.
Les jouteurs à la queue pouvaient avoir la tête armée de ces salades avec doublures frontales.
Ainsi on enlevait le voile, puis les plaques de doublures par le choc du rochet. La figure 2/i montre l'habillement supérieur d'un de ces jouteurs. La salade * est finement côtelée. Son couvre-nuque est
* Très-belle pièce faisant partie de la collection de M. le comte de Nieuwerkerke (fin du xv" siècle).
[ QUINTAINE ] — /lOG —
coupé carrément par derrière. Klle n'est, percée de chaque côté que de quatre trous pour l'ouïe, et postérieurement de deux paires de trous pour la ventilation. La bavière, vissée au plastron, est munie d'une doublure devant le menton, qui porte un crochet et une bille de fer sur un axe. Un ressort, semblable à celui tracé figure 20, faisait sauter le panneau de cuir sur lequel était posé le voile, lorsque le rochet le frappait au milieu de la poitrine. Par l'effet de ce ressort, ce panneau se décrochait du haut, et la bihe a, roulant sur son axe, empêchait l'étoffe de s'arrêter au menton de la bavière.
Ces sortes d'armures de joute ne sont plus usitées en France à dater de la fm du xv" siècle ; on ne les voit alors employées qu'en Allemagne jusque vers 1520. Les joutes françaises, à partir du XVI' siècle, se font avec des armures qui ne diffèrent de celles de guerre que par certaines doublures ajoutées à l'armet et à la cuirasse. Cette dernière pièce est appelée manteau de joute. Elle consiste en une targe hxe do fer souvent treillissée en losanges sur la face externe concave au moyen de bandes de fer, afin d'arrêter le rochet et de faire briser le bois de la lance.
QUINTAINE. pjxercice à la lance et à cheval, appelé aussi cuitaine, et qui consistait à frapper en plein écu un mannequin armé de toutes pièces. Ce mannequin était posé sur un pivot. Si le cavalier, courant à toute bride, touchait le milieu de la large, cette sorte de trophée tournait sur lui-même ; mais si le jouteur adressait mal son coup, les pièces du mannequin tombaient ou venaient frapper le cavalier maladroit.
Du Cange prétend que ce mannequin tenait un bâton ou une épée qui, si le coup était mal adressé, venait frapper le cavalier qui l'avait porté ^ Quoi qu'il en soit, la quintaine était un des exercices adoptés pendant le moyen âge, non-seulement par la noblesse, mais par la roture.
Les seigneurs faisaient courir la quintaine à leurs hommes liges pour les habituer aux combats à la lance. Les enfants couraient la quintaine et se préparaient ainsi à la joute ; car il est à observer que les collections d'armes possèdent des armures de joute pour des enfants de douze à quinze ans
' Du Cange, Dissert. VU sur /'/list. de saint Louis.
2 Le musée des armes de Pierrefonds possède deux de ces armures qui datent du xv'" piènlc, de fabrication allemande.
— hOl — [ ciJAssii ]
L'exercice de la quinlaine remonte à l'antiquilé. Nos rornans de chevalerie du xii° et du xiii' siècle en font mention :
« Quinlaine font drecier en un bel pré fleuri, '< Dux Naymes et li autre chascuns d'eis y fcri ; « Des noviaus clicvaliers nus ne s'en alenli K
BEHOURT. Le behourt ou bohourd était un simulacre d'attaque d'un fort ou tout au moins d'un ouvrage palissadé. C'était une des variantes du tournoi. Au milieu d'un champ clos, on dressait un fort de bois que des chevaliers divisés en deux partis attaquaient et défendaient. Ces sortes de sièges simulés n'avaient pas toutefois les conséquences dangereuses des tournois ou des joutes, et pouvaient passer pour un spectacle ou un de ces exercices tels que nos petites guerres. D'avance on convenait de quelle part seraient les vainqueurs.
Une couverture de coffret d'os qui fait partie du musée de Boulogne, et qui date de la seconde moitié du xiv' siècle, nous montre une joute à la lance courtoise et l'attaque d'un château par des chevaliers couverts de leurs armures. Le château est défendu par des damoiselles qui jettent des fleurs sur les assaillants montant aux échelles. Au bas du petit bas-relief est un homme d'armes qui remplit la cuiller d'un mangonncau de paquets de fleurs. Du Cange donne sur ces behourts des explications complètes que nous ne croyons pas nécessaire de reproduire ici-. Pendant les banquets, parmi les entremets les plus prisés, figuraient ces behourts. On roulait un château plein d'hommes d'armes entre les tables, et une troupe le venait attaquer et prendre, le tout entremêlé de vers en l'honneur des dames et de moralités.
CHASSE. Il est entendu que nous ne nous occupons de cet exercice favori de la noblesse féodale qu'au point de vue de l'habillement, des armes, des engins et des usages adoptés par les chasseurs. Nous ne prétendons pas faire un traité historique sur la matière, ce qui nous entraînerait en dehors des limites de cet ouvrage.
Beaucoup de sarcophages chrétiens des premiers siècles figurent en bas-reliefs, sur leur paroi antérieure, des sujets de chasse, à l'imitation d'un usage adopté pendant l'empire païen. Cette hnbilude
* Li Romans de Berle uns gruns piés, cliap. cvili. - Du Cange, Disàert. VII sur l'hùt. de siiùd Louis.
[ CHASSE ] — /i08 —
persista même assez Lard pendaiU le moyen ài^e, principalemeiU dans les provinces du Midi et de l'Ouest. On sait le goût des Mérovingiens pour la chasse ; c'était leur passe-temps favori. Nous ne possédons pas toutefois de renseignements précis sur les vêtements et armes que les chefs francs portaient lorsqu'ils se livraient à cet
exercice, et si ces armes et vêtements avaient une forme spéciale. Pour les armes, les Mérovingiens se servaient de la javeline, de l'épieu, sorte de lance courte et forte, et de l'arc. Quant à la chasse au panneau, au collet, à la fosse, à la haie , on peut en faire remonter l'origine dans les Gaules, comme dans toutes les contrées couvertes de forêts, à la plus haute antiquité.
La chasse à courre a toujours été le privilège des classes élevées,
[ CHASSE
puisque, pour la suivre, il est besoin de chevaux, de valets, de chiens et de tout un attirail d'un entretien dispendieux. La féodalité s'arrogea le droit de chasse, et le maintint, mieux que tout autre, jusqu'à la fm du dernier siècle.
La chasse au vol, qui persista parmi la petite noblesse de province jusque sous le régne de Louis XV, bien qu'elle ne fût plus guère en usage chez les grands seigneurs, remonte, en France, à une époque assez reculée. Ce genre de chasse, fort goûté chez les Orientaux, dut être introduit en France lorsque l'Occident se mit en communication fréquente avec l'empire d'Orient. Il paraît avoir été connu dans la Germanie dès le iv" siècle. Nous en trouvons la trace évidente chez nous, sur des monuments, dès le xi" siècle.
La tapisserie de Bayeux nous montre Guillaume et iïarold chevauchant l'oiseau sur le poing.
Nous parlerons d'abord de V adoubement, des ai'ines et engins des chasseurs à courre. Un des monuments les plus anciens du moyen âge, représentant des veneurs à courre vêtus d'une manière spéciale, est le tympan de la porte de Saint-Ursin à Bourges (lUO environ) . Ce bas-rehef montre des veneurs à cheval et à pied, forçant un cerf et un sanglier. Hommes de pied et de cheval sont vêtus de la même manière, savoir : d'une cotte ne descendant qu'au-dessus des genoux, avec ceinture, manches justes et camail (hg. 1) serré au cou. Un seul de ces veneurs porte un capuchon, tous les autres ont la tête nue. Les jambes, des genoux aux chevilles, sont couvertes de jambières qui paraissent être faites de cordelettes cousues ou de peau piquée. Une corne de petite dimension pend sur la hanche. Tous