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sont armés de l'épieu, consistant en un bâton de quatre à cinq pieds, avec renfort au-dessous du fer, forgé en forme de feuille de sauge. Sur le linteau de la porte principale de l'abbaye de Vézelay sont représentés des personnages apportant les produits de la pèche et de la chasse. Des veneurs sont armés d'épieux dont le fer est façonné ainsi que l'indique la figure 2. Dans les bas-reliefs de l'antiquité gallo-romaine, qui représentent des chasses, les veneurs sont généralement tête nue. Les jambières étaient évidemment destinées, que les veneurs fussent à pied ou à cheval, à les préserver contre l'atteinte des broussailles ou le froissement des troncs d'arbres.
Des vignettes du xiif siècle nous montrent des seigneurs chassant à courre, dont le vêtement ne présente aucune particularité remarquable, sinon que le camail est garni d'un capuchon et que la corne est suspendue à leur côté.
Le plus ancien des traités écrits sur la chasse en français, est le Livre du roy Modus et de la roijne RarAo. L'auteur inconnu de ce traité vivait au commencement du xiv° siècle. Les détails étendus qu'il donne sur les différents genres de chasses prouvent que, depuis cette époque, les règles et usages touchant la matière n'ont pas été modifiés, ou plutôt qu'on n'a fait autre chose, depuis lors, que de se conformer à ces usages et lois.
Malheureusement le Livre du roy Modus ne nous dit rien des vêtements adoptés par les chasseurs de son temps. En revanche, il donne la manière de prendre à force, c'est-à-dire de forcer ce qu'il appelle les cinq bestes rouges, qui sont : les cerfs, les biches, le daim, le chevreuil et le lièvre ; de forcer les cinq bestes noires, qui sont : le sanglier, la truie, le loup, le renard et la loutre. Après quoi il donne les méthodes à employer pour prendre au fdet à buissonner: les cerfs, les biches et chevreuils, les bêtes noires, telles que le loup et le sanglier; au filet ou à la haie, les renards et les lièvres. L'auteur décrit les arcs de chasse, et ce chapitre est d'un grand intérêt. Il dit que la corde doit être faite de soie verte (éerue), pour trois raisons. La première, que la soie est plus forte que nulle autre matière; la seconde, qu'elle est si « singlant, qu'elle envoyé « une sayette (flèche) ou bougon plus loing ». La troisième, qu'elle permet de faire la corde aussi « gresle comme on veult ». Il recommande à l'archer : 1" De poser sa flèche de façon que les pennons portent à plat contre farc, car, si un des pennons vient à frotter le bois en partant, le projectile dévie ; 2" de « traire à trois dois, et « doit-on tenir la coche de la sayette entre le doit qui est eniprez « le paulz (le pouce), et l'autre doit d'emprez » ; 3" de veiller à ce
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que, si le fer est léger, les pennons soient courts et peu saillants ; s'il est lourd, les pennons soient plus hauts et plus longs ; li° de faire en sorte que « le barbel » (les ailes) du fer soit dans la direction de l'encoche de la flèche ; 5° de donner à la flèche dix « poignés » (0"',80) de long « depuis la coche de la sayette jusques auxharbeaux « du fer d'icelle ; 6" de donner à l'arc en droite mesure, entre « la coche du bout d'en haut jusques à celle du bout en bas, vingt « deux poignés estroitement » (au moins 1"',76) ; 7° de tendre l'arc en laissant, de flèche, entre la corde et le bois, « plaine paume, « et deux dois eschardement » (au moins (0",J6).
Pour tirer, l'archer tient l'arc devant son visage, la main droite à la corde, les épaules serrées; il allonge ses bras ensemble doucement ; son arc doit être si aisé et si doux, qu'il puisse, une fois bandé, le tenir longuement et viser en suivant la bête. Le fer de la flèche touchera le bois, et la corde sera tirée droit à l'oreille droite. Avant de lâcher la corde, l'archer essaye sa main, c'est-à-dire qu'il fait aller et venir une ou deux fois le fût de la flèche le long de l'arc, pour bien assurer la direction.
Il n'est pas question de l'arbalète dans le Livre du roy Modiis. Cette arme ne paraît avoir été adoptée par les chasseurs que plus tard, vers la seconde moitié du xiv" siècle. Les genlilsliornmes qui chassaient à courre la bête noire pendant la période carlovingienne, et jusqu'au xiif siècle, portaient l'épieu, l'épée et le cor. Il existe un beau récit d'une chasse au sanglier dans le Boman de Garin le Loherain Ce récit est pour nous d'un grand intérêt; il nous fait connaître bon nombre d'usages de chasse et l'importance que la noblesse attachait alors à ce privilège.
Les gentilshommes partent de bon matin, vêtus de la cotte de chasse, chaussés de houseaux avec éperons d'or, le cor pendu au cou, l'épieu au poing, accompagnés d'une meule de dix chiens :
« Or va li dus 2 en la forest chascier ;
« Li chien avant se prinrent à noisier,
« Quant il commencent ces raimes à brisier,
« Treuvent les routes dou pors qui a fume 3.
(( Li dus demande Brochart son liemier,
« Par devant lui li amaine uns brenier »
• Li Romans de Garin le Lohevain (fin du xii*^ siècle), troisième chanson.
2 Bègues de Belin.
3 Les traces du sanglier qui a vermi/lé, c'est-à-dire qui a remué la terre pour en tirer des racines et des vers.
* Valet de chiens.
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Le duc le caresse, lui passe la main sur les côtes et, les oreilles « por mieus encouragier ». Le limier fait la trace et conduit les chasseurs près d'une source entre des troncs de chênes déracinés :
« Là se gisoit (le sanglier) par son cors refrodier. »
Quand la hête entend les chiens, elle se dresse, sort de sa bauge, tourne autour et découd le limier d'un coup de boutoir. Le duc Bègues, qui pour 1000 marcs d'or n'eût pas voulu perdre son chien, s'avance l'épieu levé; mais le sanglier ne l'attend pas et fuit. Plus de dix chevaliers descendent de cheval pour mesurer les ongles de ses pieds :
« Dist l'uns à l'autre ; « — Véez quel aversier ^ « Jamais par autre n'ert cis sangles cliangiés ; « Fors a les dans de la goule piain pié-. » (I II remontent ens aus auferans destriers, « Les cors as bouches por le porc acliascicr. »
La bête se dirige sur Gaudimont; c'est le fourré où elle fut nourrie :
« Là but de l'iave et se coucha en mi. »
Mais la meute ne lui laisse pas de répit. Alors le sanglier sort du bois, et court en plaine quinze grandes lieues droit devant lui, sans retours. Les veneurs perdent la trace, la plupart ne peuvent suivre. Vers la neuvième heure du jour, « à ploviner se prist ' ». Chacun s'en retourne à Valenciennes. Le duc seul poursuit la bête. Il prend dans son manteau deux de ses chiens, afin de les avoir frais, et les met à terre dans un taillis où le sanglier s'est enfin arrêté. Les chiens le harcèlent; la meule, attirée par leurs cris, entoure la bête noire acculée :
« Li pors les voit, s'a los sorcis levés,
« Les iex roelle, si rebiffe du nés^
« Fet une hure, si s'est vers eus tornés;
« Trestous les a ocis et afolés.
« Bègues le voit à pou n'est forcenés ;
(( Moult durement escria le sanglé :
' « Quel démon ».
2 « Les dents lui sortent de la bouche d'un bon pied de long ».
3 « Tomber de la pluie fine ».
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[ CITASSE ]
« — Hé, fis de truie, com tu nias liui peiié !
« Et de mes hommes m'as-tu bien deseuré !
« Las! je ne sai quel part il sunt torné. »
« Li dus l'csciie, li pors l'a escouto,
« Les iex roellCj si a froucié du nés,
« Plus tost li vient que quarriaus enpannés.
« Bègues l'attent que l'a petit douté,
« En droit le cuer li a l'espié branlé,
« Outre le dos li a le fer passé.
« Hors de la plaie ist dou sanc a planté,
« Et li troi chien en lapèrent assés^
« Tant que il sunt de lor soif respassés.
« De lez le porc se cuichent lez à lez. »
Mais la nuit se fait : le duc ne voit à l'entour ni bourg, ni cité, ni château, ni village, ni âme qui vive ; près de lui seulement, son cheval Baucent qui l'a porté. A la façon des héros d'Homère, il lui adresse la parole : « Baucent », lui dit-il, « je te dois bien aimer, de « mainte fatigue tu as préservé mon corps ; si j'avais de l'avoine ou du « blé, je t'en donnerais volontiers. Si je trouve un gîte, lu seras bien c( traité. » Le duc s'assied, prend son cor et en sonne à deux reprises pour appeler son monde. Mais, dit le poëte : « A quoi penses-lu, « duc? cela ne vaut rien. Ceux que tu appelles, jamais ne les rever- « ras. » Il allume du feu '. Le garde forestier entend le son du cor; il voit de loin le duc Bègues, mais n'ose approcher. H le voit en si bel arroi! chaussé d'éperons d'or tin, le cor à neuf viroles d'or à son cou ; entre ses mains un bel épieu, devant lui son destrier qui hennit et frappe la terre du pied ! Il court tout droit au château du comte Froment pour le prévenir. Celui-ci est à table; le garde ne le peut approcher, mais il s'adresse au sénéchal, et lui conte ce qu'il a vu au bois. « S'il vous plaît, sire », kii dit-il, « donnez-moi de bons com- « pagnons; mcssire aura le cor d'ivoire et vous le destrier. » — « Si a tu fais cette besogne », reprend le sénéchal, « tu n'y perdras rien ! » Il lui donne six de ses hommes : « Allez avec ce forestier » , leur dit-il, « et si vous trouvez un homme qui ait forfait de rien, tuez-le, je « vous le commande, et réponds de tout. »
Le duc était toujours assis sous un tremble, un de ses pieds sur le sanglier ; d'autre part les chiens.
« Par mon chef », dit l'un des compagnons, « c'est un de ces lar- (( rons coutumiers de sangliers prendre et de chasser en forêt; s'il « nous échappe, nous sommes bien sots. » Ils l'entourent:
' " Pi't'iit son fusil (l)ri(|iirt), s'il li? fci nlnm(''. »
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« Es-tu venerres qui desor le tronc siés? « De porc ocire qui te donna congié ? « La forest est à quinze parsonniers ; « N'i chasse nus sé il n'a d'aus congié. « La signorie en est Froment le viel, (( Esta tous cois, nous t'irons mès loier (( Tout droit à Lens (e remenrons arrier, »
« Seigneurs », répond Bègues, « excusez-moi par Dieu ; traitez-mui « honorablement, car je suis chevalier. Si j'ai forfait envers Fromonl « le viel, je lui en ferai droit de plein gré. Le duc Garin répondra « de moi; le roi de France est mon fils et Auberi mon neveu. » Puis après une pause : « Mais je serais un homme sans cœur si je me (( rendais à sept pautonniers; avant que je meure, je vendrai cher ma « vie... Ce matin, quand j'ai attaqué ce sanglier, j'avais avec moi « trente-six chevaliers, maîtres veneurs, sages et habiles. Il n'est pas « un parmi eux qui ne tienne fief de moi, ou bourg, ou ville, ou « donjon. Il est arrivé ce qui n'arriva jamais : cette bête nous a fait « courir quinze lieues. » — « Bah ! » dit l'un des compagnons, « il « cherche à s'excuser ! Allez avant, mes amis ! couplez les chiens « pour les maintenir. »
Le forestier s'approche du duc et veut prendre son cor. D'un coup de poing Bègues l'étend mort à ses pieds.
« Puis li a dit : — Moult faites que fol ; u A col de conte ne penrez jamais cor. »
Voyant cela, le plus hardi de la bande encourage ses compagnons : «S'il nous échappe, nous serons honnis, le comte Fromont ne « nous voudra voir, et nous n'oserons jamais retourner à Lens. » Tous assaillent le duc. Celui-ci en tue trois à coups d'épieu ; les autres ne veulent plus en tàter et se sauvent. Mais dans le bois ils rencontrent un sergent à pied, parent du forestier.
« Arc d'aubour porte et sujetes d'acier. »
« Viens », lui disent-ils, « ton oncle est mort, un brenier ' l'a tué « devant nous. Pense à le venger ! » Courroucé, le sergent se dirige vers Bègues :
' Veneur.
2 Copossesseurs.
^ Un valet.
[ CHASSE
« Mel en la corde un granl quarrel d'acier,
« Le conte avise et maintenant le fiert.
« De la sajete li mist el cors plain pié,
« La maistre veine del cuer li a trancliié.
« Li quens s'abaisse et sa vertu li chiet ;
« Fors de ses poins li chaï son espié. »
Les trois manants se ruent sur le corps du duc pour l'achever ; ils le dépouillent, emmènent le cheval et placent le sanglier sur un roussin ; mais les chiens ne veulent les suivre :
« Seul ont Begon en la foret laissié ;
« Et jouste li revindrent li troi chien,
« llulent et braient coin fuissent ennigié. »
La suite du récit est remarquablement belle ; mais ce serait sortir de notre sujet de l'analyser. Nous n'ajouterons qu'un trait. Lorsqu'on apporte le corps du duc Bègues dans le palais de Fromont, on le couche sur la table à manger; les trois chiens n'ont pas voulu quitter les restes de leur maître, ils hurlent autour de ce corps et lèchent ses plaies. Tous les gens du château sont là, qui , en voyant ce beau visage , ne peuvent croire que le mort ne soit de noble lignage :
« Gentis bons fu, moult l'amoient si cbien ! »
Plusieurs faits intéressants ressortent de la lecture de ce poëme. Indépendamment des détails concernant la chasse, on voit que les bois étaient soigneusement gardés, et ce qu'on appelle le braconnage aujourd'hui rigoureusement puni ; que ces droits de chasse pouvaient appartenir à plusieurs gentilshommes dans une même forêt ; qu indépendamment des forestiers, des archers à pied étaient préposés. à la garde des chasses.
Les monuments figurés ne donnent pas aux chasseurs des vêtements spéciaux avant le xiv' siècle. Il faut arriver à cette date pour trouver des documents certains à cet égard. Le plus beau spécimen en ce genre est le Livre de chasse de Gaston Phœbus'. Ce manuscrit, enrichi de charmantes miniatures, donne sur l'art de la vénerie des détails précieux, aussi bien que sur les usages et vêtements
• Bibliolh, n-'itionale, français, Des dcduiz de la chasse des bedcs sauvaiges et des oy.scnux de yroye. Gaston, comte de Foix, surnommé Phœbus, à cause de sa blonde chevelure, était né en 1331 et mourut en 1391. Le manuscrit dont il est ici question appartient aux dernières années du règne de Charles V.
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des veneurs à celle époque. La figure 3 montre un veneur à cheval. Il esl velu de chausses collanles bleues, avec souliers de cuir. La colle de dessous, à manches justes, esl également bleue. Par dessus,
le chasseur a endossé rcscoflle de drap pourpre serrée à la taille par une ceinture noire à laquelle pend une escarcelle noir et or. Un cliaperon recouvre les épaules et est do même couleur que l'escoffle. La pointe du chaperon est pincée dans la ceinture, atin
• Vovcz ce uiul dans la partie des Vétkments.
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qu'elle ne puisse s'embarrasser dans les branches d'arbres. Sur le cou est un collet de fourrure noire, et sur la tête un bonnet vert, en manière de petit chaperon. Toute la cuirie de la selle est noire, les harnais rouge et or. De longs chasse-mouches barbelés pendent à la croupière et sont retenus par des bossettes dorées. L'extrémité de la croupière enveloppe la racine de la queue. Les souliers du cavalier sont ronds au bout, et renforcés sur ce point pour éviter les froissements du pied contre les arbres.
L'escoffle était habituellement fourrée de peau de loutre. S'il pleuvait, le veneur pouvait, à la place du })onnet, mettre le chaperon : il se trouvait ainsi parfaitement couvert, ne laissant à l'air que son visage. Ce cavalier n'a pas sa corne pendue à son côté; il dirige les varlels de limiers pour trouver la piste. Voici, figure /i, un de CCS varlets de limiers Il est complètement vêtu de vert,
' u Cy après devise comment ou duil mener en queslo sou varlet pour aiireiulre « à cognoistre le graiit cerf par le pié. »