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Uichard Cœui'-de-Lion, qui jelle l'échiquier à la têle de Foulques Fitz-Warin, et Foulques riposte par un coup de pied dans le ventre
Le jeu des échecs tient dans les romans une grande place, ce qui prouverait que ce jeu était en effet chez les gentilshommes une affaire importante.
Huon de Bordeaux se déguise en valet de ménestrel pour s'introduire dans le château de l'amiral Yvarins. Celui-ci, voyant un si beau page au service d'un coureur de châteaux, se doute de quelque tour : « — Eh ! lui dit-il en l'examinant, c'est grand dommage que tu c( serves un ménestrel, il te conviendrait mieux, ce me semble, de « garder un château: tu as quelque projet caché? D'où viens-tu, « et quel métier sais-tu faire? — Sire, répond Huon, je sais (( beaucoup de métiers et je vous les dirai s'il vous plaît. — Soit, «répond l'amiral, je suis prêt à t'écouter; mais garde-toi de te « vanter de choses que tu ne saurais faire, car je te mettrai à « l'épreuve. — Sire, je sais muer un épervier; je sais chasser le « cerf ou le sangher ; quand je l'ai pris, je sais corner la prise, et « mettre les chiens sur la voie. Je sais servir à table; je sais jouer « aux tables et aux échecs de façon à battre qui que ce soit. — « Bon, réplique l'amiral, là je t'arrête, et au jeu d'échecs je vais a t'éprouver. — Laissez-moi achever, sire, puis vous me mettrez « à l'épreuve sur tel point qui vous conviendra. — Continue « donc, tu parles bien. — Sire, je sais encore endosser un hau- « bert, porter l'écu au cou et la lance, diriger un cheval et vaincre à (( la joute qui voudra se présenter. Je sais encore entrer dans les « chambres des dames et m'en faire aimer. — Voilà bien des (( métiers ; je m'en tiens aux échecs. J'ai une fille, la plus belle qu'on « puisse voir et qui sait fort bien jouer aux échecs, car je n'ai « jamais vu un gentilhomme la mater. A toi revient, par Mahomet, (( de jouer avec elle ; si elle te fait mat, tu auras le cou coupé. Mais, « écoute :
(( Uue se tu pues me lille au ju mater, « Dedens ma cambre ferai .i. lit parer, (( Aveuc ma fille tote nuit vous girés, (( De H ferés toutes vos volontés, (( Et le matin, quant il ert ajoriiés, « De mon avoir .c. livres avérés « Dont porés faire totes vos volentés. »
(j — 11 en sera, répond Huon, comme vous voudrez. »
» Hist. de Foulques Fil z-Warin, manuscr. du Musée Britannique (xm* siècle)
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L'amiral s'en va raconter cela à sa lille.
« Mon père est fol, assurément, se dit la damoiselle ; par le (( respect que je lui dois, plutôt que de voir périr un si beau garçon, « par lui je me laisserai mater. »
On apporte un riche tapis au milieu de la salle. « — Vous m'avez « bien compris? dit l'amiral. Il convient que vous jouiiez avec ce (( varlet : si vous le battez au jeu, il aura la tête tranchée aussitôt; « si c'est vous qui êtes matée,
« De vous doit faire tolc sa volonté. »
(( — Puisque vous le voulez ainsi, répUque la damoiselle, je le K dois vouloir, que cela me convienne ou non. »
(( Puis dist en bas, coicment, à celé : (, — Par Maliommet, il le fait bon amer « Par son gent cors et sa grande biaulé. « Vauroi ja ke li jus fust fine.
L'amiral recommande à tous ses barons de ne souftler mot.
« — Li jus est grans, nus ne s'en doit meller.
« A dont on fait l'eskekier aporler,
a Qui estoit d'or et d'argent painturé,
« Li eskiec furent de fin or esmeré,
(( — Dame, dist Hues, quel ju volés juer ï
« Volés as trais, u vous volés as dés ?
(, Or soit as trais, dist la dame al vis cler. »
La partie s'engage, et le bacheUer est bien près de la perdre, car il regarde plus souvent la damoiselle que l'échiquier, et celle-ci s'en aperçoit :
(( — Vasal, dist ele, dites, à coi penses? « Près ne s'en faut que vous n'estes matés. « Ja maintenant arés le cief copé ! »
(( — Attendez un peu, dit lluon, le jeu n'est pas fini. Ne
« 8era-ce pas grand honte et vilciiiu « Quant à mes bras toute nue gcrrés, « Qui sui sergaui du l'uvre meueslrel ? »