FLACON
tume de porter des vêtements de dessous plissés, gaulrés au 1er, était fort répandue en France dès la fm du xi" siècle, probablement à la suite des croisades , et depuis lors on ne cessa jamais de repasser le linge de corps et même le linge de table ou de toilette. Nous ne possédons pas, cependant, parmi les ustensiles déposés dans nos musées, des fers à repasser antérieurs au xv' siècle. Mais le peu de valeur de ces objets et la facilité avec laquelle ils se détruisent, expliquent leur disparition. Les fers les plus anciens que nous connaissions sont creux, habituellement, avec une petite tablette ouvrante, qui permet d'introduire à l'intérieur un saumon de fer rouge.
M. le comte de Nieuwerkerke possède, dans sa belle collection, un de ces fers qui date du xvf siècle, et qui est une œuvre d'art. Nous en donnons (fig. 1) le dessin. On voit comment on soulève la vanne A au moyen du bouton C : cette vanne glisse dans une rainure pratiquée à la partie postérieure du dessus du fer et dans une virole D tenant à l'une des branches de la poignée. A l'intérieur est fixé un fer contourné qui empêche le morceau de fer rouge de toucher le fond. La poignée est de bois et fixée aux branches, ainsi que l'indique le profil B. Cet ustensile est entièrement recouvert extérieurement, sauf au-dessous, bien entendu, de damasquinures saillantes d'argent, d'un charmant style.
FLACON, s. m. Bouteille à panse aplatie. On en faisait de verre, de cuir, d'argent, de fer (voyez Bidon).
Les flacons sont fermés à vis, « ou ferme bouteilles à bouchons et « flacons à vis* », et peuvent être attachés au moyen de courroies; c'est ce qui les distingue des bouteilles. « Deux flacons d'or à deux « esmaux, chacun des armes de Monseigneur le Duc, à ij. courroyes « de soye, ferrés d'or, poisant tout ensemble xxvij marcs vj onces ' » . Ces flacons étaient souvent enrichis, non-seulement d'armoiries émaillées, mais défigures, de supports. On donnait aussi, auxvi' siècle, le nom de flaconk des cantines (voyez ce mot) : « Ung flacon d'argent « blanc que la ducesse de Bavière a donné à F empereur (Charlcs- « Quint), de l'un des costez armoyé aux armes de Bavières, et à « l'autre costé il se ouvre par le milieu, où il se peult mettre pain « et chairs qui veult, et à l'autre le vin, pesant, avec deux serrures « de fer qui y sont, xj marcs xij onces ' . »
• Tabouret.
2 Invent, du duc de Normandie, 1363.
3 Invent, de Charles-Quint, 1536.
bules ou dans les pièces servant d'entrée anx salles à manger, dans les offices, des fontaines contenant une provision d'eau suffisante pour laver les tasses, les banaps, ou p^our les gens de service; ces fontaines étaient posées sur une table, sur le buffet môme, ou accrocliées au mur. Les inventaires en signalent le fort riches : « Pour une grant fontaine en guise d'un chastel, à « pilliers de maçonnerie, à hommes à armes en tour, avec le hanip « et une quarte semée d'esmaux ; tout pesant 60 mars ure orne (( 10 esterlins. » — « Pour une fontaine à trais caritalles portais « penthes esmaillées et dorées, et 1 gobelet à couvercle de cristal.. « Une fontaine de cristal à 3 brides avec le gobdlet de cristal dessus « à couvercle... » — « Pour une fontaine de nnaçonnerie en guse <( d'un chastel, à 3 sergens d'armes, seur le lianap, assis sur in « entablement... » On en faisait d'argent. Il ne reste que de trtsrares exemples de ces objets antérieurs au xvf siècle; nous 3n avons parfois rencontré des débris dans des maisons des villes de province. Celle que nous donnons ici (fig. 1) a été dessinée par ncus dans une maison à Cahors , en 18/i9. Elle est de cuivre jame repoussé et gravé avec assez de soin. Pour la remplir, le toit s'mlève. Accrochée au mur, elle possédait son bassin comme nos fcntaines à laver les mains. La corniche est formée d'une tige de er rond recouvert d'une moulure de cuivre, et vient s'adapter aux deux montants de suspension également de fer, revêtu dans la bauteur lu réservoir. Cette barre traverse latéralement les tourelles, et ^st garnie de rouleaux de bois pour suspendre d(es serviettes sans fn. Le robinet, de cuivre jaune fondu, traverse la plaque du fond, nnforcée, sur ce point, par une rondeUe intér ieure ; cette ronddle et les tourelles ne sont là qu'un ornement so»udé qui renforce (es angles.
FOURCHETTE, s. f. Les Orientaux, les Grecs et les Romains de l'antiquité ne se servaient pas de fourchettes po»ur manger. La cuiler seule, pour les mets liquides, était admise p endant les repas ; les viandes rôties, les gâteaux, les fruits servis sur des tranches de pan, sur des plats ou sur la table, devant chaque co>nvive, étaient séparés en morceaux avec le couteau et portés à la bouche avec les doitts. Nous avons quelque peine à nous figurer des personnages aux ha3itudes élégantes mangeant avec les doigts ; il faut cependant nuis rendre à l'évidence. D'ailleurs, il y avait manière de s'y prendre, et
' Invent, de rargenterie dus rois de France, dressé en 1353.
l'on reconnaissait, du temps de Périclès, sous Auguste, comme sous saint Louis, uno personne bien élevée à la façon dont elle portait les mets à sa bouche.
Dans le Roman de la Rose^, le poëte décrit avec délicatesse la contenance d'une femme bien élevée à table.
Elle doit s'asseoir la dernière,
(( Et se face ung petit alendre »,
afin de s'assurer de la place occupée par chacun des convives ; à tous elle doit se rendre utile, découpant les viandes et distribuant le pain autour d'elle ; elle doit, avec grâce, servir celui qui doit manger en son plat ion avait alors une assiette pour deux personnes) :
« Et bien se gart qu'ele ne moille
« Ses dois es broez jusqu'as jointes,
« Ne qu'el n'ait pas ses lèvres ointes
i< De sopes^ d'aulx^ ne de cbar grasse,
(( Ne que trop de morsiaus n'entasse,
« Ne trop gros nés mete en sa bouche,
« Du bout des dois le morsel touche
« Qu'el devra moiller en la sauce,
« Soit vert, ou cameline, ou jauce,
« Et sagement port sa bouchée,
« Que sus son piz (sa poitrine) goûte n'en chée
« De sope^ de savor^ de poivre. »
Aujourd'hui on peut, dans tout l'Orient, voir avec quelle adresse et quelle élégance même les gens de distinction savent se servir de leurs doigts en guise de fourchette.
On ne voit apparaître les fourchettes, pour la première fois, pendant le moyen âge, que dans les inventaires des dernières années du xiii' siècle \ encore sont-elles rares. Pendant le xiv" siècle, les inventaires en mentionnent quelques-unes ; mais ces ustensiles semblent destinés seulement à manger certains fruits :
« Trois furchestes d'argent pur mangier poires ' . »
Ces fourchettes sont souvent pour « manger mures », probablement parce que ce fruit laisse sur les doigts des taches difficiles à enlever: « Une bien petite fourchette d'or, à manche tortillé, pour « mangier meures . »
' Partie de Jehan de Meung, fin du xiii<= siècle, vers 13596 et suiv.
2 Invent. d'Édiiuard I" (F Angleterre, \
^ Invent, de P. Gavcston, 1313.
^ Invent, des duc>i de Bourgogne, 1420.
[ FOURCHETTE j — 110 —
Ces fourclielles, grandes ou petites, n'ont que deux fourcherons. Elles sont habituellement emmanchées de cristal, de pierre dure ou
d'ivoire, ce qui indique un ustensile de luxe. Si l'on trouve une grande quantité de cuillers de l'époque du moyen âge, les collections ne conservent qu'un très-petit nombre de fourchettes. Nous en don-
nons ici deux exemples : une grande (fig. 1), emmanchée d'ivoire, avec virole et clous d'argent. Quant à la fourchette, elle est de métal d'alliage (argent et cuivre) *. Cette fourchette paraît appartenir au xiv^ siècle. Le manche est fendu à la scie (voyez le profil A), pour loger la soie de métal, qui prend ainsi toute la largeur de ce manche.
La ligure 2 donne une petite fourchette de cuivre doré, grandeui' d'exécution, « à manger meures » probablement ' . En A, est un fragment d'une autre fourchette dont les fourcherons sont très-délicatement reliés à la tige *.
' Collection des dessins de l'auteur, provenant de la collect. Garnefay.
Idem.
3 Idem.