‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 5 sur 168 · ARROSOIR · texte numérisé non relu

ARROSOIR

Ces aiguilliers étaient oll'erts aux dames, celles-ci occupant leurs loisirs, dans les châteaux, à broder des étoffes, à faire de la tapisserie et d'autres menus ouvrages de femmes. Il y avait aussi des aiguilliers de bois recouverts de cuir gaufré ou d'étoffes précieuses.

AMPOULE, s. f. {ampulle), Fiole, burette, petit vase au ventre large et au goulot long et étroit, ordinairement sans anses, qui était destiné à conserver l'huile sainte, le saint chrême, le vin destiné à la célébration de la messe. On en fabriquait en verre et en métal. Le moine Théophile^ donne le moyen de faire des ampoules en argent repoussé, de les orner de reliefs, de nielles, et de les dorer, de les ciseler, d'y souder une anse et un goulot. (Voyez Orfèvrerie.)

Il existe, dans le musée des antiquaires de Caen, une très-jolie ampoule de cristal de roche, avec couvercle en orfèvrerie garni de pierres fines ' .

ARROSOIR, s. m. (arrousoir). De tout temps on a fabriqué des ustensiles propres à arroser les plantes des jardins. Les arrosoirs d'horticulteurs, pendant le moyen âge, ne différaient guère des nôtres, et il est probable que ces objets usuels dataient des Romains, grands amateurs de jardins, comme on sait. Mais on se servait aussi d'arrosoirs (de terre cuite) propres à l'arrosage des pavés dans les appartements. Les Grecs, dès la plus haute antiquité, possédaient des arrosoirs disposés pour cet usage exactement façonnés comme ceux que nous retrouvons dans les débris de poterie du moyen âge, Ces sortes d'arrosoirs (fig. 1) consistent en un pot de terre d'une capacité médiocre (un litre environ) muni d'une anse, d'un petit trou supérieur et de trous multipliés percés dans le fond. Pour remplir ces arrosoirs on les plongeait dans l'eau; le liquide, grâce à la prise d'air supérieure A, entrait dans le ventre du vase par les trous capillaires du fond. Le vase plein, avec le pouce on bouchait l'ori-

1 M. Salzmaiin a découvert à Camyros (île de Rhodes) quelques arrosoirs grecs, semblables à ceux dont nous retrouvons des fragments dans les fouilles des sols du moyen âge. Mais telleest notre insouciance, lorsqu'il s'agit d'objets de cette dernière époque, qui nous touche de si près, à moins qu'ils n'aient une valeur intrinsèque, que nous laissons perdre les ustensiles vulgaires du moyen âge, tandis que nous recueillons avec scrupule ceux qui datent de la période anté-chrétienne. Aussi savons-nous avec plus d'exactitude comment vivaient les contemporains de Périclès que nous ne savons comment vivaient nos ancêtres sous Philippe-Auguste.

^ Diversarum artium schedula, lib, II, cap. LVli : « De ampuUa ».

^ Ce joli vase est parfaitement gravé dans les Annales archéologiques de Didron, t. XXII, p. 143.

lice A, el l'on retenait ainsi toute l'eau qui remplissait le vase. Lorsqu'on voulait arroser le pavé, on laissait entrer l'air par cet orifice A, l'eau s'échappait alors en minces filets par les trous du

fond B. Nous avons maintes fois trouvé des débris de ces arrosoirs, et nous ne savons si nos musées en possèdent un seul entier.

ASSIETTE, s. f. Ce mot n'est guère employé qu'à la fin du XV' siècle. Les assiettes de métal, de terre ou de bois, dans lesquelles on mangeait, étaient appelées : plats. Ce n'est guère qu'au xii' siècle que Ton voit des assiettes posées devant les convives ; encore une assiette servait-elle habituellement pour deux personnes. Avant cette époque on prenait les mets découpés dans les plats, avec la main, ainsi que cela se pratique encore en Orient; les débris étaient laissés sur la table ou jetés à terre. L'assiette devint d'un usage général quand l'art culinaire se perfectionna et que l'on servit des ragoûts, des crèmes. Les peuples primitifs font, avant tout autre mets, usage des viandes grillées'. On servait sur la table certains brouets, mais

' Voyez les repas des Grecs dans VIliade.

chacun alors avait sa cuiller et puisait à même le vase, comme nos soldats puisent à la gamelle. Avant de faire usage des assiettes, chez les personnages où régnait un certain luxe, les viandes étaient posées devant chaque convive, par l'écuyer tranchant, sur un morceau de pain plat. Sur cette tranche de pain, chacun coupait sa viande avec un couteau, ou se servait de ses doigts pour la séparer en bouchées. A chaque viande on changeait l'assiette de pain. L'usage de placer sous le menu gibier rôti des tranches de pain est une dernière tradition de cette ancienne coutume qui s'est conservée jusqu'à notre temps.

Les assiettes les plus anciennes rappellent à très-peu près la forme de nos assiettes modernes. Cependant elles étaient plus petites, trèsplates, si l'on servait des mets secs, très-creuses, au contraire, pour

les mets liquides. On faisait rarement usage d'assiettes de terre. Le bois chez les pauvres, l'étain chez les personnes aisées et l'argent chez les grands seigneurs, étaient les matières employées. Le métier de potier d'étain avait-il aussi, pendant le moyen âge, une trèsgrande importance. Nous avons eu souvent entre les mains de ces assiettes d'étain dont la fabrication datait du xiv' siècle ; nous donnons (fig. 1) deux de ces assiettes, l'une plate, l'autre creuse*. Les

• Du musée des fouilles du château de Pierrefonds. En A est donnée la marque de fabrique poinçonnée sur ces plats. *

petits plats de terre cuite ont la forme d'écuelles et ne possèdent pas le bord horizontal qui distingue particulièrement l'assiette; c'est pourquoi nous ne les rangeons pas dans cet article.

Un ménage bien monté comportait, au xiv* siècle, un grand nombre de ces plats servant d'assiettes :

« Maint plat d'argent, si com je tain « Les faut- il de plomb ou d' estai n »

Certains mets étaient servis très-chauds dans des assiettes d'argent ou d'étain; pour ne pas brûler les mains du serviteur qui plaçait ces assiettes devant les convives, on avait des doublures de métal à jour, ayant la forme de cylindres plats. On trouve encore des débris de ces doublures d'assiettes dans quelques collections \ L'orbe plat de l'assiette débordait quelque peu la galerie ajourée de la doublure, et cette galerie ne reposait que sur trois petits pieds, sans fond. Voici (fig. 2) un dessin d'une de ces doublures d'assiettes de cuivre,

qui date du xv* siècle ' . Ces doublures étaient munies de deux anses mobiles, de sorte que les mains ne pouvaient toucher l'assiette en la transportant. L'assiette chaude était isolée et ne portait pas sur la nappe. Dans les comptes du château de Gaillon du commencement du XVI' siècle, il est encore question de ces plats doubles : « Pour « la corbeille, les plats doubles et gobelletz... »

1 Eust. Deschamps, le Miroir de mariage, xiv* siècle.

2 Ces objets sont habituellement désignés à tort comme des réchauds ou comme provenant de réchauds.

3 Dessins du cabinet de l'auteur.

* Dépenses du château de Gaillon, p. 345.

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