PLAT
convenir aux plus grandes pièces de nos habitations. Ces cheminées étaient garnies de landiers (chenets) hauts, solides, sur lesquels on jetait des bûches longues et lourdes. 11 fallait, pour remuer ces masses de bois, des instruments robustes, bien à la main ; de grandes tenailles de fer : aussi leur donnait-on ce nom.
« Pour une tenaille, une pincette et deux pelles de fer, xvi s.^ » La figure 1 présente en A une de ces tenailles de fer forgé ^, dont la longueur est de l^jlO. Les deux manches étaient garnis d'un cordonnet de grosse laine sur une peau, afin de donner une bonne prise aux mains, et de ne pas communiquer la chaleur. La pelle ^ a son manche rivé sur le sabot inférieur; elle porte 1™,25 de longueur. Quant à la pincette B, faite pour ramasser la braisé ou les menus tisons, elle n'a que 80 centimètres de longueur et est munie d'un anneau pour la suspendre". Elle est finement forgée et trèssouple.
Ces trois objets paraissent dater du xiv' siècle, et dépendaient d'ailleurs de cheminées de cette époque. Dans les palais et châteaux, ces ustentiles devaient être plus ouvragés; mais nous n'en connaissons pas qui soient antérieurs au xvi" siècle. Les inventaires royaux mentionnent des pincettes d'argent. Était-ce des pincettes à feu? C'est ce que nous ne pourrions affirmer.
Bien que l'ustensile de cuisine qu'on nomme encore aujourd'hui une lèchefrite fût en usage, il y avait des pelles longues, faites pour enlever les viandes cuites au four :
« Aler souvent quérir au leur « Longue pelle fault à retour, « Qui dessoubz le rost sera mise 5. »
Il y avait aussi des pelles trouées (passoires) :
« Estamine, paelle trouuce ^. »
PINCETTES, s. f. {tirtifeux). — Voyez Pelle. PLAT, s. m. — Voyez Assiette, Bassin.
' Comptes des bastimens royaux
- D'une maison à Cordes (Tarn et-Garonne).
3 Même provenance.
4 Dessinée à Châlel-Censoir (Yonne).
Eustache Deschamps, le Miroir de mariage^ p. 2H. e Ihid.
— m - [ POT ]
POÊLE (à frire), s. f. Cet ustensile de cuisine est de date très-ancienne et sa forme n'a point changé.
POMME, s. f. De cuivre ou d'argent, servant de chaufïerette pour les mains (voy. Chaufferette). Il y avait aussi des pommes à refroidir, faites de cristal, et qu'on tenait dans les mains pour les rafraîchir. Des pommes de cristal étaient souvent placées sur la partie antérieure du bras des chaires et trônes pour que les personnes assises pussent au besoin tenir leurs mains fraîches. Le musée de Gluny possède une pomme de ce genre, de cristal de roche, qui est d'une date très-ancienne, peut-être de l'époque mérovingienne. Cet usage existait dans l'antiquité.
POT, s. m. {poteries). Les poteries dont se servaient les Gaulois avant la domination romaine étaient grossières par la matière, mais assez bien galbées et tournées sur le tour à potier. Ces poteries se distinguent de celles qui furent en usage après la conquête par leur couleur noire et la porosité de la terre mal corroyée et fragile. On connaît les belles poteries rouges, fines et luisantes, qui datent de l'époque romaine. Lorsqu'au sein d'une civilisation prospère survient un de ces cataclysmes qui bouleversent la société, les industries qui dégénèrent le plus complètement sont les industries communes; ■ celles qui perdent le moins leurs traditions sont les industries de luxe. Les conséquences d'un bouleversement tel que celui dont les Gaules furent le théâtre pendant les y" et vf siècles amènent une inégahté très-marquée dans les classes : des richesses accumulées entre les mains de quelques-uns, et, pour les masses, une misère profonde. Les villes et bourgades, si prospères et si industrieuses encore vers les derniers temps de l'empire, se virent dépouillées et saccagées par les peuplades sorties de la Germanie. Mais les conquérants, et, parmi eux, ceux qui surent maintenir leur pouvoir, prétendirent imiter le luxe de la haute société romaine. Si ces barbares n'avaient aucune idée du bien-être dont s'entoure une civilisation avancée, et si, par exemple, ils mangeaient dans des plats de bois, ils couvraient leurs habits de bijoux précieux, avaient des armes garnies d'or, certains meubles cf apparat d'une grande richesse. Les industries de l'orfèvrerie, de la bijouterie, conservèrent donc un certain éclat. Il n'en fut pas de même pour ces industries dont les produits sont de'stinés à satisfaire aux besoins vulgaires; elles s'effacèrent sous l'inlluence delà misère commune. Parmi ces industries, celle des potiers semble avoir perdu les belles traditions léguées par l'antiquité, et