‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 68 sur 168 · DICTIONNAIRE RAISONNÉ D,U MOBILIER · texte numérisé non relu

DICTIONNAIRE RAISONNÉ D,U MOBILIER

Pl. XXXIV.

car il n'était pas. rare alors de voir des pierres gravées ou des camées antiques enchâssés dans les joyaux les plus précieux, et bon nombre de ces pierres qui font partie de la collection du cabinet des antiques proviennent de châsses et bijoux du moyen âge. Autour de cette aigue-marine, neuf beaux saphirs sont sertis dans des bâtes d'or, dont la figure 2 donne en A, au double, le profil. Ces bâtes sont soudées au cercle qui entoure la tête au moyen de petites boules d'or ; les sept saphirs supérieurs sont terminés par de grosses perles d'un bel orient, enfilées dans des broches d'or et reposant sur des culots dont nous donnons en B le détail au double. La rivure des broches de ces perles est faite à faide d'une petite rosace C \ Aux deux bâtes des saphirs inférieurs sont soudées deux tiges qui entraient dans deux douilles. Cette ornementation, par sa simplicité même, ne manque pas de style, elle est d'ailleurs exécutée avec soin; les bâtes sont bien laites, sertissent les pierres et sont délicatement soudées. Les parties inférieures de l'écrin (voy. fig. 1) étaient, ou composées comme celle-ci, ou formées de chatons embâtés sur des plaques d'or battu. Des perles, en grand nombre, accompagnaient les pierres. Mais si l'on se reporte à d'autres monuments, on peut supposer que les chatons principaux étaient montés d'après une méthode fréquemment employée dans les pièces d'orfèvrerie de l'époque mérovingienne et carlovingienne, méthode qui consistait à river ou à souder les bâtes, non point à la plaque même du fond, mais à des supports plus ou moins riches. En effet, si nous examinons la couverture de l'évangéliaire de l'abbaye de Saint-Emmeran, que M. Labarte considère comme appartenant à la fabrication byzantine*, nous voyons que certaines pierres sont montées ainsi que l'indique la figure 3. Mais on observera que cette façon de monter les chatons avait déjà été employée, avec des moyens d'exécution très-grossiers, il est vrai, par les conquérants barbares' ; or, en ce qui concerne la couverture de l'évangéhaire de Saint-Emmeran, en admettant que les ivoires soient un travail byzantin, nous ne pouvons voir dans la partie d'orfèvrerie, et notamment dans la monture des pierres, un ouvrage gréco-romain. Ces montures sont chargées d'ornements qui appartiennent, suivant notre sentiment, au style occidental rhénan du siècle. Les bâtes qui maintiennent les pierres dans

1 Ce dessin est, comme tous ceux de celle figure, au double de l'exécution.

2 Bibliolh. royale de Munich. Cette couverture date de 975 environ, et passe pour avoir été donnée par l'abbé Ramuoid, qui alors gouvernait l'abbaye de Saint-Emmeran de Ratisbonne.

3 Voyez, dans la partie des vêtements, l'article Agrafe (fig. 1).

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l'orfèvrerie byzantine sonL tiabituellement unies, pariois seiilemenL zonées de filets granulés, mais ne présentent point d'ajours *.

Pendant l'époque carlovingienne, on rapportait de Byzance beaucoup de ces plaques d'ivoire, l'art de la sculpture sur cette matière étant fort répandu dans la capitale de l'empire d'Orient ; ces plaques étaient montées en Occident, soit en diptyques, soit en cof-

frets, soit en couvertures d'évangéliaires. Ainsi, par exemple, la couverture du livre de prières de Charles le Chauve (8A2 à 869) ^, qui possède une si belle plaque d'ivoire au centre, représentant des sujets tirés du psaume LVI de David, est entourée d'une bordure d'argent doré d'un travail grossier, qui certainement appartient à la fabrication occidentale. Faisant écrire ces livres en latin par des copistes occidentaux, il était naturel qu'on les lit relier par des artisans occi-

' Voyez la couverture de l'évangéliaire de la cathédrale de Monza,qui est bien certainement de fabrication byzantine. Cette couverture est reproduite dans l'ouvrage de M. Labarte, Hist. des arts industr. au moyeti âge (pl. XXXIII).

-' Riblioth. impér.

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dentaux. Les montures tles pierres qui (décorent les plats de l'évangéiiaire de Saint-Emmeran (fig. 3') sont relevées sur des cloisons d'or très-délicatement travaillées (voy. en A), ou sur des supports isolés (voy. en B). Les pierres sont maintenues par de nombreuses griffes en forme de feuilles aiguës, et non par des bâtes unies. Seules, les perles sont serties par les extrémités rabattues de petits cylindres. Ce procédé de monture des pierres nous parait être occidental et rhénan; on ne le voit guère employé dans l'orfèvrerie française, plus sobre dans ses moyens d'exécution. M. Labarte a donné l'ensemble de la composition de cette couverture dans son Histoire des arts industriels. L'industrie de l'orfèvrerie, pratiquée avec une supériorité incontestable à Gonstantinople, reçut en 120/i un coup funeste dont elle ne se releva jamais. Les croisés, comme on sait, s'emparèrent, cette année 120Zi, de la capitale de l'empire d'Orient et la mirent à sac. Mais, bien avant cette époque, en Occident, la fabrication de l'orfèvrerie avait atteint un degré de perfection qui ne le cédait pas à l'industrie orientale. Dans l'ouvrage que nous venons de citer, M. Labarte prétend que « le pillage de 120Zi avait répandu en Europe un assez grand nombre de châsses et de reliquaires byzantins d'une admirable exécution, qui fournirent d'utiles leçons aux artistes d'Occident ». Les faits ne sont pas entièrement d'accord avec cette opinion ; la fabrication byzantine fournit évidemment dos modèles à' nos artisans occidentaux pendant tout le cours du xir siècle, c'est-à-dire depuis l'époque des premières croisades jusqu'à la fm du xif siècle. Non-seulement on exporta d'Orient, pendant cette période, un grand nombre d'objets feçonnés à Gonstantinople et dans la Syrie septentrionale, fort industrieuse alors ; mais aussi beaucoup d'artisans occidentaux s'établirent dans les contrées nouvellement conquises et rapportèrent des méthodes de fabrication lorsqu'ils rentrèrent chez eux. Mais c'est précisément à dater des premières années du xiii' siècle que l'industrie de l'orfèvrerie abandonne les traditions byzantines pour adopter des formes et des procédés qui appartiennent en propre à l'Occident. Le pillage de Gonstantinople eut donc le résultat de tout pillage, il ne produisit que des ruines et ne profita pas aux conquérants. Geux-ci n'avaient d'ailleurs plus guère besoin de leçons en ce qui concerne la fabrication de l'orfèvrerie ; car alors, en Occident, cette fabrication avait atteint une rare perfection. Les viUes rhénanes, Metz, Arras, Rouen,

' Notre gravure donne cette monture grandie de moitié en sus, afin de rendre l'intelligence du travail plus facile.

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