‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 69 sur 168 · II · texte numérisé non relu

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Bourges, Amiens, ïroyes, le Puy en Velay, Paris, Limoges, possédaient dès la fm du xii" siècle d'excellents ateliers d'orfèvrerie. Les trésors d'Aix-la-Chapelle, de Reims, de Saint-Denis possédaient et possèdeiit encore en partie des objets de fabrication occidentale qui datent de cette époque et qui sont d'une grande beauté. Le calice d'or de saint Remi, qui, de l'église de Reims, était passé dans le trésor de l'abbaye de Saint-Denis, puis qui, en 1796, fut remis au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, et qui est aujourd'hui déposé dans le trésor de la cathédrale de Reims, est un des exemples les plus complets et les mieux fabriqués de l'orfèvrerie du milieu du xif siècle. Ce calice est une œuvre occidentale, suivant notre opinion, car il n'a pas de rapports avec la fabrication de Byzance, soit comme style d'ornements, soit comme émaux, soit comme emploi de procédés matériels. Sa hauteur est de 145 millimètres et la largeur du cratère de 13 centimètres ^. La figure h en donne les détails principaux.

En A, l'ornementation externe du cratère, qui se compose de six lobes unis, entourés de bordures et d'une zone de filigranes, avec pierres et perles embàtées, plaques d'émaux translucides dans les triangles. En B, est un détail, au double, du filigrane soudé sur le fond. En C, est la section, au double, de l'ornementation A. Les filets granulés sont figurés en a. En b sont soudés des champs qui enferment les ornements de filigranes, les pierres et perles ; en c, le champ qui sertit les émaux. Les bâtes des pierres sont tracées, au double, en d. La section de la bague, sous la coupe, est donnée en VCR, grandeur d'exécution, et un détail de cette bague est reproduit en D. En E, un morceau du pied dont la pince est profilée en G. Les filigranes, les filets granulés, les fofioles et oreilles, les champs, sont sohdement soudés au fond du vase, lequel est d'or battu. Le cratère est vissé dans la bague (voy. en V), et cette bague est rivée sur le pied (voy. en R).

Notre figure en B explique comment sont faits les ornements de filigranes, et comment chaque tigelle se termine par une boule qui, par son épaisseur, a facilité le travail de soudure. Les bâtes sont rabattues sur les pierres avec beaucoup de soin ; les émaux cloisonnés, translucides, verts, rouges, bleu foncé et blancs, sont d'une

' Quelques pièces du trésor de Saint-Denis, qui était particulièrement riclie en objets d'orfèvrerie d'or du xii^ siècle, se voient encore au Louvre et dans le cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale.

2 Voyez, dans la partie des Ustensiles, l'ensemble de ce calice à l'article Calice.

exécution parfaite ^ . Le procédé de fabrication de ces pièces consiste

• Voyez planche XL.

[ ORFÉVRlERIE ]

donc en un travail de chaudronnerie d'or : le cratère, la bague et le pied étant façonnés au repoussé séparément. Une douille, avec pas de vis fondu, a été soudée à la bague , puis une vis au cratère. Ces pièces ont été polies au tour. Alors ont été soudés les champs qui entourent les filigranes , les émaux et les bâtes des pierres et perles, puis les filets granulés, puis enfin les filigranes granulés.

Ce mode de fabrication, avec quelques différences dans l'exécution, est appliqué, pendant le xti" siècle et le commencement du xiii% à

l'orfèvrerie de cuivre , et plusieurs châsses, notamment la grande châsse d'Aix-la-Chapelle, fournissent de très-beaux exemples de cette industrie. Le fragment, figure 5 \ indique les procédés employés. Le fond est hachié, c'est-à-dire gravé de lignes fines se coupant à angle droit. Sur ce fond ont été rapportés les filigranes, non point soudés, mais rivés sur ce fond. On remarquera que ces enroulements sont assez forts pour avoir pu être entièrement soudés entre eux. Les tigelles des foHoies sont également soudées dans les jonctions

£. CWLDWMOl .

1 Grandeur d'exécution.

des enroulements. Toute cette partie de Tornement se tenait donc d'elle-même, avant son application sur le fond auquel de petits rivets l'attachent ; de telle sorte qu'elle forme un treillis indépendant, s'approchant plus ou moins du fond et produisant ainsi des jeux d'ombres et de lumière de Feffet le plus piquant. Les bâtes des pierres sont également rivées sur ce fond , de même que les iilets granulés. L'artisan pouvait ainsi composer des bouquets, des enroulements plus ou moins riches, plus ou moins chargés de feuillages et de fleurettes ; puis il maintenait cette ornementation à l'aide d'un grand nombre de rivets qui faisaient partie de la décoration. Dans notre figure, les boutons milieux des fleurettes sont autant de rivets. Les Iilets granulés ou godronnés sont, ou appliqués autour des plaques de fond au moyen de rivets, ou tenant au fond et repoussés à l'aide de matrices. Les ornements, tels que ceux indiqués en A, sont également obtenus par l'étampage et n'ont qu'une faible saillie. Les folioles du filigrane sont de même étampées avec des matrices, puis découpées proprement sur les bords et soudées à la tige. Nous reviendrons sur ce mode de fabrication d'ornements rapportés , qui fut si fort en vogue à la fin du xii'' siècle.

Mais, avant de passer outre, il nous faut insister sur l'adresse avec laquelle les orfèvres savaient souder l'or sans apparence d'autre métal.

Il existe dans le cabinet des antiques de la Bibliothèque impériale (rois objets d'or ' dont il est diflîcilc de connaître la destination, mais qui nous semblent être des fragments de parure. Ces objets de fabrication carlovingiennc ^ et qne nous donnons grandeur d'exécution (fig. 6), se composent d'un fond plat et d'un ornement singulier rapporté et soudé sur ce fond. Le plus grand, A, est présenté en a du côté plat, en h de profil et en c en perspective. Le tout est façonné au moyen de lames d'or assez minces , soudées sur les rives , avec Iilets granulés également soudés. Un trou garni d'une matière dure, épaisse et d'apparence vitriflée, le traverse latéralement, comme pour empêcher le cordon qui enfilait ce bijou d'user les parois d'or mince. Le second objet, B, est présenté en d du côté plat et en e en perspective. Le troisième. G, est assez semblable au second, mais plus étroit. Leur fabrication est semblable à celle du premier ; et tous les deux sont également percés de trous latéraux garnis de la même matière dure. On ne saurait trouver une exécution plus précise et

' Catalogués sous le n° 2714 du Catalogue de M. Chabouillet, conservateur. " ix'' ou x"^ siècle.

plus délicate, et le temps n'a point fait apparaître un métal fondait autre que l'or dans les soudures. Il est donc incontestable que l^s orfèvres étaient arrivés, dès cette époque, à un degré de perfectitn rare dans l'art de souder l'or, non-seulement en Orient, mais dais l'Occident * .

Il serait difficile aujourd'hui d'indiquer la provenance exacte de ^a plupart de ces objets d'art. Quelques archéologues ont voulu voir dans les couronnes de Guarrazar un travail oriental. Rien ne confirn.e d'ailleurs cette opinion ; nous pensons que l'art de souder l'or fut répandu aussi bien en Orient qu'en Occident depuis l'antiquité jusqu'au XIII' siècle. Dans le retable de Bâle déposé aujourd'hui au musée de Gluny, et dont la fabrication est occidentale |et appartient au

1 Voyez Théophile, Diversnrum nrtmyn Schedula.

commencement du xi'^ siècle, il y a des parties soudées. Nous trouvons des objets d'or soudé avant cette époque, qui pourraient appartenir, comme ceux que donne la figure 6, à la fabrication

6 bis.

occidentale. On ne saurait douter que, dès avant Charleraagne, les Occidentaux possédaient un grand nombre d'objets d'or soudé. Indépendamment des bijoux wisigoths qui devaient être connus dans les Gaules, les incursions des Arabes en avaient laissé sur le sol. On

[ ORFEVRERIE ] — iSll —

a trouvé près de Poitiers, dans un champ, un bout de ceinture d'or qui paraît avoir appartenu à quelques-uns des chefs battus par Charles Martel. Ce bijou, dont la figure 6 bis donne la face, grandeur d'exécution en A et le revers en B, se compose de deux plaques d'or. Celle de la face est repoussée et figure quatre éléphants bizarrement contournés, avec filets granulés soudés et lamelles formant enroulements, également soudées de champ sur le fond (voy. le détail C au double) et frottées par des embrasses. Le dessous B n'est qu'une plaque d'or unie , sur laquelle sont soudés en plein des fils d'or avec embrasses, formant une sorte d'arabesque. Les perles d'or de la bordure, sur la face, avec filets granulés, sont de môme soudées en plein sur le fond. En 1), est tracée la coupe de ce curieux bijou ^ Les éléphants repoussés sur la plaque de devant nous font seuls supposer que cet objet appartenait à quelque chef maure ; car, d'ailleurs, sa fabrication se rapporte à celle des bijoux de cette époque, dont forigine occidentale ne saurait être douteuse.

Les objets dont nous venons de parler, exécutés en or ou en cuivre, appartiennent à une fabrication exceptionnelle, de choix. Cependant les orfèvres livraient à leurs clients des pièces très-ordinaires , d'un prix peu élevé, obtenues par des moyens beaucoup plus simples ; et c'est cette falirication vulgaire qui donne partout et toujours la valeur relative d'un art. Aujourd'hui, avec quelques soins et beaucoup d'argent, on arrive à produire en orfèvrerie des objets d'une grande valeur comme travail; mais à quel degré d'abaissement et de vulgarité la fabrication à bon marché n'est-elle pas tombée? Il suffit, pour se convaincre de cette triste vérité, de visiter nos églises, remplies d'objets d'orfèvrerie du plus pauvre goût et d'une exécution barbare autant (jue prétentieuse.

De même que beaucoup de petites communes prétendent faire bâtir une cathédrale avec une somme de 100 000 francs, et pussèdent ainsi des édifices de carton, d'une apparence misérable sous leurs formes prétentieuses; de môme le mobilier d'orfèvrerie qui garnit les autels est-il indigne de l'objet, non par sa simplicité, mais au contraire par une aifectation de richesse qui prétend cacher les moyens de fabrication les plus économiques et les plus opposés à cette apparence même. Ces temps barbcœes du moyen âge ne procédaient pas ainsi, et chaque mode de fabrication était en rapport avec la somme affectée à f acquisition de l'objet.

' Ce bout de ceinture l'ait partie de la collection des bijoux du musée de Cluny^ catalogué sous le n" 3410.

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Prenons un exemple : Voici , figmre 7 , un fragment d'une croix qui appartenait à l'abbaye de Jouarre K La décoration d'orfèvrerie se compose de lames minces de cuivre gravées, clouées sur une âme

de bois. Des médaillons cloués, à fond d'émail, avec ligurines rapportées en cuivre fondu, représentent, au centre, le Christ assis, avec les symboles des quatre évangélistes.

Il s'agissait évidemment ici d'obtenir une febrication économique.

1 Cette croix est aujourd'hui en la possession de M. de Cliarnacé; elle date de la seconde moitié duxu'^ siècle. La partie que nous donnons est le revers du croisillon supérieur. (Voyez, pour l'ensemble, les Monuments de Seine-et-Marne par MM. Aufauve et Fichot.)

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Or, les chatons de verres colorés qui décorent cette croix ne sont maintenus que par des trous faits dans les plaques de cuivre ; trous dont les bords sont légèrement relevés en façon de bâtes, et ibrment ainsi une sertissure très-économique (voy. la section A) ; les plaques dorées sont simplement gravées au burin et les clous restent apparents. On fabriquait beaucoup de ces objets en feuilles de cuivre gravées ou étampées et clouées sur du bois, et ce procédé fut employé jusqu'au xvf siècle. L'étampage se faisait dans des matrices de cuivre fondu et trempé ou de fer gravé, ou embouti, à la manière des coins, sur un modèle d'acier. Quand l'artiste voulait obtenir un travail plus délicat, il retouchait les feuilles étampées au burin émoussé, ou les gravait à l'échoppe sur quelques parties.

Le procédé de l'étampage était employé dans la fabrication d'objets moins ordinaires. Il existe, dans le trésor de la cathédrale de Reims, un rehquaire en forme de monstrance, dit reliquaire de saint Sixte et saint Sinice, qui présente à peu près tous les procédés de fabrication adoptés au commencement du xiif siècle. La planche XXXV donne l'ensemble de ce rehquaire. Les pattes sont fondues ; le pied,

la tige avec sa bague, sont faits au repoussé et à l'étampe; la partie supérieure, inchnée, est presque entièrement ciselée au burin et ornée de pierres embâtées. Autour du pied, fait au repoussé, sur l'orle horizontal, sont rapportés des ornements étampés par pièces soudées sur le fond. La figure 8 donne, grandeur d'exécution, un de ces ornements juxtaposés. C'était, comme nous l'avons dit, au moyen d'une matrice que cet ornement était obtenu. L'ornement de la tige qui est au-dessous de la bague est fait au repoussé, et les feuilles qui se recourbent sur cette embase sont rapportées et soudées. Quant à la bague (fig. 9), elle se compose d'un fond uni repoussé, sur lequel ont été soudés six médaihons saillants obtenus par une matrice ;

Orfèvrerie Pl. 35

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