‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 3)Chapitre 70 sur 168 · MONSTRANCE · texte numérisé non relu

MONSTRANCE

puis les feuilles A et B, repoussées, ont été soudées à leur base Autour de la seconde bague C repoussée, ont été de même soudés

rieur, qui renferme les reliques, est fait de feuilles épaisses de cuivre , gravées, ciselées et dorées. La figure iO donne la ciselure,

' Cette figure 9 est aux deux tiers de l'exécution.

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o-randeur d'exécution, de l'un des six lobes. La ciselure ne consiste pas qu'en un trait buriné; elle présente un certain modelé vif, net, d'un excellent effet. Cette monstrance, remarquable par le style et la composition, est obtenue, au total, par des procédés de fabrication très-simples. Grande liberté dans l'emploi des moyens parfaitement appropriés à la place. Les pattes, qui doivent offrir de la résistance, sont les seules pièces fondues ; le repoussé et l'étampé sont réservés pour le piédouche et la tige, puis la ciselure pour la partie la plus précieuse. Et en effet, la ciselure accompagne mieux bîs pierres que ne peut le faire le travail au repoussé, toujours un peu flou, lorsqu'il n'est pas retouché au burin..

11 était très-aisé d'étamper de petites pièces d'un faible relief; il suffisait d'un ou deux coups de mouton, si le métal était mince ,^ — et ces petits étampages sont toujours faits dans des feuilles d'or, d'argent ou de cuivre de l'épaisseur d'une coquille d'œuf. — Mais les orfèvres ne se bornaient pas cà étamper des ornements très-plats. On fabriquait, pour les objets ordinaires, des figurines à l'aide de matrices d'un relief considéral)le, mais ayant toujours de la dépouille, c'est-à-dire pouvant sortir du creux. Beaucoup de châsses sont décorées de statuettes obtenues par ce procédé simple et expéditif ; quelques burinages faits sur les vêtements donnaient seuls de la variété à ces figures frappées dans la même matrice à l'aide du mouton. Parfois aussi les orfèvres des xif et xiif siècles fabriquaient^ des pièces embouties. L'emboutissage consiste à revêtir un modèle d'une feuille de métal mince à coups de marteau et de poinçon de bois ou de fer émoussé^ jusqu'à ce que cette feuille adhère à tous les reliefs et creux de ce" modèle. Pour ce faire, on fondait en cuivre un modèle, en ayant la précaution de le tenir plus maigre et plus sec que ne devait l'être l'ornement ou la figure. On trempait ce modèle pour lui donner de la dureté, et l'on procédait comme il vient d'être dit. La feuille de métal surappUquée, si mince qu'elle fût, ajoutait du (/ms au modèle. Ces emboutissages sont toujours retouchés par de la gravure faite, non à l'échoppe, qui aurait percé le métal, mais au burin émoussé : ainsi, cette gravure n'intaihe pas, mais repousse elle-même la feuille métaUique. Elle n'était pas faite d'ailleurs sur cette feuille pendant qu'elle était superposée au modèle, mais sur un remphssage de résine ou de plomb qui remplaçait ainsi le modèle, en offrant plus de souplesse. C'est ainsi qu'ont été fabriquées les belles figurines du retable de Coblentz , que possède Féghse impériale de Saint-Denis L'ouvrage achevé, on enlevait le plomb

» Voyez le Dictionnaire du mobilier, t. I, Retable.

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(ce qui était aisé, puisque ces objets sont presque toujours de dépouille, et que , d'ailleurs, la feuille métallique était flexible), ou l'on en faisait fondre la résine. Parfois celle-ci est laissée à l'intérieur pour donner de la résistance k l'objet embouti.

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Les orfèvres du xiif siècle étaient fort habiles lorsqu'il s'agissait de souder des pièces étarapées sur un fond, de telle façon que ces

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pièces semblent appartenir à ce fond même. Le trésor de la cathédrale de Sens possède un beau ciboire de vermeil fabriqué par ce procédé. La planche XXXVI donne l'ensemble de ce ciboire, moitié de l'exécution. Les deux valves, celle qui sert de coupe et celle qui forme le couvercle, sont battues chacune au marleau, et présentent identiquement le même galbe. Le bouton avec son col, et le pied avec sa tige, sont rapportés et soudés ; les jolis ornements qui décorent la panse de la valve et du couvercle, du pied et de la boule supérieure, sont étampés et soudés sur le vase. Nous donnons en A, iigure H, l'ornement du bouton supérieur; en B, ceux de la partie saillante du couvercle et de la panse; en C, ceux du bord du couvercle ; en D, de la partie supérieure du couvercle ; et en E, ceux du pied. Ce ciboire était destiné à être suspendu au-dessus de l'aulel, suivant l'usage admis dans beaucoup d'églises cathédrales et abbatiales , jusqu'au xvi" siècle ' . Ce genre de fabrication paraît appartenir spécialement aux orfèvres de la On du xif siècle et du commencement du xiiT'\ Plus tard il n'est guère employé. Les ornements étampés ne sont plus soudés en plein sur les fonds, mais seulement sur quelques points; ils s'en détachent sur beaucoup d'autres, ou bien c'est le fond lui-même qui, repoussé au marteau, forme les ornements en relief. Aussi nous allons laisser un instant ce qui concerne l'orfèvrerie repoussée et étampée, pour nous occuper de la fonte.

L'habileté des fondeurs du xif siècle surpassait tout ce qui a été fait dans l'antiquité et depuis lors. Le beau fragment du grand candélabre de Saint-Remi de Reims % le chandelier du Mans*, quelc|ues encensoirs et candélabres de cette même époque, témoignent de l'adresse avec laquelle ces artisans du xif siècle savaient fondre à cire perdue. Le moine Théophile, dans son Essai sur divers arts s'étend longuement sur la manière de fondre l'encensoir qu'il présente comme un modèle. Les procédés qu'il indique sont ceux emiployés lorsqu'on veut fondre à cire perdue, mais avec un délaîl de précautions qui montre assez combien cette industrie était poussé^e loin. Le fait est que les objets de bronze coulé de cette époque sont remarquablement légers et purs. Le métal est beau , plein , sanis soufflures, et il est difficile de comprendre comment certaines pièces ont pu être obtenues d'un seul jet sans brisures, puisque de parties

' Ce ciboire appartient à la fabrication de la première moitié du xiii'' siècle.

2 Déposé au musée de la ville de Reims.

3 Voyez, dans la partie des Ustensiles, la planche XXIX.

^ Diversarum nrtium Schedu/n, lib. III, cap. LX (xii'' siècle).

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pleines et épaisses se détachent des tigelles, des ornements d'une extrême ténuité. En pareil cas, il arrive que les parties délicates refroidissant beaucoup plus vite que les parties épaisses , il y a des retraits inégaux, et, par suite, des solutions de continuité dans la fonte. Le chandelier du Mans, que notre insouciance pour les objets qui ont une importance sérieuse et pratique a laissé passer en Angleterre, lors de la vente du prince Soltykoflf, est, sous le rapport des procédés matériels, indépendamment de sa valeur comme art, une œuvre prodigieuse. La ciselure ajoute, il est vrai, de la finesse à la fonte; mais celle-ci, visible cependant partout, est d'une délicatesse dont rien ne peut donner l'idée : et cette pièce n'est pas la seule. Nous avons vu des fragments de chandeliers, des bagues de crosse, des chaufferettes à mains, des débris de fines clôtures, qui sont, comme fonte, supérieurs à ce que l'Occident a pu produire depuis lors, malgré les ressources apportées par les perfectionnements modernes. Il est évident que les artistes mettaient à ces ouvrages le temps nécessaire, et qu'aujourd hui c'est sur le temps qu'on cherche à économiser.

Nos musées, à défaut de grandes pièces qui, toutes, ont été fondues à la fin du siècle der-

nier, et même avant cette épo(iue (car les chapitres et les abbayes ont détruit bon nombre de ces objets pour faire faire des ornements nouveaux possèdent une assez grande quantité de pièces de fonte arrachées à des châsses ou des meubles.

Ces fragments suffisent à donner l'idée de l'art du fondeur appliqué à l'orfèvrerie pendant le moyen âge. Nous allons en présenter (|uelques-uns.

La figure 12 est une des pièces de fonte qui décorent les coins de la couverture de la Bible de Souvigny^ La ciselure est venue ajouter

' On met sur le compte de la révolution toutes les destructions. Certes on détruisit, à celte énoque, bon nombre d'objets inestimables; mais ce n'est pas la révolution qui commença l'œuvre du vandalisme, elle était fort avancée à la fin du dernier siècle.

2 Musée de la ville de Moulins.

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quelques linesses à cette pièce délicate, notamment pom^ figurer les poils et la ceinture de la Chimère. Les écoinçons sont gravés avec une rare précision. Notre dessin est de la grandeur de la plaque, dont le profil est tracé en A. Cet objet date duxii' siècle. La figure 13 est une des trois parties du pied de la croix orientale qui appartient

aux religieuses de Notre-Dame, à Namur, et qui provient de f ancienne abbaye d'Ognies, située près de cette ville. La croix de vermeil est évidemment de fabrication orientale ; elle lut montée à la lin du XII' siècle, ou au commencement du xiii' siècle, sur un pied fondu d'un beau travail, dont notre gravure donne un fragment \ La ciselure ne fait ici que raviver les détails ; elle est plutôt un burinago qu'une retouche de la fonte. Or, il faut une main sûre et du goût pour pouvoir ainsi retoucher de la fonte : c'est là un travail d'artiste que les ouvriers de cette époque exécutaient avec autant d'adresse que de sentiment -. Le musée de Cluny conserve quelques beaux morceaux de fonte d'orfèvrerie. Celui que nous donnons ici (fig. l/i)^ et qui représente la création d'Adam, est d'une légèreté de fonte peu commune et d'un assez beau style. Le burin est inter-

' Voyez, pour l'ensciiible de cet objet, les Aiinalas archéologique.^, t. V, p. 318. - La gruviue est aux deux tiers de l'exécution.

3 Grandeur d'exécution, n" 977 du Caluloguc (counucncenient du xiil*^ siècle;.

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venu sur quelques points, notamment pour tracer les détails des arbres et l'inscription : postea factus homo qui dominetur eis. Ces trois derniers objets étaient dorés. Le premier et le dernier seulement appartiennent à la fabrication de Limoges ' ; quant à celui provenant de l'abbaye d'Ognies, il appartient évidemment à la fabrica-

tion rhénane. Ces trois pièces sont d'ailleurs fondues sur cire perdue, et ne présentent, bien entendu, aucune trace de soudure. Mais les orfèvres ne se bornaient pas à la fabrication de ces objets plats ne présentant qu'une face vue. Sur cire perdue, ils obtenaient des fontes ronde bosse et très-ouvragées. Sans parler du chandelier du Mans, qui, comme œuvre de fonte, est une merveille, il y avait à Limoges' cà Arras, à Dinant, des fondeurs très-habiles, même lorsqu'il ne s'agissait pas de pièces exceptionnelles. Les dinanderies, c'est-à-dire les objets de cuivre fabriqués à Dinant, étaient fort estimées, notamment comme fontes. Nous donnons comme exemple de cette fabrication du Nord le pied d'un chandeher pascal (lig. 15) qui appartient a 1 église de Postel et qui date de la fm du xif siècle. Cette fonte est remarquablement pure et n'est que très-peu burinée. Ce pied est

» Les yeux des deux personnages de la lîgure U sont incruslés. Ce sont de petites boules de verre noir.

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