GRANDEUR D'EXÉCUTION
A. MOREL, éditeur.
Tip. G. Sllbemaun, Strasbourg^
tème de modelé se retrouve. Ces parties réservées du métal devant être dorées, il fallait leur laisser leur éclat, et n'obtenir une sorte de modelé que par une succession de traits rapprochés, fins, qui laissaient voir entre eux des surfaces brillantes. On obtenait ainsi un ton qui ne détruisait pas la qualité brillante de l'or. Quand, au XTii' siècle, on fabriqua une grande quantité de vitraux couvrant d'énormes surfaces, il ne fut plus possible d'exécuter les verrières à l'aide de procédés aussi longs et demandant des soins minutieux ; on remplaça la multiplicité des hachures par de larges traits fortement accusés. De même, dans l'art de l'émaillerie, les artistes cessèrent d'employer le mode des hachures ou tailles rapprochées, déliées, et le système des larges traits prévalut. C'était plus expéditif, et l'effet décoratif était peut-être plus saisissant. Bien mieux, dans les œuvres de l'émaillerie champlevée du xii' siècle, l'émail arrive jusqu'au bord de la forme que doit donner le dessin ; l'émail dessine exactement cette forme, et la gravure, faite à l'intérieur, lui donne une sorte de modelé. Ainsi, pour les léopards de l'écu de Geoffroy (fig. 22), on voit que l'émail sertit exactement le contour de l'animal, et que le trait n'apparaît plus que pour accuser les formes comprises entre ce contour. Au xiii' siècle, il n'en est plus ainsi. Ce procédé demandait trop de temps au champleveur et exigeait un soin extrême, quand il s'agissait de poser et de faire fondre l'émail, afin qu'il pût complètement sertir le contour. Alors l'artiste grave le trait du contour, et le champleveur intaille le métal à une certaine distance de ce trait, en évitant les aiguïtés, les remplissages trop délicats. Ces divers procédés donnent donc le moyen de classer les émaux. Tant que l'émail vient border exactement le contour des épargnes du métal, on peut ranger les émaux dans la fabrication du xif siècle; mais lorsque cet émail s'éloigne du trait, on peut considérer la pièce d'émail comme appartenant à la fabrication du xiir siècle.
La planche XLII expUque ce que nous disons.
Voici en A un émail qui date des dernières années du xif siècle ou des premières du xiii' * : on voit qu'ici l'émail cerne le dessin de l'arabesque, et que celle-ci n'est dessinée que par un trait léger à l'intérieur des tigelles. Cet émail est d'ailleurs très-fin. En B, le trait est déjà à une certaine distance du fond émaillé \ Le champleveur a respecté ce trait: c'est un ouvrier, ce n'est plus un artiste, et il se
' Du musée de Chiny (grandeur d'exécution;. De la châsse de saint Taurin d'Évreux, -1240 environ (grandeur d'exécution).
contente de faire l' intaille de façon à ne pas laisser des angles trop aigus, des parties Irop déliées, qui présenteraient des difficultés à
l'émailleur. En G, le champleveur a évidé le métal loin du trait, en supprimant toutes les intailles qui auraient demandé des soins à
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS
To]m 2 OrfiwreneK.XUIl.
r^rressedel Yiolkl-le Duc,Dir^ ievie hlh.