‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 4)Chapitre 16 sur 48 · LAMPES) ER · texte numérisé non relu

LAMPES) ER

LAMPESIER, LAMPIER {lampe)'. S'entendait, au moyen âge, comme lustre portant de petits godets dans lesquels on versait de l'huile et qui étaient munis de mèches. Ce meuble se fabriquait en argent, en cuivre, en fer ou en bois. Il consistait généralement en un cercle d'un diamètre plus ou moins grand, en raison du nombre de godets que l'on voulait placer, suspendu par une ou plusieurs chaînes, ordinairement trois. On avait, dans les églises, des lampiers qui, lorsqu'ils contenaient un grand nombre de godets, étaient désignés sous le nom de couronne de lumières ou de roue. Le clocher central de la grande église abbatiale de Cluny était appelé le clocher des lampes, parce que sous sa voûte était suspendue une couronne de lumières. C'est, de toute antiquité chrétienne, une manière d'honorer Dieu que de placer des lumières dans son église. « La lumière qui est allumée dans l'église, dit Guillaume Durand dans son Rational, est la figure du Christ, selon cette parole : « Je « suis la lumière du monde », et Jean dit : « Il étoit la lumière véri- « table qui illumina tout homme venant en ce monde. » Et les lampes de l'Église signifient les apôtres et les autres docteurs, par la doctrine desquels l'Église resplendit comme le soleil et la lune, et dont le Seigneur a dit : « Vous êtes la lumière du monde », c'est-àdire : Vous donnez les exemples des bonnes œuvres. C'estpourquoi, en les avertissant, il leur dit : « Que votre lumière luise devant « les hommes. » Et c'est d'après les ordres du Seigneur que l'église est éclairée; et voilà pourquoi on lit dans l'Exode : « Ordonne « aux fils d'Aaron de m'offrir l'huile la plus pure que l'on tire des « olives, afin que la lampe brûle toujours dans le tabernacle du « témoignage »

« « Item trois lampiers d'argent pendans devant la grant porte. » (Invent, de la sainte Chapelle de Paris, 1376, Bibl. imper. — « Lampadarium, candelabrum sustinendis « lampadibus in Ecclesiis. » (Bulle d'Innocent VIII : voy . du Cange, Gloss.) Dans l'antiquité romaine, toutefois, les mots « lampadarius, lampas » , s'appliquaient dans certains cas, non point à des luminaires contenant de l'huile, mais à des candélabres portant des bougies de cire.

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Il était d'usage, autrefois comme aujourd'hui, de maintenir au moins une lampe allumée devant l'autel, et, pendant les fêtes solennelles, de garnir un grand nombre de lampes de godets et de bougies de cire, non-seulement dans l'enceinte des églises, mais môme dans les rues. Cet usage avait été pratiqué dans les églises de Byzance dès les premiers siècles du christianisme, et Sainte-Sophie se distinguait entre toutes les églises de la capitale de l'empire d'Orient par son riche luminaire *. En Occident, nous voyons que des rentes fixes et des revenus fonciers étaient affectés à l'entretien du luminaire dans les églises abbatiales, collégiales, paroissiales et dans les cathédrales. A en juger par l'importance de ces dotations, le luminaire des églises devait être autrefois très-considérable. Les lampiers étaient vulgairement fabriqués en cuivre doré, enrichis d'émaux, de boules de cristal, de dentelles découpées dans le métal, de pendeloques, que rehaussait encore l'éclat des lumières. En Orient, il existait des lampiers en forme de navire contenant un grand nombre de lumières ; le mât était terminé par une croix 2.

Il n'existe plus en France une seule de ces lampes, qui se trouvaient encore, avant la révolution du dernier siècle, en grand nombre dans nos églises; tout a été jeté au creuset ou détruit. Nous n'en pouvons connaître la forme que par quelques descriptions assez vagues ou des représentations peintes ou sculptées. Nous sommes donc forcés d'avoir recours à ces renseignements. Toutefois on voit encore, dans l'église d'Aix-la-Chapelle, une couronne de lumières donnée par l'empereur Frédéric Barberousse, qui peut passer pour une œuvre des plus remarquables et des plus complètes du moyen âge, sous le double rapport du goût et de l'exécution ; le travail en est occidental, et nous semble plutôt avoir été exécuté de ce côté-ci du Rhin qu'au delà. Cette couronne se compose, en plan horizontal, de huit segments de cercle retenus par huit chaînes se réunissant en quatre; aux points de rencontre des arcs de cercle et au sommet de chacun des arcs, sont des lampes ajourées, autrefois garnies de statuettes d'argent 3 ; deux bandes de cuivre gravées, formant les lobes de la couronne, rappellent en vers latins le don de l'empereur. Outre les lampes, quarante-huit bobèches permettaient

1 Paul le Silenliaire, Descript. de Sainte-Sophie,

2 Ibicl. — Voyez la savante dissertation du R. P. Cahier, dans les Mélanges ^archéologie, Vol. III, p. 1, sur la couronne de lumières d'Aix-la-Chapelle.

3 L'invasion française fut cause que ces statuettes, ainsi que la dentelle d'argent qui garnissait le milieu des bandes de cuivre, ont été enlevées.

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de placer des cierges sur la crête à jour de la couronne. Toute la richesse de ce lampier est obtenue au moyen de gravures sur le cuivre, lesquelles sont remplies d'un mastic brun formant comme un ouvrage niellé. Les chaînes sont alternativement composées de boules, de chaînons et de petits cubes aux points de rencontre. Les

gravures détaillées que les RR. PP. Martin et Cahier ont données de cette couronne de lumières dans les Mélanges archéologiques 1 nous dispenseront de nous étendre davantage sur ce précieux objet.

La cathédrale de Tout possédait encore, dans le siècle dernier,

1 Vol. m.

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une énorme couronne de lumières en avant de l'ancien maître autel, qui passait pour être d'argent et d'or (probablement de cuivre doré). « La bande circulaire de la couronne, haute de 0"',"22 environ, était garnie des statuettes des douze apôtres, ayant entre chacune d'elles huit girandoles. L'évêque Pibon, qui avait donné cette couronne à la cathédrale, au commencement du xne siècle, y avait t'ait graver des vers de sa composition. Douze chaînes de cuivre réunissaient le cercle à une chaîne plus forte , également de cuivre 1 . »

L'église abbatiale de Saint-Remi de Reims avait aussi, avant la révolution, sa couronne de lumières, dont il ne reste qu'un assez médiocre dessin dans un manuscrit de la fin du xvic' siècle*. Ce dessin est cependant assez précis pour permettre de donner une idée de ce que devait être ce grand lampier portant à la fois, comme la couronne d'Aix-la-Chapelle, des lampes et des cierges. Nous le reproduisons ici (fig. 1). « C'est, dit l'auteur du manuscrit, le portraict « de la couronne qui est au millieux du chœur de ladicte esglise de

1 Morel, Notice sur la cathédrale de Toul.

2 Voici le titre de ce curieux manuscrit : Recherches de plusieurs singularités par Françoys Merlin, contrôl. gén. de la maison de feu Mad. Marie, Eliz., fille unique du feu roy Charles dernier que Dieu absolve. Portraictes et escrites par Jac. Cellier , demouranl à Reims. Commencé le 3e jour de mars 1583 et achevé le 10e sept. 1587. Biblioth. impérv S. F., n° 153.

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« Sainct-ReiTiy, laquelle a esté mise en cest endroict en l'honneur et « souvenance de l'âage dudict patron qui vescut HII" xvj ans, par- « tant y a le tour IIIIXX et xvj cliierges. » Cette couronne se divisait en douze lobes ou segments de cercle séparés par autant de lanternes; elle paraît avoir été fabriquée pendant le xn siècle. Chaque lobe portait huit cierges sur de petites bobèches terminées par une pointe ; c'était donc en tout quatre-vingt-seize cierges.

Le plan (hg. 2) indique comme étaient disposées les chaînes,

composées de douze tringles aboutissant à quatre, puis à une seule chaîne. Ainsi que la couronne d'Aix-la-Chapelle, le lampier de Saint- Remi présentait des figures découpées à l'entour des tourelles contenant les lampes (fig. 3). Les RR. PP. Martin et Cahier, et M. de Caumont, considèrent les couronnes de lumières suspendues aux voûtes des églises comme des représentations de la Jérusalem céleste. En effet, cette opinion est confirmée par les inscriptions gravées ou émaillées autour de ces phares.

A Hildesheim, il existe encore deux couronnes de lumières fort

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belles. « L'une d'elles, la plus grande, dit M. de damnent1, remonte « à l'évoque Hézilon. Elle se compose de cercles d'un très-grand « diamètre, portant des tours et des flambeaux de cuivre doré sur « lesquels se lisent des inscriptions émaillées : la dentelle du pour- « tour était d'argent. Les douze tours attachées sur les cercles de « métal, comme dans la couronne d'Aix-la-Chapelle, logeaient cha- « cune quatre statuettes d'argent représentant des personnages « de l'Ancien Testament et les personnifications des Vertus, ce que « prouvent les noms qu'on lit encore sur ces tours. Au milieu des « espaces compris entre les tours se trouvent des niches qui portent « les noms des douze apôtres, preuve qu'elles en renfermaient les « statuettes. Il y aurait donc eu soixante statuettes dans les niches « et les tours qui garnissent les cercles de cette grande couronne. « On croit que les lampes étaient superposées aux tours : d'une (( tour à l'autre, six flambeaux portaient des cierges ; il y en avait

« en tout soixante-douze La seconde couronne de Hildesheim se

« trouve dans le chœur de la cathédrale. On la fait remonter au mi- « lieu du xie siècle....; mais elle est moins grande <( que celle de la nef, et les espaces compris entre « les tours ne portaient que trois flambeaux, de a sorte qu'il n'y en avait que trente-six au lieu « de soixante-douze dans le pourtour. Les tours « ou niches renfermaient quarante-huit statuettes « de bronze, qui n'existent plus 2. »

Les lampiers, couronnes ou phares, n'avaient pas toujours ces dimensions considérables, et il en était beaucoup qui ne portaient qu'une seule lampe : celles-ci sont encore plus rares que les grandes couronnes, s'il est possible ; leur peu d'importance les a fait supprimer depuis longtemps dans les églises. Il nous faut avoir recours aux vignettes des manuscrits, aux vitraux ou aux bas-reliefs, pour pouvoir nous rendre compte de leur disposition et de leur forme.

Les petits lampiers à une seule lampe étaient habituellement suspendus au-dessus des autels, et leur forme la plus vulgaire est celle reproduite dans la fig. h 3. Quelquefois la lampe est placée au milieu

1 Voyez le Rapport de M. de Caumont sur les couronnes de lumières de Hildesheim {Bull, monum., vol. XX, p. 289).

2 Voyez, dans le même rapport, un croquis de cette seconde couronne, fait sur une gravure de M. le docteur Kratz.

a Du bas-relief de la porte Sainte-Anne, à Notre-Dame de Paris, xnc siècle.

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