QUARREL
« bres1 Pour pièce et demie de samit vert baillé audit Thomas
« pour couvrir les 6 petis quarreaux de ladite chambre (du roi),
« les deux grans quarreaux de l'oratoire i Pour une pièce et
« demie de cendal de grainne, et une pièce de toille vermeille, «baillées audit Thomas pour recouvrir 3 grans carreaux, appor-
« tés de par devers Monseigneur le Dauphin le vif jour de fé- « vrier CCCL1, pour recouvrir, c'est assavoir les deux de son ora-
« toirc, et un autre pour les nappes 3 » Ces derniers carreaux
ne sont, à proprement parler, que des coussins d'étoffe et n'étaient pas montés sur châssis de bois ; car, à dater du xive siècle, on paraît
avoir abandonné les carreaux sur pieds ou sur cadre pour les sacs d'étoffe rembourrés de laine ou de plume. Ces derniers carreaux se posaient sur les meubles, bancs, formes, chaires, escabeaux, lits; par terre, sur les nattes et les tapis, dans les litières et les chariots de voyage.
1 Compte de Geoffroy de Fleury (Comptes de l'argenterie des rois de France au xive siècle, publ. par L. Douët d'Arcq).
2 Compte d'Estienne de la Fontaine (ibid. ).
3 lbid.
Su
RÉCHAUD, s. m. Sorte de récipient de tôle ou de fer forgé à jour, dans lequel on plaçait de la braise allumée pour chauffer l'intérieur des appartements. Ce meuble était le plus ordinairement monté sur roulettes ; on remplissait le récipient de braise en dehors de l'appartement, et lorsque celle-ci était incandescente, qu'elle avait ainsi perdu la plus grande partie des gaz incommodes, on roulait le réchaud dans la pièce que l'on voulait chauffer. On se sert encore, en Italie et en Espagne, de meubles analogues à nos réchauds du moyen âge : ce sont des cuves de tôle ou de bronze, posées sur un trépied, et que l'on remplit de braise et de cendres chaudes. Dès le xie siècle, dans les abbayes, on avait d'immenses réchauds de fer forgé dont le fond et les côtés formaient une sorte de grillage ; sous cette caisse à jour était une plaque de tôle avec rebords, pour recevoir les cendres, et montée sur quatre roues ; une flèche ou timon permettait de traîner ce brasier à travers les dortoirs, avant l'arrivée des moines, et répandait de la chaleur dans les vastes salles. On en avait dans les bibliothèques et dans les sacristies , pour permettre aux prêtres de se chaufïèr les doigts avant d'aller à l'autel ou lorsqu'ils en revenaient. Au xie siècle, beaucoup d'églises abbatiales de la Bourgogne et du Midi étaient dépourvues de vitraux, les fenêtres, assez étroites et dont les ébrasements étaient coupés en biseau à l'extérieur et à l'intérieur, ne permettaient pas au vent de s'engouffrer dans l'intérieur ; mais lorsque les moines venaient, en hiver, chanter les matines et qu'ils restaient dans leurs stalles depuis une heure après minuit jusqu'au lever du soleil, ils devaient, malgré leurs épais vêtements, souffrir cruellement du froid. En sortant du chœur, ils se rendaient au chauffoir: c'était une pièce attenante au cloître et autour de laquelle on plaçait plusieurs réchauds remplis de braise incandescente. Avant d'aller vaquer à leurs travaux du jour, les religieux pouvaient chauffer devant ces brasiers leurs membres engourdis par le froid de la nuit. Dans les châteaux, clans les palais, avant le xme siècle, époque pendant laquelle on établit des cheminées dans toutes les pièces importantes, ces réchauds roulants étaient fort usités. Il y a quelques années, on voyait encore un de ces ré-
chauds dans une des salles de l'ancien archevêché de Narbonne, et, quoiqu'il fût en fort mauvais état, on pouvait cependant se rendre
compte de sa construction. Nous en donnons (fig. 1) le dessin. Ce meuble paraissait appartenir au commencement du xme siècle. Le manuscrit d'Herrade de Landsberg, de la bibliothèque de contient une vignette 1 dans laquelle est figuré un
Strasbourg ,
Saint Pierre, interrogé par la servante, renie son maître.
réchaud disposé pour se chauffer les mains ; il est monté sur quatre pieds, niais sans roulettes. La figure 2 est une réduction de cette vignette.
L'art de la serrurerie forgée était poussé très-loin pendant les xir et xmc siècles, et ces meubles de fer devaient être, dans les châ-
teaux ou les riches abbayes, fort beaux comme ouvrage de forge. Quelquefois même les panneaux à jour dont ils se composaient étaient de fonte de fer. Il existe encore, dans les magasins de l'église
de Saint-Denis, une de ces plaques de 1er délicatement fondue et qui
appartient au xnf ou au xiyc siècle; c'est une suite de quatrefeuilles à jour formant le compartiment indiqué fig. 3.
Les sacristies des églises possédaient toutes des réchauds, comme encore aujourd'hui, pour fournir de la braise allumée aux thuriféraires ; ces réchauds n'étaient ordinairement qu'un bassin avec poignées garnies de bois, posé sur un trépied. Quelques églises possèdent encore des débris de ces meubles, qui disparaissent tous les jours pour être remplacés par des objets d'une forme le plus souvent barbare. On trouve un de ces réchauds dans la sacristie de l'église de Saint-Pierre de Beauvais : il est carré (fig. li), posé sur quatre pieds à roulettes, et est surmonté d'un petit toit destiné à condenser la vapeur de la braise. La hauteur des pieds, qui n'est que de 0m,/i0, indique assez que ce réchaud n'était pas fait pour
se chauffer les mains, mais pour mettre la braise au niveau de la capsule de l'encensoir que le thuriféraire tient de la main geuche ; de la droite, au moyen des pincettes suspendues à l'une des consoles, il choisissait les morceaux de charbon rougis qu'il devait jeter dans la capsule. Une petite pelle longue et fine servait à retourner les cendres pour trouver la braise enfouie. Deux poignées, placées de manière que la chaleur du brasier ne pût les échauffer, permettaient de transporter le réchaud, fort léger, sans être obligé de
le l'aire rouler, et d'aller le remplir de sa braise. Ce meuble dale du xve siècle; il est finement forgé *.
On fabriquait aussi, pendant le moyen âge, de petits réchauds propres à l'aire chauffer de l'eau. C'étaient ordinairement des cylindres de tôle ou de terre cuiLe, ou des cônes tronqués, creux et percés de trous, alin d'activer le feu. Un chapiteau de métal portait la bouilloire ; le tout était posé sur un plateau de terre cuite. Voici un de ces petits meubles (fig. 5) 2, avec la pelle servant à retirer les cendres du fourneau.
RELIQUAIRE, s. m. (phylactère; philatière). Nom que l'on donne à tout meuble contenant des reliques de saint. Il y avait des reliquaires de toutes formes, de toutes matières et de toutes dimensions. Il faut cependant distinguer le reliquaire de la chasse. La châsse contient un corps-saint : c'est le cercueil. Le reliquaire est le vase, le coffre, le meuble enfin dans lequel on renferme, soit une partie d'un corps-saint, soit un objet sanctilié. Ainsi on ne pourrait dire que la couronne d'épines de Notre-Seigneur fût renfermée dans une chasse, mais dans un reliquaire.
Dans l'église de l'abbaye de Saint-Denis en France, la châsse renfermant les ossements de saint Louis était déposée derrière l'autel matutinal, ce qui n'empêchait pas le chapitre de la sainte Chapelle de Paris de posséder un reliquaire contenant le chef du saint roi. On comprend dès lors que, pendant le moyen âge, si le nombre des châsses était limité par le nombre des corps-saints, il n'en était pas de môme des reliquaires, puisque la possession d'une parcelle d'un de ces corps, ou d'un morceau d'étoffe, ou d'un objet ayant appartenu à un saint, obligeait le possesseur à faire faire un reliquaire. Aussi n'essayerons-nous pas de donner un catalogue, même trèssommaire, des principaux reliquaires du moyen Age. Non-seulement les trésors des abbayes, des cathédrales et même des églises paroissiales en possédaient en quantité innombrable, mais les oratoires des princes ou des seigneurs en étaient garnis. Les particuliers mêmes avaient des reliquaires dans leurs maisons. La plupart de ces meubles, grands ou petits, richement ornés ou simples, étaient faits de métaux précieux, ou tout au moins de cuivre ou d'ivoire. Il y avait cependant des reliquaires de bois précieux, de cristal et
1 Ce réchaud est gravé dans le Bulletin du Comité des art* de la France, années 1853, 185/1, n° 3.
2 Manuscr. de la Bibliolh. impér., fonds Lavallière, n° h!i. Proverbes, adages, allégories, portraits, xve siècle.
même d'étoffe, On donnait aussi le nom de phylactères aux reliquaires. Guillaume Durand décrit ainsi les phylatteria : « C'est un « petit vase d'argent ou d'or, ou de cristal ou d'ivoire, ou d'autre <( matière aussi précieuse, dans lequel sont enfermées les cendres « ou les reliques des saints. Or, comme Elindius appelait les fidèles « cendreux (cinericios) , à cause de ce qu'ils conservaient ces « cendres, il fut établi dans l'Eglise, contre son avis, qu'on les gar- « derait d'une manière honorable dans de précieux petits vases ; et « ce nom est tiré de wKâxTzi-j, garder, et de tcPov, une extrémité, a parce que dans ces vaisseaux on garde un fragment de l'extrémité a du corps des saints, comme, par exemple, une dent ou un doigt,
« ou quelque chose de semblable 1 »
Eginhard parle de saintes reliques transportées dans des sacs de soie déposés dans des coffres de bois; c'est de cette manière qu'il fait venir de Rome à Séligenstadt les restes des saints Marcellin, Pierre et Tiburce. La translation de ces reliques, longuement décrite par cet auteur, et pleine de détails curieux, fait ressortir l'importance que l'on attachait alors à la possession des corps-saints, de quels soins et respects on entourait ces restes, et, il faut le dire, du peu de scrupule que l'on apportait dans la manière de se les procurer. Le bénéfice de la possession semblait excuser, aux yeux des personnages les plus respectables, la fourberie et le vol. Il est sans cesse question, dans l'histoire du moyen âge, de reliques dérobées, et dont la possession n'en est pas moins profitable aux larrons, comme si l'intercession des saints était attachée à leurs cendres. On comprend alors avec quelle ardeur on désirait posséder des reliques qui étaient considérées comme de véritables talismans ; comme certains personnages, dont la vie n'était qu'un tissu de crimes abominables, croyaient cependant à l'efficacité de quelques ossements poulies préserver de tout châtiment dans ce monde et dans l'autre ; comment ils s'en entouraient et les portaient même avec eux, croyant que le saint dont ils possédaient un fragment ne pouvait se dispenser de veiller sur leur salut. Cette croyance fit que les reliquaires se multiplièrent à l'infini; si bien qu'à plusieurs reprises le clergé dut s'élever contre un abus qui tenait plus de la superstition que de la véritable foi, et déclarer fausses et sans valeur toutes les reliques dont l'origine n'était pas dûment constatée par l'Eglise3.
1 Hational, Mb. I, cap. m,
2 Saint Thomas d'Aquin examine et discute cette question : Vtrùm suspendere divina verba ad coltum sit illicitum ? Le cardinal Tolet la nomme observantia reliquiarum.
Pendant les xne et xme siècles, les juifs faisaient un véritable trafic de reliques, et contribuaient ainsi à détruire le prestige qui s'attachait aux restes des martyrs. Cependant, jusqu'au xvie siècle, on ne cessa de fabriquer des reliquaires, non-seulement pour les églises, mais pour des particuliers, et il faut dire même que plus la croyance en l'efficacité des précieux restes diminuait, plus on donnait de richesse et d'élégance au contenant; si bien qu'au moment de la Réformation, les reliquaires étaient devenus plutôt des objets de luxe propres à décorer un oratoire que des meubles sacrés.
Non-seulement, pendant le moyen âge, chacun désirait posséder des reliques de quelque martyr, mais on en était venu à porter sur soi des objets auxquels on attachait une vertu particulière : par exemple, l'Évangile de saint Jean pendu au cou clans un tuyau de plume d'oie brodé par les deux bouts et orné de franges de soie, ce qui garantissait d'une infinité de maux; un morceau de verre sur lequel on gravait le psaume 9e ; un rosaire, un scapulaire, une ceinture de saint Augustin, un ceinturon de sainte Monique, un cordon de saint François, ou quelque autre signe de piété, ce qui devait vous préserver de la damnation éternelle et vous assurer les sacrements de l'Eglise à l'article de la mort, eussiez-vous vécu en païen ; ou bien encore des croix faites de certaines manières, des sachets remplis de mots cabalistiques. Tous les théologiens s'élevaient naturellement contre de pareilles pratiques; mais la preuve que le mal était fort répandu, c'est qu'ils ne cessent de s'en plaindre comme étant l'œuvre du démon.
Nous diviserons les reliquaires, en reliquaires de trésors déposés dans les églises, les saintes Chapelles et les oratoires, et les reliquaires portatifs, que l'on portait avec soi ou sur soi. Les premiers sont encore aujourd'hui fort communs; quant aux autres, étant de petite dimension et faits de matières précieuses, ils sont assez rares. Jusqu'au xn° siècle, les reliquaires n'étaient pas aussi nombreux qu'ils le devinrent plus tard, car les églises qui possédaient des corps-saints entiers n'en laissaient pas aisément distraire quelques parcelles. Le culte pour les précieux restes des martyrs avait quelque chose de touchant dans les premiers temps de l'Église, et l'on comprend parfaitement le respect que les populations portaient aux tombeaux, demeurés intacts, des confesseurs de la foi. Mais peu à peu les abbayes, qui la plupart possédaient des corps-saints, soit pour obtenir les bonnes grâces d'un grand personnage, soit pour reconnaître un service signalé, donnèrent des fragments de ces
corps, et il fallut faire des reliquaires pour contenir ces parcelles. Les croisades contribuèrent puissamment à répandre la passion pour les reliques saintes. Tous ceux qui revenaient de Palestine rapportaient quelque fragment sacré ou quelques ossements de saints. Gonstantinople et Venise en vendaient à toute la chrétienté, et fabriquaient les coffres ou étuis de métal, bois ou ivoire qui les contenaient. C'est ainsi probablement que les premiers émaux byzantins, imités plus tard à Limoges, vinrent en France; que les arts de l'orfèvrerie et de la sculpture sur ivoire pénétrèrent en Occident. Cette origine orientale est évidente, elle subsiste longtemps dans ces meubles ou objets sacrés, et lorsque déjà les arts de l'architecture et de la grande sculpture ont pris un caractère franchement occidental. L'orfèvrerie, la sculpture sur ivoire, les émaux, la ciselure sur métaux, les nielles, sont encore empreints des arts industriels de l'Orient au commencement du xiiic siècle, tandis qu'à cette époque l'architecture rejette complètement les traditions d'outre-mer.
Ce qui caractérise les reliquaires fabriqués en Occident particulièrement pendant les xif et xnf siècles, c'est qu'ils affectent à l'extérieur la forme des objets qu'ils renferment : est-ce un crâne, le reliquaire est un buste d'or, d'argent ou de cuivre, reproduisant les traits du saint ; est-ce une côte, le reliquaire se recourbe en suivant les contours de cet os ; est-ce un bras, le reliquaire est façonné en forme de bras vêtu, avec la main bénissant. Tandis que les reliquaires venus d'Orient, pendant les xïic et xiif siècles, sont des coffres, des boîtes plus ou moins riches, mais qui étaient évidemment des objets fabriqués d'avance et dans lesquels on plaçait les reliques envoyées. Jamais ces reliquaires ne retracent en sculpture, ciselure ou émaux, des scènes ayant un rapport avec l'histoire du personnage dont ils contiennent les restes, et quelquefois môme ce sont des scènes profanes qui entourent la boîte sacrée.
Le plus ancien et le plus précieux de tous les reliquaires vénérés pendant le moyen âge est le saint Graal.
Nous n'entreprendrons pas, après MM. Paulin Paris, Le Roux de Lincy et Francisque Michel, de dire quelque chose de neuf sur la légende du saint Graal. Le saint Graal est le vase qui servit à Jésus- Christ pour célébrer la cène 1 , et dans lequel Joseph d'Arimathie
i « Leenz eut un veissel moult gent,
« Où Criz feisoit son sacrement ;
(Le Roman du saint Graal, vers 395, man. delà Bibl. impér., fonds Suint-Germain, n° 1987.)
[ RELIQUAIRE ] — 2î'â —
recueillit des gouttes du sang de Notre-Seigneur après la passion. Ce vase passa, dit la légende, des mains de Joseph d'Arimathie, qui vécut plus de deux siècles, en celles de son neveu, nommé Alain. L'histoire de ce précieux vase a fourni le sujet de plusieurs romans pendant le moyen âge.
Après cette relique, celle de la vraie croix occupe la première place. Découverte par sainte Hélène, elle fut transportée à Constantinople, et, de là, des fragments plus ou moins considérables furent donnés à la plupart des princes de la chrétienté. La sainte Chapelle de Paris en possédait plusieurs morceaux enfermés dans un étui fabriqué à Byzance.
Jérôme Morand, dans son Histoire delà sainte Chapelle, donne une gravure assez bien exécutée de ce reliquaire, dans lequel étaient incrustées trois croix à doubles branches, une grande et deux petites. Saint Louis avait acheté la sainte couronne d'épines de Baudouin de Gourtenay, empereur de Constantinople; il lui fit faire un magnifique reliquaire d'or, qui existait encore dans le trésor de la sainte Chapelle en 1789, et dont nous possédons une assez belle copie coloriée dans le manuscrit des Heures d'Anne de Bretagne. Ce reliquaire était en forme de couronne royale, avec les douze apôtres dans des niches sur le cercle ; un cylindre de cristal entrant dans le cercle renfermait la relique; le tout était porté sur un pied. Si le reliquaire fut fondu en 1792, la relique fut conservée; elle est aujourd'hui déposée dans le trésor de la cathédrale de Paris !. Parmi les reliquaires les plus célèbres, il faut encore signaler celui qui contenait la tunique de la sainte Vierge, appartenant au trésor de la cathédrale de Chartres, et qui avait été donné à celte église par (maries le Chauve, en 876.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les formes données aux reliquaires pendant le moyen âge sont très-variées ; les plus anciens sont ordinairement des coffres de métal ou d'ivoire, quelques-uns sont façonnés en forme détours ou ressemblent assez à une lanterne. Le trésor de Conques possède encore un reliquaire de ce genre, de bois recouvert de feuilles de cuivre et d'argent. Carré à sa base, il arrive à l'octogone au moyen de pans coupés, comme certains clochers du Limousin ; sa partie supérieure est à jour. Les Annales archéologiques de M. Didron ont donné une très-bonne gravure du reliquaire de Conques, accompagnée d'une notice à laquelle nous ne
1 Le reliquaire de la sainle Chapelle a été rétabli depuis peu. et est renfermé dans le trésor de Notre-Dame de Paris, où chacun peut le voir.
pouvons mieux faire que de renvoyer nos lecteurs S Une inscription constate que ce reliquaire fut donné par l'abbé Bégon,qui gouverna le monastère de Conques de 1099 à 1118. Le musée de Cluny possède un fort beau reliquaire en forme de coffre, qui appartient aux dernières années du XIe siècle; il est connu sous le nom de châsse de saint Yvet, et provient de l'abbaye de Braisne. Ses faces et son couvercle sont sculptés clans des plaques d'ivoire. Les ligures qui l'entourent représentent : sur l'une des grandes faces, les trois mages,
un ange thuriféraire, la Vierge et le Christ avec saint Joseph et saint Siméon ; sur la face opposée, le Christ bénissant, saint Pierre etsaint Paul ; puis, à droite, saint André, saint Thomas, saint Jacques, saint Jude, saint Barnabé et saint Barthélémy ; à gauche, saint Jean, saint Jacques le Mineur, saint Philippe, saint Mathias, saint Mathieu et saint Simon ; sur le couvercle, du côté de la Vierge, Moïse, Isaïe, Jacob, David, Salomon et Aaron ; du côté du Christ, Jérémie, Samuel, Boboam, Balam, Abraham et Daniel ; au-dessus des petites
1 Tome XVI, p. 277.
laces, à la droite du Christ, Adam, Noc et les archanges Michel et Gabriel ; à sa gauche, Jessé, Jonas et les archanges Raphaël et Jérubin.
Nous donnons (fig. 4) l'ensemble de ce reliquaire, et (fig. 2) un détail de la sculpture sur ivoire. Le reliquaire de saint Yvetn'a pas,
ainsi qu'on peut en juger, une destination spéciale: c'est un coffret pouvant renfermer quelque objet sacré que ce soit; tandis que les chefs, par exemple, ou bustes de métal renfermant la tête d'un saint, indiquaient parfaitement leur contenu. Les trésors des abbayes et des cathédrales en conservaient un assez grand nombre, entre autres ceux des églises de Saint-Denis en France et de Saint-
Germain des Prés ; ces chefs sont gravés dans les histoires de ces abbayes ' .
Un des chefs les plus célèbres était celui que possédait la sainte Chapelle de Paris, et dans lequel était renfermée la partie supérieure du crâne de saint Louis. Ce chef était d'or, décoré de pierres précieuses; il avait été donné à la chapelle royale par Philippe le Bel, et reproduisait les traits du saint roi. Il est fort bien gravé dans Y Histoire de saint Louis du sire de Joinville, publiée par Dufresne du Cange 2. Nous croyons devoir donner ici une copie de ce reliquaire, afin, s'il est possible, de détruire une erreur grossière perpétuée depuis la révolution par nos peintres d'histoire'. M. A. Lenoir en faisant le classement du Musée des monuments français, avait fait enlever les statues de Charles V et de Jeanne de Bourbon, sa femme, qui décoraient le portail des Célestins à Paris, et, changeant les noms de ces deux personnages, les avait exposées au public comme étant les figures de saint Louis et de Blanche de Castille : il lui semblait regrettable de laisser dans sa collection une lacune aussi importante; et, comme il possédait deux statues de Charles V et deux de Jeanne île Bourbon, il s'était permis cette innocente supercherie. Mais quand, au retour des Bourbons, on commanda aux artistes hon nombre de bas-reliefs ou de tableaux dans lesquels devait figurer le saint roi, ceux-ci copièrent tous, avec la plus scrupuleuse fidélité, la tète et le costume de la statue des Célestins, et donnèrent ainsi au roi Louis IX les traits passablement vulgaires du sage roi Charles V. Or, Joinville dit que son maître avait la taille élevée, le port noble et la tète haute 5 ; portrait qui répond parfaitement au buste de la sainte Chapelle que nous donnons (fig. 3), mais qui ne ressemble en rien au masque de Charles V. \\ serait convenable, lorsqu'on veut peindre ou sculpter les traits du saint roi, ou de les trouver dans l'imagination de l'artiste, ou, si l'on veut rester fidèle à la tradition, de ne point perpétuer cette erreur qui prête au ridicule. Nous ne savons, au point de vue de l'art, ce que pouvait valoir le chef de la sainte Chapelle exécuté en or repoussé ; si l'on en juge par la gravure, c'était une œuvre remarquable.
11 existe encore, dans quelques églises, musées et collections particulières, des reliquaires de ce genre qui sont beaux. Un des plus
1 Dom Fclibien, dom Bouillard.
2 1678, tn-fol.
3 «... Et vous promets que oneques si bel homme armé ne veis, car il paroissoit par « dessus tous depuis les espaules en amont... » (Joinville, Histoire de saint Louis.)
fi-Avaicti/.'
anciens est le chef de saint Candide, copié par M. Blavignac (
1 Histoire de V architecture sacrée dans les anciens évéckés de Genève, Lausanne Sion, 1853, D. Blavignac, p. 7.
chef est fait de lames d'argent clouées sur un bois dur. La coiffure et les moustaches du saint sont ornées d'arabesques, ainsi que la bordure du collet. Le buste est monté sur un piédouche carré, sur lequel est représenté en petit relief le martyre du saint. Ce monument paraît dater du ixe ou xe siècle. La cathédrale de Vienne en Dauphiné conservait le chef de saint Maurice, lequel était d'or couronné de pierreries ; ce reliquaire datait du IXe siècle *. Comme travail de repoussé, un des plus beaux chefs que nous connaissions se trouvait dans la collection de M. Louis Fould. C'est là une œuvre d'une grande valeur : nous ne connaissons pas la provenance de ce monument, qui appartient aux premières années du xnie siècle, et est de cuivre fort épais complètement repoussé au marteau; les cheveux seuls sont retouchés au burin. Notre gravure (Pl. VII) reproduit le reliquaire, chef de saint Oswald, qui est déposé dans la cathédrale de Hildesheim (Hanovre). Ce reliquaire est un des plus remarquables parmi tous ceux que le xmc siècle nous a laissés. Il est d'argent repoussé. La couronne est ornée de perles et de pierres dures. Dans les huit tympans du dôme sont figurés en gravure remplie d'un mastic noir les quatre évangélistes et les quatre fleuves du paradis. Au-dessous, dans les huit faces du piédestal, des rois saints. Sur le listel est gravée l'inscription suivante : R. ISTO t REX. PIVS. OSWALDVS. SESE. DEDIT. ET. SVA. XPO. LICTORI. Q. CAPVD. QVOD. T. AVRO. CONDITV. Les fonds des rois sont délicatement niellés, ainsi que les bordures du socle. Cet ouvrage est de travail rhénan .
Le trésor de la cathédrale de Laon était singulièrement riche en reliquaires. Plusieurs de ces reliquaires figuraient des images de la sainte Vierge portant de petits vases, des médaillons contenant de précieuses reliques; d'autres avaient la forme de petites châsses; beaucoup étaient de cristal, afin de permettre de voir les reliques qu'ils renfermaient. Dans l'inventaire de ce trésor2, on remarque un magnifique reliquaire servant en même temps d'ostensoir 3 , plusieurs statuettes, et des reliquaires (monstrances) en forme de candélabre, des coffrets (pixides), des boîtes en forme de boule, de croix, etc.; des couronnes autour desquelles étaient suspendus de petits vases et des médaillons contenant des reliques. Le nombre des reliquaires du trésor de Laon s'élevait à près de cent quatre-vingts,
1 Bérodi, Histoire de saint Sigismond, p. 364.
2 Inventaire du trésor de la cathédrale de Laon, publié par Edouard Fleury, 1855.
3 Voyez p. h.
et la plupart étaient de matières précieuses. Les cathédrales de Reims, de Rouen, de Bourges, de Chartres, d'Arras, de Saint-Omer, de Troyes, de Sens, n'étaient guère moins riches en objets de ce genre, qui, malheureusement pour l'histoire de l'art, sont aujourd'hui fondus ou dispersés. Mais c'était dans les abbayes particulièrement qu'on trouvait les plus riches et les plus nombreux reliquaires. Celle de Saint-Denis en France contenait, dans son trésor, une quantité incroyable de ces meubles sacrés; les plus remarquables sont gravés dans l'œuvre de Félibien. Celle de Saint-Germain des Prés n'était guère moins riche. Les trésors des églises paroissiales elles-mêmes possédaient des reliquaires célèbres, et l'abbé Lebeuf, dans son Histoire du diocèse de Paris, en signale un grand nombre dont quelques-uns paraissent fort anciens.
La plupart des églises cathédrales et paroissiales avaient, dans leurs trésors, de grands coffres, sortes de châsses dans lesquelles on enfermait les reliques les plus vénérées, afin de les transporter dans les villes et villages du diocèse, pour recueillir des dons destinés à subvenir aux dépenses de la construction ou aux réparations de l'église. C'est en transportant au milieu des populations les plus précieuses reliques de leurs trésors que les cathédrales d'Amiens, de Noyon, de Senlis, purent achever les constructions entreprises à la fin du xiie siècle et au commencement du xnf. Ces voyages que l'on faisait faire aux reliques des églises, accompagnées de plusieurs religieux, s'étendaient souvent bien au delà du diocèse particulièrement intéressé à l'achèvement de l'œuvre, et les dons recueillis ainsi étaient parfois considérables. Cependant, à la lin du xnf siècle déjà, ces collectes ne produisaient probablement plus des résultats assez importants pour valoir la peine et les dangers auxquels les religieux s'exposaient en transportant au loin leurs plus saintes reliques ; car, à partir de cette époque, sauf dans les cas de calamités publiques, les reliques restent dans les trésors, et c'est aussi à cette époque que les chapitres comme les abbés font faire un grand nombre de reliquaires sur des formes nouvelles et très-variées, afin d'attirer l'attention des fidèles sur le contenu par la beauté du contenant. C'est évidemment autant le besoin de réchauffer le zèle attiédi des populations que le désir de donner aux reliques des enveloppes dignes d'elles, qui engagea le clergé, pendant lesxm0, xive et xve siècles, à faire exécuter une quantité si prodigieuse de reliquaires sur les dessins les plus riches et les plus propres à émerveiller les fidèles. Le clergé du moyen âge avait parfaitement l'intelligence de son temps, et il savait qu'il captivait autant et plus peut-être
les peuples par les yeux que par la parole et les saintes maximes. Les monuments qu'il éleva, qu'il couvrit de sculptures, de peintures et de vitraux, qu'il remplit des meubles les plus précieux, les plus curieusement travaillés, font ressortir l'importance qu'il attachait aux arts comme moyen de retenir les populations autour de lui.
Pour donner à nos lecteurs une idée de quelques-unes des conceptions les plus heureuses de cette époque, en fait de reliquaires, nous choisirons plusieurs exemples, inédits autant que possible *, et exécutés en France : car, il faut le dire, la moisson serait beaucoup plus riche si nous allions chercher ces exemples en Allemagne; mais les caractères de l'orfèvrerie des pays d'outre-Rhin, comme style et moyens de fabrication, sont tellement différents de ce qui tient aux anciens arts industriels de notre pays, que nous ne pourrions, sans jeter la confusion dans l'esprit de nos lecteurs, prendre indifféremment nos exemples en deçà ou au delà du Rhin.
Voici (fig. h) un reliquaire (monstrance) dépendant du trésor de la cathédrale de Reims, qui, comme composition et travail, est une œuvre remarquable. Il consiste en une sorte de tableau peu profond, porté sur un pied, et est fabriqué en argent et cuivre repoussé et doré. Cet objet d'orfèvrerie appartient à la première moitié du xmc siècle. La partie centrale, comprise dans l'arcature, est détruite et était destinée à recevoir une statuette probablement assise, ainsi que nous avons cru devoir le figurer. Ce reliquaire s'ouvre par derrière au moyen d'une plaque de cuivre gravé et doré montée sur charnière. Au centre de cette plaque, la gravure représente Sam son déchirant le lion avec ses mains. Sur le devant du pied, on voit représenté un personnage portant une épée et attaquant un lion. Le pied de cette monstrance est charmant comme forme et comme travail : le quatre-lobes repoussé sur ce pied est couvert de gravures représentant des rinceaux d'un beau caractère.
Notre fig. 5 donne un reliquaire dépendant du trésor de la môme église, et qui consiste en un cylindre de cristal enchâssé entre deux gables, une sorte de faîtage et quatre tourelles. Sous le cylindre est posée une cassette couverte de charmantes gravures. Ce reliquaire
1 Les publications archéologiques ont reproduit déjà un grand nombre de ces charmants petits meubles sacrés, et nous renvoyons nos lecteurs aux Annales archéologiques de M. Didron, aux Mélanges archéologiques des RR. PP. Martin et Cahier, à l'ouvrage déjà cité de M. Blavignac, pour prendre une idée générale de ces conceptions variées et souvent très-belles. Dans la partie de notre Dictionnaire qui traite de l'orfèvrerie, nous avons d'ailleurs l'occasion de revenir sur ces objets, dans lesquels la finesse du travail l'emporte toujours sur la richesse de la matière.
quelque peu postérieur au précédent ; il appartient à la seconde
moitié du xin° siècle, et n'est malheureusement pas complet : ainsi que la plupart de ces objets, il a été dépouillé de quelques ornements et remonté assez grossièrement. Il présente cependant encore un ensemble gracieux et original. On remarquera la statuette d'argent repoussé qui est posée en avant de l'un des deux gables : cette statuette représente un des apôtres portant de la main gauche
une bourse qu'il montre de la droite. Nous la supposons provenir d'un autre reliquaire ; cependant elle est de la même époque que celui-ci et du plus beau travail. Comme repoussé, c'est là une œuvre du plus haut intérêt. Nous donnons (fig. (5) un fragment des gravures appartenant au couvercle de la petite cassette posée sur le plateau inférieur.
Beaucoup de ces objets étaient enrichis de pierres précieuses, crintailles ou camées antiques; ces ornements ont été presque toujours
enlevés et dispersés. Les trésors de Notre-Dame de Chartres, de Paris, de Reims, de Bourges, de l'église de Saint-Denis, possédaient une grande quantité de reliquaires sur lesquels étaient incrustées des pierres antiques. Quelquefois même des vases antiques de jaspe, de cristal de roche ou d'agate, furent montés en argent ou en or et considérés comme des reliquaires d'un grand prix.
Le trésor de l'église de Saint-Denis possédait un de ces reli-
quaires (%. 7), composé d'un vase de porphyre monté en vermeil. Cette monture figure un aigle; elle date du xnc siècle, et est d'un travail précieux, ainsi qu'on en peut juger par le détail (fig. 8) de la tête de l'aigle. Sur le collet de métal du vase, on lit ces deux vers latins :
« Includi gemmis lapis isle meretur et auro : « Marmor erat, sed in his marmore carior est. »
Pendant les xiv= et xv° siècles, on composa beaucoup de reliquaires
avec des figures comme supports : c'étaient des anges, des religieux, des rois, des évèques qui portaient un vase ou un cylindre de cristal renfermant les précieux restes d'un saint. Tel était le reliquaire également déposé dans le trésor de Saint-Denis et qui renfermait la mâchoire inférieure de saint Louis. « La relique, dit Félibien 1 , était portée par deux figures couronnées, dont l'une représentait Philippe
le Hardi et l'autre Philippe le Bel. » Sous la capsule contenant la relique, était représenté, à genoux, l'abbé mitré Gilles de Pontoise, tenant un autre petit reliquaire où se voyait enchâssé un fragment d'os du saint roi. Derrière l'abbé, sur le soubassement, était gravée cette inscription : « Mgidius abbas sancti Dionysi qui in honorem « beati Ludovici prœsens vas fieri fecit, quod ejus sacris istis reli- « quiis decenter ornavit. » On trouve la gravure de ce reliquaire dans l'ouvrage de Félibien.
Voici (fig. 9) un autre petit meuble de ce genre, qui fait partie de la collection du musée de Cluny. C'est un cylindre de cristal, enchâssé dans du cuivre doré, avec crête décorée de boules de cornaline. Quatre abbés portent la relique sur une sorte de brancard. Le tout posé sur une feuille de cuivre soutenue par quatre colonnettes. Ce reliquaire appartient à la fin du xive siècle.
Nous avons dit qu'il était d'usage, pendant le moyen âge, d'avoir des reliquaires portatifs ; et, bien que ceux-ci ne puissent être considérés comme des meubles, cependant nous ne croyons pas devoir les séparer des reliquaires à demeure. Ces reliquaires étaient de deux sortes : les uns se plaçaient dans les bagages avec les ustensiles sacrés que la plupart des princes et seigneurs faisaient porter avec eux en voyage ; les autres se plaçaient dessus ou dessous les vêtements, de manière à mettre en tout temps et en tous lieux le pos-
1 Description de Saint-Denis en France.
sesseur sous la protection du saint dont il portait les reliques. Pendant leur séjour en Palestine, les croisés récoltaient une grande quantité de reliques; tout était relique sur la terre sainte : les pierres du sépulcre de Jésus-Christ, les pierres du Calvaire, les pierres des portes sous lesquelles Notre-Seigneur avait dû passer. Si, parmi les croisés, il se trouvait bon nombre de chevaliers et d'é-
cuyers qui entreprenaient le voyage par des motifs peu édifiants, la plupart étaient croyants et ramassaient avec un pieux empressement quantité de fragments provenant des lieux visités par Jésus-Christ et sa mère. De retour dans leur pays, ils s'empressaient de faire enchâsser ces parcelles dans des reliquaires, comme nos touristes aujourd'hui recueillent et gardent dans un écrin des morceaux de monuments et même des fragments du sommet des montagnes qu'ils
ont visités Souvent ces éeriirs sacrés des croisés étaient faits en
1 Ce n'est pas d'aujourd'hui, on le voit, qu'est né chez les peuples de l'Occident ce désir de conserver des souvenirs palpables, matériels, des lieux que l'on voit en passant. Au xixc siècle, les touristes rapportent un petit morceau du Parthénon ou inscrivent sur un bâton ferré tous les sommets de montagnes qu'ils ont gravis; cela est à coup sur fort innocent, mais il ne faut pas s'étonner de trouver chez les pèlerins du moyen âge les mêmes idées auxquelles se mêle un sentiment religieux, et il ne faut pas pour cela les traiter de barbares. C'était un mérite au moyen âge, aux yeux de la société d'alors, d'avoir visité les lieux saints, et ceux qui avaient le bonheur d'en revenir en rapportaient
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M. Arondel possédait un précieux reliquaire de ce genre qui date de la première croisade de sainl Louis ?. C'est un triptyque de bois, recouvert en dedans et en dehors de lames de cuivre repoussées à l'élampe, gravées et dorées. Les trois plaques intérieures, dont nous donnons l'ensemble au tiers de l'exécution, représentent, au sommet, le crucifiement, avec saint Jean et la Vierge, le soleil et la lune et deux anges pleureurs (fig. 10). Derrière saint Jean est un chevalier armé et agenouillé ; derrière la Vierge, une femme également agenouillée : ce sont les deux personnages qui ont dû recueillir les reliques et qui les ont fait enchâsser dans ce reliquaire portatif. Au sommet de la plaque de droite est un saint Jean Bouche-d'or assis devant un scriptionale ; une main sortant d'une nuée le bénit. Au sommet de la plaque de gauche sont représentés la Visitation et saint Zacharie. Au-dessous de ces sujets sont percées, dans les plaques de cuivre, une quantité de petites ouvertures en forme de roses ou de fenêtres, renfermant des fragments collés sur le bois qui fait le fond de ces ouvertures. Des inscriptions gravées surmontent chacune de ces petites cases et indiquent ce qu'elles contiennent : ce sont des reliques de sainte Élisabeth, de saint Zacharie, de saint Jean Chrysostome ; des parcelles de pierres du Calvaire, du saint sépulcre, de la grotte où Jésus s'est désaltéré, du rocher du mont des Oliviers où Dieu pleura, du bloc sur lequel saint Georges eut la tête tranchée, de la colonne où le Christ fut attaché ; des fragments de la crèche, de la porte Noire, etc. Ces reliques sont au nombre de trente-six.
Nous donnons (fig. 11) un détail, grandeur d'exécution, de l'un des compartiments du reliquaire, et (fig. 12) la copie, également grandeur d'exécution, du chevalier agenouillé. La partie externe du reliquaire est couverte de gravures représentant un losangé dans lequel apparaissent des fleurons, des Heurs de lis et des tours de
des preuves matérielles. Il n'y a nul danger aujourd'hui à visiter l'Êgypte et les Alpes, mais c'est un mérite dans le monde d'avoir vu beaucoup de pays, et l'on en rapporte des preuves. Le plaisir de raconter les événements et les dangers du voyage était aussi \ if chez les croisés que chez nos pèlerins savants ou désœuvrés. Pendant la bataille de la Massoure, Joinville rapporte « que le bon Conte de Soissons se railloit avec lui, et « disoit : Senneschal, lessons crier et braire cette quenaille. Et par la creffe Dieu, « ainsi qu'il juroit, encores parlerons-nous vous et moy de cette journée en cham- « bre devant les Dames. » Pèlerins du moyen âge et touristes peuvent se donner la main.
1 M. Àrondel a bien voulu nous communiquer ce précieux petit meuble et nous permettre de le faire graver.
Castille. En voici (fig. 13) un morceau, moitié d'exécution. De petites plaques émaillées devaient autrefois être incrustées dans les deux écus suspendus au-dessus des personnages agenouillés. Ces plaques ont disparu, de sorte qu'il est assez difficile de savoir à qui ce reliquaire portatif appartenait. La présence des fleurs de lis et des tours de Castille gravées sur les plaques qui revêtent l'extérieur du reliquaire ne désigne pas nécessairement le possesseur ; car, à
cette époque, on mettait des fleurs de lis sur beaucoup d'objets qui ne dépendaient pas pour cela du trésor royal. M. Arondel, le possesseur de ce précieux meuble, et plusieurs archéologues avec lui, ne semblent pas douter qu'il ait appartenu au roi saint Louis ; mais, si cela était, le chevalier agenouillé serait couronné suivant l'usage, et l'on verrait entre le losangé extérieur, avec les fleurs de lis et les tours de Castille, les armes de Marguerite de Provence, sa femme, qui, l'ayant suivi en terre sainte, serait alors la personne agenouillée
derrière la Vierge. D'ailleurs ce reliquaire portatif est trop grossièrement exécuté et fabriqué en matière trop commune pour donner-
lieu de croire qu'il ait fait partie du trésor du saint [roi. Peut-être
a-t-il appartenu à l'un des membres de sa famille. Les plaques inté-
rieures, ainsi que nous l'avons dit, sont repoussées à l'étampe ; ce qui fait supposer que c'est là un de ces meubles de pacotille comme on en pouvait fournir à tous ceux qui rapportaient de terre sainte des reliques à enchâsser ; les fleurs de lis n'indiqueraient dans ce cas que la croisade dirigée par Louis IX. Cet exemple, unique peutêtre, et qui appartient bien évidemment au milieu du xnie siècle, n'en est pas moins d'un grand intérêt, en ce qu'il fait ressortir un usage de l'époque.
Le trésor de la cathédrale de Sens possède un reliquaire de la lin du xne siècle, destiné à être porté sur les vêtements. Il est fait en forme de petite chasse, de cuivre doré plaqué sur bois, et se suspendait en bandoulière, comme nos gibernes de cavaliers. Il s'ouvre par-dessous à coulisse. Nous en donnons (fig. 14) une copie.
Les reliquaires destinés à être portés sous les vêlements étaient de formes très-variées : c'étaient des médaillons, des sachets, des diptyques. Souvent même certains bijoux recevaient des reliques, tels que les agrafes, les anneaux, les boucles (voy. les Dictionnaires des vêtements et des bijoux).
RETABLE, s. ni. C'est le nom que l'on donne à la table posée verticalement au-dessus du dossier de l'autel. Nous n'avons pas à nous occuper ici des retables lixes, mais des retables meubles que l'on posait sur l'autel à l'occasion de certaines solennités. Ces retables étaient de bois sculpté, peint, ou de métal, or, argent, cuivre repoussé et émaillé. La célèbre pala d'oro de l'église Saint-Marc de Venise est un retable, le plus riche et le plus précieux qu'il y ait en Europe. C'est une grande table de vermeil et d'or lin, de 3m,70 de long sur 2"',30 de haut, qui fut commandée à des orfèvres de Byzance, en 976, par Pierre Orscolo. A plusieurs époques, ce retable fut augmenté et décoré de nouveaux ornements. Le coin te Cicognara1 estime que quelques panneaux byzantins de ce magnifique monument d'orfèvrerie appartiennent à l'année 976 ; ce sont ceux qui contiennent des inscriptions grecques. Il paraîtrait que ce fut le doge André Dandolo qui fit remonter entièrement la pala vers !3/i5, en se servant de toutes les pièces successivement ajoutées à celles du retable primitif. Les ligures sont de vermeil et d'or, laites au repoussé et ciselées ; la plupart des fonds sont émaillés et enrichis d'une quantité considérable de pierres précieuses, parmi lesquelles il y en a de fort belles. Au centre est le Christ bénissant et tenant le
1 Cicognara, Fabbriche più cospicuc di Venezia.
livre des Évangiles ouvert ; autour de lui sont posés, dans des médaillons circulaires, les quatre évangélistes. Au-dessus on voit, dans cinq compartiments de formes différentes, deux archanges et deux chérubins; au centre, un trône surmonté d'une colombe et d'une sphère avec une croix. Ces sujets forment ensemble un carré parfait et sont la partie la plus ancienne du retable. A droite et à gauche, sont les apôtres et les archanges ; au-dessous, les prophètes ; audessus et sur les côtés, diverses petites scènes : un crucifiement, Jésus au milieu des docteurs, Jésus descendant aux limbes, des sujets de la vie de saint Marc et de la Vierge. Enfin, dans la grande frise supérieure, on voit, au centre, l'archange Michel ; à sa droite, le crucifiement, la résurrection et l'entrée à Jérusalem ; à sa gauche, l'Ascension, la Pentecôte et la mort de la Vierge.
Comme nous le disions au commencement de cet article, ces sortes de retables n'étaient point à demeure sur les autels, et ce sont les plus anciens. Dans les églises primitives, et particulièrement dans les cathédrales, il n'y avait pas de retables fixes sur les autels principaux, puisque le trône épiscopal se trouvait au fond de l'abside. D'ailleurs, Guillaume Durand 1 dit expressément : « Que c'est pour « symboliser la fuite des apôtres, après que Jésus eut été livré, qu'a- « près avoir reçu l'hostie, le prêtre cache la patène sous le corporal, « ou au moins que le sous-diacre, l'ayant enlevée de dessus l'autel,
« la tient enveloppée par derrière ou ne laisse à découvert qu'une
« petite partie de la patène, pour montrer que la bienheureuse « Yierge et le bienheureux Jean l'évangéliste ne s'enfuirent pas et
« ne se cachèrent pas C'est pourquoi le prêtre, avant de dire
« Pax Domirti, comme pour annoncer la bonne nouvelle de la résur-
« rection du Seigneur, reprend la patène » Et plus loin il
ajoute 2 : « S'il en est (des diacres et sous-diacres) qui se tiennent « debout derrière l'autel, les yeux fixés sur l'évêque, ils représentent « les femmes qui virent la passion de loin. Tous ceux qui sont der- « rière l'évêque ou derrière l'autel s'inclinent, par respect pour la « majesté divine et l'incarnation du Seigneur » Ces passages indiquent clairement que, du temps de Guillaume Durand, c'est-à-dire à la fin du xme siècle, en France, il ne pouvait y avoir de retable sur le maître autel des cathédrales, puisque la présence du retable eût empêché l'officiant de reprendre la patène, et les diacres, rangés derrière ce retable, d'avoir les yeux fixés sur l'évêque. Mais, dans
' liational, lib. IV, cap. xxx.
2 Ibid., cap xxxiv.
les églises abbatiales, il y avait, bien avant cette époque, des retables mobiles sur les principaux autels ; et dans les églises paroissiales et les chapelles il en existait, dès le xnc siècle, de fixes. L'église abbatiale de Saint-Denis possédait un retable d'or sur l'autel de la Trinité, dit autel matutinal (voy. Dictionnaire d architecture, au mot Autel, fig. 7).
Si, en France, les cathédrales ne possédaient pas de retables fixes avant le xvic siècle, il paraîtrait qu'il en était de même en Allemagne, en Italie et en Angleterre ; la pala d'oro de Saint-Marc est, comme on l'a vu plus haut, d'une époque fort reculée, mais c'est un retable mobile ; et la cathédrale de Baie en Suisse possédait un retable d'or du temps de saint Henri, que l'on plaçait sur son maître autel, à l'occasion de certaines solennités seulement. Ce retable fait aujourd'hui partie de la collection du musée de Cluny ; nous en parlons dans le Dictionnaire de V orfèvrerie, quoique ce ne soit pas là une œuvre française.
On voit aujourd'hui , dans la sacristie de l'église impériale de Saint-Denis, un retable mobile de cuivre repoussé et émaillé, d'une grande pureté de style, qui appartient au xne siècle et fut rapporté de Coblentz pendant les guerres de la révolution. Ce retable porte 2m,16 de longueur sur 0,n,59 de hauteur, non compris l'arcade centrale. Notre Pl. vin en donne l'ensemble. Au sommet est représenté le Christ en buste, bénissant de la droite à la manière grecque, et tenant dans sa main gauche un livre ouvert, sur les pages duquel on lit : « Pax vobis. » Le Sauveur est entouré de langues de feu. Au-dessous de lui sont rangés, assis, les douze apôtres. Des rayons partant du Christ se répandent derrière eux sur le fond du retable. La tête de chaque apôtre porte un nimbe magnifique d'émail, et une flamme descend sur chaque nimbe. Ces personnages sont trèsanimés ; plusieurs tiennent des livres, un seul porte un phylactère ; quelques-uns montrent le Christ par un geste expressif, d'autres semblent écouter la voix d'en haut. Nous donnons (fig. 1) la copie d'une de ces figures pleines de style et d'une exécution parfaite. Toutes sont en ronde bosse, de cuivre doré très-mince, repoussé et rempli de bois et de mastic. Les émaux des nimbes sont de fabrique rhénane et d'une grande finesse. Les colonnes et les chapiteaux qui séparent les apôtres deux par deux sont une restauration moderne (voyez, pour les détails relatifs à la fabrication de ce meuble, le Dictionnaire de l'orfèvrerie) .
Un des plus anciens grands retables (meubles) que nous connaissions est celui que l'on voit encore aujourd'hui accroché dans le
bas côté sud du chœur de l'église de Westminster à Londres, et qui, par sa dimension, n'a pu servir qu'au maître autel de cette célèbre
abbaye. Si ce retable n'est pas de fabrication française, il est du moins d'un style et d'une exécution qui rappellent les ouvrages de
DICTIONNAIRE DU MOBILIER FRANÇAIS
/ Pl. IX
VioliK-Lc-Quc dcà- ChrowahÙi.Lemeràer fans E BentA