‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 4)Chapitre 33 sur 48 · FRAGMENT DU RETABLE DE WESTMINSTER · texte numérisé non relu

FRAGMENT DU RETABLE DE WESTMINSTER

ce genre dont il reste en France quelques débris et qui datent du milieu du xme siècle. Sa longueur est de 3m,30 (10 pieds) sur 0m,96 de haut (3 pieds). Il se compose d'un parquet de bois à compartiments et sculpté, entièrement revêtu de vélin collé à la colle de fromage, couvert de gaufrures dorées, de plaques de verre fixant des dessins d'or sur couleur, d'une extrême finesse, et de peintures d'un beau style. Le moine Théophile parle longuement, dans son Traité des divers arts, de ce genre de décoration appliquée sur panneaux de bois. La moitié environ de ce beau retable est malheureusement altérée, au point qu'on a peine à reconnaître les sujets; mais ce qui en reste suffit pour donner une haute idée de la perfection apportée dans la fabrication de ces meubles qui garnissaient nos églises. Nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gré de leur donner quelques renseignements sur un objet peut-être unique en Europe, et qui permet, en l'étudiant avec soin, de ressusciter un genre de fabrication entièrement oublié aujourd'hui, produisant les effets les plus splendides avec des moyens très-simples.

D'abord, la figure 2 donne l'ensemble de toute la composition, de l'armature de bois. La partie centrale présente, dans l'arcature A, le Christ debout bénissant ; il tient dans sa main gauche une sphère sur laquelle sont peints le firmament, la terre et les eaux ; à sa droite, dans l'arcature B, est la Vierge, et dans l'arcature G, à sa gauche, saint Jean. Dans la niche D, on voit saint Pierre, et dans celle E, saint Paul. Divers sujets peints, d'un style remarquable, garnissaient les huit étoiles. Trois de ces sujets seulement sontassez bien conservés : l'un représente la femme adultère et Jésus écrivant sur le sable ; le second représente la résurrection de la fille du centurion; le troisième, la multiplication des pains. Nous donnons (Pl. ix) le saint Pierre avec son entourage. Pour le mode de fabrication de ces sortes de meubles, voyez le Résumé historique.

L'église abbatiale de Saint-Germain des Prés possédait un beau retable de cuivre doré, qui avait été donné à l'abbaye par l'abbé Simon, en 1236 \ Ce retable, qui avait 3 mètres de long sur 0m,70de

1 Ce retable est assez bien gravé dans Y Histoire de l'abbaye de dom Bouillard, pour faire voir que le bénédiclin se trompe lorsqu'il prétend que l'abbé Guillaume III le fit refondre en 1409. Ce n'est pas la seule erreur de dom Bouillard à ce sujet; il donne le retable comme un parement d'autel, parce que de son temps, ce meuble était, en effet, enchâssé dans une riche bordure d'orfèvrerie et se trouvait placé devant le maître autel. Mais les dimensions en hauteur de cette plaque de cuivre repoussé, ciselé, émaillé et doré, ainsi que les sujets qui la décorent, ne peuvent laisser douter qu'elle n'ait été originairement un retable mobile , de même que le style de l'ornementation la fait certai-

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hauteur, se composait d'une suite d'arcatures séparées par des colonnettes. Dans Parcàture centrale, plus large que les autres, on voyait le Christ en croix, saint Jean et la Vierge, puis l'abbé Guillaume à genoux, rapporté en 1/i09 devant le crucifix. Dans les trois arcatures jumelles, à la droite du Christ, étaient placées les statuettes de cuivre repoussé et doré de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Philippe, de saint Germain et de sainte Catherine. Dans les arcatures à la gauche du Christ, celles de saint Paul, de saint André, de saint Michel archange, de saint Vincent (premier patron de l'abbaye), de saint Barthélémy et de sainte Madeleine. La bordure était ornée d'émaux ou de filigranes.

L'usage des retables mobiles paraît avoir cessé vers la fin du xive siècle. Les maîtres autels de quelques cathédrales continuèrent à en être dépourvus jusque vers le milieu du siècle dernier ; quant aux autels des églises paroissiales et des chapelles, ils possédaient depuis longtemps des retables fixes (voy. le Dictionnaire d' architecture, au mot Retable).

SCRIPTIONALE, s. m. Pupitre que l'on plaçait sur les genoux pour écrire, ou qui était monté sur pieds. Ce meuble est d'un usage très-ancien ; on le voit figuré dans des manuscrits grecs et latins du ixe siècle, et il ne cesse d'être employé jusqu'au xve siècle.

Les scriptionales portatifs les plus anciens se composent de deux

nement remonter au xme siècle. La pelile figure qui est à genoux devant le Christ, au milieu du retable, portait, sous ses pieds, cette inscription : « Guillermus tertius hujus ecclesiœ abbas. » C'est probablement là ce qui fit croire à dom Rouillard que le retable en entier avait été refondu par cet abbé. Mais ceci prouve seulement que Guillaume trouva bon de faire ajouter sa statuette au devant du retable qu'il répara peutêtre ; on voit très-bien, d'ailleurs, que celte statuette n'a aucun rapport avec le reste de la composition et ne s'y relie en aucune façon. Puis Guillaume, s'il eût été le donateur du retable, n'eût pas manqué d'ajouter «hoc opus fecit », suivant l'usage, et comme il n'avait pas manqué de le dire dans l'inscription de la grande châsse refaite par lui, Ajoutons que dom Bouillard reconnaît son erreur, car il dit : « Mais parce que ce retable « n'avait pas assez de hauteur pour remplir le devant de l'autel, on y a ajouté une bor- « dure.... » Si nous insistons sur ce fait, c'est qu'il est important de constater qu'avant le xvi° siècle on plaçait rarement des sujets et des personnages saints, surtout le Christ, devant l'autel. Et, en effet, cette représentation de personnes divines devant les genoux de l'officiant ne paraît guère convenable.

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table Lies de bois réunies par trois plancliettes verticales, de façon à former comme une petite boîte, dans laquelle on rangeait les rouleaux ou feuillets de vélin, le grattoir et les plumes. La tablette supérieure était munie d'une queue percée à son extrémité pour y placer une écritoire de corne.

Nous voyons sculptés, sur la première rangée de personnages qui entourent le grand tympan de la porte de l'église de Vézelay (xie siècle), du côté gauche, deux personnages assis qui ont chacun un scriptionale sur leurs genoux. Voici (fig. 1) la forme de l'un de

ces petits meubles : on voit, sous la tablette supérieure, trois rouleaux rangés dans la petite boîte; à l'extrémité de la queue, en A, l'écritoire dans son trou. Une feuille de vélin est déployée sur le scriptionale; les tablettes supérieure et inférieure, dépassant la boîte, permettaient de prendre et de porter lâchement ce petit meuble. Nous trouvons, à la porte de droite de la façade occidentale de la cathédrale de Chartres, dont les sculptures appartiennent au xne siècle, des scriptionales à peu près semblables à celui-ci.

Les écoliers qui fréquentaient, pendant les xne et xm° siècles, les écoles de monastères et des cathédrales portaient avec eux ces scriptionales, dans lesquels ils plaçaient ce qu'il faut pour écrire, comme aujourd'hui les jeunes gens qui suivent les cours se munissent de cahiers-pupitres pour prendre des notes. Lorsqu'on cessait d'écrire, on bouchait l'encrier de corne et on le suspendait à sa ceinture ; on plaçait le scriptionale sous son bras, avec les plumes et peaux et vélin qu'il contenait. Quant aux scriptionales à pieds, ils ressemblent assez à nos guéridons, si ce n'est que la tablette supérieure est carrée et inclinée. On voit ces meubles figurés dans un grand nombre de manuscrits ; ils paraissent avoir été souvent assez richement décorés et fabriqués en métal ou en bois.

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Dans la figure 2, copiée sur une vignette du xe siècle1 représentant saint Jean ailé, on voit un scriptionale à trois pieds et, dont la tablette supérieure inclinée est portée par trois branches. Ce meuble paraît être de métal ; mais ici l'écritoire est portée par l'aigle de l'évangéliste. Une belle vignette d'un évangéliaire du ixu siècle, faisant

partie de la bibliothèque d'Amiens, représente saint Luc ayant devant lui un scriptionale dont la forme est singulière 2. Nous le donnons ici (fig. 3). Il semblerait que le support A était de métal, de fer ou cuivre, et que la tablette B, sur laquelle on écrivait, pouvait s'enlever et s'incruster au moyen des deux tasseaux C sur la plan-

1 Biblia sacra, Biblioth. impér., fonds lat., n° 10.

2 Notre dessin représente ce meuble d'une façon moins conventionnelle que la vignette du manuscrit, alin de rendre sa forme et sa conslruction plus intelligibles.

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chette iixe E. Celte disposition d'une tablette mobile paraît se présenter fréquemment, et elle était justifiée par la nécessité où se trouvait le copiste de tendre sa feuille de vélin pour écrire ou peindre, an moyen de fils passant à travers de petits trous ménagés dans les tasseaux C, comme on tend la peau d'un tambour. Ce qui prouve que les copistes, les dessinateurs et peintres en miniature tendaient

les peaux de vélin avant de s'en servir, c'est qu'on remarque encore, sur les bords des marges des manuscrits, des traces de tension et même quelquefois des trous rapprochés. L'usage de tendre les peaux de vélin au moyen de fils a causé ces ondulations qui se voient sur les tranches des manuscrits, et qui empêchent les feuillets d'être parfaitement plans, comme le sont nos papiers soumis à la presse avant d'être reliés.

Nous donnons ici (fig. h) un joli scriptionale de la lin du xine siècle, provenant d'une vignette du roman d'Alexandre *. Ce scriptionale est muni, dans sa partie inférieure, d'une grosse bague destinée à donner du poids au pied et à empêcher le meuble de basculer sous la pression de la main s'appuyant sur la tablette. Le moine

1 Rommuns d'Alixandre, Biblioth. impér., fonds la Vallière, n° 45.

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écrit avec une plume et tient un grattoir de la main gauche, suivant l'usage. Ce grattoir était destiné à tailler la plume et à enlever les aspérités qui se rencontraient sur la peau de vélin. La chaire dans laquelle ce moine est assis est d'une forme assez peu commune.

Les scriptionales à un pied étaient souvent, pendant, le xve siècle, munis d'une double tablette pouvant s'incliner plus ou moins au

moyen d'une petite crémaillère de fer. 11 existait encore, en 1835, dans les galetas de l'abbaye du Mont-Saint-Michel en mer, des débris de plusieurs scriptionales ayant la forme indiquée dans la lig. 5. La

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