‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la Renaissance (volume 4)Chapitre 34 sur 48 · Û3 — [ SURTOUT · texte numérisé non relu

Û3 — [ SURTOUT

planchette supérieure, maintenue à la planchette inférieure au moyen de deux charnières, était garnie d'une peau de vélin collée sur le bois, puis percée de trous, ainsi que l'indique notre figure, afin de permettre de tendre les feuilles sur lesquelles on voulait écrire. La petite crémaillère à trois crans est indiquée en A. Dans la planche B, d'un pouce d'épaisseur, servant de support principal, viennent s'assembler de biais deux pieds, formant ainsi un trépied fort simple. Le support principal B est disposé de manière à ne point gêner les genoux du copiste qui, grâce au peu d'épaisseur et à la direction de cette planche verticale, peut approcher le meuble entre ses jambes, tout près de sa poitrine. La faculté de pouvoir incliner plus ou moins la tablette, comme on le fait pour les tables dites à la Tronchin, rendait ce scriptionale fort commode. N'ayant que trois pieds, il était parfaitement fixe sur le sol , celui-ci n'eût-il pas été de niveau.

Les scriptionales à un support n'étaient pas les seuls en usage pendant le moyen âge ; quelquefois ils étaient façonnés en forme de pupitre sur quatre pieds, comme certains lectrins. Une des clefs de voûte du jubé de la cathédrale de Chartres, déposée dans les magasins de cette église, nous a conservé un scriptionale de ce genre près d'une figure de saint Jean l'évangéliste. Ce scriptionale, d'une simplicité primitive, se compose d'une tablette épaisse portée sur quatre pieds réunis par des croix de Saint-André. Un pot de terre contient l'encre.

Nos petits pupitres modernes, renfermant du papier, de l'encre, et dont la tablette inclinée est garnie de peau ou de drap, sont un dernier vestige du scriptionale du moyen âge.

SURTOUT (de table), s. m. L'usage des surtouts est fort ancien. Grégoire de Tours raconte que, s'étant rendu à la maison royale de Nogent 1 , Chilpéric lui montra un grand plateau (Ibiqne nobis rex missorium 2 magnum ostendit) fabriqué par son ordre, composé d'or et de pierres précieuses et du poids de cinquante livres : « Je l'ai fait, dit-il, pour donner du relief et de l'éclat à la maison « des Francs. J'en ferai encore bien d'autres, si Dieu me conserve « la vie. » Le poids et la richesse de ce plateau indiquent une pièce d'orfèvrerie qui était destinée à décorer la table et à contenir une certaine quantité de vases plus petits, et peut-être des fleurs et des

1 Histor. Franc, lib. VI.

2 «Missnrium » signifie un plateau destiné à servir à table .

[ TABERNACLE ] — 2l\h —

fruits. Plus loin, le même auteur 1 dit que la reine Frédégonde, devenue veuve, laissa à Chelles une partie du trésor royal, et, entre autres, « ce bassin missorium d'or, fabriqué depuis peu ».

Pendant le moyen âge, il était d'usage de placer sur les tables de grandes pièces d'orfèvrerie représentant des monuments, des fontaines, des jardins, des combats, qui tenaient exactement lieu de nos surtouts modernes. La cour de Bourgogne particulièrement, pendant le xve siècle, déploya un grand luxe dans ces sortes de décoralions de tables.

TABERNACLE, s. m. (de tabernaculum, tente). Dieu commanda à Moïse, sur le mont Sinaï, de faire un tabernacle composé de tapisseries les plus riches. Depuis plusieurs siècles, on appelle tabernacle, dans l'Église, le petit édicule fermé posé sur la table de l'autel, et dans lequel on réserve la sainte Eucharistie ; mais, pendant les premiers siècles du moyen âge, il ne paraît pas qu'on mît des tabernacles sur les autels. Guillaume Durand 2 ne parle du tabernacle que dans le sens figuré, comme représentant le sanctuaire, ainsi que chez le peuple hébreu. ïhiers 3 est d'opinion qu'il n'y avait pas de tabernacles dans la plupart des églises, « parce qu'on n'y réservoit « point du tout la sainte eucharistie pour les malades ; ou que, si on « l'y réservoit, ce n'étoit point sur les principaux autels. »Ce savant auteur prétend (et les monuments confirment son opinion) que l'eucharistie était réservée clans des armoires pratiquées dans la muraille derrière ou à côté des autels, ou encore dans des tours transportables, habituellement déposées dans la sacristie, et que l'on n'apportait près de l'autel qu'au moment de la communion des fidèles. Ce qui est certain, c'est que la divine eucharistie était réservée, dans beaucoup d'églises cathédrales et conventuelles, dès le xir siècle, dans une colombe ou une petite boîte d'or ou d'argent suspendue au-dessus de l'autel au moyen d'une chaîne. Quant à ces tours servant de tabernacles et placées à côté des autels, le même Thiers dit en avoir vu une de bronze assez ancienne dans le chœur de l'église paroissiale de Saint-Michel de Dijon. Fortunat, évêque de Poitiers, loue saint Félix, archevêque de Bourges, qui vivait vers 570, de ce qu'il avait fait faire une tour d'or très-précieuse pour mettre le corps de Jésus-Christ. Flodoard " rapporte que Landon, archevêque

1 Lib. vu.

2 Rational, lib. I.

3 Dissert, sur les principaux autels des églises, chap. xxiv.

4 Hist. eccles. remens., lib. II, cap. W.

de Reims, fit faire une tour pour être placée sur l'autel de l'église cathédrale de Reims. Grégoire de Tours raconte qu'un diacre indigne de la ville de Riom, voulant porter une tour d'une sacristie voisine dans l'église, cette tour s'échappa de ses mains et se transporta

d'elle-même en l'air sur l'autel où l'on célébrait les saints mystères. Ces textes, et bien d'autres qu'il serait superflu de citer, nous font assez voir que si, dans les premiers siècles du moyen âge, il n'y avait pas de tabernacles fixes sur les autels, les églises en possédaient de portatifs qui conservaient ainsi le caractère de meubles, et qui,

à ce titre, doivent trouver ici leur place. Nous nous occuperons d'abord des tabernacles en forme détours suspendues ou posées sur les autels ou près d'eux. Le nom de tabernacle nous indique assez que, dans l'origine, les meubles destinés à renfermer la sainte eucharistie devaient être revêtus d'une sorte détente.

L'Église grecque, à laquelle il faut revenir toutes les fois que l'on veut retrouver les traditions primitives, conservait et conserve encore l'eucharistie clans une boîte entourée d'un morceau d'étoffe, ou même dans un sac suspendu h la muraille, près de l'autel. En Italie, il est encore d'usage de porter le saint sacrement dans une boîte placée sous une sorte d'enveloppe d'étoffe précieuse qui, tombant tout autour, forme au-dessus d'elle une sorte de petite tente. Enfin, l'un des chapiteaux du cloître de Moissac (xnc siècle) nous donne la représentation sculptée d'un dais encourtiné qui, suivant toute apparence, reproduit la forme des tabernacles les plus anciennement adoptés par l'Église. Nous donnons (fig. 1) une copie de ce curieux fragment.

Les tours de métal servant de tabernacles ont disparu depuis longtemps de nos églises ; mais, heureusement, ces meubles n'étaient pas toujours fabriqués en matières précieuses ; beaucoup étaient simplement de bois peint et doré. On voit encore, dans l'église de l'ancienne abbaye de Sénanque (Vaucluse),une de ces tours qui date du xme siècle ; elle est de bois dur, à deux étages séparés par un petit plancher, percés de fenêtres vitrées en verre d'un ton verdàtre. Quoique repeinte grossièrement à une époque récente, on retrouve l'ancienne peinture sous la nouvelle, et le plafond du premier étage a conservé ses tons primitifs.

Voici (fig. 2) une copie de ce meuble, destiné à être porté sur un pied dont on aperçoit l'attache sous la planchette inférieure. Chaque étage est muni d'une petite porte simplement fermée par un tourniquet de bois. La croix qui devait terminer la pyramide principale n'existe plus. Sur les bandeaux qui portent les pignons, entre les tailloirs des chapiteaux, on lit l'inscription suivante, repeinte probablement d'après l'ancienne : qui : manducat : iiunc : panem : vivet : in : /eternum. Chaque mot occupant une des faces de l'octogone, l'une d'elles, par conséquent, est vide 4.

La figure 3 présente le plan du tabernacle au niveau AB, et la figure h, le plan au-dessus des pyramides.

1 M. Joffroy, architecte à Avignon, a bien voulu dessiner ce précieux meuble pour nous.

L'abbé Lebeut' 1 dit avoir vu, sur le grand autel de l'église de Clioiseul, du doyenné de Châteaufort, un retable de pierre « devant « lequel est posé un tabernacle à l'antique qui est en forme de pyra-

« raide ou tourelle à jour. L'abbé Chastelain et autres célèbres « liturgist.es estimoient fort ces sortes de tabernacles, dont quel- « ques-uns qui restent peuvent avoir trois ou quatre cents ans d'an-

« tiquité ; mais ils ajoutent que leur place étoit à côté de l'autel, « comme on les voit communément dans les Pays-Bas. »

Piganiol, dans la Nouvelle Description de la France 2, rapporLe que Louis IX, avant de mourir, donna à la cathédrale d'Arras, entre autres legs pieux, un tabernacle et une statue de la Vierge d'argent pesant deux cent cinquante marcs. On voit encore, dans l'église de Moltot (Calvados, canton d'Evrecy), un tabernacle replacé par les soins du curé de cette église en 1842. « Ce tabernacle, dit M. de « Caumont8, offre l'image d'une tour pentagone terminée par une

1 Hist. du diocèse de Paris, t. IX, p. 155.

2 Tome II, p. 420.

3 Bulletin monurn., t. IX, p. 321.

— 2Zl9 — [ TABERNACLE ]

« gracieuse pyramide garnie de crochets. Deux étages superposés « dans la hauteur d'un joli tourillon sont percés sur chaque face de « fenêtres d'une délicatesse extrême dans le genre flamboyant. Ces « étages sont séparés l'un de l'autre par une rampe simulée, dans le

« même style que les fenêtres Tout porte à croire que cetaber-

« nacle est à peu près du temps de Louis XII. L'étage inférieur était « destiné à contenir les hosties, et l'étage supérieur pouvait servir « d'exposition. » Ces descriptions et l'exemple que nous donnons (fig. 2) indiquent assez quelle était la forme habituelle de ces sortes de meubles, posés, comme le disent Thiers et l'abbé Lebeuf, plutôt à côté des autels que sur les retables.

Pour les tabernacles suspendus, et qu'on désignait sous le nom de suspensions, ils étaient fréquents, ainsi que nous l'avons dit, dans les églises cathédrales et monastiques. Mabillon, Thiers, le sieur de

Moléon, l'abbé Lebeuf, citent un grand nombre de ces sortes de tabernacles, dont la forme la plus ordinaire était celle d'une colombe posée sur un plateau suspendu par trois chaînettes et une chaîne principale à une crosse de bronze ou môme d'argent doré. Nos musées conservent encore un assez grand nombre de ces taber-

nacleS; ce qui indique suffisamment qu'ils étaient fort communs.

en voit plusieurs au musée de Cluny. M. le prince Soltykof en possédait un fort beau de cuivre doré et émaillé.

La figure 5 reproduit l'une de ces colombes. Le couvercle est placé sur le dos de l'oiseau. Les ailes, au lieu de simuler des plumes, sont couvertes d'arabesques d'un beau style et qui donnent la date précise de cet objet (xne siècle).

Nous ne saurions faire comprendre les dispositions d'ensemble de ces tabernacles suspendus, sans une figure (6), qui nous épargnera de longues descriptions. On voit en A la colombe disposée sur son plateau, accrochée au dais B par trois chaînes pouvant être facilement décrochées, de manière à enlever le plateau avec le ciboire, si l'on ne veut le laisser exposé. Au dais B est fixée une tringlette circulaire par deux attaches, l'une derrière, l'autre devant. Un petit rideau, garni au chef de ganses de soie, muni de deux annelets, peut entourer complètement le plateau inférieur, si l'on tire les deux bouts C de la ganse passant par les annelets. dette manœuvre est facile à comprendre. Voulant fermer le tabernacle (la petite tente), le prêtre tient de la main droite le bord antérieur du plateau, afin de l'empêcher de basculer; de la gauche, il prend les deux glands C, tire sur les annelets qui tendent à se réunir au point D, les ganses du chef du rideau glissent ainsi sur la tringlette circulaire. On voit que la chaîne principale roule sur une poulie E, puis vient entrer dans une petite lucarne percée en F dans les combles d'un groupe de tourelles. Une autre poulie, logée clans l'intérieur de la tige de la suspension, renvoie la chaîne jusqu'au pied de la colonne, où elle est accrochée à un goujon caché par une petite porte fermant à clef. C'est le même mécanisme que celui servant à faire descendre et à hisser les anciens réverbères suspendus à des crosses de fer.

Dans notre Dictionnaire d'architecture, au mot Autel, on trouve plusieurs de ces suspensions au-dessus des retables. Quelquefois le tabernacle suspendu se composait d'une boite (custode) accrochée sous le dais par un anneau sans plateau. Le plus ordinairement une petite tente d'étoffe entourait cette boîte, comme dans l'exemple

que nous venons de donner. « Pour cinq pièces de custodes

« de cendal de grainne 1 pour l'oratoire c!u roy pour la feste del'Es- « toile.... 2. » Le nom de tabernacle, conservé à travers les siècles,

1 Cendal, étoffe de soie unie, employée fréquemment pour tentures. Le cendal Je grainne était rouge.

2 Invent, de l'argenterie trouvée en garnison en l'ostel de Estienne de la Fontaine, argentier du roy, fait le 15 mai 1353 {Comptes de l'argenterie des rois de France au xive siècle, publ. par L. Douët D'Arcq, 1851).

pour indiquer la réserve de la sainte Eucharistie, indique assez que

la forme d'une tente fut longtemps adoptée. L'enveloppe d'étoffe, qui était destinée à entourer la boîte (custode) suspendue sans pla-

teau, était fixée au dais; mais sa partie inférieure était garnie d'une

ganse cousue seulement de distance en distance. Un cordonnet passant entre la ganse comme dans des anneaux permettait de fermer la petite tente par le bas, qui avait ainsi l'apparence d'un sac retourné.

La fîg. 7 indique ce genre de tabernacle ouvert, et la flg. 7 bis le tabernacle fermé. Jusqu'à la fin du dernier siècle, l'usage de suspendre la sainte eucharistie au-dessus du maître autel s'est conservé dans la plupart de nos grandes églises cathédrales et abbatiales ; mais depuis le rétablissement du culte, il n'en est plus tenu compte, bien qu'il y ait encore quelques cathédrales, comme Reims et Amiens, qui ont conservé la suspension. Il arrivait aussi que l'on suspendait au bec d'une colombe la boîte contenant l'eucharistie; nous avons encore vu, il y a quelques années, dans l'église de Saint- Thibaut (Côte-d'Or), une crosse et une colombe de bois doré posées au-dessus du retable de l'autel et servant à suspendre la boîte aux hosties ; mais ces objets étaient d'une fabrication assez récente et grossièrement exécutés.

TABLE, s. m. Meuble composé d'un plateau circulaire ou de figure rectiligne portant sur des pieds. Les tables ont de tout temps été destinées à des usages divers : les unes, couvertes de nappes, servaient à placer les mets pendant les repas; d'autres étaient disposées dans les appartements des palais, pour jouer à divers jeux; quelques-unes n'étaient guère que des objets de luxe. Nous commencerons par parler des tables à manger. Il est difficile de préciser l'époque où l'on cessa de prendre les repas couchés sur des lits inclinés, autour d'une table étroite disposée ordinairement en fer à cheval. Il ne paraît pas que les barbares qui envahirent les Gaules aient conservé cet usage antique ; leurs mœurs sauvages ne se prêtaient pas à de pareils raffinements, et les monuments écrits les plus anciens que nous possédions font supposer que les Germains et les Francs s'asseyaient, pour manger, autour de tables assez basses. Grégoire de Tours parle souvent de tables sur lesquelles sont posés les mets, mais il n'indique pas que ces tables fussent entourées de lits. Il est certain que, dès les premiers temps de la période carlovingienne, on s'asseyait autour de tables rondes ou rectangulaires pour prendre les repas. Une Bible manuscrite du ixe ou xe siècle, de la Bibliothèque impériale, et contenant un grand nombre de vignettes au trait \ nous donne la forme des tables à manger de cette époque.

1 Manuscr., n° 6-3.

Nous donnons (fig. 1) le fac-similé de l'une de ces vignettes représentant le festin deBalthazar. La table est de forme semi-circulaire, posée sur des tréteaux pliants. Un rebord ou galerie, qui semble avoir une hauteur de quelques centimètres, cerne les bords de la table dans tout son pourtour. De cette galerie pendent des draperies qui masquent en partie les tréteaux. Au milieu, un seul plat, posé

sur ^un pied élevé, contient un chevreau ; à côté du plat est un vase, peut-être une salière. D'ailleurs on n'y voit ni assiettes ni fourchettes, mais des couteaux, des pains, et des os dépouillés de chair. Les convives se détournent pour boire dans des cratères énormes ou à même des bouteilles, ce qui paraît indiquer que les vases à boire étaient placés en dehors de la table, autour des convives. C'était là un usage des Germains, qui se levaient de table pour aller boire à même des vases disposés le long des murs de la salle. On prenait

les viandes avec les mains, après les avoir coupées par quartiers, et les os restaient sur la table, alors dépourvue de nappes.

Au xif siècle, il semblerait qu'on avait encore conservé ces galeries ou rebords saillants autour des tables et les pentes drapées tombant de ce rebord à terre. Le manuscrit d'Herrade deLandsberg, de la bibliothèque de Strasbourg, nous fait voir une table à manger ainsi disposée (iîg. 2). Les pentes sont attachées par des anneaux à une tringle qui pourtourne le rebord de la table.

« Les tables lurent mises et li tabliers, et li saliers, et li coustel; « et il s'assistrent 1 . » Bien que ce texte appartienne à un roman du xiii0 siècle, le mot tablier indiquerait ces pentes drapées. Ici il n'est question ni de nappes, ni d'assiettes. Notre figure 2 ne montre, en effet, que des plats sur pieds, des couteaux, des salières et des fourchettes à deux branches qui paraissent destinées à pincer les morceaux que les convives prenaient dans les plats, plutôt qu'aies piquer. Le roman du châtelain de Goucy, qui fut écrit vers le commencement du xiif siècle, parle de tables à manger autour desquelles les convives s'asseyaient, ayant une seule assiette pour deux personnes. Ces tables sont couvertes de nappes. Du reste, le manuscrit déjà cité de la bibliothèque de Strasbourg 2 nous fait voir une table servie qui paraît être entièrement couverte d'une nappe; mais il faut dire que cette table oblongue est accompagnée d'un dossier sur l'un de ses deux grands côtés, ce qui lui donne l'apparence de ces meubles que nous désignons sous le nom de buffets.

1 Le Roman des sept Sages.

2 Herrade de Landsberg.

[ TABLE ] — 25b' —

Nous donnons (iig. 3) une copie réduite de la vignette 1 . Il est certain qu'au xijie siècle, les tables à manger étaient habituellement couvertes de nappes :

« Einsi s'esbalcnt sans dangier « Tant qu'il lu ore de mangier « Et pue les napes furent mises, « Et dessus les tables assises « Et les salières et li pains 2. »

Après le repas, les convives se levaient ; des serviteurs enlevaient

les nappes, et, sur les mêmes tables qui avaient servi à manger, on jouait aux échecs, aux tables (trictrac), aux dés :

« Rois Arragons les fist moult bien servir, « A mangier orent assez et pain et vin, « Grues et gentes et bons poons rostiz ; « Des autres mès ne sais que vos devis ; « Tant en i ot com lor vint à plésir. « Quant ont mengié et béu à loisir, « Cil eschançons vont les napes tolir, « As eschès jeuent paien et Sarrazin3. »

Ce texte, antérieur au précédent, parle déjà de nappes enlevées de dessus les tables à manger pour permettre aux convives de jouer.

1 Page 119.

2 Le Roman du Renart, vers 22769 et suiv.

3 La Prise d'Orenge, vers 551 : Guill. d'Orange, chansons de geste des XIe et xne siècles, .publ. par J. A. Jonckbloet. La Haye, 1854.

Les tables à manger du xiii0 siècle sont ordinairement carrées, lorsque le nombre des convives est petit; oblongues ou en fer à cheval, lorsque ce nombre est grand. A l'occasion de certaines fêtes, lorsqu'on donnait de grands repas auxquels prenaient part de nombreux invités, il était d'usage aussi de dresser quantité de petites tables :

« Fromons commande qu'on les tables méist, « Et l'on si fait, lcans en un jardin ; « Onze vint tables i poissiez choisir1. »

La rapidité avec laquelle, dans les grandes salles des châteaux, on dressait et l'on enlevait les tables à manger ou à jouer, indique assez que ces meubles n'étaient composés que de grands panneaux posés sur des tréteaux pliants, qu'ils n'étaient pas à demeure. Suivant que le nombre des convives était plus ou moins grand, on dressait et l'on assemblait un nombre plus ou moins considérable de ces tables. Cependant il existait, dans certaines grandes salles, des tables fixes de pierre ou de marbre destinées à divers usages. Dans la grand'salle du palais de la Cité à Paris, il y avait, à l'un des bouts, dit Sauvai2, « une table qui en occupoit presque toute la largeur, et « qui de plus portoit tant de longueur, de largeur et d'épaisseur, « qu'on tient que jamais il n'y a eu de tranches de marbre plus « épaisses, plus larges, ni [dus longues. Elle servoit à deux usages « bien contraires : pendant deux ou trois cents ans, les Clercs de la « Basoche n'ont point eu d'autre théâtre pour leurs farces et leurs « momeries ; et cependant c'étoit le lieu où se faisoient les festins « Royaux, et où l'on n'admettoit que les Empereurs, les Rois, les « Princes du sang, les Pairs de France, et leurs femmes, tandis que « les autres Grands Seigneurs mangeoient a d'autres tables. Tout « cela fut consumé en 1618 »

Toutes les représentations de repas laissent toujours un des grands côtés des tables libre pour le service ; c'est-à-dire que, sur une table longue, par exemple, les convives n'étaient assis que d'un côté ; l'autre côté était, comme dans l'antiquité, laissé libre pour faciliter le service.

Dans les châteaux des princes et grands seigneurs, les tables à manger étaient si larges, que souvent, pendant les entremets, des personnages y montaient pour réciter des couplets, pour distribuer

1 Li Romans de Garin le Loherain, édit. Techener, 1833, t. II, p. 143.

2 Antùj. de la ville de Paris, t. II, p. 3.

des fleurs aux convives ou représenter quelque scène allégorique. Il n'est pas besoin de dire que ces tables devaient être solidement établies. Habituellement, cependant, ces entremets, c'est-à-dire ces représentations entre deux services, se donnaient sur le pavé de la salle, au milieu des tables disposées en fer à cheval. (Voy. le Résumé historique.)

Les personnages qui possédaient de grandes richesses faisaient fabriquer des tables de métal, de bronze, d'or ou d'argent, qui semblent n'avoir eu d'autre usage que de décorer les intérieurs des appartements. Eginhard, en rapportant le testament de Charlemagne, mentionne 1 l'existence de trois tables d'argent et d'une table d'or d'une dimension et d'un poids considérables. « L'une d'elles, dit-il, « de forme carrée, sur laquelle est représentée la ville de Constan- « tinople, devoit être jointe aux autres dons destinés à la basilique « de Saint-Pierre de Rome et y être transportée ; l'autre, de forme « ronde, ornée d'une vue de la ville de Rome, devoit être donnée à « l'église de Ravenne; la troisième, qui surpasse de beaucoup les « deux autres par la beauté du travail comme par le poids, et qui, « formée de trois cercles, contient une description de l'univers « entier, tracée avec autant d'art que de délicatesse, étoit destinée, « ainsi que la table d'or, que l'on a déjà dit être la quatrième, à « augmenter le lot qui devoit être réparti entre ses héritiers et dis- « tribué en aumônes 2. » Ces tables étaient-elles montées sur pieds, ou étaient-ce des tableaux destinés à être adossés aux murs des appartements, ou des plateaux sur lesquels on apportait des fruits, des épices, des parfums, ainsi qu'on le fait encore en Orient? C'est ce que nous ne saurions décider. Toutefois il nous est resté une description d'une table d'or, enrichie de pierreries et d'un admirable travail, d'une époque plus rapprochée de nous, qui était évidemment destinée à servir de plateau, qui se développait au moyen de charnières, et sur laquelle on apportait du vin, des épices, comme on le fait encore aujourd'hui avec nos tables de déjeuners, qu'un

1 Vita Karoli imperatoris, xxxm.

2 M. Teulet, dans les notes qu'il a jointes à sa traduction de la Vie de l'empereur Charles, dit (t. 1, p. 3), d'après Thégan, chap. vm : « Que de tous les trésors de Charlemagne, Louis le Débonnaire ne se réserva, en mémoire de son père, que celte table, « formée de trois cercles , ce qui la faisait paraître l'assemblage de trois boucliers a réunis » ; et d'après les Annales de Saint-Berlin, qui la décrivent « comme un disque « d'argent d'une grandeur et d'une beauté remarquables, sur laquelle brillaient, sculptés « en relief et occupant des espaces distincts, la description du globe terrestre, les con- « slellations et les mouvements' des diverses planètes. »

serviteur apporte toutes montées etpose sur un trépied ou un pliant. Cette table célèbre est celle apportée, par don Pèdre de Gastille, à Angoulême, et dont il fit présent au prince de Galles, afin d'obtenir

des secours contre Henri de Transtamare. Voici ce que Cuvelier, trouvère du xive siècle, dit de cette table 1 :

« La table du roy Piètre dont je vous voi comptant

« Ne saroient nombrer nul clerc qui soit lisant ;

« Car trestoute estoit d'or, en croix aloit ploiant (fig. lx)

« A charnières d'or fin qui bien furent séant

« Et qui moult justement vont gentement fermant;

« De pierres précieuses, de pieres (perles) d'Oriant

« Estoit environnez et de maint diamant (aymant) ;

« D'asur et de sinople y ot euvre plaisant,

a Où ymages taillées y avoit de Rolant,

« De tous les .xu. pers, d'Olivier le poissant ;

« Comment furent vendu à Marsille la grant (le grant)

« Et dedens Roncevaux occis en combatant ;

« Et en mi celle table dont je vous voi comptant

« Estoit .1. escharboucle si clère et si poissant

« Qu'elle rendoit clarté par jour à nuit faillant-

« Ainsi con li solaus va à midi luisant ;

« Et delez l'escharboucle, qui valoit maint besant,

« I avoit une table (une pierre) qui de vertu ot tant

« Que nulz homs ne pooit ne roy ne amirant

« Aporler nul venin qui tant fu mal faisant,

« Que s'on li apportait la table en servant3

« Que pierre n'alast tout en l'eure changent :

« Noire comme charbon se changoit en samblant. »

Ces derniers vers indiquent bien clairement que cette table était destinée au service, qu'on y plaçait des mets ou des épices, puisque

1 Chron. de Bertrand du Guesclin (Collect. des docum. inédits sur l'hist. de France, t. I, vers 9093 et suiv.).

2 C'était une croyance généralement répandue alors, que l'escarboucle brillait la nuit et donnait une lumière assez vive pour éclairer l'intérieur d'une pièce comme un flambeau.

3 C'est-à-dire : « Que si oh lui apportait la table sur laquelle des mets auraient été empoisonnés. » Donc les mets étaient posés sur cette table comme un plateau, pour être présentés à la personne qui voulait être servie.

f TABLE ] — 260 —

l'auteur prétend que si ces mets étaient empoisonnés, fût-ce par un roi ou un amiral, les pierres précieuses devenaient noires comme charbon. Plus loin, en donnant la table merveilleuse au prince de Galles, don Pèdre inclique l'origine de ce riche joyau :

« Sire, cestui joiiel je vous le donne en don « Qui me vint par eschange de mon père Alfon ; « Et sachiez que jadis la conquist mon tayon (aïeul) « Au roy qui de Grenade maintenoit le royon ; « Car il le tint jadis et mist en sa prison « Et se riche joiel il en ot à rençon »

Sans croire aux vertus merveilleuses du joyau de don Pèdre, ce curieux passage nous fait voir qu'alors ces tables portatives étaient en usage, et que parfois elles étaient d'une excessive richesse.

Le manuscrit d'Herrade de Landsberg clans la miniature qui représente les meubles et ustensiles réunis par Salomon dans le

temple de Jérusalem, donne une table carrée ornée de têtes de rois gravées sur le dessus 5. Voici (fig. 5) la réduction de cette table, telle que la vignette la donne.

1 Vers 10650 et suiv.

2 XIIe siècle, bibliolh. de Strasbourg.

3 Il donna (David) de même de l'or pour faire les tables qui dévoient servir à exposer « les pains, selon les mesures qu'elles dévoient avoir; et donna aussi l'argent pour en « faire aussi d'autres tables d'argent. » (I Parah'p., xxvm, v. 16.)

Chez les particuliers et. dans l'intérieur des châteaux, on avait de

tables de petite dimension pour manger, lorsque l'on n'avait point de convives. Les princes et les grands seigneurs avaient l'habitude, même lorsqu'ils recevaient des étrangers, de manger sur une table séparée ; ces tables étaient longues et étroites, accompagnées d'un banc avec marchepied et garni quelquefois d'un dais. L'inventaire du mobilier du Louvre, sous Charles V, mentionne des tables à dais, et un grand nombre de vignettes de manuscrits desxiv1' etxve siècles représentent de grands personnages, rois ou princes, mangeant seuls ou avec leur femme sur des tables dont les bancs sont garnis de dossiers et de dais tendus de tapisseries (fîg. 6). Parfois aussi ces bancs sont simples ; mais les tables à manger affectent toujours la forme barlongue (fîg. 7) '. Les mets, les vins étant déposés sur

les buffets et les crédences, les serviteurs n'apportaient sur la table que l'assiette dans laquelle l'écuyer tranchant avait déposé la pièce de viande découpée et le hanap contenant le vin versé après avoir fait l'essai. Ce n'était que dans les repas composés d'un grand nombre de convives que l'on déposait sur les tables des viandes et pièces montées, que l'on découpait sur le buffet après qu'elles avaient été vues par les invités, comme cela se fait encore de nos jours. Dans le privé ou sur les tables séparées des princes, il n'y avait que de petits pains, les assiettes servies, la coupe de chaque convive, des

1 Vignette de YHist. de Girart, comte de Nevers, manuscr. de la Biblioth. impér., fonds la Vallière, n° 92.

fourchettes 1 et cuillers, suivant la nature du mets placé sur les assiettes. Les serviteurs présentaient souvent en face des personnes assises des plats dans lesquels, grâce à l'étroitesse des tables, on pouvait choisir le morceau qui convenait. Les bancs sur lesquels on était assis étant munis d'un marchepied, les tables étaient plus hautes que les nôtres; cette disposition faisait ressortir davantage les personnages assis à des tables spécialement réservées pour eux.

Nous terminerons ce passage sur les tables barlongues par des ligures indiquant les divers assemblages des pieds de ces meubles pendant le xve siècle et le commencement duxvi6 (fig. 8) \ De petits

1 L'usage des fourchettes ne fut guère introduit qu'au XMe siècle. " Des bas-reliefs des stalles de la cathédrale d'Amiens.

f TABLEAU ] — l#| —

goussets A, assemblés dans les montants et les traverses, étaient, destinés à empêcher le roulement des pieds et à leur donner une parfaite rigidité.

Il ne faudrait pas croire que les tables à un pied n'étaient pas en usage pendant le moyen âge. Dans les appartements des femmes, il

y avait çà et là des guéridons sur lesquels on déposait les ouvrages d'aiguille, des vases de fleurs, des livres, etc. Dans le manuscrit des chroniques du roi Louis XI, nous trouvons une vignette représentant une table carrée à un pied (fig. 9) *.

TABLEAU, s. m. Panneau composé d'ais assemblés présentant une surface plane que l'on recouvrait de cire, de toile ou de peinture, suivant la destination particulière du meuble. Nous parlerons d'abord des tableaux de tour, c'est-à-dire des panneaux appendus aux piliers des églises, et sur lesquels on écrivait avec un poinçon les noms de ceux qui devaient faire l'office de la semaine.

Au commencement du dernier siècle, il existait encore, près du maître autel de la cathédrale de Rouen, contre un pilier, un tableau enduit de cire destiné à cet usage 2, c'est-à-dire à recevoir les noms de ceux qui devaient faire l'office de célébrant pendant la semaine, de diacre, de sous-cliacre ou porte-chape. Une fois inscrits au tableau de semaine, les manquants étaient punis d'une grosse amende

1 Mélanges pour servir à l'histoire. Biblioth. impér. , vol. 748, manuscr. du commencement du xvie siècle.

2 Voyages liturg. en France, par le sieur de Molcon, 1718, p. 275.

de Rouen. Ces sortes de tableaux sont encore usités de nos jours dans les cathédrales ou grosses paroisses; seulement le panneau, au lieu d'être enduit de cire, est couvert d'un drap sur lequel on pique la liste des semainiers écrite sur un papier.

Il existe encore, dans l'ancienne cathédrale de Choire, en Suisse, un tableau de ce genre, qui date du xnc siècle. Il est fait de bois de châtaignier, à deux faces et monté sur gonds, de manière à pouvoir présenter à la vue l'une ou l'autre de ses deux faces. Il est entouré d'un double cadre richement sculpté et percé de petits trous. M. le docteur Relier, de Zurich, à qui nous devons des détails sur ce meuble précieux, dit « qu'il est destiné à contenir, sur l'une de ses « faces, la liste des membres de la congrégation, et à indiquer les « noms de ceux dont le tour arrive le lendemain, soit pour dire « la messe, soit pour remplir d'autres fonctions. Le tour de service « est pointé au moyen d'une cheville de bois fixée dans le trou qui « correspond au nom de la personne désignée. »

La lig. 1 représente la face de devant de ce tableau. La face opposée offre la même disposition ; les ornements seuls qui décorent le cadre et le tympan sont différents. Nous donnons (fig. 2) le sommet de

cette autre face i. La sculpture est plate, franchement coupée dans le bois, et indiquerait chez nous une époque antérieure au xne siècle. Mais les parties les plus anciennes de la cathédrale de Coirc ne remontant pas au delà de cette époque, il n'est pas probable que ce tableau soit plus ancien ; les arts de ces contrées sont d'ailleurs fort en retard sur ceux de la France. Ce tableau présente encore des

1 Nous devons ces dessins à l'obligeance de M. Didron, directeur des Annales archéologiques.

traces de 'peinture ; le fond de la face qui contient l'Agneau est peint en brun rouge, les feuillages se détachent en vert et les figures du tympan en bleu d'outremer.

Ce n'est que fort tard, vers la fin du xve siècle, que l'usage de suspendre des tableaux peints aux murailles fut introduit dans les églises. Jusqu'alors on réservait ce genre de décoration, assez peu commun, pour les intérieurs des sacristies, des salles des palais et châteaux. Les peintures des églises étaient faites sur les murs ou remplissaient les verrières (voy. le Dictionnaire d'architecture, au mot Peinture). Il faut reconnaître que l'effet des tableaux appendus aux murailles ou piliers des églises n'est pas heureux, et indique, de la part de ceux qui tolèrent ce genre de décoration, un singulier mépris des formes de l'architecture et aussi de la peinture, souvent même l'oubli des plus simples convenances. Mais ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question.

Dès le xnc siècle, on peignait des tableaux sur panneaux de bois. Le moine Théophile 1 indique les moyens de préparer ces panneaux. Ils étaient formés d'ais de bois séchés au four, collés avec de la colle de fromage, mis sous presse , enduits d'une préparation de plâtre et de colle de peau. Ces tableaux n'étaient guère destinés qu'à la décoration des retables d'autel, des oratoires; ils étaient de petite dimension, presque toujours à volets et peints avec un soin et une recherche infinis sur fond d'or gaufré, enrichis quelquefois même de verroteries et de pierres. Peu à peu on donna des dimensions plus grandes à ces tableaux ; on les entoura de cadres décorés de sculptures dorées. Tout le monde connaît les tableaux précieux des anciennes écoles italienne et flamande déposés dans nos musées, et, provenant presque tous d'établissements religieux. La sacristie de la cathédrale d'Amiens possédait, avant 1820, une suite de tableaux entourés de cadres d'une excessive richesse, donnés par la confrérie de Notre-Dame du Puy. Vers cette époque, un évêque d'Amiens donna les cadres à madame la duchesse de Berry, et ces meubles, respectés par la Révolution, furent ainsi dispersés2.

Pendant le moyen âge, il était d'usage de suspendre dans les rues, les jours de fête, des tableaux couverts d'armoiries et d'emblèmes. « Devant ledict hostel 3 avoit un riche tableau tout peint

1 Essai sur divers arts.

2 Ces tableaux sont aujourd'hui déposés dans l'escalier de l'évêché d'Amiens; deux cadres sont placés dans le musée de la même ville, deux autres dans le château de Rosny.

3 Du duc de Bourgogne. — Entrée de la duchesse à Bruges {Mémoires d'Olivier de la Marche),

« d'or et d'asur, au milieu duquel avoit deux lions élevés, tenant un « écu armoyé des armes de Monsieur de Bourgongne ; et à l'entour a dudict tableau avoit douze blasons des armes des pais de mondict

« seigneur Et au-dessus du tabernacle estoit à un des costés saint

« Adrien, et au-dessous dudict tableau estoyent des fusils pour devise, « et le mot de mondict seigneur, qui dit : « Je l'ay emprins »

Dans l'une des salles des châteaux, il existait presque toujours un grand tableau peint sur bois représentant la généalogie du seigneur. Dans les hôtels de ville, quelques tableaux étaient aussi appendus aux murailles des chambres principales. En 1535, on voyait encore, dans une salle de l'hôtel de ville de Béthune, un certain « grand rolle « ou estoit empraint et figuré, par privilège, toute la noble généa- « logie et descente de l'empereur. » Puis « une painture sur parce chemin, ou estoientpourtraictz les eschevins,le greffier et le clerc, « selon l'anchienne loy, avecq dictiez et escriptz comment juges « doibvent maintenir justice *. »Dans la salle des plaids, on voyait aussi un tableau représentant le jugement dernier, et un nommé Micquielle Thieulier, peintre, fournissait, en 15/jO, moyennant vingt livres, un nouveau tableau représentant « une histoire en forme « d'arbre, ou s'observoient les sept pechies mortelz et les branches « et deppendances d'iceulx; ainsi que pluisseurs personnaiges, auc- « torités, et escriptioris de la saincte escripture 2. » On voyait, dans la salle du parlement de Paris, à la fin du dernier siècle, un magnifique tableau (triptyque) représentant un Crucifiement, de Jean de Bruges, entouré d'un cadre sculpté, et au fond duquel était représentée la cour du May s .

Les tableaux allégoriques furent en vogue à la fin du xve siècle et pendant le cours duxvi0. Les seigneurs ou les bourgeois tenant pour tel ou tel parti aimaient à placer sous leurs yeux des allégories plus ou moins transparentes qui représentaient le triomphe de leur opinion, tout en étant une énigme pour les étrangers. Au moment de la réformation, cette mode fut suivie dans les châteaux comme dans les plus humbles maisons. Il nous reste encore quelques-uns de ces tableaux, médiocres pour la plupart au point de vue de l'art, mais assez curieux au point de vue de l'histoire des mœurs. On en voit un dans le château du Mesnil, autrefois Mesnil-Habert ou Mesnil-

1 Les Artistes du nord de la France, etc., aux xiv°, XVe et xvie siècles, par Al. Delà Fons, baron de Mélicocq. Béthune, 1848.

2 Ibid. .

3 Ce tableau existe encore et est déposé dans la salle des séances de la Cour impériale.

Fargis, près de Trappes, qui date du commencement du xvnc siècle; il est peint sur toile et représente une allégorie de la réformation traitée de la façon la plus singulière *.

TAPIS, s. m. (tapiz). TAPISSERIE, s. f. L'usage des tapis et tapisseries remonte à l'antiquité. Pendant les premiers siècles du moyen âge, on en plaçait à profusion dans les églises, soit sur le pavé, soit comme tentures. Dans les cathédrales, les côtés du chœur étaient tendus en tapisserie de diverses sortes que l'on changeait suivant les temps de l'année, et, dès le xe siècle, les évêques affectaient des sommes importantes à l'acquisition de ces tissus, qui venaient presque tous de l'Orient. L'abbé Lebeuf, dans ses Mémoires concernant l'histoire civile et ecclésiastique cVAuxerre 2, rapporte que l'évêque Gaudry, vers 925, possédant « une très-belle tenture parsemée de « lions, au milieu de laquelle étoit une inscription brodée en lettres « grecques, n'eut point de repos qu'il n'eût trouvé une autre tenture « de même dessin. L'ayant trouvée, il l'acheta et la donna à l'église,

« afin qu'elles ornassent les deux côtés » L'usage de décorer les

églises de tapisseries se perpétua jusque vers le commencement du dernier siècle, et les trésors des cathédrales et des églises abbatiales renfermaient une grande quantité de ces tissus que l'on étendait dans les sanctuaires et môme dans les nefs pendant les jours fériés ou à l'occasion de certaines cérémonies. Dans les châteaux, les appartements d'habitation, les salles de parement ou de parade étaient tendues le plus souvent de tapisseries, ou tout au moins de toiles peintes (voy. Toile). Il est difficile de donner la date de l'introduction des fabrications de tapis en France. Dès le ix° siècle, saint Angelme, trente-quatrième évèque d'Auxerre, faisait présent à la cathédrale de très-belles tapisseries pour orner le lieu où se tenait le clergé 5. Il n'est pas certain que ces tapisseries fussent de fabrication occidentale; mais, vers 985, les religieux de l'abbaye de Saint-Florent de Saurnur fabriquaient eux-mêmes, dans leur monastère, des tapisseries *. En 1025, la ville de Poitiers possédait des fabriques de tapis; il en était de même à Troyes, à Beauvais, à Reims, à Arras, à Saint-

1 Voyez la description de ce curieux tableau dans la Notice sur Notre-Dame de la Roche, par M. P. Huot (Uullet. monurn. de M. de Caumont, t. XII, p. 34). L'explication de ce tableau donnée par M. Huot nous paraît excellente, mais elle indiquerait que ce tableau est une satire des deux partis catholique et de la réforme. ;'

2 Publ. par MM. Challe et Quantin, 1848, t. I, p, 231.

3 L'abbé Lebeuf, t. I, p. 186.

4 D. D. Martenne et Durand, Hist. monast. S. Florenti Sa/m.

[ tapis ] — 270 —

Quentin. Ces tapisseries étaient à haute lisse, c'est-à-dire que la chaîne servant à faire le tissu était placée verticalement sur le métier. Ce genre de fabrication, qui remonte à la plus haute antiquité, puisqu'il était connu des Égyptiens, fut probablement pratiqué en Occident dès l'époque de la domination romaine. Quant aux tapis veloutés, ils furent introduits en France, pendant le moyen âge, par les Orientaux. Au xne siècle, sous le règne de Philippe-Auguste, les fabricants de ces sortes de tapis portaient le nom de Sarrasinois, et l'on entendait par tapis sarrasinois les tapis veloutés ; ces fabricants formaient alors une corporation réglementée par des statuts. Au commencement du xive siècle, les tapissiers sarrasinois et les tapissiers hauts lissiers furent soumis à une même maîtrise, dont les règlements datent de 1302 Ce ne fut que sous le règne do François Ier que la fabrication des tapis, qui jusqu'alors était du domaine de l'industrie privée, fut confiée par ce prince à quelques maîtres venus de Flandre et d'Italie, et prit un nouvel essor. Cette première manufacture royale fut d'abord établie à Fontainebleau, et était destinée à fournir à la décoration de cette belle résidence.

L'usage d'étendre des tapis sur le soldes appartements paraît avoir été fort anciennement adopté chez les peuples orientaux ou ceux qui subissaient leur influence, et introduit en France à l'époque des croisades. Nous voyons qu'en Angleterre les tapis de plancher furent importés, au xine siècle, par Éléonore deCastille etles ambassadeurs espagnols qui précédèrent son arrivée 2. Mathieu Paris raconte que les habitants de Londres s'indignaient du luxe déployé par les seigneurs étrangers, qui couvraient leurs planchers de précieux tapis, tandis que leur suite était misérable, désordonnée, et n'était montée que sur des mules. Il ajoute que quand Éléonore arriva à Westminster, elle trouva les appartements qui lui étaient destinés, décorés, parle soin des envoyés de son pays, de riches tentures, comme l'étaient les églises, et les planchers couverts de tapis, conformément à la mode espagnole. Il ne parait pas qu'avant le xive siècle les intérieurs des appartements en France fussent tendus de tapisseries de haute lisse, du moins nous ne trouvons à cet égard aucun renseignement certain, mais plutôt de toiles peintes et d'étoffes.

1 Par le prévôt Pierre le Jumeau. (Voy. la Notice sur les manufactures de tapisseries et de tapis réunies aux Gobelins, par M. Lacordaire, 1852.)

2 Voy. YArchit. domest. pendant le moyen âge. — Parker, Some Account of domest. Archit. in Englaud, t. I, p. 98. — Mathieu Paris, p. 782.

« En haut font tendre les cortines,

« Où il y a estoires devines

« De la loy anciiennes pointes,

« De maintes bonnes coulors taintes '. »

« . . . Encourtiné ont

« De dras d'or la maison trestoute 2. »

Ces tapisseries, soit de haute lisse, soit brodées sur un fond d'étoffe, paraissent avoir été réservées pour séparer des pièces, comme portières, ou encore comme courtines de lits. Cependant Necham 3, lorsqu'il censure * le luxe étalé dans les constructions de son temps, parle avec dédain des vestibules couverts de sculptures comme étant le réceptacle de toiles d'araignée. Il dit encore que les murailles de la chambre privée devraient être couvertes de tentures pour éviter les mouches et les araignées; il l'ait observer que la tapisserie serait convenablement suspendue devant l'épistyle, et cela dans le cas où la chambre se trouvait divisée par des colonnes.

Les vignettes des manuscrits du xnc siècle nous donnent de nombreux exemples de ces tapisseries suspendues en guise de grandes portières pour séparer les pièces d'un appartement ou même pour diviser une chambre. Flodoard rapporte que saint Remi laissa par testament, à l'évèque son successeur, « trois tapis qui « servent les jours de fête à fermer les portes de la salle du festin, « du cellier et de la cuisine 5. »

La figure 1 6 nous donne une de ces tentures suspendue à l'entrée

1 Roman de Mahomet, en vers, du xme siècle, publ. par MM. Reinaud et Francisque Michel, 1831.

2 Le Roman du Renart, vers 1170.

3 De naturù rerum, manuscr. Harl., 3737, f. 95, 6.

4 Voy. Parker, Domest. Archit., t. I, p. 15, auquel nous empruntons ce passage.

5 Flodoard, p. 07 (M. Guizot, Collection des mémoires).

6 Manuscr. d'Herrade de Landsberg, biblioth. de Strasbourg.

d'une salle. Cet usage se perpétua fort tard; des tableaux et des gravures du xvie siècle en font voir quantité d'exemples, et même encore, au commencement du xvmu siècle, dans les palais, certaines pièces n'étaient fermées que par des portières sans vantaux. Saint-Simon, en racontant la scène qui, au château de Marly, précéda la mort de Monsieur, frère du roi, remarque que le cabinet de Louis XIV n'était fermé que par des portières; ce qui permit à tous les courtisans, et même aux gens de service, d'entendre la querelle des deux princes.

Au xii° siècle, on tendait autour des lits des tapisseries dont la disposition mérite d'être remarquée. C'était comme une sorte de tente dont la partie supérieure était fixée à une tringle de bois ou

de métal, et qui tombait des deux côtés avec une ouverture permettant d'entrer dans le lit, à peu près comme les moustiquaires en usage dans le Midi. Voici (fig. 2) une de ces tapisseries de lit '*

Au xiv° siècle, l'emploi des tapisseries comme tenture devint général ; beaucoup de salles de châteaux de cette époque ont conservé les clous à crochet qui servaient à suspendre ces tapisseries maintenues seulement au chef, tombant jusqu'au sol, et masquant les portes. Il faut observer que, dans les distributions intérieures, on ne

1 Manuscr. d'Herrade de Landsberg, bibliotli. de Strasbourg. Le sujet représente la mort d'Holopherne.

ménageait point de ces portes larges de quatre à cinq pieds, comme on le fit vers le milieu du xvie siècle, mais seulement des baies larges de quatre pieds au plus et hautes de six pieds, qui, souvent même, n'étaient pas munies de vantaux. Une fente verticale, pratiquée dans la tapisserie, permettait aux entrants et aux sortants de passer en soulevant l'un des pans de la tenture, ainsi que le fait voir la fig. 3.

Derrière ces tapisseries, on pouvait se cacher ; aussi, chaque fois que l'on voulait être seul, on avait le soin de tàter la tapisserie autour de la pièce. Dans la tragédie de Shakspearc, Hamlet, s'apercevant que quelqu'un écoute, derrière la tenture, son entretien avec sa mère, tire son épéc et perce Polonius k travers la tapisserie : « Com- « ment! ici un rat?... Mort!... Un ducat qu'il est mort! 4 » Qu'on se figure la scène cVHamletau milieu d'une pièce entièrement tendue

1 How now ! a rat?

Dead, for a ducat. Dead.

[ TAns ] — 'llh —

de tapisseries dont les franges traînent à terre, l'action du héros est d'un effet terrible ; mais que Polonius soit caché derrière une portière comme un entant jouant à cligne-musette , Polonius est un niais, et le coup d'épée, l'acte d'un fou enragé. Hamlet ferait mieux alors d'aller prendre Polonius par les oreilles et de le jeter à la porte. C'est ainsi que, sur nos théâtres, la mauvaise mise en scène d'anciens chefs-d'œuvre altère la pensée du poëte. Ceci dit sous forme de parenthèse.

Ces vastes pièces tendues de tapisseries étaient trop peu sûres pour la vie intime ; cela explique pourquoi, dans les châteaux, on réservait presque toujours, près des grandes pièces, de ces réduits étroits où l'on pouvait s'enfermer lorsque l'on voulait se livrer à quelque entretien secret ou lorsqu'on cherchait la solitude. Dans l'intérieur même des grandes pièces, on établissait des clotels (voyez ce mot), qui, le plus souvent, n'étaient fermés que de tapisseries. C'est au moyen de ces clotets que l'on pouvait donner à coucher à beaucoup de monde dans des châteaux pourvus d'un très-petit nombre d'appartements. La grand'salle était alors un véritable dortoir divisé en cellules par des cloisons d'étoffe.

Les tapisseries les plus riches étaient possédées par les églises. Comme nous l'avons dit plus haut, ces tapisseries étaient exposées dans les chœurs et môme dans les nefs à l'occasion de certaines fêtes religieuses. De ces tentures, il ne nous reste rien qui soit antérieur au xvc siècle, si ce n'est la tapisserie de Bayeux, attribuée à la reine Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant, et qui est certainement un monument de la seconde moitié du xic siècle. Cette tapisserie n'est qu'une longue bande de canevas sur laquelle des événements relatifs à la conquête d'Angleterre par les Normands sont brodés sans fond. Il y a tout lieu de supposer qu'elle était destinée à décorer le chœur des chanoines comme une frise continue accrochée pendant certains jours de l'année !. La collection Gaignères de la bibliothèque Bodléienne à Oxford contient une suite de tapisseries fort belles, du xinc siècle, qui existaient encore dans l'église Saint- Médard en l'Ile, à Paris, au commencement du dernier siècle, et hguraient la légende du patron de l'église.

En 1483, Louis Raguier, chanoine de Paris, devenu évêque de Troyes, donna à son église quatre grandes pièces de tapisserie qui représentaient plusieurs sujets de la vie de saint Pierre et les ligures

1 Voy. Un mot sur les discuss. relut, à l'origine de lu tupisserie de Bayeux, par M. de Caumont (Bul/et. monum., t. VIII, p. 73).

des évèques canonisés de Troyes. Ces tapisseries étaient destinées à décorer le chœur 1 .

La cathédrale de Sens possède encore quelques-unes des magnifiques tapisseries qui étaient gardées dans son trésor ; elles datent du xve siècle et sont d'un travail admirable : l'une d'elles surtout, qui représente le couronnement d'Esther, est traitée avec une finesse exquise. Les personnages sont certainement des portraits, etl'Assuérus est très-probablement une image de Charles VIII. Les vêtements, les meubles, les bijoux, sont rehaussés de fils'd'or très-habilement mêlés à la laine, et les têtes, qui n'ont que six à huit centimètres de haut, sont modelées par des artistes fort habiles. Cette tapisserie est de haute lisse. Les cathédrales de Reims2, les églises de Saint-Remi de Reims, de Montpezat (Tarn-et-Garonne), le palais ducal à Nancy, conservent encore de fort belles tapisseries qui datent du xve et du xvie siècle.

Quant aux tapis destinés à être étendus sur le sol des églises, on en fît longtemps venir d'Orient. On voit encore, dans beaucoup de nos églises, des fragments de ces tapis qui sont originaires de Perse. L'église de Mantes possède encore un magnifique tapis persan qui paraît dater du xvie siècle, et qui était tendu sur les marches de l'autel. Il représente, au milieu d'arabesques d'un goût charmant, des chasseurs et des animaux. Les chasseurs portent des arquebuses assez semblables à celles dont on se servait en France vers le commencement du xvi° siècle.

Les tentures des appartements se composaient souvent d'étoffes brodées ou couvertes d'applications.

Quand du Guesclin fut fait connétable, la chambre qu'il occupai! dans le logis du roi était tendue de drap semé de fleurs de lis d'or.

« Pour une chambre broudée pour madame la Royne, qu'elle ot « à son couronnement à Rains.

« Premièrement. Pour la façon de 1321 pappegaus, faiz de brou- « deure ainantelés des armes nostre sire le Roy, pour la façon de « ces pappegaus, pour or, pour soie, de quoy ils furent faiz, et pour « paine d'ouvriers, 6 s. pour pièce, valent 396 1.6 s.3. »

Ces tentures étaient souvent couvertes d'armoiries, de devises.

1 Voy. Comptes de l'œuvre de l'église de Troyes. Troyes, 1855.

2 Voy. l'ouvrage de MM. Leberthois et Louis Paris sur les toiles peintes et tapisseries de la ville de Reims (Paris, 1843), et entre autres les pièces de tapisseries de haute lisse représentant l'histoire de Clovis.

3 Compte de Geoffroi de Fleuri, 1316 {Comptes de l'argenterie des rois de France au xive siècle, par L, Douët d'Arcq.

«... Pour la chambre de la Toussains, dont le cheveciel est vert, « bordé d'une bordeure de soucie tout entour, de compas des « armes de France et de monsseigneur de Vallois, de monsseigneur « d'Evreus et de monsseigneur de la Marche, tenant 9 aunes quar- « rées, 15 s. l'aune, valent 6 1. 15 s. Item, pour 6 tapiz vers, dont « les 3 tiennent 30 aunes, et les autres 3, 24 aunes, toutes quar- « rées, et sont à tiex esauciax comme le cheveciel, 11 s. pour aune, « valent 29 1. l/i s. *. »

« ... Pour une chambre vermeille de dix tappiz..., qui sont semez « de pappegaus armoiez de France, et de pappeillons armoiez de « Bourgongne, et entre deux semez de tréfiles d'argent 2 »

La serge était employée souvent comme tenture.

«... Pour une sargc de tapisserie semée de feuillage de « vigne 5 . . . . »

Les salles de villes, les parlements, étaient tendus d'étoffes fort riches souvent, pendant certaines solennités.

« Quant ilhs furent la venus, sachies que la ville fut durement « plaine de singnours, chevaliers, eskuwiers et daltres gens, et fut « li halle de la ville engordinee de béais draps dor et de soye, corne « les chambres de roys 4 . »

A l'occasion des fêtes publiques, des entrées des rois et reines, on tendait des tapisseries dans les rues, devant les maisons, et l'on se plaisait, vers la fin du xve siècle, à représenter sur ces tapisseries des histoires morales, des caricatures, des satires. Henri Baude, poëte du xv° siècle, donne plusieurs Dictz moraulz pour mettre en tapisserie, tels que ceux-ci :

— ■ « Des pourceaulz qui ont répandu ung plain panier de fleurs » (avec cette devise) :

« Belles raisons qui sont mal entendues

« Ressemblent fleurs à pourceaulz estendues. »

— « Ung bonhomme regardant dans un bois ouquel a entre deux « arbres une grant toille d'éroigne. Ung homme de court luy dit :

« Bonhomme, diz-moy, si tu daignes, « Que regarde-tu en ce bois?

1 Compte de Geoffroi de Fleuri, 1316 {Comptes de l'argenterie des rois de France au xive siècle, par L. Douët d'Àrcq).

? Bid.

3 Invent, de l'argent, dressé en 1353 (ibid.).

4 Conférences du roi Philippe de Valois et du roi David d'Écosse (Chroniq. de Jehan le Bel, chan. de Saint-Lambert, à Liège, publ. par M. L. Polain ; Liège, 1850).

Page 1