ENTRÉES DE ROIS, DE REINES, DE SEIGNEURS ET D'ÉVÊQUES
Rien n'égale la magnificence des entrées solennelles des rois et reines à dater du xive siècle. Jusqu'alors ces sortes de cérémonies tiraient leur lustre principal de la richesse de l'assemblée des seigneurs, de l'empressement du populaire, des tentures improvisées dans les rues , des jonchées de fleurs sur le pavé; mais il ne semble pas que les cités fissent les dépenses extraordinaires qu'elles ordonnèrent plus lard. Les personnes souveraines entrant clans leur ville capitale allaient tout d'abord à la cathédrale rendre grâces à Dieu ; de là elles se dirigeaient vers leur palais ou le logis qui leur avait été préparé, et la fête se terminait par un banquet.
« Grant joie out à Roem quant Richarl i entra 1 ;
« Li eveskes è li clers, li oonte è li baron
« Ont Richart recheu o grant procession.
« El mostier Nostre-Dame lîst prime s'oroison ;
« Devant li mestre autel fist mainte allicion.
« Mult out riche conrei (assemblée) li jor en sa meson -,
« Grant presse veissiez des baronz environ. »
Au xinc siècle, les choses se font avec plus de magnificence et un certain appareil de fête. Dans le roman de Uerthe aux (jrands
Le Romun de Rou, vers 3810 et suiv.
pieds1, la princesse entre dans la ville du Mans; les habitants sortent de la cité à sa rencontre :
« Leur dame ont salue bel et courtoisement,
« Roy Floires l'adestroit (la dirigeait) et Naymons ensemer.t,
« Delez li fu sa mère qui l'esgarde souvent.
« Ce jour y ot de lances fait grant defroissement 2,
« Tuil li saint 'A de la vile sonnoient hautement.
« Li clergiés vint encontre moult ordenéement,
« A grant procession et bel et netement :
« Fiertés 4 et encensiers y ot d'or et d'argent,
« De dras d'or et de soie la champaigne resplent.
« Tous li païs y est venus communément.
« Dames et chevalier y viennent noblement
« Pour connoislre leur dame, qu'il en ont grant talent.
« En la cité du Mans entrèrent erramment;
« Les rues sont couvertes et bel et richement,
« Les chaucies jonchiés, desus le pavement,
c< De fresche herbe et de jonc partout espessement.
« Les dames as fenestres sont acesmeement ;
« Ce jour y poussiez veoir maint parement.
« De ce ne vous ferai nul loue aconlement »
Blanchcfleur veut aller voir sa fille Berthe en France; le roi entend qu'elle sera accompagnée de cent chevaliers :
« Des plus vaillans qui soient entrestoute Hongrie.
« Ne veuil pas que aillez à petite mesnie,
« Car gent françoise sont de grant beubancerie. »
Quand le roi Jean revint en France après sa captivité, les Parisiens lui firent une entrée magnifique : les rues et le grand pont étaient tendus de tapisseries ; près de la porte Saint-Denis était une fontaine « quirendoit vin aussi abondamment comme eau, etportoit « dessus le roi un poelle (dais) d'or, sur quatre lances ; et alla le roi « faire son oraison à Notre-Dame , et puis retourna descendre au « palais , et firent à lui ceux de Paris un bel présent de vaisselle « qui pesoit environ mil marcs d'argent \ »
Lorsque l'entrée d'un prince avait lieu dans une ville soumise ou rendue, il était d'usage de présenter au roi les clefs de la ville.
1 Li Romans de Bertc aus gratis piés, édit. 1832, p. 179. Techencr.
2 II y eut des tournois pour fêter l'entrée de la reine.
3 LÀ saint pour les églises, ou pour les cloches, signa ; mais, suivant ce dernier sens, il y aurait sains, conformément à l'orthographe ordinaire de ce mot.
4 Châsses.
5 Chron. de Saint-Denis.
ENTRÉES DE SOUVERAINS. 313
Henri de Transtamare reçut, en entrant à Tolède, les huit clefs des huit portes de la ville 4.
De toutes les entrées solennelles dont il nous reste des descriptions , la plus magnifique est celle de la reine Isabeau de Bavière à Paris, le 20 août 1389. Le cortège de la jeune reine était composé en grande partie de dames en litières découvertes ou sur des palefrois, accompagnées des plus brillants seigneurs. « A la première porte « de Saint-Denis 2, ainsi que on entre dedans Paris, et que on dit à « la Bastide3, y avoit un ciel tout estellé, et dedans ce ciel jeunes « enfans appareillés et mis en ordonnance d'anges, lesquels enfans « chantoient moult mélodieusement et doucement. Et avec tout ce « il y avoit une image de Notre-Dame qui tenoit par figures un « petit enfant, lequel enfant s'ébattoit par soi à un moulinet fait « d'une grosse noix ; et étoit haut le ciel armoyé très richement des « armes de France et de Bavière , à un soleil d'or resplendissant et
« donnant ses rais Après ce vu, la roine de France et les dames
« vinrent tout le petit pas devant la fontaine en la rue Saint-Denis, « laquelle étoit toute couverte et parée sur un drap de fin azur, « peint et semé de fleurs de lys d'or, et les piliers qui environnoient « la fontaine armoyés des armes de plusieurs hauts et notables sei- « gneurs du royaume de France ; et donnoit cette fontaine par ses « conduits claret et piment4 très bons et par grans rieus ; et avoit « là , autour de la fontaine , jeunes filles très richement ornées, et « sur leurs chefs chapeaux d'or bons et riches, lesquelles chantoient
« très mélodieusement Et tenoient en leurs mains hanaps d'or
« et coupes d'or; et offroient et donnoient à boire à tous ceux qui
« boire vouioient » Devant le couvent de la Trinité , on avait
dressé un théâtre, sur lequel on représenta une bataille entre chrétiens et Sarrasins. A la seconde porte Saint-Denis 5, un château avait été dressé, couvert d'un ciel semé d'étoiles, avec la représentation de Dieu le Père, du Fils et du Saint-Esprit, entourés d'anges chantants. Lorsque la reine vint à passer, « la porte de paradis ouvrit et « deux anges issirent hors, en eux avalant; et tenoient en leurs
1 Chron. de du Guesclin, liv. II {Coll. des mém.). Froissart, liv. IV.
3 La porte Saint-Denis était, en effet, une petite bastille. Froissart entend parler de celle-là, et non de la bastille Saint-Antoine, qui conserva seule ce nom de bastille jusqu'à la fin du dernier siècle.
4 Le claret était une boisson fabriquée avec des vins du Midi et du miel ; le piment était un vin de Grèce ou d'Espagne mêlé d'épices.
5 Démolie sous François Ier.
« mains une Irès riche couronne d'or garnie de pierres précieuses, « et la mirent les deux anges et l'assirent moult doucement sur le « chef de la roine, en chantant tels vers :
« Dame enclose entre fleurs de lis, « Boine estes vous de Paris, « De France et de tout le pays ; « Nous en râlions en paradis. »
Autre éehafaud devant la chapelle Saint - Jacques, richement étoffé, au milieu duquel on jouait des orgues. La rue Saint-Denis était couverte dans toute sa longueur de draps camelots et de soie, « si richement comme si on eust les draps pour néant ou que on fust « en Alexandrie ou en Damas ». Jusqu'au grand Chàtelet, les maisons étaient tendues de tapisseries de haute lisse. Devant le grand Chàtelet était un château de charpente, avec bois autour rempli de lièvres, de lapins, d'oiseaux. Le pont Notre-Dame était couvert d'étoffes de soie verte et blanche lamée d'étoiles.
Lorsque le cortège déboucha dans l'île de la Cité, il était tard déjà; ce fut alors qu'un homme « natif de Genève » descendit sur une corde tendue du haut des tours de Notre-Dame à la plus haute maison du pont Saint-Michel. Il portait des torches dans chaque main et chantait. Tout Paris et les campagnes virent ainsi descendre cet acrobate portant ses deux flambeaux. Arrivée dans la cathédrale, la reine, reçue par l'évôque, alla faire ses prières au grand autel, offrit au trésor la couronne qu'elle avait reçue à la porte Saint-Denis et quatre draps d'or; l'évêque lui mit sur la tête une couronne plus riche que la première; après quoi, le cortège se rendit au palais, clans le môme ordre qu'il était venu, à la lueur des flambeaux.
Lorsque Charles VI rentra à Paris, le 13 octobre 1414, le soir, les « bonnes gens de Paris commencèrent, sans commandement, à « faire feus, et à buciner (jouer des instruments) le plus grandement « qu'on eust veu passé cent ans devant, et les tables emmy les rues « drecées à tous venans par toutes les rues de Paris qui point ayent « de renom 1 . »
Quelques années plus tard , ce fut le duc de Bedford , régent de France, qui fit son entrée dans la ville de Paris (1424). Les gens de Paris se portèrent au-devant de lui, « vêtus de vermeil » et entonnèrent le Te Dewn à son arrivée. Le peuple criait Noël! et les rues étaient parées. « Devant le Chastelet avoit ung moult bel mystère
1 Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles VI (Coll. des mém.).
ENTRÉES DE SOUVERAINS
« du Viel Testament et du Nouvel , que les enffans de Paris firent, « et fut fait sans parler ne sans signer (gestes), comme ce si ce « feussent ymages enlevez contre ung mur (bas -relief) Après, « quand il ot moult regardé le mystère, il s'en alla à Nostre-Dame, « où il fut reçeu comme ce fust Dieu ; car les processions qui « n'avoient pas esté aux champs et les chanoynes de Nostre-Dame le « receurentàlaplus grant honneur, en chantant hymnes et louanges « qu'ils purent, et joùoit-on des orgues et des trompes, et sonnèrent « toutes les cloches2. » Mômes réjouissances, fêtes et mystères, pour l'entrée du roi Charles VII, en 1A58. « Et à l'entrée les bourgeois luy mirent un ciel (dais) sur la teste que on a, à la Saint Sauveur, à porter Nostre-Seigneur , et ainsi le portèrent jusques à la porte aux
Paintres 3 dedens la ville »
Martial d'Auvergne, poëte du xve siècle, décrit en assez jolis vers l'entrée du roi Charles VII à Rouen. Le cortège ici prend une nouvelle allure ; ce sont des compagnies régulières d'archers qui ouvrent la marche :
« Us estoient bien six cens archiers « A brigandines et jacquettes « Montez sur roussins et dexlriers « A harnoix et armes complexes. »
Puis vient le comte de Saint-Pol , armé tout de blanc, et accompagné de trois pages; puis le comte de Nevers, suivi de huit hommes d'armes en rang dont les chevaux étaient houssés de satin vermeil à croix blanches. Après lui, Juvénal le chancelier, vêtu d'une robe écarlate, précédant une haquenée blanche couverte de velours bleu fleurdelisé et portant un coffret renfermant les sceaux de France. Les hérauts d'armes, les trompettes et bannières formaient une troupe brillante que suivait le grand écuyer Poton de Xaintrailles :
« Il esloit tout armé à blanc *,
« Fringant sur un dextrier paré,
« Combien qu'il feust vieillart et blanc,
« Couvert de velours azuré. »
Le roi était monté sur un coursier caparaçonné de velours bleu
1 On voit que les tableaux vivants ne sont point une invention nouvelle.
2 Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles Vil {Coll. des mém.).
3 La seconde porte Saint-Denis dont parle Froissart.
4 « Armé à blanc » voulait dire armé de plaies d'acier poli sans mailles apparentes, ni haubergeon d'étoffe.
fleurdelisé, suivi de ses pages, et accompagné du roi de Sicile et du comte du Maine, son frère. Derrière eux chevauchaient des seigneurs
« Par ordre et selon leur degré, « Vestuz de diverses couleurs, « De satin et de soye à leur gré, »
l'écuyer tranchant, le grand maître de l'hôtel. Le cortège était fermé par six cents hommes d'armes à cheval, tous richement armés et portant lances à pennon de satin vermeil.
L'archevêque, suivi d'un nombreux clergé, vint à sa rencontre, ainsi que les bourgeois de la ville et gros marchands. Après la harangue obligée, les clefs de la ville furent remises au roi,
« Et les bailla de prime face « A Brezé qu'il fist capitaine. »
Le roi entra par la porte des Chartreux , où il trouva de nombreuses processions portant bannières et reliquaires. Les rues étaient tapissées et couvertes de draps très-riches; les enfants criaient Noël! les ménétriers jouaient de leurs instruments, montés sur des estrades et sur les tours ; le Te Deum chanté dans toutes les églises :
« Quatre bourgeois de la cité « Portoient sur le roy, à l'entrée, « Ung beau ciel vermeil velouté, « Aux armes du roy et livrée. »
On n'avait pas oublié la fontaine laissant couler vin et hypocras :
« Puis au carrefour de l'église « Y avoit ung beau cerf volant 1 « Portant en son col par devise « Une couronne d'or boullant.
« Et quant le roy illec alla
« Dire ses grâces en l'église,
« Ledit cerf s'agenouilla
« Par l'honneur et plaisance exquise. »
La fête se termina par des feux et des repas dans les rues, et dura cinq jours.
1 Le roi Charles VII avait adopté, comme support de ses armes, un cerf ailé portant au cou une couronne d'or.
ENTRÉES DE SOUVERAINS
L'entrée du roi Louis XI à Paris, le 31 août 1461, fut magnifique. A la porte Saint-Denis (car l'usage voulait que tous les rois entrassent par cette porte), le roi « trouva une moult belle nef en figure d'arec gent , portée par hault contre la maçonnerie de la dicte porte « dessus le pont-levis d'icelle, en signifiance des armes de la dicte « ville , dedans laquelle nef estoient les trois Estats , et aux chas- « teaulx (gaillards) de devant et derrière d'icelle estoient Justice « et Équité, qui avoient personnages pour ce à eulx ordonnez, et à « la hune du mast de la dicte nef, qui estoit (la hune) en façon « d'un lys, yssoit ung Roy habillé en habit royal que deux anges « conduisoient. »
Les entrées des grands seigneurs clans les villes soumises à leur juridiction, pour être moins splendides que celles des rois et reines de France, n'en différaient guère. Le cérémonial était le même : le seigneur entrant se présentait d'abord à l'église , et les bourgeois venaient au-devant de lui jusqu'en dehors des portes. Si ces entrées se faisaient dans des villes soumises ou revenues à l'obéissance, outre l'apport des clefs des portes, les bourgeois marquaient leur soumission par quelque signe apparent. Ainsi , quand le duc de Bretagne, Artus III, rentra dans sa ville de Saint-Malo, en l/il3, « ceux de la ville vindrent au devant de lui vestus de blanc et de « noir 1 ; et tous les petits enfans avoient panonceaux d'hermine « blancs et noirs ; et on y cria bien Noël! et fut tout aboli ; et depuis « ont esté bons et loyaux au duc. » Si c'était au nom du roi que des seigneurs prenaient possession d'une ville, l'un d'eux portait la bannière royale. Après la reddition de Bayonne, en 1451, le 21 août, les gens du roi entrèrent dans la ville, précédés de mille archers; « et après vindrent deux héraulx du roy, et autres portant leur cotte « d'arme ; et après messirc Bertrand d'Espagne , seneschal de Foix, « armé tout au blancq2, qui portoit la bannière du roy monté sur « un coursier moult richement habillé 3 . »
Il était d'usage d'offrir le vin d'honneur aux grands personnages dans les églises, lorsqu'ils entraient dans une ville, soit comme seigneurs, soit comme représentants du roi. Cette coutume s'éten-
1 Hist. d' Artus III, duc de Bret. et comte de Richemont (Coll. des mém., t. III). Les ducs de Bretagne portaient d'hermine ; c'est pour rappeler ces armes, que les bourgeois de Saint-Malo se vêtirent de blanc et de noir.
2 On entendait, comme il est dit ci-dessus, par armé au blanc, couvert d'une armure d'acier poli, sans damasquinages ni couleurs.
3 Mém. de du Clercq (Coll. des mém. , t. III).
clait même aux femmes : en 1381 , Blanche d'Orléans reçoit des chanoines de Saint-Quiriace de Provins le vin d'honneur1.
Les entrées des rois, pendant le moyen âge, étaient, comme toutes les cérémonies publiques de cette époque, l'occasion de certains privilèges. Piganiol de la Force 2 rapporte qu'il existait dans la place publique de Péronne « un grès long de quatre pieds, « large de deux, élevé au-dessus du pavé de quatre ou cinq pouces, « et qui étoit érigé en fief dont il est la glèbe et tout le domaine. « On assure, ajoute-t-il, que quand le roi veut faire son entrée dans « la ville , le tenancier de ce fief doit faire ferrer avec des fers d'ar- « gent les quatre pieds du cheval sur lequel le roi doit monter , et « c'est sur ce grès que le maréchal doit ferrer le cheval ou haquenée. « Le tenancier du fief le présente ensuite au roi, qui le monte pour « entrer en souverain dans la ville de Péronne. Le tenancier de ce « fief jouit de plusieurs privilèges : 1° La desserte et la vaisselle qui « ont servi au roi dans le repas qu'il a fait après son entrée dans la « ville de Péronne lui appartient. 2° Il Jouit d'une redevance sur « toute la bière qui se consomme dans Péronne. 3° Il perçoit un « droit sur toutes les boutiques des marchands qui s'établissent en « baraques pendant la foire qui se tient dans cette ville ; il va choisir « dans les boutiques de ceux qui vendent des instrumens coupans « la pièce qui lui convient le mieux et qu'on nomme le premier « taillant; c'est-a-dire que, chez les couteliers, il prend un couteau « ou un rasoir; chez les taillandiers, une hache ou doloire, ou une « bêche, etc. ; chez les autres marchands, on lui donne une rede- « vance en argent. 4° Un homme qui est décrété de prise de corps « ne peut être enlevé de dessus ce grès ou glèbe , s'il a le temps de « s'y réfugier. »
Entrées des évêques.
Les cérémonies observées aux entrées solennelles des évêques, qu'ils soient ou non seigneurs des villes, méritent d'être mentionnées. L'évêque, le jour de son entrée, se rendait dans l'église d'une abbaye proche l'une des portes, en dehors ou en dedans de la ville. Là il trouvait une chaire préparée; on le revêtait de ses habits épiscopaux; le clergé entonnait le Te Deum; puis, processionnellement, le prélat était porté dans la chaire, recouverte de riches étoffes, jusqu'à la cathédrale. Les porteurs étaient les quatre plus
1 Coutumes de Provins, t. II, p. kl.
2 Nouv. Bescript. de la France, t. II, p. 204.
ENTRÉES DES ÉVËQUES.
grands seigneurs du diocèse, lorsque l'évêque n'était point seigneur de la ville, ou les quatre plus notables bourgeois, s'il l'était. Les évêques de Soissons étaient portés par le comte de Soissons , le seigneur de Piefrefonds , le seigneur de Montmirail et le seigneur de Bazoches 1 . Les évêques d'Auxerre se rendaient habituellement, le jour de leur entrée , à l'abbaye de Saint-Germain ; c'était du chœur de cette église que le prélat était porté dans sa chaire, par quatre des plus notables bourgeois , jusqu'à la porte de la cathédrale, où les chanoines le recevaient en chape, avec la croix et l'eau bénite. L'évêque faisait alors le serment d'usage, qui consistait à maintenir les privilèges du chapitre ; après quoi , ayant sonné une clochette, la porte principale s'ouvrait, et les bourgeois portaient le prélat jusqu'au grand autel. Alors commençait la cérémonie d'installation2. Les cérémonies qui avaient lieu pendant ces entrées donnèrent souvent lieu à des contestations ou des protestations. Il arrivait que les clefs des villes étaient remises aux prélats, bien que ces villes dépendissent du domaine royal. Quelquefois le serment des évêques de Laon, dit Piganiol5, se faisait dans la cour de l'évêché et dans les assemblées générales. « Les habitans, un genou « en terre, la main droite étendue vers l'église cathédrale, promet- « taient d'être fidèles à l'évêque (sauf l'obéissance due au roi , et à « leurs droits de commune et privilèges), et l'évêque leur promettait « de ne rien attenter contre leurs droits, leurs libertés, et de con- « server leurs privilèges. Dans cette cérémonie , ajoute cet auteur, « on s'est quelquefois avisé de présenter les clefs de la ville à « l'évêque, parce que quelques-uns de ces prélats ont prétendu, « très-mal à propos , être seigneurs de la ville , quoique ce soit le « roi. » Piganiol nous a laissé une description fort détaillée des cérémonies de l'entrée des évêques de Beauvais et des fêtes à cette occasion4. Nous renvoyons nos lecteurs, pour le menu, à cette description.
Il était d'usage encore, pendant le xiv° siècle, lorsque les évêques de Troyes faisaient leur entrée dans la ville, de descendre à l'abbaye des Dames ; l'abbesse prenait le cheval du prélat par la bride pour le faire entrer dans le monastère, et ce cheval lui appartenait. Le
1 Nouv. Descript. de la France. Piganiol de la Force, t. I, p. 27.
2 Voy. Mém. concernant l'histoire du diocèse d'Auxerre, par l'abbé Lebeuf, publ. par MM. Challe et Quantin, t. II, p. 23 et 61.
3 Nouv. Descript. de la France, I. I, p. kl. * Ibid., t. 1, p. 75 et suiv.
lendemain, en partant, l'évèque, qui avait droit de gîte, emportait le lit dans lequel il s'était couché \
BAPTÊMES, NOCES, OBSÈQUES. Baptêmes.
Les baptêmes des princes furent, pendant le moyen âge, l'occasion de cérémonies et de fêtes splendides. Jusqu'au xve siècle, les catéchumènes étaient plongés dans une cuve baptismale ; on ne se contentait pas, comme aujourd'hui, de les asperger d'eau.
Dans les premiers temps du christianisme, il fallait baptiser des personnes de tout âge, et souvent en grand nombre, beaucoup étant entraînés par l'exemple de quelques-uns. Les baptistères étaient alors des salles assez vastes, carrées, ou plus ordinairement circulaires ou à pans , au milieu desquelles était creusée une large cuve au ras du sol. Nous possédons encore en France quelques-uns de ces baptistères primitifs, à Poitiers (église de Saint-Jean), à Aix en Provence. Dernièrement, en démolissant les maisons qui entouraient la cathédrale de Marseille, on a trouvé l'ancien baptistère circulaire avec sa cuve pavée de mosaïques au centre. Flodoard 2 raconte ainsi le baptême de Clovis à Reims : « Cependant on prépare le chemin « depuis le palais du roi jusqu'au baptistère; on suspend des voiles, « des tapis précieux ; on tend les maisons de chaque côté des rues ; (( on pare l'église , on couvre le baptistère de toutes sortes de par-
« fums Le cortège part du palais : le clergé ouvre la marche,
« avec les saints Evangiles, les croix et les bannières, chantant des « hymnes et des cantiques spirituels ; vient ensuite l'évèque (saint « Remi), conduisant le roi par la main; enfin, la reine suit avec le « peuple. » Le prêtre qui portait le saint chrême n'ayant pu percer la foule et arriver aux fonts, une colombe blanche apporta la sainte ampoule. « Le saint évèque prend la fiole miraculeuse, asperge « de chrême l'eau baptismale, et Clovis demande avec instance le « baptême. 11 est plongé par trois fois dans la cuve. » Ces cérémonies furent exactement suivies pendant plusieurs siècles. Grégoire de Tours raconte le baptême de Clovis à peu près dans les mêmes
1 Topogr. de Troyes : Abbaye de Notre-Dame aux Nonnains.
2 Hist. de l'église de Reims (Coll. des mém. relatifs à l'hist. de France:, Irad. de M. Guizot).