BAPTÊMES
termes. Il était d'usage alors de baptiser les catéchumènes la veille de Pâques; ceux-ci étaient vêtus de blanc et ne quittaient cet habit que le premier dimanche après Pâques, qui , à cause de cela, était nommé : Dominica in albis ou dbalbis depositis. Le baptême ayant lieupar immersion, c'était leparrain qui retiraitl'enfantou le catéchumène de la cuve, et, par cet acte, il l'adoptait pour son fils en Dieu.
Souvent alors les baptistères étaient hors de la ville, à cause du concours de personnes qui se présentaient ensemble pour être baptisées. Grégoire de Tours 1 rapporte que l'évêque Avitus baptisa un grand nombre de juifs en dehors de la ville de Clermont. Une émeute populaire avait détruit leur synagogue ; cinq cents d'entre eux demandèrent le baptême. « A cette nouvelle, dit l'historien, le « pontife, transporté de joie, pendant la nuit de la Pentecôte, après « la célébration des vigiles, se rendit au baptistère situé hors des « murs de la ville; là, une multitude, prosternée devant lui, « demanda le baptême. Et lui, pleurant de joie, les lava tous dans
« l'eau sainte, les oignit du saint chrême Les cierges brûlaient,
(( les lampes jetaient un vif éclat; toute la ville brillait de la blan- « cheur de ce troupeau. »
Lorsque l'on convertissait des femmes infidèles à la foi chrétienne, il était d'usage souvent de les marier après qu'elles avaient reçu le baptême. Dans la Chevalerie d'Ogier de Danemark, un passage signale une cérémonie de ce genre ordonnée par Charlemagne :
« Là (dans le palais) sont les dames qi quermnt en Jhésu :
« Kalles les ot amenées lassus.,
« Soixante furent vestues de bon fus;
« Tos lor adous furent à or batus.
« Trente arcevesque furent tous revestus,
« Cil les batisent el non del roi Jhésu ;
« Kalles de France, aine si bon rois ne fu,
« Les maria as contes et as dux.
Au xiv° siècle, nous voyons qu'il est question, pour la cérémonie du baptême, non-seulement de l'eau et du saint chrême, mais du sel :
« Quant li enfes ot pris baptesme « Kt seil et oile e ewe et cresme, « Dont li fait noriches venir « Por alaitier et por norir 3. »
> Lib. V.
2 La Chevalerie Oyier de Dancmarche, XIIe siècle, vers 13001 et suiv.
3 Li Romans de Robert (e Dyable, xive siècle.
Ce fut à cette époque aussi que le cérémonial du baptême des princes fut réglé et suivi avec une grande solennité.
Les chroniques nous ont laissé des descriptions détaillées de l'ordre et des splendeurs de ces fêtes. Charles VI étant né le 3 décembre 1368 , quelques jours après eut lieu la cérémonie du baptême, le 11 du même mois, en l'église Saint-Pol : « Dès le jour « précédent 1 furent faictes lices de bois en la rue devant la dicte « église, et autour des fonts de l'église, pour mieux empêcher la « grande presse de gens qu'elle ne fust trop grant. Premièrement, « devant ledit enfant il y avoit deux cens torches et deux cens « varlets qui les portoient, qui tous demourèrent en la rue, excepte « seulement vingt-cinq torches qui furent dedans l'église. Et après « estoit messire Hue de Chastillon , seigneur de Dampierre , maistre « des arbalétriers, qui portoitun cierge, et le comte de Tancarvillc « portoit une couppe en laquelle estoit le sel, et avoit une touaille « (serviette) sur son col, dont le sel estoit couvert. Et après estoit
« la royne Jehanne d'Evreux qui portoit l'enfant Et ainsi fut
« apporté ledit enfant jusques à la grant porte de l'église de Saint- « Pol, à laquelle estoient, qui attendoient l'enfant, le cardinal de « Beauvais , chancelier de France , qui ledit enfant crestienna (bap- « tisa), et le cardinal de Paris en sa chappe de drap sans autre « parement, » et quantité de prélats et d'abbés. « Et le tint sur les
« fonts monseigneur de Montmorency En celluy jour fist le roy
« faire une donnée (aumône , largesse) en la coulture de Sainte- « Catherine de vingt deniers parisis à chascune personne qui y « vouloit aller, et y eut si grant presse qu'il y eut plusieurs femmes « mortes. »
Dans les Honneurs de la cour (xve siècle), Aliénor de Poitiers nous a conservé l'ordonnance de ces cérémonies princières. Voici ce qu'elle dit : « Le portail, où l'on commence l'office du baptesme, « doibt estre tendu de tapisserie ; et sy le font (les fonts) est en une « chapelle, elle doibt estre tendue tout autour, et s'il n'y at chapelle, « sy doibt-on mettre tapisserie là où sont les fonts. Item la pierre « des fonts jusques à terre tout autour doibt estre couverte de « velour, et dessus les bords du font tout autour un beau doublier « (nappe en double), et dessus les fonts il ne doibt rien avoir de « tendu, car cela est pour les princesses. Item, il y doibt avoir une « chapelle toutte tendue, et là doibt avoir une table carrée, comme « un lict, et dessus un couvertoir de menu vair, et par dessus le
1 Chron. de Saint-Denis.
NOCES
« menu vair un drap de crespe , et là-dessus des oreillers ou quar- « reaux de drap de soye pour desmaillotter et renvelopper l'enfant. »
François Ier pria le pape d'être le parrain de son premier-né ; ce fut le duc d'Urbin, son neveu, qui vint à sa place à Amboise, où eut lieu la cérémonie du baptême du Dauphin. Il y eut à cette occasion des fêtes splendides ,, tournois , banquets, nais. Toute la cour du château d' Amboise fut tapissée et couverte d'une riche tenture. A cette occasion, le roi fit faire une ville de bois environnée de fossés en plein champ , que Ton se mit à battre en brèche avec de l'artillerie. « Dedans la ville, il y avoit de gros canons faicts de « bois, et cerclés de fer, qui tiroient avec de la poudre, et les boucs lets , qui estoient grosses balles pleines de vent et aussi grosses « que le cul d'ung tonneau, frappoient au travers de ceulx qui « tenoient le siège , et les ruoient par terre , sans leur faire aucun « mal; et estoit chose plaisante à veoir des bonds qu'elles faisoient. » Les assiégés firent une sortie vivement reçue. « Et feust le plus « beau combat qu'on ait oncques veu , et le plus approchant du « naturel de la guerre. Mais le passe-temps », ajoute le chroniqueur auquel nous empruntons ce passage1, « ne plut pas à tous; car il « y en eust beaucoup de tués et affolés. » C'est là, il faut l'avouer, une singulière façon de fêter un baptême et une noce. Le duc d'Urbin épousa pendant ces fêtes « la plus jeune fille de Dou- « longne ».
Mariage. — Noces.
Chez les Germains, c'était l'époux qui apportait une dot à l'épousée, et non celle-ci à l'époux2. La femme se trouvait, par suite de cette habitude, dans une dépendance servile à l'égard de son mari, et devenait chose acquise. Nous trouvons cet usage encore établi chez les Francs du temps de Grégoire de Tours. « Les députés du « roi Chilpéric, dit cet historien, Ansovald et Domegisil, revinrent « d'Espagne, où ils avaient été envoyés pour prendre connaissance « de la dot destinée à sa fille3. » Les seigneurs barbares, à cette époque, ne pratiquaient nullement, à l'égard du mariage, l'antique loi romaine , ni la loi chrétienne ; ils prenaient plusieurs femmes, qui semblent être traitées sur le pied de l'égalité. « Le roi Clotaire,
1 Mém. de Fleur ange.
2 Tacit, Germ., 6.
3 Grég. de Tours, Hist. Franc., lib. VI7 xvin.
324 VIE riJBLIQUE DE LA NOBLESSE FÉODALE, ETC.
« dit le même auteur1, eut sept fils de différentes femmes Il
« avait pour épouse Ingonde; il l'aimait uniquement, lorsqu'elle « lui fit cette demande : — Monseigneur a fait de sa servante (aïtcilla « sua) ce qu'il a voulu; il m'a reçue dans son lit : maintenant, pour « mettre le comble à ses faveurs, que mon seigneur roi daigne « écouter ce que sa servante lui demande. Je vous prie de vouloir « bien chercher pour ma sœur Aregonde , votre esclave , un homme « capable et riche, qui m'élève au lieu de m'abaisser, et me donne « les moyens de vous servir avec plus d'attachement encore. — A ces « mots, Clotaire, déjà trop enclin à la volupté, s'enflamme d'amour « pour Aregonde, se rend à la campagne où elle résidait, et se « l'attache par le mariage. Quand elle fut à lui , il retourna près « d'Ingonde, et lui dit : — J'ai travaillé à te procurer cette suprême « faveur que m'a demandé ta douce personne ; et en cherchant un « homme riche et sage qui méritât d'être uni à ta sœur, je n'ai « trouvé rien de mieux, que moi-même. Sacbe donc que je l'ai prise « pour épouse ; je ne crois pas que cela te déplaise. — Ce qui « paraît bon aux yeux de mon maître, répondit-elle, qu'il le fasse; « seulement, que ta servante vive toujours en grâce avec le roi! » Un certain Andarchius, esclave, homme entreprenant, ayant acquis près de son jeune maître des connaissances dans les lettres et les sciences, attaché plus tard au roi Sigebert, résolut d'arriver à la fortune par un mariage. Il se lie d'amitié avec un citoyen de Glermont nommé Ursus, cache sa cuirasse dans un coffre où l'on a l'habitude de serrer les papiers, et dit «à la femme d'Ursus , pendant une absence de celui-ci : « Je te recommande mes pièces d'or renfermées dans ce meuble; il y en a plus de seize mille, et elles pourront t' appartenir , si tu me donnes ta fille en mariage. » La femme promet. Andarchius obtient un privilège , qu'il montre au juge du lieu, pour épouser la fille d'Ursus, en lui disant : « J'ai donné des arrhes pour l'épouser2. » Le mariage des Francs était donc alors précédé d'un contrat consistant en la remise d'une somme par le futur aux parents de la future. C'était un véritable marché. Le clergé eut à lutter longtemps contre ces habitudes de barbares; nous les voyons persister encore au commencement du ixe siècle. Il n'est pas besoin de dire que, jusqu'au moment où l'épousée fut considérée comme une compagne et non comme une esclave, les cérémonies qui avaient lieu au moment du mariage
1 Grég. de Tours, Hist. Franc, lib, IV, m.
2 Idem, ibid., lib. IV, vn, xl.
NOCES
étaient fort simples. Un seigneur l'ranc qui épousait autant de femmes qu'il en pouvait nourrir, malgré les lois canoniques, n'admettait pas qu'un acte ressemblant passablement à une acquisition fût revêtu des formes solennelles d'un sacrement. Aussi ne doit- on point s'étonner de la persistance du haut clergé à donner tous les jours aux cérémonies du mariage une splendeur et, par suite, une authenticité plus considérables. Chez les peuples du Nord qui s'étaient emparés du sol des Gaules, la femme possédait, de toute antiquité , une influence et inspirait un respect inconnu parmi les Romains. Profitant avec adresse de cette disposition , le clergé sut se servir de cette influence pour agir à son tour sur l'esprit des conquérants barbares ; si bien que les mariages des princes devinrent bientôt des actes politiques; par suite, les cérémonies qui avaient lieu dans ces occasions se firent avec une pompe extraordinaire. Suger rapporte, dans la Vie de Louis le Gros, que Bohémond, prince d'Antioche, vint dans les Gaules en 1106, afin d'obtenir en mariage Constance, sœur du roi futur. Cette princesse était parfaitement belle, et possédait un certain empire sur la cour du roi Philippe, son père. « L'adroit prince d'Antioche fit si bien, dit Suger, à force « de dons et de promesses, qu'il fut jugé tout à fait digne de s'unir « solennellement à cette princesse, dans la ville de Chartres, en « présence du roi, du seigneur Louis, de beaucoup d'archevêques, « d'évêques et de grands du royaume. A cette cérémonie assista « aussi le seigneur Brunon, évêque de Segni, légat du siège aposto- « lique de Rome, et chargé par le pape Pascal d'accompagner le « seigneur Bohémond, afin de solliciter et d'encourager les fidèles à « partir pour le Saint-Sépulcre1. » Après les cérémonies religieuses, c'étaient pendant plusieurs jours des fêtes, des repas, des jeux, qui quelquefois dégénéraient en rixes sanglantes, car il était difficile alors de réunir un grand concours de monde sans en venir à des combats.
Dans le Roman de Garin, on trouve la description d'un repas de noces de l'empereur Pépin avec Blanchefleur, qui se termine par une véritable bataille; les convives se jettent les coupes à la tête, s'arment de broches, de pilons, s'accablent d'injures; la nouvelle reine elle-même n'est point épargnée 2.
Lorsque les enfants étaient nés avant le mariage, pour les légitimer, on les plaçait sous le poêle. « Por quoy li dus espousa
1 Suger, Vie de Louis le Gros.
2 Li Rom. de Garin le Loherain, publ. par M. P. Paris, t. II, p. 14. Techener, 1833.
(( Grannor, et li emfant qui devant avoient esté né furent mis souz « le paile 1 . »
Les chansons de geste des xie et xn° siècles décrivent des noces splendides. Après la prise d'Orange, le duc Guillaume fait baptiser Orable, retenue prisonnière par les Sarrasins, et l'épouse.
« A un mostier qu'eurent fet dédier,
« Là ou Mahorns fu devant reclamez,
« L'ala li cuens Guillaumes espouser.
« Messe lor chante li évesques Guimers.
« Apres la messe sont del mostier torné,
« En gloriete (boudoir richement orné) font la dame monter :
« Granz sont les noces sus el palès pavé.
« Li cuens Bertrans les servit au digner,
« Et Guileberz et Guielins li bers.
« Viij. jorz durèrent à joie et à barné,
« Assez i orent harpeor et jugler
« Et dras de soie et hermins engrailez,
« Et muls d'Espaigne et destriers sejornez 2. »
Jehan le Bel, qui mourut vers 1370 , raconte le mariage par procuration du roi d'Angleterre Édouard avec la fille du comte de Hainaut, à Valenciennes, et décrit les fêtes qui eurent lieu à Londres à l'arrivée de la jeune reine. « Quant ilhs furent revenus à Valen- « chines si fut li mariage otroyeis et affermeis done part et doltre; « si fist ons apparelhier tout chu quilh y afferoit honorablement et « puis fut esposée par le vertu done procuration suffisante qui fut « la apportée de part le roy d'Engleterre. Après chu fut emenée en « Engleterre et conduycte à Londre par messire Johans de Bralmont « son oncle. La furent ilhs recheus noblement et mult honoreis et « festoies de roy et de ma damme la royne sa mère, des oltres « dammes, des barons et de toute la chevalerie d'Engleterre. Si ilh « oit adoncq à Londre grant gentilheche de singnours, de comtes, « dus et marchis, de barons, de haltes dammes, de riches pucelles, « et de joustes et behourspor lamour délie, de danseir et carosseir « et des beaux et gras mangniers cascon jour donneir che nest mie « à demandeir ne al mettre en escript, car cascon doit savoir que « toute nobleche afferoit là el y astoit.
« Cette fieste durât bien par lespause de trois samaines anchois « que lidit messire Johans se posist partir ; et après ilh prist congict
1 Chron. de Normandie, publ. par Franc. Michel, 1834, p. 64.
2 La Prise d'Orenge, vers 1872 et suiv. (Guillaume d'Orange, chansons de geste, publ. par M. W. J. A. Jonckbloet, 1854, t. I).
NOCES
« et se partit atout sa compagnie , bien furnis de béais joweals et « riches que ons les avoit donneit don costeit et doltre »
Les noces d'Isabeau de Bavière furent magnifiques; elles eurent lieu à Amiens, en 1385, le 18 juillet. La jeune reine était dans l'hôtel de la duchesse Marguerite de Hainaut, qui fut chargée de la conduire à la cathédrale « en chars couverts si riches qu'il ne fait « pas ademander comment, la couronne au chef, qui valoit l'avoir
« d'un pays, et que le roy le dimanche lui avoit envoyée Après
« la haute messe et les solemnités faites qui au mariage apparte- « noient à faire, on se retrait au palais de l'évesque où le roi étoit « logé; et là fut le disner des dames appareillé, et du roi et des sei- « gneurs à part eux ; et ne servoient que comtes et barons 2 »
Les mariages des princes étant devenus des actes de politique, ils furent souvent la cause de rivalités et de guerre entre seigneurs suzerains. Tel seigneur qui prétendait avoir des droits à une alliance, se trouvant déçu dans ses espérances, devenait un ennemi. A ce propos , nous citerons une curieuse anecdote rapportée par Froissart. Le duc Aubert de Hainaut ayant résolu de marier son fils Guillaume à la fdle du duc de Bourgogne (1385), le duc de Lancastre, qui pensait que Guillaume devait épouser sa fille, « tout « mérencolieux de ces nouvelles » , envoya à Cambrai , près du duc Aubert, pour savoir la vérité. Le maître du marché des laines de toute l'Angleterre prit la parole et demanda audit duc s'il était réellement dans l'intention de marier son fils à la fille du duc de Bourgogne. « De celle parole le duc Aubert mua un petit couleur « et dit : — Oil, sire, par ma foi! pourquoi le demandez-vous? — « Monseigneur, dit-il, j'en parle pour ce que monseigneur le duc « de Lancastre a toujours espéré jusques à ci que madamoiselle « Philippe, sa fille, auroit Guillaume monseigneur votre fils. Lors « dit le duc Aubert : — Compaing, dites à mon cousin que quand « il aura marié ou mariera ses enfans, que point je ne m'en ensoi- « gnerai; aussi ne se a-t-il que faire d'ensoigner de mes enfans, ni « quand je les vueil marier, ni où, ni comment, ni à qui 3 . » Il n'en fallait pas tant pour causer une guerre longue et cruelle entre deux pays. L'importance que l'on attachait alors à ces alliances faisait qu'on entourait les cérémonies nuptiales d'un luxe inouï et qu'on
1 Les Chron. vrayes de Jehan le Bel, chan. de Saint-Lambert de Liège, publ. par M. L. Polain, 1850.
2 Chron. de Froissart, liv. II, c. ccxxxi.
3 Ibid., liv. II, c. ccxxui.
cherchait à réunir autour des époux te plus grand nombre de nobles en les attirant par des letes somptueuses, de brillantes joutes et des largesses. C'était une façon de faire montre de ses partisans. A l'occasion du mariage que nous venons de citer , des charpentiers et maçons furent employés pendant plusieurs jours à mettre les hôtels de la ville à Cambrai en état de recevoir les hôtes illustres que l'on attendait, et parmi lesquels était le roi de France. « Aussi, « dit notre chroniqueur, en devant de celle l'été, il n'étoit pas ainsi « et n'étoit point en souvenance d'bomme ni en mémoire que depuis « deux cents ans si grand'fète eut été à Cambray comme elle se « tailloit de avoir et être; ni les seigneurs pour eux appareiller et « jolier, et pour exaulcier leur état n' épargnaient or ni argent, non « plus que dont si il plust des nues ; et s'efforçoient tous l'un pour « l'autre. » Ce déploiement de luxe, à l'occasion des noces, avait gagné même la bourgeoisie, si bien qu'à Paris, pendant la triste année 1416, le peuple mourant de faim, et toujours prêt à insulter à toute manifestation ressemblant à une fête privée, on fut obligé de faire crier par les rues « que nul ne fust si hardy de l'aire assem- « blée à corps, ne à nopces, ne en quelque manière, sans le congié « duprevost de Paris. En ce temps avoit, quant on faisoit nopces, « certains commissaires et sergens aux despens de l'épouse, pour « garder que homme ne murmurast de rien 1 . »
Obsèques.
La coutume, chez les Francs, était d'ensevelir les corps en terre, dans un cercueil de pierre ou de bois, dans lequel on réunissait les objets qui appartenaient au défunt : armes, bijoux, ustensiles, monnaies. Après la mort, les corps restaient exposés quelque temps à visage découvert, peut-être étaient-ils soumis à un embaumement grossier; puis ils étaient ensevelis. Il dut y avoir, dans les Gaules, vers le ve siècle , des habitudes diverses dans la façon d'ensevelir les corps; les traditions romaines étaient encore puissantes, et les invasions barbares introduisaient au milieu de la société galloromaine de nouveaux usages. Ce n'est pas le lieu ici de nous occuper des sépultures, mais seulement des usages et des cérémonies qui furent adoptés dès les premiers temps du moyen âge.
Les Romains païens, comme chacun sait, brûlaient les corps des
1 Journ. d'un bourgeois, de Paris sous Charles VI (Co'L des mém., par MM. Michaud et Poujoulat, t. II).
OBSÈQUES. 329
morts , déposaient les ossements calcinés clans une urne de terre cuite, un vase ou un sarcophage de marbre. Les chrétiens, croyant à la résurrection, laissaient les corps entiers , les lavaient d'eaux odoriférantes, les enveloppaient de bandelettes ou de linceuls, et les plaçaient horizontalement dans des cavités creusées dans les parois des carrières ou des rochers; ces sortes de cases étaient murées. Parfois aussi les corps morts étaient couchés dans des sarcophages de pierre ou de marbre placés dans des monuments ou des enclos réservés aux sépultures. Dans les Gaules, ces usages se mêlèrent aux habitudes germaniques. Cependant les gens riches pouvaient seuls faire la dépense d'une pareille sépulture; aussi beaucoup de cimetières gallo-romains ou même mérovingiens font voir des corps simplement posés dans une fosse creusée au milieu de l'argile, de la craie ou du tuf, et, dans ce cas, les squelettes sont inclinés ou môme assis.
Pendant ces époques primitives, les morts étaient toujours ensevelis avec leurs vêtements, et souvent, avant l'inhumation, on entourait les corps de mottes de gazon1. On les portait en terre ainsi après les avoir laissés exposés dans l'église» pendant un ou plusieurs jours. Le lavage des corps est sans cesse mentionné par les historiens. Flodoard rapporte que, l'archevêque de Reims Foulques ayant été assassiné dans la campagne, les gens de Reims rapportèrent le corps du prélat clans la ville au milieu du deuil et de la désolation de tous les siens. « Là , après avoir lavé le corps et « lui avoir rendu les derniers devoirs avec pompe, ils le déposèrent « dans un sépulcre digne de lui 2. »
Plus tard, au xnc siècle, le poëte auteur de la Chanson de Roland décrit ainsi les obsèques de son héros et des barons morts à Roncevaux. Charlemagne , arrivé sur le lieu du combat trop tard, exprime sa douleur et ses regrets :
« Pluret des oilz, sa blanche barbe tiret;
« Et dist dux Naimes : « Or ad Caries grant ire. »
CCV1II. « Sire emperere, ço dist Gefrei d'Anjou, « Ceste dolor ne démenez tant fort, <( Par tut le camp faites querre les noz « Que cil d'Espaigne en la bataille unt mort, « En un carnel cumandez que hom les port. » « Ço dist li reis : « Sunez-en vostre corn. » Aoi.
1 Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, cap. yi, n° 7 ; cap. ix, n° 3.
2 Flodoard, Hist. de l'église de Reims, chap. x.