COURTE-POINTE
facilement soustrait, ou de le porter en croupe, de le réunir au bagage chargé sur des bêtes de somme \
La figure 8 explique la disposition des deux plaques de fer appliquées l'une sur l'autre ; la charnière occupe toute la largeur du coffret et est formée par les plaques de fer battu qui lui servent d'enveloppe (fig. 9).
L'Italie fournit beaucoup de ces petits meubles : on en trouve encore dans les trésors de nos églises; ils sont généralement d'os ou d'ivoire sculpté et de marqueterie. Le trésor de l'église de Saint-Trophime d'Arles en possède un fort remarquable, qui para il remonter au xiii° siècle (Pl. IV) 2. Celui de la cathédrale de Sens* en conserve un autre du xivc siècle. On en voit un grand nombre dans nos musées et dans les collections particulières.
COURTE-POINTE, s. f. (coustepointe , keutespointe). Grande couverture doublée et piquée, que l'on posait sur les bancs et tous les meubles pouvant servir de sièges ou de lits de repos.
« .... L'empereriz fist traire les dames et les damoisel.es en une « autre chambre, et entre li et le vallet s'asistrent sor une cheuche « (un coussin) d'une coustepointe coverte et d'un drap de soie 3. »
On admet volontiers que les meubles du moyen âge étaient de formes incommodes et dépourvus de garnitures d'étoffes, parce que, dans quelques musées, on voit des chaires de bois, de la fin du xve siècle ou du commencement du xviu, à dossiers droits, couverts de sculptures souvent, qui ôtent toute idée de s'appuyer. Mais ces meubles d'apparat ne servaient guère et n'étaient placés dans les appartements que pour la montre. Ce n'était qu'à l'occasion de certaines solennités que le chef de famille se plaçait entre les bras de ces chaires richement sculptées et recouvertes d'ailleurs d'un épais coussin.
Quant aux meubles d'usage, ils étaient bien garnis, non à demeure, comme le sont les nôtres, mais au moyen de ces coussins si nombreux dans les inventaires du m oyen âge, et de ces courtes-pointes jetées sur le tout comme une housse, courtes-pointes faites d'étoffes moelleuses, épaisses, doublées et piquées.
Cet usage permettait d'entretenir les étoffes des meubles, de les
1 Nous devons ce petit meuble à M. Alaux, architecte de Bordeaux. Les dimensions de ce coffret sont : longueur, 0m,17; largeur, 0"\13; hauteur, 0m,10.
2 Le dessin de ce coffret nous a été donné par M. Révoil, architecte à Nîmes.
3 Le Roman des sept Sages, manuscr. Biblioth. impér., fonds Saint-Germain, n° 1672.
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enfermer quand on quittait le logis et de les conserver longtemps sans altération.
COUSSIN, s. m. (cheache, conte, coite). Sac d'étoffe rembourré de laine ou de plume; s'entend comme oreiller, coussin, matelas.
« Coucliier comme sor une coite, « Car la terre estoit douce et moite « »
Les assassins de lareine Blanche, femme de don Pèdre, étouffent celle princesse entre deux matelas :
« Dont prinrent li Juif sans point de l'atargier » La dame, et puis la vont dessus. I. lit coucliier : << Et puis gielent sur lui une coûte à ormier -, « Et puis vont les. II. coûtes d'une corde lier, « Et à ehascun coron pendirent. I. mortier 3 ; « . . »
On plaçait des coussins sur les sièges de bois ou île métal, et sous les pieds des personnes assises (voy. Chaire), sur les bancs, les bahuts ou coffres placés autour des salles de réception. Ces coussins étaient, chez les personnages riches, recouverts d'étoffes pré-
cieuses, brodées, ou tissées d'or et de vives couleurs ; ils étaient généralement carrés, avec quatre boutons ou glands aux quatre angles. Dans les peintures et vignettes de manuscrits antérieurs au xiip siècle, on voit figurer aussi des coussins cylindriques comme nos traversins. Le xvu siècle, qui apporta un grand luxe dans l' ameublement, donna aux coussins des formes appropriées à leur usage particulier :
1 Le Roman de la Rose, vers 1403, édit. de Méon.
2 Un coussin d'étoffe d'or.
3 Chron. de Bertrand du Guesrtin, vers 6931 et suiv.
ainsi les coussins fie sièges sont épais, larges, carrés ou ronds; ceux destinés à être placés sous les pieds sont quelquefois en forme de boule; ceux jetés sur les bancs sont taillés de façon à permettre aux personnes assises d'appuyer leurs coudes entre leurs oreilles. C'est ainsi que sont figurés les coussins que nous présente la vignette (fig. 1), tirée du manuscrit de Girard de Nevers, de la Bibliothèque impériale \ Les dames de qualité qui se rendaient à l'église faisaient porter avec elles des coussins que l'on posait sur les dalles ; elles pouvaient s'agenouiller ainsi sans trop de fatigue et sans salir leurs vêtements. Dans les cérémonies, c'était, comme aujourd'hui encore, sur des coussins richement drapés que l'on posait les insignes, couronnes, épées, sceptres.
COUVERTURE, s. f. — Voy. Lit.
CRÉDENCE, s. f. Petit buffet sur lequel on déposait les vases destinés à faire l'essai. La crédence, dans l'église, est une tablette sur laquelle on plaçait les burettes, les linges et tous les menus objets nécessaires aux cérémonies du culte. Jusqu'au xvie siècle, une crédence est disposée près de chaque autel et souvent dans la niche destinée aux piscines.
« Les principaux autels d'aujourd'hui », dit Thiers dans sa Dissertation sur les principaux autels des églises, « ne sont pas toujours « accompagnés de ce que nous appelions crédenecs. La plus-part de « ceux des . cathédrales n'en ont point du tout. Ceux des autres <( églises en ont, les uns deux, l'une à droit, l'autre à gauche ; les u autres n'en ont qu'une à droit ou du coté de l'épître. Mais il n'y a « que celle qui est du côté de l'épître qui serve à mettre le calice, « les burettes, le livre des épîtres et des évangiles, etc. Celle qui est « à gauche ne sert de rien pour l'ordinaire, si ce n'est pour faire « la simétrie, ou tout au plus pour placer quelques chandeliers et h quelques violiers... » Cette idée de symétrie n'existait pas avant le xvie siècle, et il n'y avait du col/' de l'épître qu'une crédence. « Les « rubriques du Missel romain n'en veulent qu'une tout au plus du « coté de l'épître, encore insinuent-elles que l'on s'en pourroit pas- « ser s'il y avoit une petite fenêtre proche l'autel, où l'on pût mettre « la clochette, les burettes, le bassin et l'essuie-main qui servent à « la messe... Le cérémonial des évôques n'en veut qu'une aussi, « dont on ne doit se servir qu'aux messes solemnelles. » Mais jus-
» Manusrr. fonds la Vallicre, n" 02.
— 87 — f CRÉDENCE ]
qu'au xvie siècle, il n'y avait guère de crédence, c'est-à-dire de tables découvertes près des autels, niais bien des armoires, soit prises dans la muraille, soit meubles, dans lesquelles on déposait le calice, la patène, le voile, le corporal, le pain et le vin. Dans les églises de l'ordre de Gluny et de l'ordre de Citeaux, c'était dans des armoires (meubles) placées vis-à-vis ou au coté droit de l'autel qu'on déposait tout ce qui était nécessaire pour la consécration, pour la communion des religieux.
Ces crédences sont immeubles; nous n'avons pas à nous en occuper ici \ Quelquefois, sur le coté de l'autel, est réservée une tablette saillante ou un petit réduit servant de crédence 2.
Près des tables à manger, lorsque le couvert étail mis3, on pla-
cait un meuble qui servait à faire l'essai; ce meuble se composait
1 Voyez le Dictionh. de l 'architecture franc., au mot Piscine.
2 Ibidem, au mot Autel.
3 11 était d'usage, chez les grands, de servir les mets couverts jusqu'à l'arrivée des convives; d'où est restée l'habitude de dire mettre le couvert. (Voy. Gloss. et Répert. de M. le comte L. de Labordc.)
[ CRÉDEiNCE ] — 88 —
d'une petite armoire fermée à clef, dont le dessus, recouvert d'une nappe, était destiné, au moment du festin, à recevoir les vases que renfermait l'armoire. Avant le xnf siècle, ces petits meubles (autant qu'on en peut juger par l'examen des vignettes des manuscrits ou les sculptures) sont circulaires et rappellent assez la forme d'un guéridon, (rime table ronde entre les pieds de laquelle seraient disposées des tablettes. Un des chapiteaux du porche de Yézelay ' nous présente une crédenee assez riche et garnie de ses vases. Cette sculpture (fig. 1) appartient au XIIe siècle ; elle représente probable-
ment un des traits de la vie de saint Antoine 2. Sous la tablette circulaire supérieure s'ouvre une petite armoire plein cintre, dans laquelle on voit deux coupes; en avant, sur un escabeau, reposent deux vases à col allongé. Dans les vignettes des manuscrits des xni" et xiv° siècles, les vases contenant les liquides soumis à l'essai étaient parfois posés simplement à terre, et recouverts d'une petite nappe (fig. 2) 3.
1 C'est celui qui est placé sur la colonne engagée à la droite de la porte centrale.
'- Saint Pierre, dit une légende, apparut à saint Antoine dans le désert, et partagea un pain avec lui. Ce même sujet se retrouve sur un des chapiteaux du XIe siècle de la nef de la même église.
3 D'un manuscrit de la fin du xme siècle, de Y Apocalypse, appartenant à M. B. Delessert.
Les reproductions de erédences deviennent fréquentes dans les manuscrits du xve siècle, et prennent alors, dans le mobilier, une assez grande importance. D'abord fort simples de l'orme (voy.fig. 3)1 comme tous les meubles privés, décorées seulement par les étoiles dont elles étaient couvertes et par leur construction propre, les cré-
dences s'enrichissent bientôt de sculptures, de délicates serrureries ; puis elles sont munies de dossiers, ainsi que l'indique la ligure h, copiée sur un des bas-reliefs de bois des stalles de la cathédrale d'Amiens 2. Ces dossiers sont même parfois surmontés de dais sculptés avec luxe (voy. fig. 5) 3. Les deux dernières erédences que nous donnons ici indiquent parfaitement l'usage auquel on les destinait pendant les repas.
Chez les souverains, les grands seigneurs, les erédences étaient souvent garnies d'orfèvrerie, de plats d'argent ou de vermeil; on les plaçait d'ordinaire derrière le maître, auquel on présentait la première coupe de liqueur après avoir fait l'essai. Les dossiers des erédences ou les panneaux des vantaux de la petite armoire portent quelquefois l'écusson aux armes du maître du logis.
Le meuble qu'on désignait, dans le siècle dernier et au commencement de celui-ci, sous le nom de servante, rappelait encore la crédence ; il a presque totalement disparu de nos maisons, et n'était plus destiné au même usage que la crédence, puisqu'il était faitpour permettre à un petit nombre de convives de se servir eux-mêmes sans le secours des domestiques et sans être obligés de se lever de
1 Manuscr. delà Bibliolh. impér., n° C98/i.
2 Exécutées au commencement du xvi° siècle, ces stalles reproduisent, dans leurs sculptures, des meuldes qui appartiennent plutôt au xve.
3 Ce dessin provient des mêmes sculptures.
table. La servante, toutefois, était un meuble commode: c'était la
crédence mise sur quatre roulettes, devenue légère, et privée de l'écuyer ou du familier chargé de faire l'essai, ("est à la fin du règne
de Louis XIV, lorsqu'il s'éleva contre L'étiquette majestueuse du grand règne une réaction générale, que la crédence devint servante.
[ cuir j — &2 —
Le gentilhomme qui avait dans son hôtel une nuée de familiers, trouva insupportable de manger devant deux ou t rois gaillards chargés de lui donner une assiette ou de lui verser du vin ; il fit approcher la crédence de la table à manger, ferma la porte sur le dos des laquais, et put causer à son aise avec les deux, trois ou quatre convives invités à sa table ; on mit dès lors des roulettes aux pieds de la crédence, et elle prit un nom indiquant son usage. Aujourd'hui, le plus petit bourgeois qui tient un valet à gages se croirait déshonoré s'il se servait lui-même; s'il invite un ami, quitte à rendre le repas ennuyeux comme un dîner de table d'hôte, il prétend que le laquais soit là. Le bourgeois a repoussé ^servante de son père avec dédain ; nous en avons vu bon nombre dans les greniers.
Nos buffets de salle à manger et nos caves à liqueur fermées à clef sont encore une dernière tradition de la crédence du moyen âge.
CUIR peint, gaufré, doré (voy. Tenture). L'usage dépeindre, dorer, argenter et gaufrer le cuir est fort ancien, puisque le moine Théophile donne la manière de le préparer pour recevoir la décoration'. Mais il semblerait que, de son temps, au xne siècle, on n'employait guère le cuir dans l'ameublement que comme un moyen de recouvrir des tables, armoires, panneaux : il ne paraît pas qu'on en ait fait des tentures fabriquées comme celles que nous possédons encore et qui datent, des xvic et xvnc siècles. Cependant on savait, dès les premiers siècles du moyen Age, peindre, dorer et gaufrer le cuir libre, non collé sur panneau, et on l'employait dans les équipements et harnachements militaires; il est donc probable qu'on s'en servait aussi parfois pour recouvrir des meubles, des dossiers de bancs, des stalles, etc. 2. Au xvf siècle, les cuirs-tentures se fabriquaient principalement à Paris, à Rouen, en Allemagne et en Brabaut.
1 Cap. xix.
2 Voyez la Desmpt. Irist. des maisons de Rouen, par E. Detequérière, t. I, p. 130, et t. II. p. 168.
I I)AÎS I
DAIS, s. m. (ciel). Châssis recouvert d'étoffes et quelquefois accompagné de courtines, que l'on plaçait au-dessus d'un trône, d'un siège d'honneur, ou que l'on transportail, sur des bâtons au-dessus d'un personnage à pied ou à cheval. Les trônes, dans les vignettes des manuscrits qui datent des xiv'* et xve siècles, sont presque tou-
jours surmontés de dais très-simples fie forme, riches comme étoffe- Voici (fïg. 1) le trône d'un roi, avec dais, dossier et couverture d'étoffe rouge semés de fleurs de lis d'or \ Les dais qui accompagnaient les sièges des personnes souveraines sont ordinairement
1 Manusrr. de la biblioth. du Corps législatif, Bible française. n° 35 ; date, 1290.
[ T)ATS ] — 9ll —
carrés, sans pavillon : cette forme était d'étiquette; les dais avec pavillon au-dessus étaient plus particulièrement réservés aux trônes d'évêques. Les autels, les suspensions, les fonts baptismaux, étaient aussi parfois couverts de dais avec pavillon. Voici (fig. 2) un dais royal accompagné de deux courtines relevées 1 ; l'étoffe est pourpre avec dessin or; le bois du troue est complètement doré. Lors des en-
trées des princes et princesses, des personnes royales, il était d'usage de faire porter un dais au-dessus de leur tète. « Quand nos Rois el « Reines font leur première entrée à Paris, c'est à eux (les échevins) « d'apporter le ciel d'azur semé de fleurs de lis d'or, et le mettre « et porter parmi la ville par-dessus leurs majestés » En effet, La
1 Manuscr. le Miroir historial de Vincent de Beauvais, Biblioth. impér., nn 6731 ; date, 1423.
- Sauvai, Pièces justifie, p. 246.