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— 108 — [ DREssotR | « comme le ciel Wun lict, et ce quest derriére le dressoir, depuis « en hault jusques en-bas est a deux costez, bordé de quelque chose « autre que le dorseret mest ; et doit ctre la bordure d'un quartier « de large ou environ, aussi bien au ciel que derri¢re.
« Item, sur le dressoir qu’estoit en la chambre de ladite dame, « avoit toujours deux chandeliers dargent, que l’on appelle a la « cour mestiers *, la ot il y avoit toujours deux grands flambeaux « ardens, tant qu’elle fut bien quinze jours avant que l'on commen- « gat ouvrir les verriéres de sa chambre. Auprés du dressoir a un « coing, il y avoit une petite tablette basse, la ot l'on mettoit les « pots et tasses pour donner a boire 4 ceux qui venoient voir Ma- « dame, aprés qu’on leur avoit donné de la dragée; mais le drageoir « estoit sur le dressoir *. »
Le dressoir décrit ici, placé dans la chambre d’Isabelle de Bourhon, femme du comte de Charolais, depuis Charles le Témeéraire, fut garni ainsi richement, 4 Voccasion de la naissance de Marie de Bourgogne, qui épousa le due d’Autriche. C’était un usage, lors des couches des princesses, de tenir leur chambre fermée pendant quinze jours, et de la décorer de tout ce que le trésor du palais contenait de plus précieux. Les étoffes prenaient une place importante dans ces meubles ainsi garnis, et servaient de fonda la vaisselle posée sur lesgradins. On voit que l étiquette, non-seulement imposait le nombre de ces gradins, mais aussi la forme et la dimension du dorsal, du dais et des bordures. Dans la chambre de parade, qui précédait la chambre de laccouchée, il y avait un autre dressoir trés-grand, tout chargé de grands flacons, pots et autre yaisselle d’argent doré, de tasses et drageoirs; celui-ci était également couvert de nappes sur les degrés et autour, suivant ’usage. Marie de Bourgogne, comme fille-du comte de Charolais, et héritiére par conséquent, avait cing degrés 4 son dressoir; cependant les reines de France seules jouissaient de ce privilége. Une femme de chevalier banneret n’avait, pendant ses couches, que deux degrés 4 son dressoir; une comtesse pouvait en avoir trois *.
Les dressoirs n’étaient pas toujours disposés pour étre adossés a la muraille; ils étaient isolés quelquefois en forme de buffet (voyez ce mot), ronds, 4 pans ou carrés. Ce meuble ne parait guere avoir été en usage avant le xv’ siécle, car, jusqwalors, les plus riches sei-
1 Mortiers, chandelles de nuit, qu’on appelait aussi mortiers de cire. 2 Aliénor de Poictiers, les Honnewrs de la cour. 3 Alienor de Poictiers.
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eneurs et les souverains ne gemblent pas avoir possédé une vaisselle somptueuse. Pendant l’époque féodale, les habitudes de la vie intérieure étaient simples, et les grands possesseurs de fiefs préféraient employer leurs trésors a batir des chateaux forts, a tenir prés d’eux un grand nombre @hommes d’armes, a les équiper et les nourrir, qu’ acheter de Ja vaisselle d’or ou d’argent. (’est depuis Charles V surtout que Pon voit apparaitre ce désir @étaler un luxe excessif. Ni les malheurs qui accablérent la France pendant le xv° siécle, ni la misére des classes inférieures, ne purent arréter les progres du mal. Le peu de matiéres Vor ou d'argent que laissérent les guerres dans ce malheureux pays étaient soustraites a la circulation pour décorer les dressoirs de la haute noblesse.
Dés la fin du x1v° siécle, la maison de Bourgogne, puissante, possédant les domaines les plus productifs de ’Europe d’alors, faisait parade de sa richesse, donnait des fétes qui surpassaient comme luxe tout ce que l’on peut imaginer. La cour de France était plus jalouse encore peut-étre de cette splendeur que de la prédominance politique qu’avaient acquise les ducs de Bourgogne. C’était done a qui, i Paris ou a Dijon, éclipserait son rival par un déploiement de luxe inoui, par la montre d’une grande quantité de vaisselle Wor et d’arevent, Vorfévrerie de table, pardes largesses et des fétes renouvelées ‘i de courts intervalles.
C’est aussi pendant le xv* siécle que les meubles, et particuliérement ceux d’apparat, prennent une importance inconnue jusqu’alors. Les dressoirs, qui étaient plutét des meubles de luxe que d’utilité, se rencontrent dans toutes les descriptions de fétes, de banquets, dans les entrées méme des personnes souveraines, car les bonnes villes en établissaient alors, chargés de vaisselle, en plein air ou sur des litiéres transportées pendant le passage des princes; ils les suivaient jusqu’a leur logis, ot, bien entendu, on les laissait ‘. (Voy. LiTIERE.)
! Suivant Nicod, ce qui distingue le dressoir du buffet, c’est que le premier n’a jamais de tiroirs ni d’armoires a portes. Le dressoir ne sert qu’a étaler la vaisselle qu’on tire du buffet. « Jacquemart Canisset, charpentier, fait un drechoir a coulombe (a tablettes ou compartiments) pour l’hétel de ville de Béthune, au commencement du
xvi® siécle. » (Voy. des Artistes du nord de la France, par M. le baron de Mélicocq. Béthune, 1848.)