‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 43 sur 80 · COI · texte numérisé non relu

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a-t-il appartenu a l'un des membres de sa famille. Les plaques inté-

rieures, ainsi que nous l’avons dit, sont repoussées a l’élampe ; ce qui fait supposer que c’est 11 un de ces meubles de pacotille comme on en pouvait fournir 4 tous ceux qui rapportaient de terre sainte des reliques 4 enchasser ; les fleurs de lis mWindiqueraient dans ce cas que la croisade dirigée par Louis IX. Cet exemple, unique peutétre, et qui appartient bien évidemment au milieu du xu’ siécle, n’en est pas moins d’un grand intérét, en ce qu'il fait ressortir un usage de l’époque.

Le trésor de la cathédrale de Sens posséde un reliquaire de la fin du xu° siécle, destiné 4 étre porté sur les yétements. Il est fait en forme de petite chasse, de cuivre doré plaqué sur bois, et se suspendait en bandouliére, comme nos gibernes de cayaliers. Il s’ouvre par-dessous & coulisse. Nous en donnons (fig. 14) une copie.

Les reliquaires destinés 4 étre portés sous les vélements étaient de formes trés-variées; c’étaient des meédaillons, des sachets, des diptyques. Souvent méme certains bijoux recevaient des reliques, tels que les agrafes, les anneaux, les boucles (voy. les Dictionnazres des vétements et des bijoux).

RETABLE, s. m. C’est le nom que l’on donne a la table posée verticalement au-dessus du dossier de Pautel. Nous n’avons pas a nous occuper ici des retables fixes, mais des retables meubles que l’on posait sur lautel & Voccasion de certaines solennités. Ces retables étaient de bois sculpté, peint, ou de métal, or, argent, cuivre repoussé et émaillé. La célébre pala @oro de Véglise Saint-Mare de Venise est un retable, le plus riche et le plus précieux quwil y ait en Europe. C’est une grande table de vermeil et dor fin, de 8",70 de long sur 2",30 de haut, qui fut commandée a des orfévres de Byzance, en 976, par Pierre Orseolo. A plusieurs époques, ce retable fut augmenté et décoré de nouveaux ornements. Le comte Cicognara* estime que quelques panneaux byzantins de ce magnifique monument @orfévrerie appartiennent 4 année 976; ce sont ceux qui contiennent des inscriptions grecques. Il paraitrait que ce fut le doge André Dandolo qui fit remonter entiérement la pala vers 1345, en se servant de toutes les piéces successivement ajoutées & celles du retable primitif. Les figures sont de vermeil et d’or, faites au repoussé et ciselées; la plupart des fonds sont émaillés et enrichis (une quantité considérable de pierres précieuses, parmi lesquelles il y en ade fort belles. Au centre est le Christ bénissant et tenant le

1 Cicognara, Fabbriche pi cospicue di Venezia.

— 233 — [ RETABLE | livre des Eyangiles ouvert; autour de lui sont posés, dans des médaillons circulaires, les quatre évangélistes. Au-dessus on voit, dans cing compartiments de formes différentes, deux archanges et deux chérubins; au centre, un tréne surmonté d’une colombe et d’une sphére avec une croix. Ces sujets forment ensemble un carré parfait et sont la partie la plus ancienne du retable. A droite et 4 gauche, sont les apdtres et les archanges ; au-dessous, les prophétes ; audessus et sur les cétés, diverses petites scenes : un crucifiement, Jésus au milieu des docteurs, Jésus descendant aux limbes, des sujets de la vie de saint Mare et de la Vierge. Enfin, dans la grande frise supérieure, on voit, au centre, larchange Michel ; 4 sa droite, le crucifiement, la résurrection et entrée 4 Jerusalem ; 4 sa gauche, Ascension, la Pentecote et la mort de la Vierge.

Comme nous le disions au commencement de cet article, ces sortes de retables n’étaient point 4 demeure sur les autels, et ce sont les plus anciens. Dans les églises primitives, et particuliérement dans les cathédrales, il n’y avait pas de retables fixes sur les autels principaux, puisque le tréne épiscopal se treuvait au fond de labside. Dailleurs, Guillaume Durand * dit expressément : « Que cest pour « symboliser la fuite des apdtres, aprés que Jésus eut été livré, qu’a- « pres avoir recu l’hostie, le prétre cache la paténe sous le corporal, « ou au moins que le sous-diacre, l’ayant enlevée de dessus l’autel, « la tient enveloppée par derriére..... oune laisse 4 découvert qu’une « petite partie de la paténe, pour montrer que la bienheureuse « Vierge et le bienheureux Jean lévangeéliste ne s’enfuirent pas et «ne se cachérent pas..... C’est pourquoi le prétre, avant de dire « Pax Domini, comme pour annoncer la bonne nouvelle de la résur- «rection du Seigneur, reprend la paténe..... » Et plus loin il ajoute 2 : « Sil en est (des diacres et sous-diacres) qui se tiennent « debout derriérel’autel, /es yeux fixés sur [ évéque, ils représentent « les femmes qui virent la passion de loin. Tous ceux qui sont der- « riére l’évéque ou derriére l’autel sinclinent, par respect pour la « majesté divine et V'incarnation du Seigneur..... » Ges passages indiquent clairement que, du temps de Guillaume Durand, e’est-a-dire 4 la fin du xu’ siécle, en France, il ne pouvait y avoir de retable sur le maitre autel des cathédrales, puisque la présence du retable etit empéché l’officiant de reprendre la paténe, et les diacres, rangés derriére ce retable, d’avoir les yeux fixés sur l’évéque. Mais, dans

1 Rational, lib. IV, cap. XXX.

2 [bid., cap. XXXIV.

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les églises abbatiales, il y avait, bien avant cette époque, des retables mobiles sur les principaux autels ; et dans les églises paroissiales et les chapelles il em existait, dés le xi1° siécle, de fixes. L’église abbatiale de Saint-Denis possédait un retable dor sur Pautel de la Trinité, dit autel matutinal (voy. Dictionnaire darchitecture, au mot AUTEL, fig. 7).

Si, en France, les cathédrales ne possédaient pas de retables fixes avant le xvi° siécle, il paraitrait quil en était de méme en Allemagne, en Italie et en Angleterre ; la pala d’ oro de Saint-Marc est, comme on l’a vu plus haut, d’une époque fort reculée, mais c’est un retable mobile ; et la cathédrale de Bale en Suisse possédait un retable d’or du temps de saint Henri, que l’on plagait sur son maitre autel, 4 Voccasion de certaines solennités seulement. Ce retable fait aujourd’ hui partie de la collection du musée de Cluny ; nous en parlons dans le Dictionnaire de Uorfévrerie, quoique ce ne soit pas la une ceuvre francaise.

On voit aujourd’hui, dans la sacristie de l’église impériale de Saint-Denis, un retable mobile de cuivre repoussé et émaillé, d'une erande pureté de style, qui appartient au xi° siécle et fut rapporté de Coblentz pendant les guerres de la révolution. Ce retable porte 2" .16 de longueur sur 0,59 de hauteur, non compris l’arcade centrale. Notre Pl. vit en donne l'ensemble. Au sommet est représenté le Christ en buste, bénissant de la droite 4 la maniére grecque, et tenant dans sa main gauche un livre ouvert, sur les pages duquel on lit : « Pax vobis. » Le Sauveur est entouré de langues de feu. Au-dessous de lui sont rangés, assis, les douze apdtres. Des rayons partant du Christ se répandent derriére eux sur le fond du retable. La téte de chaque apdtre porte un nimbe magnifique d’émail, et une flamme descend sur chaque nimbe. Ges personnages sont trésanimés ; plusieurs tiennent des livres, un seul porte un phylactére ; quelques-uns montrent le Christ par un geste expressif, dautres semblent écouter la voix d’en haut. Nous donnons (fig. 1) la copie (une de ces figures pleines de style et dune exécution parfaite, Toutes sont en ronde bosse, de cuivre doré trés-mince, repoussé et rempli de bois et de mastic. Les émaux des nimbes sont de fabrique rhénane et dune grande finesse. Les colonnes et les chapiteaux qui séparent les apotres deux par deux sont une restauration moderne (voyez, pour les détails relatifs 4 la fabrication de ce meuble, le Dictionnaire de lorfévrerie).

Un des plus anciens grands retables (meubles) que nous connaissions est celui que l’on voit encore aujourd’hui accroché dans le

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bas cété sud du cheeur de l’église de Westminster 4 Londres, et qui, par sa dimension, n’a pu servir qu’au maitre autel de cette célébre

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abbaye Si ce retable n’est pas dé fabrication frangaise, il est du rnoins dun style et Pune exécution qui rappellent les ouvrages de

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ce genre dont il reste en France quelques débris et qui datent du milieu du xm° siécle. Sa longueur est de 3",39 (10 pieds) sur 0,96 de haut (3 pieds). Il se compose @un parquet de bois 4 compartiments et sculpté, enti¢rement revétu de vélin collé 4 la colle de fromage, couvert de gaufrures dorées, de plaques de verre fixant des dessins d’or sur couleur, d’une extréme finesse, et de peintures d'un beau style. Le moine Théophile parle longuement, dans son Traité des divers arts, de cegenre de décoration appliquée sur panneaux de bois. La moitié environ de ce beau retable est malheureusement altérée, au point qu’on a peine areconnaitre les sujets ; mais ce qui en reste suffit pour donner une haute idée de la perfection apportée dans la fabrication de ces meubles qui garnissaient nos églises. Nos lecteurs ne nous sauront pas mauyais gré de leur donner quelques renseignements sur un objet peut-étre unique en Europe, et qui permet, en létudiant avec soin, de ressusciter un genre de fabrication entiérement oublié aujourd’hui, produisant les effets les plus splendides avec des moyens trés-simples.

D’abord, la figure 2 donne l'ensemble de toute la composition, de Yarmature de bois. La partie centrale présente, dans Varcature A, le Christ debout bénissant ; il tient dans sa main gauche une sphére sur laquelle sont peints le firmament, la terre et les eaux; 4 sa droite, dans Parcature B, est la Vierge, et dans larcature (C, a sa gauche, saint Jean. Dans la niche D, on voit saint Pierre, et dans celle E, saint Paul. Divers sujets peints, @un style remarquable, garnissaient les huit étoiles. Trois de ces sujets seulement sont assez bien conservés : l'un représente la femme adultére et Jésus écrivant sur le sable ; le second représente la résurrection de la fille du centurion; le troisiéme, la multiplication des pains. Nous donnons (PI. 1x) le saint Pierre avec son entourage. Pour le mode de fabrication de ces sortes de meubles, voyez le RESUME HISTORIQUE.

L’église abbatiale de Saint-Germain des Prés possédait un beau retable de cuivre doré, qui avait été donné 4 Vabbaye par Pabbé Simon, en 1236. Ce retable, qui avait 8 métres de long sur 0",70 de

1 Ce retable est assez bien gravé dans |’Histoire de Vabbaye de dom Bouillard, pour faire voir que le bénédictin se trompe lorsqu’il prétend que V’abbé Guillaume III le fit refondre en 1409. Ce n’est pas la seule erreur de dom Bouillard 4 ce sujet; il donne le retable comme un parement d’autel, parce que de son temps, ce meuble était, en effet, enchassé dans une riche bordure d’orfévrerie et se trouvait placé devant le maitre autel. Mais les dimensions en hauteur de cette plaque de cuivre repoussé, ciselé, émaillé et doré, ainsi que les sujets qui la décorent, ne peuvent laisser douter qu'elle n’ait été originairement un retable mobile, de méme que le style de l’ornementation la fait certai-

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hauteur, se composait @une suite d’arcatures séparées par des colonnettes. Dans l’arcature centrale, plus large que les autres, on voyait le Christ en croix, saint Jean et la Vierge, puis Vabbé Guillaume a venoux, rapporté en 1409 devant le crucifix. Dans les trois area- (ures jumelles, 4 la droite du Christ, étaient placées les statuettes de cuivre repoussé et doré de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Philippe, de saint Germain et de sainte Catherine. Dans les arcatures 4 la gauche du Christ, celles de saint Paul, de saint André, de saint Michel archange, de saint Vincent (premier patron de l’'abbaye), de saint Barthélemy et de sainte Madeleine. La bordure était ornée d’émaux ou de filigranes.

L’usage des retables mobiles parait avoir cessé vers la fin du xiv’ siécle. Les maitres autels de quelques cathédrales continuérent den ¢tre dépourvus jusque vers le milieu du siécle dernier; quant aux autels des églises paroissiales et des chapelles, ils possédaient depuis longtemps des retables fixes (voy. le Dicteonnaire @architecture, au mot RETABLE).

SCRIPTIONALE, s. m. Pupitre que lon placait sur les genoux pour écrire, ou qui était monté sur pieds. Ge meuble est d’un usage trés-ancien ; on le voit figuré dans des manuscrits grecs et latins du Ix° siécle, et il ne cesse d’étre employé jusqu’au xv° siécle.

Les scriptionales portatifs les plus anciens se composent de deux

nement remonter au xul® siécle. La pelite figure qui est 4 genoux devant le Christ,

au milieu du retable, portait, sous ses pieds, cette inscription : « Guillermus tertius

hujus ecclesie abbas.» C’est probablement 1a ce qui fit croire 4 dom Bouillard que

le retable en entier avait été refondu par ect abbé. Mais ceci prouve seulement que

Guillaume trouva bon de faire ajouter sa statuette au devant du retable qu’il répara peut-

étre; on voit trés-bien, d’ailleurs, que celte statuette n'a aucun rapport avec le reste de

la composition et ne s’y relie en aucune facon. Puis Guillaume, s’il eft été le donateur

du retable, n’etit pas manqué d’ajouter « hoc opus fecit », suivant usage, et comme il n’avait pas manqué de le dire dans l’inscription de la grande chasse refaite par lui. Ajoutons que dom Bouillard reconnait son erreur, car il dit: « Mais parce que ce retahle « n’avait pas assez de hauteur pour remplir le devant de l’autel, on y a ajouté une bor-

« dure... » Si nous insistons sur ce fait, c’est qu’il est important de.constater qu’avant le xvi° siécle on placait rarement des sujets et des personnages saints, surtout le Christ,

devant Vautel, Et, en effet, cette représentation de personnes divines devant les genoux de Vofficiant ne parait guére convenable.

— 239 — [ SCRIPTIONALE | tablettes de bois réunies par trois planchettes verticales, de facon a former comme une petite boite, dans laquelle on rangeait les rouleaux ou feuilléts de vélin, le grattoir et les plumes. La tablette supérieure était munie dune queue percée & son extrémité pour y placer une écritoire de corne.

Nous voyons sculptés, sur la premiére rangée de personnages qui entourent le grand tympan de la porte de léglise de Vézelay (xr° siécle), du coté gauche, deux personnages assis qui ont chacun un -scriptionale sur leurs genoux. Voici (fig. 1) la forme de Vun de

ces petits meubles : on voit, sous la tablette supérieure, trois rouleaux rangés dans la petite boite; 4Vextrémité de la queue, en A, Vécritoire dans son trou. Une feuille de vélin est déployée sur le scriptionale; les tablettes supérieure et inferieure , dépassant la boite, permettaient de prendre et de porter facilement ce petit meuble. Nous trouvons, a la porte de droite de la fagade occidentale de la cathédrale de Chartres, dont les sculptures appartiennent au x1’ siécle, des scriptionales 4 peu prés semblables 4 celui-ci.

Les écoliers qui fréquentaient, pendant les x11 et xu" siccles, les écoles de monastéres et des cathédrales portaient avec eux ces scriptionales, dans lesquels ils plagaient ce qu’il faut pour écrire, comme aujourd’hui les jeunes gens qui suivent les cours se munissent de cahiers-pupitres pour prendre des notes. Lorsqu’on cessait décrire, on bouchait ’encrier de corne et on le suspendait a sa ceinture ; on plagait le scriptionale sous son bras, avec les plumes et peaux et vélin quil contenait. Quant aux scriptionales 4 pieds, ils ressemblent assez 4 nos guéridons, si ce n’est que la tablette supericure est carrée et inclinée. On voit ces meubles figurés dans un grand nombre de manuscrits ; ils paraissent avoir ¢té souvent assez richement décorés et fabriqués en métal ou en bois.

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Dans la figure 2, copi¢e sur une vignette du x* siécle* représentant saint Jean ailé, on voit un scriptionale 4 trois pieds et dont la tablette supérieure inclinée est portée par trois branches. Ge meuble parait étre de métal; mais ici écritoire est portée par Vaigle de Vévaneliste. Une belle vignette dun évangéliaire du 1x° siécle, faisant

partie de la bibliothéque d’ Amiens, représente saint Lue ayant devant lui un scriptionale dont la forme est singuliére ®. Nous le donnons ici (fig. 3). Il semblerait que le support A était de métal, de fer ou cuivre, et que la tablette B, sur laquelle on écrivait, pouvait s’enlever et s’incruster au moyen des deux tasseaux C sur la plan-

! Biblia sacra, Biblioth. impér., fonds lat., n° 10. 2 Notre dessin représente ce meuble d’une facon moins conventionnelle que la vignette du manuscrit, afin de rendre sa forme et sa construction plus intelligibles.

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chette fixe E. Cette disposition d'une tablette mobile parait se présenter fréquemment, et elle était justifi¢e par la nécessité ob se trouvait le copiste de tendre sa feuille de yélin pour écrire ou peindre au moyen de fils passant a travers de petits trous ménagés dans les tasseaux C, comme on tend la peau d’un tambour. Ce qui prouve que les copistes, les dessinateurs et peintres en miniature tendaient

les peaux de vélin avant de s’en servir, c’est qu’on remarque encore, sur les bords des marges des manuscrits, des traces de tension et méme quelquefois des trous rapprochés. L’usage de tendre les peaux de vélin au moyen de fils a causé ces ondulations qui se voient sur les tranches des manuscrits, et qui empéchent les feuillets d’étre parfaitement plans, comme le sont nos papiers soumis a la presse avant d’étre reliés.

Nous donnons ici (fig. 4) un joli scriptionale de la fin du xi siécle, provenant d’une vignette du roman d’Alexandre *. Ce scriptionale est muni, dans sa partie inférieure, d’une grosse bague destinée 4 donner du poids au pied et &empécher le meuble de basculer sous la pression de la main s’appuyant sur la tablette. Le moine

! Rommans d’Alizandre, Biblioth. impér., fonds la Valliére, n° 45. 1.—34

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écrit avec une plume et tient un grattoir de la main gauche, suivant Pusage. Ce grattoir était destiné 4 tailler la plume et a enlever les aspérités qui se rencontraient sur la peau de vélin. La chaire dans laquelle ce moine est assis est d’une forme assez peu commune.

Les scriptionales 4 un pied étaient souvent, pendant le xv’ siécle, munis d’une double. tablette pouvant s’incliner plus ou moins au

moyen (une petite crémaillére de fer. Il existait encore, en 1835, dans les galetas de Pabbaye du Mont-Saint-Michel en mer, des débris de plusieurs scriptionales ayant la forme indiquée dans la fig. 5. La

— 2h3 — [ surtouT | planchette supérieure, maintenue a la planchette inférieure au moyen de deux charniéres, était garnie d’une peau de vélin collée sur le bois, puis percée de trous, ainsi que l'indique notre figure, afin de permettre de tendre les feuilles sur lesquelles on voulait écrire. La petite crémaillére 4 trois crans est indiquée en A. Dans la planche B, d’un pouce d’épaisseur, servant de support principal, viennent s’assembler de biais deux pieds, formant ainsi un trépied fort simple. Le support principal B est disposé de maniére 4 ne point géner les genoux du copiste qui, grace au peu d’épaisseur et A la direction de cette planche verticale, peut approcher le meuble entre ses jambes, tout prés de sa poitrine. La faculté de pouvoir incliner plus ou moins la tablette, comme on le fait pour les tables dites @ la Tronchin, rendait ce scriptionale fort commode. N’ayant que trois pieds, il était parfaitement fixe sur le sol, celui-ci netit-il pas été de niveau.

Les scriptionales 4 un support n’étaient pas les seuls en usage pendant le moyen age; quelquefois ils étaient fagonnés en forme de pupitre sur quatre pieds, comme certains lectrins. Une des clefs de votite du jubé de la cathédrale de Chartres, déposée dans les magasins de cette église, nous a conservé un scriptionale de ce genre prés d’une figure de saint Jean Vévangéliste. Ce scriptionale, d’une simplicité primitive, se compose d’une tablette épaisse portée sur quatre pieds réunis par des croix de Saint-André, Un pot de terre contient lencre.

Nos petits pupitres modernes, renfermant du papier, de Pencre, et dont la tablette inclinée est garnie de peau ou de drap, sont un dernier vestige du scriptionale du moyen age.

SURTOUT (DE TABLE), s. m. L’usage des surtouts est fort ancien. Grégoire de Tours raconte que, s’étant rendu 4 la maison royale de Nogent ‘, Chilpéric lui montra un grand plateau (l6eque nobis rex missorium ? magnum..... ostendit) fabriqué par son ordre, composé d’or et de pierres précieuses et du poids de cinquante livres : « Je Vai fait, dit-il, pour donner du relief et de V’éclat 4 la maison « des Francs. J’en ferai encore bien d’autres, si Dieu me conserve « la vie. » Le poids et la richesse de ce plateau indiquent une piéce Worfévrerie qui était destinée 4 décorer la table et 4 contenir une certaine quantité de vases plus petits, et peut-étre des fleurs et des

1 Histor. Franc., lib. VI.

2 «Missorium » signifie un plateau destiné a servir a table.

[ TABERNACLE | — 2hh —

fruits. Plus loin, le méme auteur * dit que la reine Frédégonde, devenue veuve, laissa 4 Chelles une partie du trésor royal, et, entre autres, « ce bassin missorium Vor, fabriqué depuis peu ».

Pendant le moyen age, il était d’usage de placer sur les tables de erandes picces d’orfévrerie représentant des monuments, des fontaines, des jardins, des combats, qui tenaient exactement lieu de nos surtouts modernes. La cour de Bourgogne particuliérement, pendant le xv° siécle, déploya un grand luxe dans ces sortes de décorations de tables.

TABERNACLE, s. m. (de tabernaculum, tente). Diew commanda a Moise, sur le mont Sinai, de faire un tabernacle composé de tapisseries les plus riches. Depuis plusieurs siécles, on appelle tabernacle, dans l’Kglise, le petit édicule fermé posé sur la table de lautel, et dans lequel on réserve la sainte Eucharistie ; mais, pendant les premiers siécles du moyen age, il ne parait pas qu’on mit des tabernacles sur les autels. Guillaume Durand? ne parle du tabernacle que dans le sens figuré, comme représentant le sanctuaire, ainsi que chez le peuple hébreu. Thiers * est d’opinion qu'il n’y avait pas de tabernacles dans la plupart des églises, « parce qu’on n’y réservoit « point du tout la sainte eucharistie pour les malades; ou que, si on « ly réservoit, ce n’étoit point sur les principaux autels. » Ge savant auteur prétend (et les monuments confirment son opinion) que Peucharistie était réservée dans des armoires pratiquées dans la muraille derriére ou 4 cdté des autels, ou encore dans des tours transportables, habituellement déposées dans la sacristie, et que l’on n’apportait pres de Vautel qu’au moment de la communion des fidéles. Ge qui est certain, c’est que la divine eucharistie était réservée, dans beaucoup d’églises cathédrales et conventuelles, dés le xu’ siécle, dans une colombe ou une petite boite dor ou d’argent suspendue au-dessus de l’autel au moyen d’une chaine. Quant a ces tours servant de tabernacles et placées 4 cdté des autels, le méme Thiers dit en avoir vu une de bronze assez ancienne dans le choeur de Péglise paroissiale de Saint-Michel de Dijon. Fortunat, évéque de Poitiers, loue saint Félix, archevéque de Bourges, qui vivait vers 570, de ce qwil avait fait faire une tour d’or trés-précieuse pour mettre le corps de Jésus-Christ, Flodoard ‘ rapporte que Landon, archevéque

1 Lib. VIL.

2 Rational, lib. 1.

3 Dissert. sur les principaux autels des églises, chap. XXIV. 4 Hist. eccles. remens., lib, If, cap. vi.

— 2hs — [ TABERNACLE ]

de Reims, fit faire une tour pour étre placée ser Vautel de Péglise cathedrale dle Reims, Grégoire de Tours raconte qu’un diacre indigne de la ville, de Riom, voulant porter une tour d’une sacristie voisine dans léglise, cette tour s’échappa de ses mains et se transporta

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