‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque Carlovingienne à la Renaissance (volume 5)Chapitre 53 sur 80 · ENTREES DES EVEQUES · texte numérisé non relu

ENTREES DES EVEQUES

grands seigneurs du diocese, lorsque l’évéque n’ était point seigneur de la ville, oy les quatre plus notables bourgeois, s’il était. Les évéques de Soissons étaient portés par le comte de Soissons, le seigneur de Pierrefonds, le seigneur de Montmirail et le seigneur de Bazoches'. Les évéques d’Auxerre se rendaient hahituellement, le jour de leur entrée, 4 Pabbaye de Saint-Germain; c’était du choeur de cette église que le prélat était porté dans sa chaire, par quatre des plus notables bourgeois, jusqu’é la porte de la cathédrale, ott les chanoines le recevaient en chape, avec la croix et Peau hénite. L’évéque faisait alors le serment d’usage, qui consistait a maintenir les priviléges du chapitre; aprés quoi, ayant sonné une clochette, la porte principale s’ouvrait, et les bourgeois portaient le prélat jusqu’au grand autel. Alors commengait la cérémonie d’installation®. Les cérémonies qui avaient lieu pendant ces entrées donnérent souvent lieu 4 des contestations ou des protestations. Il arrivait que les clefs des villes étaient remises aux prélats, bien que ces villes dépendissent du domaine royal. Quelquefois le serment des évéques de Laon, dit Piganiol*, se faisait dans la cour de Pévéché et dans les assemblées générales. « Les habitans, un genou « en terre, la main droite étendue vers l’église cathédrale, promet- « taient d’étre fidéles 4 évéque (sauf Vobéissance due au roi, et a « leurs droits de commune et priviléges), et ’évéque leur promettait « de ne rien attenter contre leurs droits, leurs libertés, et de con- « server leurs priviléges. Dans cette cérémonie, ajoute cet auteur, «on s'est quelquefois avisé de présenter les clefs de la ville a « Pévéque, parce que quelques-uns de ces prélats ont prétendu, « trés-mal 4 propos, é¢tre seigneurs de la ville, quoique ce soit le «roi. » Piganiol nous a laissé une description fort détaillée des cérémonies de lentrée des évéques de Beauvais et des fétes a cette occasion’. Nous renvoyons nos lecteurs, pour le menu, a cette description.

Il était d’usage encore, pendant le xiv° siécle, lorsque les évéques de Troyes faisaient leur entrée dans la ville, de descendre al’abbaye des Dames; l’abbesse prenait le cheval du prélat par la bride pour le faire entrer dans le monastére, et ce cheval lui appartenait. Le

1 Nouv. Descript. de la France. Piganiol de la Force, t. 1, p. 27.

2 Voy. Mém. concernant Vhistoire du diocese d@’Auxerre, par Vabbé Lebeuf, publ, par MM. Challe et Quantin, t. II, p. 23 el 64.

3 Nouv. Descript. de la France, t. 1, p. 47.

4 Ibid., t. 1, p. 75 et suiv.

lendemain, en partant, Péveque, qui avait droit de gite, emportait le lit dans lequel il s’était couché*.

BAPTEMES, NOCES, OBSEQUES.

Baptémes.

Les baptémes des princes furent, pendant le moyen age, Voccasion de cérémonies et de fétes splendides. Jusqu’au xv° siécle, les catéchumeénes étaient plongés dans une cuve baptismale; on ne se contentait pas, comme aujourd’hui, de les asperger eau.

Dans les premiers temps du christianisme, il fallait baptiser des personnes de tout dge, et souvent en grand nombre, beaucoup étant entrainés par Pexemple de quelques-uns. Les baptistéres étaient alors des salles assez vastes, carrées, ou plus ordinairement circulaires ou 4 pans, au-milieu desquelles ¢tait creusée une large cuve auras du sol. Nous possédons encore en Krance quelques-uns de ces baptistéres primitifs, 4 Poitiers (église de Saint-Jean), 4 Aix en Provence. Derniérement, en démolissant les maisons qui entouraient la cathédrale de Marseille, on a trouvé Vancien baptistére circulaire avec Sa cuve pavée de mosaiques au centre. Flodoard ? raconte ainsi le baptéme de Clovis 4 Reims : « Gependant on prépare le chemin depuis le palais du roi jusqu’au baptistére ; on suspend des voiles, « des tapis précieux; on tend les maisons de chaque cote des rues ; « on pare l’église, on couvre le baptistére de toutes sortes de par- « fums..... Le cortége part du palais: le clergé ouvre la marche, « avec les saints Evangiles, les croix et les banniéres, chantant des « hymnes et des cantiques spirituels; vient ensuite Vévéque (saint « Remi), conduisant le roi par la main; enfin, la reine suit ayec le « peuple. » Le prétre qui portait le saint chréme n’ayant pu percer la foule et arriver aux fonts, une colombe blanche apporta la sainte ampoule. « Le samt évéque prend la fiole miraculeuse, asperge « de chréme leau baptismale, et Clovis demande avec instance le « baptéme. Il est plongé par trois fois dans la cuve. » Ges cérémonies furent exactement suivies pendant plusieurs siécles. Grégoire de Tours raconte le baptéme de Clovis & peu prés dans les mémes

1 Topogr. de Troyes ; Abbaye de Notre-Dame aux Nonnains.

2 Hist. de Véglise de Reims (Coll. des mém. relatifs & Uhist. de France, trad. de M. Guizot).

BAPTEMES, 394

termes. Il était @’usage alors de baptiser les catéchuménes la veille de Paques; ceux-ci étaient vétus de blanc et ne quittaient cet habit que le premier dimanche aprés Paques, qui, 4 cause de cela, était nommé : Denunica in albis ou ab albis depositis. Le baptéme ayant lieupar immersion, ¢’ était leparrain qui retirait’ enfant ou le catéchumene de la cuve, et, par cet acte, il ’adoptait pour son fils en Dieu.

Souvent alors les baptistéres étaient hors de la ville, 4 cause du concours de personnes qui se présentaient ensemble pour étre baptisées. Grégoire de Tours‘ rapporte que l’évéque Avitus baptisa un grand nombre de juifs en dehors de la ville de Clermont. Une émeute populaire avait détruit leur synagogue; cing cents d’entre eux demandeérent le haptéme. « A cette nouvelle, dit Vhistorien, le « pontife, transporté de joie, pendant la nuit de la Pentecdte, aprés « la célébration des vigiles, se rendit au baptistére situé hors des «murs de la ville; 14, une multitude, prosternée devant lui, « demanda le baptéme. Et lui, pleurant de joie, les lava tous dans « Yeau sainte, les oignit du saint chréme..... Les cierges brulaient, « les lampes jetaient un vif éclat; toute la ville brillait de la blan- « cheur de ce troupeau. »

Lorsque l’on conyertissait des femmes infidéles 4 la foi chrétienne, il était d’usage souvent de les marier aprés qu’elles avaient recu le baptéme. Dans la Chevalerte d’Ogier de Danemark, un passage

signale une cérémonie de ce genre ordonnée par Charlemagne :

« La (dans le palais) sont les dames qi querront en Jhésu : « Kalles les ot amenées lassus,

« Soixante furent vestues de bon fus;

« Tos lor adous furent a or batus.

« Trente arcevesque furent tous revestus,

« Gil les batisent el non del roi Jhésu ;

« Kalles de France, ainc si bon rois ne fu,

« Les maria as contes et as dux.

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Au xty° siécle, nous voyons qu’il est question, pour la cérémonie du baptéme, non-seulement de l’eau et du saint chréme, mais du sel:

« Quant li enfes ot pris baptesme « Kt seil et oile e ewe et cresme, « Dont li fait noriches venir

« Por alaitier et por norir 4, »

1 Lib. V. ; 2 La Chevalerie Ogier de Danemarche, x11" siécle, vers 13004 et suiv.

3 Li Romans de Robert le Dyable, xiv siécle.

Ge fut A cette époque aussi que le cérémonial du bapteme des

princes fut réglé et suivi avec une grande solennité.

Les chroniques nous ont laissé des descriptions détaillées de

Vordre et des splendeurs de ces fétes. Charles VI étant né le 3 décembre 1368, quelques jours aprés eut lieu la cérémonie du baptéme, le 11 du méme mois, en léglise Saint-Pol: « Des le jour

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précédent* furent faictes lices de bois en la rue devant la dicte éclise, et autour des fonts de léglise, pour mieux empécher la erande presse de gens qu'elle ne fust trop grant. Premiérement, devant ledit enfant il y avoit deux cens torches et deux cens varlets qui les portoient, qui tous demourérent en la rue, excepte seulement vingt-cing torches qui furent dedans l’église. Et aprés estoit messire Hue de Chastillon , seigneur de Dampierre , maistre des arbalétriers, qui portoit un cierge, et le comte de Tancarville portoit une couppe en laquelle estoitle sel, et avoit une touaille (serviette) sur son col, dont le sel estoit couvert. Et aprés estoit la royne Jehanne d’Evreux qui portoit lenfant..... Et ainsi fut apporté ledit enfant jusques 4 la grant porte de l’église de Saint- Pol, 4 laquelle estoient, qui attendoient ’enfant, le cardinal de Beauvais, chancelier de France, qui ledit enfant crestienna (baptisa), et le cardinal de Paris en sa chappe de drap sans autre parement, » et quantité de prélats et d’abbés. « Et le tint sur les fonts monseigneur de Montmorency..... En celluy jour fist le roy faire une donnée (aumone, largesse) en la coulture de Sainte- Catherine de vingt deniers parisis 4 chascune personne qui y vouloit aller, et y eutsi grant presse quw il y eut plusieurs femmes mortes. »

Dans les Honneurs de la cour (xv° siécle), Aliénor de Poitiers

nous a conservé l’ordonnance de ces cérémonies princiéres. Voici ce quelle dit : « Le portail, ot ’on commence I office du baptesme,

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doibt estre tendu de tapisserie ; et sy le font (les fonts) est en une chapelle, elle doibt estre tendue tout autour, et s’il n’y at chapelle, sy doibt-on mettre tapisserie la ou sont les fonts. Item la pierre des fonts jusques 4 terre tout autour doibt estre couverte de velour, et dessus les bords du font tout autour un beau doublier (nappe en double), et dessus les fonts il ne doibt rien avoir de tendu, car cela est pour les princesses. Item, il y doibt avoir une chapelle toutte tendue, et 14 doibt avoir une table carrée, comme un lict, et dessus un couvertoir de menu vair, et par dessus le

1 Chron. de Saint+Denis.

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