‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 24 sur 76 · II · texte numérisé non relu

II

A dater de 'i;-530, les vèlemenls civils des hommes, de larges el amples qu'ils étaient jusqu'alors, deviennent étroits, justes au corps, el la ceinture n'est plus qu'un ornement comme pour les vêtements des femmes. Le beau manuscrit des statuts de l'ordre du Saint- Esprit an droit désir ou du Nœud < nous montre comment les gentilshommes portaient la ceinture à cette époque (fig. 41). Elle

e. CUILL!\L'kDn

était lâche, posée à la hauteur des hanches, et il paraissait élégant de la laisser tomber plus d'un côté que de l'autre. On y pouvait attacher l'escarcelle et le couteau, mais cela ne se faisait point en compagnie. Un peu plus tard, de 1370 à 1390, la ceinture est descendue audessous des hanches ; elle est large, régulièrement posée et tient au justaucorps (fig. 12). Il était de bon ton alors d'y suspendre le couteau à manche rond, sur le côté de la cuisse droite. Ces ceintures étaient de grand prix, couvertes de pierrei'ies.

Le 4 avril 1352, il est payé par Josseran de Mascou, receveur général de la reine, « pour une ceinture achatée et payée du sien, « baillée à madame Jehanne de France, fille du roy, à présent royne « de Navarre, pour donner au roy de Navarre, son marry, le jour de « leur fiançaillc, 700 écus d'or », somme considérable à cette époque.

Les bourgeoises rivalisaient, autant que faire se pouvait, avec les

1 13o2, musée des Souverains, au Louvre.

[ CEINTl-RE ]

dames nobles, en fait de toilette et de joyaux. Ce luxe, malgré les édits somptuaires, compromettait toutes les fortunes, et les poètes des XIV" et xV siècles ne cessent, dans leurs vers, de critiquer amèrement ces tendances de la classe bourgeoise :

'( Mainlenaiit failli avoir abils.

" Robes et aiiUrcs ahillciiieiis.

<< Verges d'or, perles el rubis.

« Sainctures dorées, dvameus.

" Menuz vers letices £;ris blans

Pour les bourgeois, occupés de leur négoce et de leurs affaires, la ceinture était une véritable trousse à laquelle pendaient couteaux,

escarcelle, écritoire, ustensiles de métier (lig. 13)-. On portait en voyage des ceintures de cuir qui pouvaient contenir de l'argent :

'( Dam.'% fel-il, f'esl véril(5,

'• Mes je vous ai ci apporté.

K Ne sai ijuaus deniers que j'avoie.

" Ataut li baille la cori'oic,

•> Qui iiioull csloil pluinr et farsie'^. »

Le goût des ceintures d'orfèvrerie passa do mode, cbez les liommes, pour les habits civils, vers 14!2o, et reprit à la lin du

' La Complainte douloureuse du nouveau marié. * Romandes merveilles du mo?ide, l^liO. Bibliolli. imprr , n" 8;392. ^ Conte de Constant Duhamely vers ."iSl et suiv. [Fahl. pA contes des xiir, xiv et xv<" siècL's, 6dit. d'Amsterdam, 1700).

CKIM'llîK

xve siècle. Peiidanl celle période, les hommes ne portaient que des cordons de soie ou d'or pour serrer les robes à la taille. Les femmes cessèrent également de porter les larges ceintures que représente la ligure iO, vers 1440 (voy. Robe), et ne commencèrent à reprendre ces joyaux (jue vers les dernières années du xv° siècle. A cette époque, les écuyers tranchants des grandes maisons, les maîtres d'hôtel, portaient des ceintures munies de trousses, de couteaux.

'Jij.

Ces ceintures étaient décorées d'applications de métal, ne serraient pas la taille, mais tombaient du côté gauche, n'étant retenues audessus des hanches que par un anneau pris dans une agrafe. La figure 14 donne une de ces ceintures*, qui date des premières années du xvr siècle. En A, est tracé un détail, moitié d'exécution, d'ornements de métal (cuivre doré) appliqués sur les courroies ; en b, est un des œillets à travers lesquels passait l'ardillon de la boucle -.

' Des siiJL'ts l'oudc tiiissL' d,' hi clùtiii'L' du chœur de la callirdrule d'Auii^us (luurt de saiol Jeau-Baptiste).

- C.iiliiii '1 de r;u:t.,'i;r.

— il9 — [ CHAPEAU ]

CHAPEAU, s. m. {capiel, chapel, chapelet, chapiaux, ciivrecliief). Le cliapel, qu'il ne faut pas confondre avec le cliaperon, s'entendait comme couronne de métal ou de fleurs, et comme couvre-chef. Il y avait dans les villes, et notamment à Paris, la confrérie des fabricants de chapels de fleurs, simples couronnes portées à l'occasion de certaines cérémonies et pendant les banquets. De cette ancienne industrie nous n'avons conservé que le nom de chapeliers, donné à nos faiseurs de chapeaux d'hommes. Chacun sait que, pendant l'antiquité grecque et romaine, il était d'usage de se couronner de fleurs pendant les festins. Celte habitude se perpétua pendant le moyen âge et jusqu'à l'époque de la renaissance. Alors, comme on prétendait remettre en honneur les usages des anciens, on abandonna celui-ci, qui était une tradition non interrompue de l'antiquité. C'est là une de ces contradictions comme on en peut signaler un grand nombre à celte époque.

Legrand d'Aussy, dans son Histoire de la vie privée des Français, fait observer que la coutume de se couronner de fleurs remontait à l'époque des Gaulois. Ceux-ci, « pour montrer l'assurance avec laquelle ils marchaient au combat, et le mépris qu'ils avaient de la morl, ne portaient, dit iElien, pour tout casque, dans un jour de bataille, qu'une couronne de fleurs ».

Dès l'époque mérovingienne, toute personne noble portait les cheveux longs ; les femmes se coiffaient de longues tresses pendantes ; les hommes laissaient tomber leur chevelure à mi-hauteur du cou. On ne pouvait se passer dès lors d'un cercle qui put maintenir ces longs cheveux et les empêcher de tomber sur les yeux. Ces couronnes devenaient donc un accessoire indispensable, même lorsqu'on avait la lôte nue, et elles étaient communes aux hommes et aux femmes. Dans le Roman du châtelain de Coucy, écrit à la lin du \n° siècle, la dame de Fayel fait don à son ami d'une couronne à elle ' :

» Mes un cuevrcchiet' i'ailis (beau) ay

« Listé (borde) d'or que je vous douray,

« Et coissinet et bel et bon,

K De grosses pierres sont li bnuloii :

Il Mes avoir voel voslre fianee ^.

<( Que le porteras sans faillanee,

« N'k autre ne sera cbangiés. "

' Vers 5133 et suiv.

^ Mais je veux que vous nie pruuietlicz.

[ CIIAPE.U:

El plus turd, lorsque le sire de Coucy a remporté le prix de la joute, il revoit sa dame et lui dit :

« Mes n'en fusse venus k cliicf (k mon honneur)

<( Se ne fust pour le cuevrechief

« Que :nc donnastes l'aulre jour

<i Avoec l'otlroy ilu vostre amour'. »

Ces cliapels étaient de véritables couronnes ornées de pierres précieuses, de perles ou d'émaux (voy. Coukomne).

Quant aux cliapels de fleurs, on les voit fréquemment représentés sur la tête des hommes et des femmes, dans les vignettes des manu-

F. niiLLntJMar.

scrits et sur les statues des xii", xiii'' et xiv" siècles. Souvent même ces tleurs étaient laites en orfèvrerie et cousues sur un galon. Voici (lig. 1) quelques exemples de ces cliapels-.

' Vers 3536 et suiv.

2 L'exemple A est pris sur une statue du portail de l'église de Saint-Thibaut (C6tcd 'Or;, .Mil" siècle ; l'exemple 1!. sur une statue d'un coude d'Étamiies {commencement

— ni — [ CHAPEAU ]

Les femmes plaraienl parfois ces chapels, ou couronnes de fleurs, sur les voiles de molesquine ', mais le plus souvent sur les cheveux :

" Si voit de la forest issir

«' Tôt bêlement et à loisir

■■ Dusca .iiij. .xx. damoisclcs.

<• Ki cortoises furent et bêles.

" S'cstoient niolt bien acesniées (parées, ajustées; ;

<> Totes estoient desfublées,

» Ensi sans moelekins estoient,

•< Mais capeaus de roses avoieut

'■ En lor chiés mis. et d'aigleutijr.

" Por le plus doucement llairier.

« Totes estoient en bliaus

" Senglés, por le tans qui ert rliaus -'. u

Guillaume de Lorris, voulant exprimer comment il ne faut pas tant lecherciier le luxe dans les vêtements que la bonne grâce, la propreté, la distinction, s'exprime ainsi à propos de la coilïure :

H (/hapel de Hors qui petit couste,

« Ou de roses à Penthecouste,

« Ice puet bien chascuu avoir,

« Qu'il u'i convient pas granl avoir ^. »

Mais cette manière de coiffure était usitée aussi lors des entrées solennelles, des processions :

« Bien sont vcslus li joucvencliiel :

>( Cliascuns ot eu son ehiefchapiel « De roses et de flors diverses.

Il Par nii les rues ol grans presses « Des gens qui resgarder les vint '». »

Ces chapels de lleurs étaient souvent donnes à des seigneurs, à litre de redevances. « Les teneurs de la maison de la Bourvelie « doibvent un chapeau de boutons de roses à trois rangs '. » Dans le

du xiV siècle) ; l'exemple ('-. sur la peinture de la princesse Hlanciie, fille de saint Louis (xiii" siècle), et l'exemide D, sur une vignette d'un manuscrit de la tin du xiir siècle et les vilraux de la cathédrale de Chartres.

I La molesquine était alors une sorte de toile très-line. cijiimic uolrc hatiste.

- Le /ni du trot (xiii" siècle).

3 lioman de la rose, vers 2108 et suiv.

* l\oman delà violette, vers 703 et suiv.

" Comptes de Raoul de la l'ortv. receuew de la seigneurie de Vavthenai. année 1j3o (mauuscrit possédé jiar .Mmilcil. cih' par lui daiis i/s mdes de snn lltst. des Fiaurais,

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