‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 25 sur 76 · I. iv, p. in · texte numérisé non relu

I. iv, p. in

m. — IG

Roinnn de Lancelot, il est dit « qu'il ne fut jour où Laiicelot, ou i< hiver ou été, n'eust au malin un chapel de fresclies roses sur la « teste, fors seulement au vendredi et aux vigiles de hautes fesles.»

Ces chapels de lleurs furent l'origine de ces chapelets de perles ou de pierres Unes que portaient les gentilshommes pour ceindre leurs cheveux. De là sont venus les lorlils des barons, les couronnes des comtes, des marquis, des ducs, car il était interdit aux roturiers de porter autre chose que des couronnes de lleurs. Quoi qu'il en soil, il était toujours convenable d'offrir un chapel de lleurs à un personnage noble, lorsqu'il entrait dans une ville ou présidait une assemblée ; et encore, à la tîn du xv" siècle, les dames de Naples présentèrent à Charles VIII, entrant en vainqueur dans la ville, une couronne de violettes.

Nous parlerons maintenant des chapeaux faits pour abriter la tête. Du XI' au xvie siècle la variété de forme de ces couvre-chefs est prodigieuse ; depuis le pctase antique jusqu'au mortier, au bonnet de laine et à la calotte hémisphérique, tout a été successivement ou simultanément adopté, et, bien que nous présentions ici un assez grand nombre de ces chapeaux, nous ne pouvons espérer les donner

tous. Dès le xr siècle, on voit apparaître dans les bas-reliefs et les vignettes des manuscrits le chapeau ou la calotte hémisphérique sans rebords, simultanément avec le chapeau à basse forme et petits bords si fi-é(iuemment représenté sur les monuments grecs.

Un des chapiteaux des colonnes engagées du bas côté sud de l'église abbatiale de Vézelay (fin du xi" siècle) représente une scène singulière. Un ménestrel semble charmer un être monstrueux en

sonnant du cor. Ce personnage est coiffé d'un chapeau liéniisphérique côtelé (fig. 2). Nous voyons une coiffure analogue adoptée pour l'une des statues d'hommes du portail Royal de la cathédrale de Chartres (xii" siècle) (fig. 3). Ici les côtes se réunissent en un joyau ayant la figure d'une plaque semi-circulaire, placée sur

le front. Ces côtes étaient faites d'une étotfe plissée sur une calotte solide. Quelques vitraux et vignettes de manuscrits du xii" siècle présentent la même coiffure spéciale aux hommes. Des figures qui datent de la même époque, c'est-à-dire de 1140, et qui sont sculp-

tées sur les bas-reliefs et les voussures de la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, nous montrent trois autres formes de chapeaux (fig. 4). L'un, celui A, semble être fait en tricot, il est orné de pointes saillantes en façon de petites pyramides; le second, B, est évidemment de paille ou de jonc ; le troisième, C, paraît être

feutré. Personne n'ignore que les feutres datent d'une époque trèsreculée, et que sous l'empire romain il y avait des feulriers et des métiers à foulons dans les Gaules '.

Dans les mêmes sculptures de la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, mais refaites au xni° siècle, les juifs sont représentés avec des chapeaux dont la coupe est donnée ligure 5, et l'apparence

figure 6. En elTet, h cette époque -, les juifs étaient tenus, à Paris, de porter des chapeaux pointus. Généralement, comme dans notre exemple, l'extrémité supérieure du feutre est repliée et rentrée, en partie, dans la base du cône. D'autres chapeaux, parmi ces sculptures, et de la même époque, affectent la forme donnée figure 7.

Évidemment ces coiffures sont de feutre léger, souple. Ces chapeaux étaient de couleurs différentes ; ceux des juifs étaient jaunes. Le clergé avait adopté la couleur verte, et la cour de Rome lança des décrets contre cette coutume, qui ne fut plus guère adoptée que par les évêques. 11 va sans dire que la noblesse décorait les chapeaux avec luxe; on les entourait de perles, de chaînes, de pièces d'orfèvrerie, de fermaux. La forme de ces chapels s'était sensiblement modifiée.

1 Nous avons vu k Langres rr'piliiiihe d'un fn//o sur ua ciiipe qui pniivail dater il 11 m" siècle, i 120(1 a li'iO.

— i^O — [ CIIAPEAL- ]

Dès la lin du xiir siècle, on voit des seigneurs el des bourgeois coiffés de chapeaux de feutre, mous, à larges bords retroussés, formant souvent une pointe par devant (fig. 8) *. Ces feutres se portaient en campagne, par-dessus le capuchon de l'aumusse, ou sur un

chaperon serré (fig. 9). Le chapeau pouvait être arrêté au moyen d'un cordonnet qu'on nouait sous le menton (voy. fig. 8). Il était plus ou moins haut de forme, et le bord retroussé, abaissé devant les yeux, tenait lieu de visière. C'est autour de ces chapeaux que les gentilshommes riches posaient des chapelets de perles et de pierreries, ou des cercles d'or également garnis de pierres fines, en façon de couronnes -.

Les cavaliers portaient alors (seconde moitié du \\n^ siècle), ou de simples capuchons, ou des chaperons assez semblables au pétase

anliiiue (fig. iO) \ On voit parfois ce chapeau placé derrière le dos et retenu par son cordonnet autour du cou.

' Vi>n(>l[rs (lu niauuscril les Miracles de la sainte Viet-Qi-, liihlioUi. du séminaire (le Soissons : De Girard qui s'occit.

' Voyez Couronne.

^ Apocalypse. Tiibliiilli. iniMÔr.. fomls IVa'Kviis, n" 7flt.'!.

[ chapf.au ] — 1-6 —

Le luxe des cliapcls fui |ioilé à la dernière limite vers le milieu du \1Y* siècle. Le continuateur de Nangis dit qu'en l'année 1356, les nobles couvraient leurs chapels et leurs ceintures de perles, de pierres fines, de diamants, de plumes, si bien qu'alors les perles acquirent une valeur exorbitante. Dans les comptes d'Etienne de la Fontaine, nous trouvons cette description d'un chapeau de la reine * : « Poui- un chapel d'or à 4 troches - de perles, en chacune troche « 12 perles, 28 pièces de rubis et ballis, 8 grosses émeraudes, « 5 autres moiennes, 8 autres petites et 8 dyamens ; tout pesant « 1 marc 7 onces o esterlins. » Et dans l'inventaire dressé en 1353 : « Pour 1 cliapiau de bièvre ^ fourré d'ermines semé de perles <i d'Orient, à un laz garny de 4 boutons de perles, et y faut 8 roses '< de perles, contenant chascune rose 21 perles et 14 autres perles... » En effet, on ne se contentait pas alors de chapeaux de feutre, on en faisait en fourrures, en soie ou laine frisée, en velours, en orfrois. Mais nous avons l'occasion de nous étendre sur ces couvre-chefs à l'article Coiffure, d'autant que, pour les femmes, ils s'ajustaient avec les cheveux.

Vers le milieu du wy" siècle, les femmes en campagne, chevauchant, portaient des chapeaux de feutre dont les larges bords étaient

relevés derrière la tête et formaient visière devant les yeux. Voici (10 bis) une de ces coiffures ^ posée sur un voile recouvrant les cheveux. La femme est à cheval et accompagne son amant.

Certains corps portaient des chapels d'une forme particulière, indépendamment du chaperon dont nous parlerons tout à l'heure.

t 1.352. Voyez Comptes de l'argent, des rois de France, au xiv= siècle, publ. d'après les inss. origin. par M. Douit d'Arcq (18ol). '^ Tigettes, brins, garnis de perles et de pierres. ^ Peau de castor.

'-> D'un dessus de miroir d'ivoire, du xiV siècle, collcct. du r>Jv. W. Snevd.

C'est ainsi que les massiers, les sergents d'armes portaient des cliapeaiix ou morliers faits en forme de bourrelet ou bien de toque rigide, assez semblable à celle que portent aujourd'bui les juges. La curieuse pierre gravée, autrefois déposée dans l'église Sainte-

Catherine du Val-des-Écoliers, à Paris, et aujourd'hui dans l'église impériale de Saint-Denis, dédiée, sous Charles V, par les sergents d"armes, en souvenir de la bataille de Bouvines, nous montre un de

ces sergents massiers coiffé d'un mortier de feutre roide (lig. il) '. Au commencement du w" siècle, les hommes adoptent le chapeau à haute forme conique tronqué, souple, sans bords ou avec petit bord légèrement relevé. En A. la ligure 12 reproduit un de ces

1 Ces pla(iue3 lic- pu'ire i;rav6cs u'out clé phicrcs (lun;< rrglise Sain!c-(".allieriiie qu'en 1376, au nioinont où Charles V constitua d'une manière ilélinilive la confrérie des sergents d'armes. Les vêtements Iraeéssur ecs dalles sont eeux de la seconde moitié du xiye siècle, (Voy.la Mo7Uir/r . dcl'é^làe roi/, de Saint- Denis, pari/ liaron de Cuilliermy, 1848).

cliapeaux sans boi-ds portés par toutes les classes. Les gentilshommes et riches bourgeois les ornaient de chaînes ou de fermaux d'or ou d'argent. En B est donné un chapeau à petits bords porté habituellement par les gens de classe moyenne. Ces chapeaux à bords étaient moins souples que les précédents ; ils sont généralement noirs, quelquefois gris. En C, est tracé un chapel porté par les hommes nobles, lorsqu'ils chevauchaient '. Cette coiffure se composait d'une calotte de feutre on de velours entourée d'un bourrelet de fourrure ; on la portait armé, à la place du heaume, pour ne se point fatiguer dans les marches. Au commencement du w" siècle, entre autres coilfures -, les femmes portaient en campagne un chapeau à larges

^<ï^^-fiM

bords et à plis rayonnants (tig. 13), par-dessus l'aumussc d'étolïe. Ce chapeau était fait d'étoffe légère sur une armature de laiton. Il était maintenu au moyen de cordonnets allachés sous le menton s. C'était un véritable parasol, dont la circonférence un peu ovale était plus développée sur le devant que par derrière. Mais, à la lin du xv' siècle, les bords des chapeaux des hommes deviennent amples et les formes s'abaissent. Sous Louis XI, on portait encore des cliapeaux dont la forme est donnée dans la figure 14 \ mais aussi avec une apparence plus trapue. Ces cliapeaux étaient le plus souvent

I l>i'[ir(^sentation (le lîciniinl (rAi'ni;igiuic, coiiile île la MuitIic (milieu du xv" siècle), Bibliolh. inipér.. iiis. du roi d'armes de Charles VII, u" 96."i3. * Voyez Coikfuhe.

3 Sculpture du château de Pierrefouds (l'iOO). '' Sur uu coffret de cuir du musée de Cluuy (secoiide nmitié du xV siècle).

— i29 — [ CHAPEAU ]

faits d'étofTes. telles que drap et velours, ou foulés. Un peu plus tard, au commencement du règne de Charles VIII, les bords de ces chapeaux sont conservés et la forme s'abaisse entièrement (fig, 15^ ; mais la partie tombante du bord, au lieu d'être portée devant le

visage, est rejetée sur le côté gauche, et c'est la partie A qui se présente au-dessus du front. Dès lors ce chapeau, très-élégant, quoique ne garantissant guère la face, a l'apparence que donne la ligure 16.

Les seigneurs le doublaient de fourrures précieuses et le couvraient de plumes d"autruche. La partie relevée du bord était ornée de quebjue riche joyau '. Les pages, les varlets, les écuyers, portaient des chapeaux à plus petits bords, également relevés tout autour de la

' Minjuscril (lu Livre des lownoù, niblio'.li. iiniirr.. ii» 8:].jI, rnil cl |i(;iiit pur ordre d(.' Louis de lirugos. piiur ("Irc olVcrt ii Cluirlcs Vlil.

[ (;iiai'i;au ] — loO —

forme, el, à certaines occasions solennelles, les princes prenaient pour coiffure un chapeau à très-larges bords tombants, en façon de campanule (fig. 17 . Ces bords étaient faits de brins de plumes recouverts, à l'attache, de duvet. La calotte était de velours, ainsi que les bords sous la plume '. Nous pourrions donner un plus grand

nombre d'exemples de ces chapeaux, si variés de forme pendant les xiV et xv° siècles; mais ce serait entrer dans de trop longs développements. Sous Louis XII, au contraire, le chapeau varie peu. Il est habituellement fait de feutre, à bords assez larges, régulière-

ment et légèrement relevés, avec calotte hémisphérique. Une longue plume tombe par derrière (fig. 18). On le posait de côté pour laisser voir la chevelure, que les élégants portaient longue et lisse sur le dessus de la tète, très-peu frisée sur le cou. Cette mode persista jusque sous le règne de François I".

' MauusiT. (lu Livre des iuununs.

— loi — [ CHAPERON ]

Parmi les prélats, les cardinaux étaienl les seuls qui eussent conservé le chapeau à bords jusqu'au xV siècle. Les évêques, les chanoines et les curés, à la ville, portaient la barrette sur la cape, ou la barrette avec le capuchon de la cape renversé. Les chapeaux des cardinaux à basse forme, au xni° siècle, et à larges bords circulaires un peu rabattus tout autour ', furent maintenus pendant le xiv^ siècle et le commencement du xv°: mais, vers 1430, les bords de ces cha-

v^lfi|fe^

peaux sont exactement façonnés suivant un plan droit; puis, vers le milieu du xv^ siècle, ces bords se relèvent légèrement au pourtour (fig. 19). 2 A la fin du xv^ siècle, les bords du chapeau reprennent le plan droit, et les cordons se garnissent d'un certain nombre de glands posés l'un sur l'autre en losange: 1, 2, 3, 4 et o; ce qui fait quinze houppes ou glands pour chaque cordon. De fait, à dater de cette époque, le chapeau de cardinal, jadis chapeau de cavalier, ne fut plus qu'une marque honorifique, et n'était placé sur la tête que dans des occasions solennelles, fort rares. Aujourd'hui ce chapeau n'est plus qu'un rond de carton recouvert de tatîetas rouge.

CHAPERON, s. m. {cappron). Le mot indique l'origine de cette coilîure : c'est une petite cape, une aumusse qui, par suite des transformations de la mode, de capuchon devient un des bonnets les plus singuliers qu'on ait pu imaginer, et cela naturellement, sans qu'il y ait eu recherche de l'étrangeté. C'est là l'histoire de la plupart des vêtements, qui semblent s'éloigner de leur forme originelle par la destination nouvelle et plus commode que l'usage impose à leur premier emploi. Il n'est aucun de nos vêtements

i Voyez Capk. lit,', '.t.

- Voyez la vigiiclle reprc-sentaut la innrl de Robert (de Genève) d:uis le inamisnil lie Froissart, Ilildidlli. iiniirr , fniids ("oIIumI. ii" S:]23.

CHAPERON

modernes au(|iiel on ne puisse trouver une origine, souvent Irèséloignée delà forme dernière.

On a vu que les hommes et les femmes de toutes classes avaient adopté, dès une époque très- ancienne, le petit mantel à capuchon, Taumusse, la cape fermée par devant. Au xn" siècle, les deux sexes portaient sur la tête et les épaules un vêtement dont l'origine se i-etrouve dans les monuments gallo-romains, et qui avait la forme présentée en A dans la figure 1.

Ce vêtement (petite cape) était fait en façon d'entonnoir, avec une ouverture en B pour laisser passer le visage. Toute la partie comprise entre B et C se plissait sur le cou, et l'extrémité de C en D couvrait les épaules, ainsi que la moitié des bras. Porté, ce vêtement de tête avait l'apparence donnée en G. Il était excellent pour se préserver de la |)luie ou des frimas ; mais du moment qu'il semblait trop chaud, ou que la pluie venait à cesser, on l'enlevait. Qu'en faire? On le jetait sur l'épaule ou autour du cou. Mais il fallait se garantir du soleil au besoin, se couvrir la tête, en bien des occasions, sans calfeutrer ainsi le cou et les épaules: et comme les cavaliers ou les piétons ne pouvaient porter un couvre-chef de rechange, ils posaient ce vêtement replié sur la tête, et, afin que le chaperon

[ CHAPERON

ne tombai pas, l'ouverture B emboutissait le sommet du crâne. Il va sans dire que le vent ou les mouvements dérangeaient ces plis ; que les deux extrémités tombaient de droite et de gauche : pour éviter cet inconvénient, on repliait l'extrémité ab sur le sommet de la tête: la partie inférieure BD, tordue, était enroulée, et l'extrémité de la chape tombait sur l'oreille.

Une figure est nécessaire pour expliquer cette manière de poser le chaperon. En A (fig. 2), on voit comment l'ouverture moyenne du chaperon enveloppe le sommet du crâne. En o , l'extrémité pointue du chaperon est repliée ; puis l'autre partie inférieure, tordue, enveloppe en hc la tête, forme nœud de manière à tomber en A. Si l'on remonte la torsade hc autour du front, et qu'on tire sur l'extrémité d, on obtient la coilïure B. Or, celte coitTure est exactement copiée sur l'une des têtes, de grandeur naturelle, qui portent la corniche supérieure de l'église Saint-Nazaire de Carcassonne (1320). C'est là le chaperon dans sa transformation primitive, et cette transformation, ou plutôt cette façon particulière de poser le chaperon esl déjà adopt.ée au xni" siècle. Dans le Roman de Garm le Loherain ', on lit ces vers :

» Jusqu'il lu siiUc ne liuu, si i \iiil.

« Poi" desconoistre ot son chaiicrou mis. "

1 Kiiil. (lu M. I'. Paris, l. Il, p. -rM;; Tccliciicr, IS.'iS.

[ ciiAPr.noN j

Pour ne pas élro recoumi. Rigaud met son chaperon ; il était facile, en eiïet, de se cacher le visage derrière la partie tombante de rextrémité du chaperon, en le posant comme le montre notre dernière figure, tandis que cela n'eût pas été possible en s afTublant du chaperon, comme le marque la figure i. Ces chaperons étaient habituellement alors faits de drap et même de soie.

C'est au commencement du xiV siècle que la mode de porter ainsi les chaperons devint générale, non-seulement parmi les nobles,

mais chez les bourgeois. Cette coitTure était, comme il est dit plus haut, commune aux hommes et aux femmes; mais les hommes seulement posaient le chaperon sur le sommet de la tête, ainsi que le montre la ligure 2 en B. Pour les femmes, cette façon de coiffui^e eût dérangé absolument l'économie de la chevelure, elle ne fut pas suivie ; les dames nobles ou bourgeoises portaient le chaperon en manière d'aumusse, ou autour du cou ou sous un chapeau. La figure 3 nous montre une noble dame portant le chaperon sur

— 13o — [ CHAPERON J

les épaules, comme une écbarpe ; la figure 4, un genlilhomme ayanl le chaperon posé comme Taumusse, mais le capuchon rabaltu. '

Pendant toute la premièi'e moitié du xiv" siècle, le chaperon des hommes était à plusieurs fins : on le plaçait de manière à envelopper la tète et les épaules (fig. 1), ou de façon à ne couvrir que les épaules (fig. 4), ou bien on en faisait un ])onnel en forme de turban, ainsi que le montre la figure ^2. Cependant, vers la lin de celle période, les élégants sXforçaient de donner au chaperon-lurban une tournure de plus en plus étrange, et qui, parmi le beau monde, prenait une ampleur démesurée. C'est toujours le principe indiqué figure 2 ; mais, au lieu de faire un seul tour, la queue du chaperon en fait deux et même trois autour du crâne. Cette queue est alors démcsurémcnl longue. Des vignettes de inanusciits de la \'m du

• Muuuacr. (le Luncclvt du Z,c<c (xiv« siècle), I. Il, HihlioUi. iiiiiicr., u» G"!).'!.

[ CHAPEItON- ]

xiv"= siècle reproduisenl des personnages coiffés de chaperons d'une excessive ampleur (tig. o) '.

Il faut dire que jamais coiffure ne se prêta à des formes plus variées. Ainsi le beau manuscrit de Térence, de la bibliothèque de

l'Arsenal-, renferme des vignettes dans lesquelles quelques personnages portent le chaperon de manières très-diverses. L'un est affublé du chaperon avec chapeau de fourrure par-dessus (tig. (i). Celui-ci

£.jj'-i.-'ii".jr^

(fig. 7) a posé l'ouverture moyenne du chaperon sur son chef, faisant simplement retomber l'extrémité inférieure d'un côté, la pointe étant cachée sous l'amas de plis que forme cette extrémité. Un troisième n'a pas tenu compte de cette ouverture moyenne et a noué le

' Maïuiscr. de l.'i'K), Hl'uit?;. liihliolh. iniiirr. - Moitir ilii xiV sircle.

— \>}'î — [ CHAPEItO.N J

cliaperon autour de sa têle (fig. 8), en accuraulunl sur le sommet du eràne les plis de rexlrémité en manière de crête de coq.

La ligure 5 nous fait voir comme, à la fin du xiv^ siècle, le chaperon s'était développé. Il avait alors, déplié, au moins !:2 mètres de longueur. La mode d'enrouler toute cette étofïe autour de la tète passa, mais la longueur du cliaperon ne lit qu'augmenter. De 1400 à 1430, on laissait pendre une partie considérable de la queue du chaperon sur ie côté, par-dessus le bourrelet formé par un seul tour

de l'étolîe. Alors, l'ouverture moyenne du chaperon, au lieu d'èlre percée près de l'extrémité de la pointe, comme dans la ligure 1, était laissée près de l'extrémité ample inférieure, de telle sorte que, si l'on s'affublait du chaperon, une longue bande d'étoffe tombait derrière le dos jusqu'aux talons. Mais, si l'on posait le chaperon en bonnet, sur le sommet de la tête, en faisant pénétrer le crâne dans l'ouverture, ce chaperon se présentait ainsi qu'il est indiqué en A (fig. 9j'. Alors, ou bien on enroulait cette longue pointe autour du cou, ainsi qu'il est tracé en B -, ou bien, en suivant la mode précédemment expliquée, on enroulait partie de cette • pointe autour de la tête, et on laissait tomber son extrémité du côté opposé à la crête formée par les plis de la partie inférieure (voy. en C) '\ Un peu plus tard, le chaperon fut façonné d'une manière fixe, c'est-à-dire qu'on ne pouvait plus le disposer à sa guise, en faire une aumusse, une écharpe, un bonnet; le chaperon, tout en conservant celte dei'nière

' Manuscr. des Qirou. de Froissart (xv'' siècle^, lîililiolli. imiic'r.

* l/jùl.

•* M&s. dr la liiljlioUi. de la ville de liiiueii (.W' sièide), iiiaicliauds

[ CHAPERON

forme, se composait d'une sorte de bourrelet uni sans plis, d'une crête et d'une longue queue. On le pouvait ôler ou mettre comme

ao/LLHLm/r.

un chapeau. Tels sont les chaperons adoptés au milieu du xv'' siècle par la noblesse et la bourgeoisie. Tel est le chaperon que porte,

— 1,39 — [ r:HAPEno>' ]

clans son grnnd costume de Tordre de la Toison d'or, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon (fig. 10)*.

Pendant le xiv' siècle, ces ctiaperons (Maient souvent déchiquelés

' Çalnuct des dessins et eslaiii] es, liiljliulli. iiiipér,

[ CHAPERON ] — 140

par le bas, fourrés d'hermines ou de iiieim vair, faits de velours et d'étofïe de soie : « Pour un chaperon pendant, 40 ventres et

« 8 ventres pour pourlllez i » « Pour 120 ventres de menu vair

« à fourrer 2 chaperons pendans, de broderie à perles, pour mes- « dites dames Marie et madame Isabel de France-. » Ils étaient brodés de perles et de figures, le tout d'une excessive richesse : « Pour un chaperon de deux escarlattes% brodé à plusieurs et « divers ouvraiges de perles grosses et menues, fait et délivré pour « ledit seigneur (le Dauphin), et mis en ses garnisons, avec le seur- (( cot prins cy-dessus, c'est assavoir : le champ brodé de 44 arbre- « ciaux à grans touffes de feuillaiges de brodeure, dont les tiges '( sont de grosses perles, à un pymart ^ de broderie d'or nue sur « chascune lige, et le tour dudit cbaperon brodé à une roe d'une « orbevoie à 4 chapiteaux, tout de perles grosses et menues, es « quelx chapiteaux à hommes sauvages de brodeure montez sur (( diverses bestes; et en 'a poitrine, devant, a un chastel de perles « grosses et menues, duquel issent damoiselles montées sur autres « bestes diverses, qui jouslent aus hommes sauvages ; et est le « champ dudit chaperon partout semé et cointé de perles, par « manière de grainnes desdits arbreciaux. Pour l'escarlatte perles,

f< or de Chippre, brodeure et façon, pour tout, o89 1. 16 s. p. ^ »

— « Pour 3 chaperons brodés à perles, l'un du pris de 150 esciiz, « le 2" du pris de 133 escuz, et le tiers du pris de 80 escuz ; pour « tout, escuz pièce à 16 s. p., valeur 290 1. 8 s. p.". »

On sait que les Parisiens adoptèrent, après la bataille de Poitiers, un chaperon mi-partie de drap rouge et pers. A ces chaperons ils ajoutèrent une agrafe d'argent mi-partie vermeil et azur, avec cette devise : « A bonne fin. « Sous ces chaperons, pendant le xiv" siècle, on portait une coilïe, sorte de serre-léte tenant la chevelure enfermée, fort usité parmi les laïques pendant les xni" et xiv« siècles. Notre figure 2 montre, en effet, une coiffe sous le chaperon. Lorsque Charles V reçut à Paris l'empereur Charles de Luxembourg, il mit, en entrant dans la salle, la main à son chaperon comme pour l'ùler;

\ Compte de Geo ff roi de Fleuri (1310).

2 Compte d'Etienne de In Fontaine (13o2).

3 L'escarlatte était un drap d'un prix très-élevé, variant de 10 à ."iO sols l'aiini'. environ un marc d'argent. Le marc d'argent contenait 43 s. 2 d. 2/o parisis.

* Un pivert (oiseau).

^ Com/ite d'Etienne de la Fontaine, V.Y.'yl (voy. Comptes de l'argeiiterie des rois de France au \i\' siècle, puhl. par L. Doui-t d'Arcq, IS'il). fi lijid.

[ CHAPERON

rempereur Ten voulant emp(}clier, le roi lui répondit qu'il voulait K encore lui montrer sa coiiïe ». Ces coifïes étaient de même couleur que le chaperon. En 1411, les Parisiens renouvelèrent la faction des chaperons : « En ce temps prindrent ceulx de Paris « chaperons de drap pers'. » En 1413, on les voulut avoir blancs : « Et en cedit moys de mai print la ville chapperons blancs, et firent « bien faire de trois à quatre mille, et en print le Roy ung, et « Guienne et Berry, et Bourgongne, et avant que la fin du moys « fust, tant en avoit à Paris que tout partout vous ne vissiez gueres <( autres chapperons, et en prindrent hommes d'églises, et femmes <( d'onneur, marchandes qui à tout vendaient les denrées 3. »

Ces chaperons étaient, de fait, une coifi'iire fort gènanle, aussi s'en débarrassait-on souvent. Tant qu'il fallut les dresser sur la tête, si l'on voulait s'en débarrasser, l'économie de cette coifl'urc était naturellement dérangée ; on posait alors le chaperon sur l'épaule ou autour du cou. Même lorsque les chaperons furent montés, c'est-àdire cousus et disposés de manière à èli-e mis et ôtés comme uu

' Journal d\n bourgeois de Paris sous le règne (h' Charles VI [Coll. des mé)n., t. II, \^. «:):!).

" Ibid., \\. (iin.

[ CHASUBLE ] — I4i> —

chapeau, riiabitiide de les poiier sui' l"épaiile se conserva. Mnns- Irelet rapporte (jue, quand le duc de Bourgogne entra dans la ville de Gand, le bâtard d'Armagnac était à cheval, près de lui, « le chaperon sur l'épaule ».

Voici (fig. 11) deux personnages s'accostant, ainsi représentés ^ : « Et fit manière de mettre son chaperon qui sur son épaule

« estoit- » Lorsque le chaperon était posé ainsi, retourné, sur

l'épaule, pour le maintenir, la queue était enroulée autour du cou, ainsi que le fait voir notre figure.

Les gens du parlement, les avocats, les ecclésiastiques, portaient des chaperons fourrés ; aussi les désignait-on ainsi. Quand du Guesclin réclame de Charles V des secours en argent, le roi cherche à lui faire entendre qu'il ne peut lever de grandes sommes dans le royaume sans fouler ses sujets : « Hé sire, reprend du Guesclin, que ne faites « vous saillir ces deniers de ces gros chaperons fourrez, c'est assa- « voir prélats et avocats, qui sont des mangeurs de chrétiens ^ »

Dans les Cent Nouvelles, il est question « d'ung chaperon fourré « du parlement de Paris ^ ». En caaipagne, les hommes d'armes portaient le chaperon en place du heaume ou bacinet, qu'on ne mettait qu'au moment de combattre. Jeanne Darc portait Thabit d'homme et le chaperon déchiqueté ^ C'est sous le règne de Louis XI que celte coitïure cessa d'être portée, si ce n'est par les gens de robe. Sous Charles VIII, les vieilles gens même ne portaient plus le chaperon, qui était remplacé par la coiffe et le chapeau.

CHASUBLE, s. f. Vêtement sacerdotal {casula). C'est, dit Guillaume Durand, la parva casa ^ l'habit fermé auquel les Grecs avaient donné le nom de TrXav/ja. et qui, dans la primitive Église, peut être confondu avec la cape (voy. ce mot). Originairement, en elïet, la chasuble est un vêtement complètement cii'culaire, percé d'un trou au centre, pour passer la tête (fig. 1). Porté, ce vêtement alïectait l'apparence présentée dans la figure 2 de l'article Chape.

Quelques auteurs ont prétendu que la chasulde primitive traînait h terre. Aucun monument ne peut faire admettre cette hypothèse. « Comme une petite maison, elle couvrait entièrement l'homme »,

1 Ms. fies C.hron. de Froissail, xv siècle, Bililiutli. imper., fouds Colbert, u» 8:i23.

- Cent Novv. ?iomd., nouvelle XXXII.

•' Méni. sur Bertr. du Guesclin ÇCol/. des mém., t. I, p. 066). '

'' La Dame à trois maris, nouv. LXVII.

o Jdurnnl d'vn bourgeois de Paris sous Cliarlcs VU [Coll. des mém.. t. 111. p. 264).

6 nationale, lilj. I. vn\\. vu.

Page 1