‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 31 sur 76 · Or k coup, or vous délivrés · texte numérisé non relu

Or k coup, or vous délivrés

" (!ar vos cauches me faull avoir. »

' Manuscr. des Chrou. de Froissarl, xv'^' siècle, lïildiolli. imper.

- Prii;e d'Orange (xii^ siècle).

3 Li Romans de Garni le Loheiain (xiii" siècle).

■' Faites d'étoffe d'Orient. ^Guillaume d'Orange.

'- Ibid.

'' Li Romans de Gnrin le Lolieruin{\\\v' sièile).

" Sous Chiules Vil.

Par force, le compagnon consent à livrer ses chausses, mais il demande à lliomme d'armes, en échange, les siennes :

« L'iinminc armé, sans penser mal,

<( Lui oUria bonnement,

« Disant : Tencs mon cheval.

« A la terre l'omme armé

« S'asist pour soy descaucher ;

« Les cauches dont j'ay parlé,

'I Commencha à reeaucher.

ic Quand l'autre lui vit muchier '

u L'autre jambe, il s'avisa

« Qu'il faisoit bon chevauchier,

« Lors sur le cheval monta.

ce Le conipaignon s'en alla

« Sur le cheval bien montés.

i< L'autre crie : Hola ! hola !

« Tenés vos eauches, tenés !

■ — Certes vous vous abusés ;

" Mes cauches vous duiseut bien (vous vont bien).

» Vous en estes bien parés,

« Mais ce cheval sera mien ^ . »

Cette assez plaisante chanson indique clairement que ces chausses étaient faites comme sont faits nos pantalons à pieds ; c'est quand le compagnon voit que l'homme d'armes a passé une jambe et s'apprête à passer l'autre, qu'il prend son temps pour décamper. Ces chausses rentrent donc dans la forme des braies de la dernière époque du moyen âge (voy. Braies).

On donnait aussi le nom de chausses semelées à des bottes molles qu'on portait pendant le xv^ siècle :

<( Bouuctz coui'tz, chausses somellées <> Taillées chez mon cordoueunier « Pour porter durant ces gellôcs 3. »

Villon parle aussi de ses chausses ou houseaux ne prenant que lu jambe et laissant le pied nu :

Cl Et mes housaulx sans avant picdz ». »

' Muchter, cacher ; s'euteud ici comme passer l'autre jambe.

* Chants histor. et popul. du temps de Charles Vil, publ. \y.\Y M. Le Roux de Liney ; Aubry, 1837.

3 Villon, Petit Testament, xxi.

* lùid., XXIV.

— 155 — [ CHAUSSUIŒ ]

Et ailleurs :

<i Ce dont ou rouvre mol et grève. . . ' . . . . »

c"esl-cà-dire le vêtement qui couvre les mollets et le tibia ; ce sont des chausses comme celles représentées en B dans la figure 4.

Les femmes portaient des chausses comme les hommes ; mais ce n'étaient que des bas longs attachés avec des jarretières : « Pour (< 6 aunes de pers, délivré celui jour à Jehan le Bourguignon, pour « faire chances à la Royne et pour ses llUes, 128 s. pour aune, vallent « 81. 8 s. '. ') — « Pour 8 aunes d'un pers azuré de Broisselles, à « doubler ledit fons de cuve et faire chances pour ladicle dame, (( 191. 4 s. ^ »

A la fin du xV' siècle, les textes des inventaires distinguent le haiit-de-chausses du bas-de-chimsses : « Demie aune escarlate de « Fleurance... pour faire ung bas de chausses pour rattacher à ung '< hault de chausses mv-parties de salin blanc et tanné, bandées de « drap d'or raz tanné *. » Alors, en effet, les hommes portaient des chausses semblables à nos très-longs bas, collants par conséquent, qui s'attachaient au haul-de-chausses, lequel ne descendait que jusqu'au milieu des cuisses et qui était fixé par des aiguillettes au pourpoint.

« Lors commença le monde attacher les chausses au pourpoinct, « et non le pourpoinct aux chausses ; car c'est chose contre nature, ft comme amplement ha déclairé Ockam sur les exponibles de « M. Haulte (Ihaussade ^ »

CHAUSSURE, s. f. {cauces , cordoan, suière , soliers, huesels , houzeaux, estiivaux, galoches, cherboles). Nous comprenons dans le même article les divers genres de chaussures, d'autant qu'il est difficile de les distinguer sur leurs noms propres, et que plusieurs ont un caractère mixte. Des cippes funéraires de l'époque galloromaine nous montrent des personnages chaussés de souliers lacés ou attachés par une boucle sur le cou-de-pied. La caliga, sorte de sandale recouverte, attachée à la jambe au moyen de courroies, était la chaussure habituelle des Gaulois et de quehjues peuples de la

' F. Villuu, /e Grand Textdiufjtt, \c\.

- Conifiiede Geo/froide Fleuri, 131 G.

■' Dép. du mariage de Blanche de Bourbon (mariée à Pierre le Cruel).

■• invent, de 1490.

" Gargantua, v\va\). viii.

[ cnAissi'RE ] — io6 ~

Gorinanie. Cette chaussure ne laissait pas les doigts des pieds libres ; mais ouverte sur le cou-de-pied, elle était attachée par des courroies croisées autour de la cheville et de la partie inférieure du mollet. Les tribus germaniques qui envahirent la Gaule au v* siècle portaient la chaussure fermée et lacée à la manière des peuples du Nord', et aussi faite de morceaux de peau fixés à la cheville avec des bandelettes. Au ix" siècle, nous voyons que les paysans de la Gaule n'avaient pas sensiblement modifié Tantique chaussure qui

Ji.%t.

ressemblait assez aux espardilles de nos populations des Pyrénées (fig. 1) 2. Ces chaussures consistaient en une semelle de cuir ou de jonc, à laquelle était attachée une empeigne de peau ou de grosse toile avec des lanières qui bridaient le cou- de-pied et renforçaient les parties latérales. Des jambières de grosse laine ou de peau protégeaient le bas de la jambe. Les souliers des nobles, représentés sur les manuscrits carlovingiens, se composent d'une empeigne trèscouverte avec patte , d'un quartier avec pattes à coulisses pour passer une bandelette qui se nouait devant la patte de l'empeigne (fig. 2) ^ Ces chaussures étaient faites de peau souple recouverte

' Chaussures (l(''couvertes dans des tourbières de la Soniine. ^ Pasteur. Prophet. (Bibliotli. impôr.. mss. d» 434, ix' siècle).

3 Bible de Charles le Chauve, Bibl. imprr. Voy. aussi les chaussures dites de Charleniagnc, conservi^es au tn'^sor impér. de Vienne et reproduites dans l'ouvrage de Willemin.

r CHAUSSIRE ]

d'une étoffe de soie brodée de perles et enrichie parfois de pierres fines. Pendant le xi^ siècle, nous voyons les hommes nobles porter

£.cû/ii/'M;!ar.

des souliers sans attaches, assez hauts du quartier (fig. 3] i. Les gens du peuple portent des sandales ou des chausses courtes, ou sont représentés nu-pieds. Un peu plus tard, les campagnards por-

lent des chausses sans pieds, avec souliers attachés par un bouton ou une boucle (fig. 4, en A), ou des bas de chausseg avec des babouches (voy. en B) -. Alors les souliers des personnages nobles

' Bas-relief du tyinpau de la porto priacipale de l'c'glise abbaliale de Vézclay (tiii du XI" siècle).

- Manuscr. de Herrade de LandsbL'ri,', hihliolli. do Strasbourg (xii» sièele).

[ CIIAUSSIIKE ] — 158 —

adoptent des formes variées ; les uns, semblables au soulier repré-

G-tA'.'Af

sente ligure 3, sont fort ricberaenl ornés de perles, de passementeries

et de pierres fines (fig. o) ' ; d'autres possèdent une baute patte au

' Jîanuscr. de Hcirade de I.andsberg, Lihlioth. de Strasboiirï! (xii' siècle).

lo9 —

[ CHAL'SSLIŒ ]

talon (fig. 6)', ([ui facilite rinlrodiiction du pied ; quelques-uns sont pointus à leur extrémité antérieure et découverts sur le cou-de-pied ; plusieurs sont garnis de bandelettes qui s'enroulent autour du bas de la jambe ; d'autres encore ressemblent à des chaussettes courtes

avec un crevé sur le haut du cou-de-pied. A cette époque, les religieux portaient encore des sandales (fig. 7) -, avec pièce de talon dans laquelle s'engageait à coulisse la courroie , qui était nouée sur le haut du cou-de-pied.

Les chefs francs qui envahirent les Gaules étaient chaussés de brodequins lacés se terminant en pointe.

C'était, dès le vi« siècle, une marque de noblesse pour les hommes comme pour les femmes, de porter des chaussures élégantes. Ces chaussures étaient faites de peau tannée teinte, souvent brodées et ornées de perles. Il était d'usage, chez les Francs, de baiser la jambe et le pied du chef lorsqu'on lui adressait une demande, qu'on implorait une grâce, et cet usage se perpétua jusqu'au commencement du xnr siècle :

« Où que li dus le voit, au piez li est aulez-* 1! Le pié li a baisié. la janihi" et lou sole '►. »

« Por nous vous mandent salus et aniistiés,

" Et si vous mandent que venrout cortoiier,

« Serviront vous de gré et volentiers

i< Et baiseront vos cordewan eaucier^. »

' Mus6c de Toulouse, siuliil. de la première moitié du xiic siècle. 2 Ibid.

•' A SCS pieds s'est jeté.

• La chaiisoji de l''louuant, vers 11:2 [Les anciens poètes de France, publ. s:ius la fiirectiou de M. Guessard).

■• Chanson de Iluon de Bordeaux, vers i:i4 et suiv.

[ CllALSSLIŒ ] — 160 —

Le luxe des chaussures ne fit que se développer, si Lien qu'au x*" siècle, sainl Odoy accuse les moines de l'abbaye de Sainl-Marlin de Tours de porter des souliers azurés ou verts '. Cependant le peuple continuait à faire usage de l'ancienne chaussure en façon de bottes courtes ou de souliers attachés avec des courroies, et dont la semelle de cuir épais ou de bois était garnie de clous. Les sculptures et peintures du xn'' siècle montrent assez que les chaussures de cette époque, pour les hommes et les femmes, étaient faites d'étoiïes ou de cuirs brodés de diverses couleurs, et d'une excessive richesse. Ces raffinements d'élégance ne pouvant pas être surpassés, la mode des bandelettes faites de galons précieux enroulés autour de la jambe reprit, et se perpétua même pendant les premières années du xm"" siècle, ainsi que le prouve le passage suivant :

<c Et si ert bel chauciés assés.

<i Car il avoil chaucicrs frétés; « Si avoit chances detranciés « Asscs bien s:5anmeut chauciés '. "

Celle mode des chaussures avec bandelettes fut abandonnée de nouveau dès le commencement du règne de saint Louis, pour ne plus reparaître. On revint aux souliers attachés avec des boucles ou des cordons et faits de cuirs colorés ou d'étoffes tissées d'or, de couleur ou brodées. Ces souliers étaient généralement découverts sur le cou-de-pied :

« Si fil imilt coiuteiueut caucics, « Com bons jolis et envoisiés, « D'uuc cauccs bien enlaillies.

« De neir et île vernicl biies^. »

Et plus loin il s'agit d'Amadas vêtu de neuf :

<■ r.arinès Ta imilt bleu caucié

« D'unes cauces bien decaupécs.

« De noir et de verniel bendées,

(. Mult bien séantes a sou voel *. »

Ces souliers étaient donc de diverses couleurs ; on leur donnait

' Voyez ['Histoire de lu chaussure, \yàv MM. P. Lacroix. A. Ducliesue, et Ferd. Seré. Paris, 1852.

= Le Lai du trot, y. 36 et suiv. L'expression chauciés frétés ne peut laisser de doutes, et ne peut s'entendre que comme chaussures avec bandelettes croisées.

;* t.i Romans d'Amadas et Ydoine, vers 1639.

♦ lOid., vers liltiS et suiv.

— 161 — [ CIIALSSUHE ]

les noms de soliers s'ils étaient fabriqués d'étoffe, et de cordoans ' s'ils étaient faits de peau. La ville de Lyon était renommée pour la broderie des souliers d'étoffe :

i< Le iiKitiu te doiir;ii iiu lieriiiiii |ielii;on,

» Uues eauees de paile, soliers pointz a Liou - »

Vers 1240, les souliers des gentilshommes prenaient exactement la forme du pied (lig. 8) ^ ; ils étaient souples, attachés par une boucle au-dessus du cou-de-pied ou pai- un bouton. Mais vers l;2oO

celle forme ne parut plus assez élégante; de plus, on prétendit accuser d'une manière plus fi'anche encore la forme du pied. Il y eut alors dans la mode des vêtements, comme dans la façon des meubles et jiiscpae dans l'architecture, une tendance très-marquée des esprits vers l'expression rigoureusement vraie des besoins tels que la société les comprenait. C'est alors que l'architecture abandonne complètement les dernières traditions byzantines pour s'en tenir à ce que commandent les programmes, les matériaux, les lois de la statique et de l'équiUbre ; que les meubles affectent les formes voulues par l'usage auquel ils étaient destinés, sans plus tenir compte des influences oi-ientales qui, pendant tout le cours du xii^ siècle, s'imposaient à toutes les industries comme aux modes. Et puisqu'il s'agit de chaussures, c'est le pied qui commande exactement la forme qu'on leur donne. En etfet, voici (lig. 9j la trace d'un pied sur le sol, la semelle circonscrit exactement la surface occupée par la plante ; mais, pour ne pas fatiguer par la pression l'exlrémité des

l Covdoan, cordotn, cuvdiun, covdebisus, corduhan, souliers t'iiils île iie;iii île ilir\i-e priiparcc origiuaircincut a Cordoiie. On en fabriqnait bcaiieouj) en l'roveuee. De ee mot on fit cordonnier . corduhanicr. (:ourdoe7micr, et ent'n cordonnier.

* Li [îu^nons de l'nrise ia duchesse (xiii'' siècle).

■* l)es loinlieaiix de Sain! hriiis, ret'ails sous saint l.oi.is.

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