I. Et chemise gascorte et lée (> De lin menueinent ridée
Ces chemises étaient encore portées longues par les femmes à la fin du xni" siècle, ainsi que l'indiquent les vers ci-dessous :
«■ Tu passas devant son lit, « Si soulevas ton train' " Et ton peliçon ermin^, « La ceniisse de blanc lin Tant que ta ganibete vis.
" Garis fu li pèlerins 9. »
' Voy. Legrand d'Aussy, Contes, t. I. p. 136.
- Lai del désiré, vers 97 .
3 Roman des aventures de Fiégi/s.
'* Extraits de Dolopatlios d'Heriers[\\\i^ siècle).
2 Vers 3466 et suiv .
6 Vers 40.
" La partie traînante de la robe de dessus, la queue du bliaul.
•* Doublé d'hermine.
9 Conte d'Aucasin et Nicokie, manuscr. u° 'd?9, Biblioth. impi'r.
— JTo - [ CHEMISE ]
La figure 1 donne le haut d'une chemise i\i dame noble du xir siècle'. Le col, tout formé de pelits plis, est attaché par un bouton ; les manches, étroites au poignet, sont gaufrées d'après un procédé bien connu des blanchisseuses de fin. encore aujourd'hui. C'est sur cette chemise qu'on mettait le bliaut, et habituellement une première robe sous celui-ci.
£.CaiLLf\LMOr.
Les hommes nobles portaient, ainsi que nous l'avons vu, des chemises à petits plis sous la robe ou le bliaut, et même, quand il faisait très-chaud, directement sous le manteau; ces chemises étaient des tuniques ne descendant que jusqu'aux genoux et à manches assez justes (lig. 2j-. Les dames ne dédaignaient pas de tailler et coudre des chemises pour leurs maris ou leurs amants. Quand Ydoine guérit son ami Amadas de sa folie, elle se plaît à le vêtir de beaux habits :
" C.cniisL' cl braies lihmces a,
" OirY(li)iiin oousi cl tailla,
(1 De blanc caiusil liii'ii ilcliic-'*. »
Vers la lin du \\\" siècle, le nom de chemise est remplacé habi-
' statues du portail Hoyai de la cathédrale de Chartres (xii= siècle). ' Vitrail de la cathédrale de Chartres : Ilaptr'aie du Cluisl (xiii" siècle). ^ Li Horuans il' Amadas et Ydoine, vers ;i76.'i et suiv.
luellement par celui de robcs-lniges. On en l'aisuil de drap, pendant le xV siècle, pour la nuit.
On donnait le nom de doubles ou doublez à des sortes de chemises ou de robes de dessous faites d'étotîe mise en double (voy. ce mot).
COIFFE, s. f. Bonnet de toile, de laine ou de soie, juste à la tête, que les hommes nobles et les riches bourgeois portaient sous le chaperon, et les gens d'armes sous le heaume (voy. Cuapeuois). Les
gens de métiers, les artisans, dès la lin du xn" siècle el pendant le cours du xni", portaient une coiffe de toile ou de laine, suivant la saison, qui enserrait les cheveux, couvrait les oreilles el s'attachait sous le menton (fig. 1). Ce genre de coiffure est adopté par tous les hommes de la classe inférieui'e occupés de travaux manuels. Les
— 177 — [ COIFFE j
petits marcliands, les artisans, les ouvriers sont constamment représentés coiffés de cette façon, de 1220 à 1270.
La coifïe que les personnes d'un rang élevé portaient sous le chaperon, de 4300 à 1460, n'était qu'un serre-téle, une calotte très-juste, mais ijui ne s'attachait pas habituellement sous le menton. Cependant on voit, au moment où Ton commence à adopter le
chaperon, que la coiffe attachée sous le menton est portée sous ce chaperon '. La figure 2 nous montre une coiffe en forme de calotte, ainsi que les enfants et les très-jeunes hommes la portaient pendant le cours du xiii^ siècle et le commencement du xiv" 2. Les coilfes que l'on portait sous le chaperon étaient de la même couleur que celui-ci.
La coiffe que la sage-femme posait, à l'église, sur la tête de l'enfant, après le baptême, avait nom cresmeau : « Item, la sage-femme « et la marainne doibvent venir à l'église avec la demoiselle servante « de Dame, et doibt la sage-femme porter le cresmeau \ »
Les femmes portaient des coiffes alors que la mode était de cacher entièrement les cheveux sous des coiffures montées, c'està-dire au commencement du xv" siècle. Ces coiffes étaient parfois de véritables serre-tête, qui enveloppaient complètement la chevelure (voy. Con^'FURE).
Il n'est question de calottes régulièrement portées par les ecclésiastiques, pendant les offices, qu'en 1377, et encore faut-il que ces ecclésiastiques ne soient point revêtus du surplis ', ou qu'ils ne soient pas occupés aux fonctions de leur ministère.
' Voy. {ÎHAPKnoN, fig. 2.
' Des chapiteaux du cloître de Saiut- Ti'oiiliiine d'Arle> (tin du xiii'" siècle).
^ Alicror de l'oicliers, les Honneurs de la cour, lî29.
♦ Statuts syuod. du diocèse de Poiliers, l.'m.
COIFFURE, s. f. Nous comprenons dans cet article tout ce qui concerne l'arrangement des cheveux et de la barbe, ainsi que les ornements dont on les couvre ; les articles Aumusse, Chapeau, Chapef{0>-, Coiffe, traitant des vêtements de tête qui ont un caractère d'utilité. Nous n'entreprendrons pas de discuter sur les modes diverses qui lurent en usage dans les Gaules au moment de l'invasion des peuplades germaniques, relativement à la manière de porter les cheveux, de les teindre et de les nourrir. Les races aryennes étaient renommées, de toute antiquité, pour la beauté de leurs longues chevelures blondes ; et les poètes ont donné à la plupart des divinités de l'Olympe grec des cheveux blonds. A Rome, les chevelures des Germains étaient vendues aux élégantes pour parer leurs têtes, et, cà défaut de faux cheveux, les dames teignaient ou poudraient ceux que la nature leur avait donnés, pour en dissimuler la couleur sombre. Pendant le moyen âge, la couleur blonde des cheveux est considérée comme la seule qui puisse accompagner un beau visage, et il faut dire que les races conquérantes des Gaules qui composèrent la caste noble étaient renommées par l'abondance et la couleur fauve de leur chevelure. Les chefs francs portaient les cheveux longs ; c'était un signe de noblesse, une marque du rang qu'ils occupaient ; ils les entretenaient avec grand soin et les laissaient tomber naturellement sur les épaules. Grégoire de Tours dit * « que les Francs, « ayant traversé le Rhin, passèrent dans la Thuringe, et là, dans les « districts ou les cités, ils se donnèrent des rois chevelus {reges « crinitos) pris dans la première et, si je puis parler ainsi, dans la « plus noble de leurs familles {nobiiiori suorum familia) ; ce que « prouvèrent plus tard les victoires de Clovis, que nous raconterons « bientôt. » Cet usage de porter les cheveux longs se conserva longtemps chez les hommes de race noble : les laisser en désordre était un signe de deuil ; les couper, la plus grande marque d'humihté et une sorte de dégradation. En effet, lorsque Clovis eut vaincu Cbararic, qui régnait à Térouanne, il le lit tondre, lui et son fils. Or, comme Chararic se plaignait de son humiliation et pleurait, son fils lui dit : « Ces branches ont été coupées sur un arbre vert, et ne <> sont pas entièrement desséchées ; bientôt elles repousseront et - grandiront de nouveau. Plaise à Dieu que celui qui a fait tout cela « meure aussi promptement ! » Ce propos ayant été rapporté à Clovis, il le prit pour une menace, il ht trancher la tête aux deux princes -.
' Lil). 11, cui). IX, traïu'èâ Sulpicc Aloxamlrc et d'aiilrcs autuurs. ' Greg. Tiiron. Hisl. Franc, lih. H, cap. xli.
La tonsure était, sous les Mérovingiens, une marque de servitude, et en se faisant raser tout ou partie des cheveux, ceux qui entraient dans les ordres se rendaient ainsi serfs de Dieu. Lorsqu'un homme libre était obligé de vendre sa liberté, — si, par exemple, il ne pouvait payer ses créanciers, — comme marque de sa déchéance on lui coupait les cheveux.
Le soin que les conquérants des Gaules avaient de leur chevelure, la vanité qu'ils tiraient de cet agrément, ne pouvaient guère s'accorder avec les idées que le clergé attachait aux avantages corporels. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, les Pères, les conciles, les évoques prétendirent réagir contre les habitudes païennes ; et l'on sait quels raftlnements les Romains et les dames romaines apportaient dans l'art de se coitTer. Déjà, au v siècle, Synésius, évêque de Ptolémaïs, s'était élevé avec une violence extrême contre les longues chevelures que portaient les hommes de son temps. « Ceux-ci, dit-il, qui ont soin de leurs chevelures, sont des adultères, « desefféminés, des victimes de l'incontinence.» Tertullien n'est guère moins sévère à l'endroit des personnes qui teignent leurs cheveux, qui s'en parent avec ostentation. Le concile de Constantinople, en 692, excommunia ceux qui ont des cheA^eux frisés par artifice ; saint Clément d'Alexandrie, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysoslome condamnent les chevelures longues et frisées. Les évéques de l'Occident ne se firent pas moins les censeurs de la parure des cheveux et des fausses chevelures. Il ne paraît pas que les épigrammes, les censures, les admonestations, les exhortations et les menaces aient empêché les hommes et les femmes qui vivaient dans ce siècle de se parer de leurs cheveux naturels, de les poudrer d'or, de les teindre, de les natter, de les friser, et au besoin de suppléer par de faux cheveux à ceux qui leur manquaient. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, la mode était plus forte que les censures dès les premiers siècles du christianisme. Nous prenons donc acte des protestations du clergé, en reconnaissant qu'elles ne furent alors d'aucun etïet, et que la coiffure, parmi les laïques, principalement dans les classes élevées, fut, dès l'époque mérovingienne, une des parties les plus importantes de la parure des deux sexes. Bon nombre de personnes se figurent volontiers que les hls de ces leudes francs, dont les mœurs étaient, en bien des points, si voisines de la barbarie, étaient vêtus comme des sauvages et n'avaient que peu de soins de leurs parures. C'est là un de ces préjugés qu'on entretient chez nous sur le moyen âge, préjugés démentis par les textes. Mais sans remonter aux Mérovingiens, ce qui serait sortir des limilos de cet
f COIFFURE ] — ISO —
ouvrage, il est certain que, sous les Caiiovingiens, la coiffure était pour les deux sexes une affaire essentielle. Les monuments de cette époque, manuscrits, bas-reliefs, nous montrent les hommes et les femmes de condition noble avec des cheveux longs, tombant derrière les épaules et laissant les oreilles libres. Les cheveux, divisés en deux parts sur le haut du front, sont parfois maintenus par un cercle. Ceux des hommes descendent un peu au-dessous des épaules; ceux des femmes, jusqu'à la hauteur des reins, frisés ou plutôt ondes sur les tempes. Alors, du w" au x° siècle, les laïques ne portaient pas la barbe, et les clercs, auxquels il avait été interdit jusqu'alors de la laisser croître, commencèrent à la porter courte. A la fin du x" siècle, les hommes ne portaient plus les cheveux longs mais coupés à la hauteur du milieu des oreilles et tombant régulièrement autour du crâne (fig. 1) '. Avec les cheveux ainsi disposés.
la barbe était taillée assez court, quelquefois en pointe. Les Normands, au moment où ils commencèrent à s'établir sur le sol des Gaules, ne portaient que les moustaches et se rasaient le menton ; leurs cheveux étaient courts et ne descendaient que jusqu'à la nuque. Vers la fin du x" siècle, les laïques, en France, reprennent la barbe, mais pointue et séparée des moustaches, qui sont coupées carrément. Les Normands, sous Guillaume le Bâtard, ne portaient point les moustaches, et quand ce prince eut conquis l'Angleterre, il obligea ses nouveaux sujets à couper les leurs, car les Saxons les laissaient croître, et ne suivaient pas en cela la mode des Normands. Grégoire VII envoya aux évoques des ordres sévères pour qu'ils eussent à faire couper la barbe des clercs dans leurs diocèses ; car, malgré les canons, tout le clergé portait de nouveau la barbe dans l'Occi-
1 Panneau d'uno rouverturo de livre (ivoire), Biblioth. iiiipér.
dent. Au commencement du xii" siècle, les hommes, en France, portaient la barbe longue, divisée en deux pointes, les moustaches distinctes de la barbe et de même terminées en pointe. Les cheveux étaient longs, tombant sur les oreilles et derrière le cou. La figure 1 bis explique cette mode i. Alors les hommes tenaient à avoir le front dégagé et avaient grand soin de séparer les cheveux
par une raie au milieu du crâne. Ces barbes en mèches pointues demandaient à être cultivées avec soin ; pour obtenir ce résultat, on les enfermait la nuit dans des sacs avec certains onguents, afin de les rendre douces et soyeuses. Les moustaches s'appelaient fjuernon au xu' siècle, ou grignon au xni*' siècle :
« N'ert mie cliovalicr, encore ert valcton,
" N'aveit encore en vis ne barbe ne gueruon -. ■>
« Guillaunu' b)l. si laint comme charbon, '( De maniaient a froncé le grignon ^. »
Les romans qui datent du commencement du xmT siècle, rap-
' D'un chapiteau île la porte occidentale de l'église abbatiale de Vczelay. La tête est coiffée d'une aumnsse légère.
2 Roman de Hou, vers 3817 et suiv. (xn« siècle). ^ Roman de la violette, vers 1421 et suiv. (xiri'' siècle).
pellclU la coiUuine chez les nobles, au xii" siècle, de prendre grand soin non-seulemenl de la barbe, mais des cheveux :
i< Desor son pis gisoit sa géant barbe florie, .. Diisque vers le braiol blance cou flor uegie. " Par derrier ses espaulles est sa criue vergie, » A .III. fie\ d'ormier galoace et trenchée, 'I A botons jaffarins l'avoit estroit ploie ; (. Li chapiax de son ebief valoit tote Pavie ' .
Ainsi des fils d'or et des boutons ornés de pierreries étaient tressés avec la chevelure des hommes nobles, lorsqu'ils présidaient quelque solennité.
Dans les bas-reliefs de la nef de Vézelay (1100), les personnages couronnés sont cependant représentés imberbes, ce qui ferait supposer qu'alors, dans cette partie de la France, c'était une marque de suzeraineté d'avoir les cheveux longs et la barbe rasée.
Quelques commentateurs admettent que le mot guernon doit s'entendre comme cheveux des tempes, et en effet, dans la chanson de Gui de Bourgogne, on lit ces vers :
« Dus Naimes de Baiviere au est saillis au pies ;
« Son mante! lest chaoir, qu'est a or entailliés,
" Sa barbe li baloie juse'au neu du braier,
« Par desour les oreilles ot les guernons treciôs,
■> Derier el baterel - gentemeut atacliiés ;
i> Mult ressemble bien prince qui terre ait a bailler s. .,
Et plus loin :
« Sa barbe li baloie juse'au ueu du braier.
" Par desus les oreilles ot les grenons treciez '*. »
D'après ces derniers textes, qui datent de la seconde moitié du XII* siècle, on doit admettre que les guernons sont des mèches de cheveux partant des tempes, tressées et passant dessous ou dessus les oreilles, pour s'attacher derrière le cou, par-dessus la masse de cheveux couvrant la nuque et les épaules. Il n'était guère possible de tresser les moustaches et de les attacher de cette façon. Alors,
' La Conquête de Jérusalem, chant VI, vers u6"G et suiv.. composée par le pèlerin Richard et rcnouv. par Graiudor de Douai, publ. par C. Hippeau. - Hatcre/, chignon du cou.
^ Gui (le Bowf/ogtip, vers li!7 et suiv. i l/jicL, vers 1S39,
c"esl-à-dire de 1140 à 1170 environ, ainsi que le conslalent les sculptures des cathédrales de Paris, de Chartres , de Senlis et de beaucoup d'autres édifices, les hommes portaient la barbe trèslongue, soigneusement ondée et divisée par mèches ; les moustaches distinctes ; les cheveux également très-longs, divisés en deux parts, recouvrant une partie du front et tombant derrière les épaules.
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E.LVILLRmOT.
Outre le cercle qui maintient les cheveux sur le sommet de la tête et les empêche de tomber sur les yeux, on voit en elïet, comme l'indiquent les passages précédents , dans des sculptures de cette époque, les cheveux des tempes nattés, passant sur les oreilles, attachés par derrière et maintenant ainsi la masse capillaire postérieure (llg. 1 Ur.). Toutefois cette dernière disposition est rare, et
il fallait, en effet, avoir une terrible chevelure pour adopter cette coiffure que les poëtes de la fin du xn« siècle et du commencement (lu Mil' prêtent à Cliarlemagne, au vieux duc Naimes, le Nestor des romans carlovingiens.
Mais, avant de passer outre , parlons des coiffures des femmes. Celles-ci, dès le ix" siècle, portaient souvent de longs voiles, cachant
entièrement les cheveux et tombant sur les épaules. Celte parure semble avoir été spécialement affectée aux dames nobles. Voici (Qg. 2) * une représentation de cette coiffure que nous avons cru devoir traduire pour l'intelligence du vêtement par la figure 3. Sur le voile qui lui enveloppe complètement les cheveux, celte femme porte une couronne d'orfèvrerie , et une large agrafe circulaire retient les bords du voile, qui était rond et fait d"étoffe de lin très-fine.
Au xi° siècle, les voiles des personnages nobles n'enveloppent plus la tête et ne font que couvrir le derrière du cou, les deux côtés
1 Ms. (les Prophéties, liibliolh. inipér.. fonds Sainl-Gerniaiu, ii" 434 (ixe siècle).
des tempes, en tombant sur les épaules ; ils laissent voir les cheveux en bandeaux et s'échappant eu longues mèches ondées sur les reins.
Avec le xn' siècle la parure des femmes subit de véritables changements. Les rappoi'ts fréquents que l'Occident eut alors, nonseulement avec Constantinople, mais avec la Syrie, l'Egypte, la Vénélie, la Grèce, eurent sur les modes une iniluence considérable.
Ce n'étaient pas seulement des soldats qui alors se transportaient en Syrie, mais des artisans, des familles entières. Les femmes étaient très-nombreuses dans les armées des premiers croisés ; cl, lors(|ue leurs chefs se furent établis à Anlioche, à Jérusalem, la plupart y firent venir leurs femmes. 11 n'est donc pas surprenant que celles-ci aient pris aux Byzantins et même aux Arabes quehiues-unes de leurs parures, et surtout ces belles étoiïes qu'on fabriquait à Damas, à Bagdad et à Constantinople même. C'est alors, en effet, que la mode des vêlements longs, faits d'élolfcs souples, légères et crêpées, des
[ COIFITHE ] — 186 —
longues manches, des coiffures ornées d'or, s'empara de toutes les classes élevées :
« Vcstiic fu d'une porprc rocc,
'( Sa criiie rrespe fu à or galouéc '. »
Et encore lit-on ces vers dans un roman du milieu du xm*" siècle :
« Et ele iL'ii loule desliée
« Et s'estoit d'un lil d'ôi' trcsciéc
<(■ Mes si bel crin jilus reluisoieut
K Que li ors dout trecié estoient
« Car il estoient crespé et tor,
« En son chicf ot .i. cercle d'or,
« Pierres précieuses et cliierres,
" A flors de diverses maiueres-. »
De 1130 à 1140, les femmes nobles séparaient leurs cheveux en deux grosses nattes qui tombaient devant les épaules (tig. 4)^ ou bien, formant de chacune de ces deux parts deux longues mèches, elles les réunissaient au moyen de bandelettes de soie ou de tissu d'or (fig. o)\ Nous avons donné cette toilette entière, afin de faire mieux voir comment la coiffure s'hai'monisait avec l'ensemble du vêtement. Ici les cheveux sont recouverts d'un petit voile rond qui cache leur séparation sur la nuque. Le bliaut (voy. ce mot) est fait d'étotïes gaufrées et crêpées ; le manteau est une cape demi-ronde. Voici (fig. 6) comment les bandelettes réunissaient les longues mèches de la chevelure, passant successivement (voy. en A) en dehors des deux mèches, puis entre les deux. Ces coitïures devaient demander beaucoup de temps et beaucoup de soin, aussi n'étaient-elles adoptées que par les femmes nobles, auxquelles alors les loisirs ne manquaient pas. De beaux cheveux blonds ainsi entrelacés de bandelettes d'or et de soie, tombant jusqu'aux genoux et détachant leurs tons fauves sur les étoffes fines et crèpelées du bliaut, souvent transparent, bordant le manteau fait de ces belles soieries d'Orient aux vives couleurs, se mèliint à l'éclat des pierreries de l'agrafe et de la ceinture, surmontés d'un très-léger voile de lin et d'une couronne d'orfèvrerie, devaient, certes, composer une belle parure. A la même époque, les hommes nobles portaient, ainsi que nous l'avons dit
' Guillaume d Orange, chansons de geste des xi" et xii^ siècles, publ. par M. \V. J. A. Jonckbloet (Paris, 1854) : la Bataille d'Aleschans, vers 3103 et suiv.
= Extraits de Dolopathos, d'Herbers.
■i Du portail occidental de la ('athédralc de Chartres.
* Figure du portail de Notre-Dame de Corbcil, aujourd'hui déposée dans l'église abb:ilialc de Saiut-Denis.
plus haut, les cheveux longs, laissanl hahiluellement voir les oreilles et tombant en pointe derrière la nuque ; la barbe, frisée, entretenue
lu
■ i(Qio".,y)f{
avec beaucoup de soin, ne descendait qu'exceptionnellement audessous du cou (fig. 7)'. Les bourgeois portaient également la barbe,
Sliitucs (lu jioihiil occidcnhil tli' hi lallR'drjilo de Charlrc:
mais les cheveux moins longs. Quant aux artisans, ils ne portaient pas la barbe et tenaient leurs cheveux assez courts •.
Cependant, ainsi que le montre la figure 1 ter, il était admis que
' Voyez les mss. du xn^ siècle, et notamment celui de Hcrrade de Landsberg. bihlioth. de Strasbourg. — Voyez aussi les bas-reliefs de cette époque : Chartres, Paris, Saint-Loup de Naud, etc.
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