‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 36 sur 76 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

Coiffure^ fig. 5.

Hi

COIFFUllE hV. I>AMI' iNOIîM: (\ii» siècle).

Cn. nofîiMANN, éditeur.

Inip. MoTTEnoz cl Martinet

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des personnages nobles et vénérables laissaient croître entièrement leur barbe, mais ce n'était pas là une coilTure qui pût convenir aux

hommes jeunes. Ceux-ci portaient les moustaches coupées carrément, la barbe en mèches soigneusement séparées et formant des

pointes se touchant ou se croisant; les cheveux coupés court souvent au-dessus du front, et tombant en longues mèches derrière les

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oreilles et le cou. La figure 8, qui reproduit une sculpture de cette époque (1160 à 1170)', explique cette mode bizarre.

Jusqu'alors, il était d'usage de jurer par sa barbe, et les poëmes de la fin du XII'' siècle mentionnent encore celle ancienne coulume des Francs. Dans la Chanson de Huon de Bordeaux, Charlemagne s'exprime ainsi, lorsqu'il prétend faire un serment :

<> Et par la barbe qui me peut sor le pis 2. »

Ces longues barbes étaient gênantes lorsqu'on s'armait ; on les passait sous le heaume, et elles tombaient devant la rentaille du baubert :

u La barbe ot longe d'esc'au ueu del baudré,

>. Qui li pendoit desous l'eline jesmé ;

« Sous le ventaille de haiiberc l'ol jeté '■'. "

Dès l'origine du christianisme, le clergé s'éleva toujours contre l'iiabitude de porter des cheveux longs, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et lui-même donnait l'exemple en se coupant les cheveux en couronne au-dessus des oreilles et se faisant raser le sommet du crâne.

A cette coulume il y eut cependant des exceptions, puisque les conciles interviennent parfois pour censurer les longues chevelures. En 1191, le concile de Toulouse déclare que tout clerc qui porterait les cheveux longs serait privé de la communion jusqu'cà ce qu'il eût fait couper sa chevelure. En 1198, le concile d'York déclare vacanls les bénéfices de ceux, parmi les clercs, qui s'obstineraient à ne porter plus la couronne et la tonsure. Quant à la barbe, les religieux réguliers, comme le clergé, la portaient pendant le xn° siècle.

La barbe était considérée si bien comme un signe de noblesse, qu'on ne pouvait faire un plus grand afl'ront à un homme libre que de la lui couper. Le poëme de Floorant ^ part de cette donnée. Clovis a quatre fils; il confie Floovant, l'aîné, à son sénéchal, duc de Bourgogne, pour lui apprendre à manier les armes. Le sénéchal emmène le jeune prince à son hôtel, le fait bien manger ; après quoi tous deux vont se promener au verger, et s'asseyent côte à côte sur l'herbe. Bientôt le duc s'endort « qui fu viaux et penez » :

<( n ol blainche la barbe jusque au ueu dou baudré. »

' Des chapiteaux de Thûtel de ville de Saint-Autoniu (11*0 environ). 2 Chanson de Huon de Bordeaux, vers 1050.

s Chanson de Huon de Bordeaux, vers SO.jI et suiv. (voyez la partie des Armes). ♦ Écrit au commencement du règne de Philippe-Auguste, si l'on s'en rapporte auN descriptions des mœurs, des vêtements des usages.

Ici l'auleur nous apprend qu'alors' tous les prud'hommes étaient barbus, clercs et laïques, ainsi que les prêtres tonsurés :

« Et quanl (li uns cstoit) aporcéuz d'anibler-, " Doncques li fagoil l'en les grenous à ouster <( Et trestoz les forçons de la barbe couper ^ ; " Lores estoit hontous, bonis et vorgondez » Si qu'il ni' parousoit entre gantz rouverser, " Et quant il cstoit pris, a mort cstoit livrez '. »

Donc, le sénéchal dort, Tenfanl le regarde. Il épluchait une pomme sur le pré, d'un couteau (lu'il tenait à la main :

a Dou coutcl ai la barbe a son niaitre copc. »

Le duc s'éveille; voyant ses grenons et sa barbe coupés, et l'enfant tenant encore son couteau affilé, il s'emporte :

(c Et par .1. soûl petit qui ue l'an a tue. »

« Maudite soit l'heure où vous avez été engendré, damoiseau, qui ainsi m'avez arrangé ! je m'en vais me plaindre à votre père :

« Qui vos ferai la teste et les niaubres roper. »

L'enfant se prend à pleurer et lui promet de lui donner des terres, des chevaux... 3Iais le sénéchal, se couvrant la tête de son manteau, va trouver Clovis. Quand le roi le voit ainsi ébarbé :

« Sire dus débonnaires, qui vos a vorgondé? » lui dit-il. Et, apprenant le méfait de son tils, il veut lui faire trancher la tête ; sur les instances de la reine, il consent à l'exiler pour sept ans : et ce sont les aventures que court le jeune prince pendant cet exil que raconte le poëme. Quand expire le délai et que Floovant découvre sa naissance au roi Flore :

(1 Je sui (Hz Cloovis (dit-il), l'auparesre des Frans. u Qui me cliaçai de France por son fier uiiiutal.iiil, '< Por .1. petit mcsfait, qui ne fut gaires granz. H Que copai a mon maître les grcuous au dormant . Cl Me fit forjurier France de ci que a .vu. auz. « Or est vcnuz li termes que li greuons sont granz. »

' En clïct, dès 1200, personne ue portait [ilus la barbe, et l'auteur parle du temps imssé .

^ Convaincu de vol.

^ Les fourchons de la barbe [voy. la figure S). * Voyez la ('hmimn de Fioovanl, publ. sous la direct, de .M. Oucssard.

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La mode des barbes élait passée à la lin du xii'= siècle, el le poêle lui-niLMiie trouve que pour une si longue pénitence le méfait était petit. Vers le milieu du règne de Philippe-Auguste, personne ne portait plus la barbe. Les laïques nobles, les riches bourgeois, taillaient leurs cheveux de telle façon qu'ils formaient un toupet court sur le front et tombaient des deux côtés des tempes, en laissant voir les

Jt.

oreilles ; derrière la nuque, ils atteignaient le milieu du cou. Toutefois, les grands seigneurs conservaient encore la longue chevelure descendant sur les épaules. C'est ainsi qu'est représenté Philippe- Auguste sur ses sceaux. Vers 12^o, les hommes commencèrent à tailler leurs cheveux court et carrément sur le front, en laissant sur les oreilles et la nuque les cheveux longs. Cette mode persista jusque vers 1250. Dans quelques provinces, en Bourgogne notamment, la barbe courte, soigneusement cultivée, fut maintenue. Mais il est à croire que celte mode n'était admise que chez les bourgeois et les artisans, car les gentilshommes sont représentés imberbes ; ils suivaient en cela la mode de France, qui donnait le ton. Voici (fig. 9) une tête d'homme copiée sur un cul-de-lampe de l'église de Semur en Auxois (1235 environ), indiquant clairement la disposition de la coiffure bourguigonne avec la barbe courte ; tandis que la ligui'c 1 de notre article Chapeau montre un gentilhomme du même temps, ayant la barbe rasée et les cheveux disposés comme ceux de la figure 0 ci-dessus.

[ COlFFlItE "j

Vers ii240, en France, les liommes nobles et les bourgeois portaient les cheveux roulés sur le sommet du front, le laissant à découvert, et longs sur les oi-eilles et la nuque, mais écartés des

tempes, de manière à placer les oreilles au fond d'une cavité. A leur extrémité, les cheveux longs étaient roulés du dedans au dehors (fig. iO) '. Cependant les enfants et les jeunes gens, jusiiu'à l'âge

où ils pouvaient être ai-més chevaliers, portaient les cheveux courts et tombant naturellement sans frisure (lig. M)-. On cessa de rouler les cheveux sur le IVonl vers 1"270 ; lenus courts sur le sommet du

1 Slaliies (les rois de l'iilihiiNc île S:iiuL-I)eiiis, rotViitus sous saiiil Louis (l'liiliiii)c'. lils ilo Louis IX).

^Statue (le l'IiilipiM', livre de saiiil Louis, im' m 1221, luorl jeune, aujonnl'iiiii 'li'|i(is:'C dans IV'Lîlise al)balial(! de Saiid-'Jeuis, proveuaul de r.ovMUiiioul.

[ COII'I'LRK ]

crâne, ils formaient de peliles mèches plates ; les oreilles étaient

couvertes, ainsi que la nuque, par les cheveux latéraux et postérieurs,

non plus écartés des tempes, mais frisés, comme précédemment,

■,Yfi'ii'''¥ff,

à leur extrémité (fig. 1:2) '. Le menton et les joues étaient complètement rasés. Ce fut vers 1340 que les hommes, sans changer le genre

de coiffure des cheveux, commencèrent à porter des favoris trèscourts et coupés carrément à la hauteur du nez. La ligure 13 indique cette nouvelle mode.

' Stiitue de Charles, comte de Valois, mort oq 132o, proveaant dos Jacobins do Paris, anjourd'luii (iôposi'ie dans l'église abbatiale de Saiut-Dcnis.

- Statue de Charles, comte d'Alençou, mort à Crccy, proveiiaut de; Jacobins de Paris, aujourd'hui dépos.'ie dans r(5glise abbatiale de Saint-Denis.

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Nous avons laissé la coiffure des femmes au milieu du xu« siècle. Les longues tresses sont conservées jusque vers Tannée 1170. Alors les femmes commencent à cacher leurs cheveux sous des voiles longs, ou plutôt à les laisser tomber librement derrière les épaules,

sous ces voiles d'étoffes transparentes. Bientôt le voile ne suffit pas. et les dames nobles passent sous leur menton une bande d'élolTe qui vient s'attacher sur le sommet de la tête et brider les cheveux réunis en chignon derrière le cou. C'est ainsi qu'est coiiTée la statue d'Éléonore de Guienne, mariée à Louis Vil, répudiée, puis mariée de nouveau à Henri Plantagenet, roi d'Angleterre en ilo4, sous le nom de Henri IL Éléonore mourut et fut ensevelie à Fontevrault en 1194, où elle s'était retirée '.*

La figure 14 montre comment cette coiffure était disposée. Les cheveux, divisés en deux grosses nattes latérales, étaient croisés derrière la nuque ; un bandeau retenait ces nattes, puis par-dessus

' La statue de ceUe princesse est aujnurd'liiii (h^posre (i;ins une îles cliapelle des réélise abbatiak' de Fontevrault.

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iiii morceau d'étolîe A, bridé sous le menton, élail croisé sur le sommet du crâne et attaché latéralement avec une épingle. Sur ce bandage le voile était posé (voy. en B) : ce voile était rond et ne descendait pas au-dessous du milieu du dos; il était fait d'étolîe de lin très-fine, souvent brodé d'or. La mentonnière était d'étolTe fine de lin, blanche comme le voile. Lorsque les dames, vers 1225, remplacèrent souvent le voile par le chaperon, elles conservèrent tou-

jours la mentonnière sous ce chaperon (fig. 15) ^ lequel était fait d'une étoffe de lin blanche posée sur une forme de toile épaisse fortement empesée. Ce chaperon laissait voir les nattes de cheveux croisés sur la nuque. Dans notre figure on voit encore le bandeau qui retient ces nattes et passe sous la mentonnière. 11 faut croire que ce genre de coiffure eut une grande vogue pendant tout le cours du xiii« siècle, car elle persiste jusqu'au commencement du xiv«, avec de légères variantes. Dès le milieu du xni" siècle, elle n'était plus seulement réservée aux femmes nobles, les bourgeoises et même les femmes de mauvaise vie en portaient, et dans les peintures ces chaperons sont toujours représentés blancs; mais, au

' Ou [)ortail scplontrinnal de Xo'.re-Damc de Cluuircs (123.j environ}.

commencement du xiV siècle, les cheveux par derrière sont retenus dans un sac d'étoffe ou entre les mailles d'un filet (fig. 16) K La mentonnière s'élargit souvent h sa partie supérieure pour épouser

les saillies du chignon qui se développe démesurément, et celte mentonnière ne fait plus de plis, elle semble composée d'une étoffe doublée et empesée. Le chaperon s'évase beaucoup de façon à faire

paraître le sommet de la tète très-large (fig. 17) 2, A considérer ces dinix figures et la manière dont elles sont traitées, l'une semble rcpi'oduire une femme de basse condition, et la seconde une dame

' Corbeaux de l:i coriiiclK! cxlrrioure de réj;li.se de Saiut-Nazaire de Cairassannc

(i:ii;; ii i:j20).

- Mrme provenance et ni"nie (''poqiie.

[ coii'FriiE ] — 198 —

noble. Cela se rapporte d'ailleurs aux vignettes des manuscrits de la fin du xni<' siècle, qui nous montrent souvent les dames nobles coifîées de ces chaperons évasés, avec chignon d'un développement

e.Ci/iLiWA.vr.

excessif. Il s'en fallait d'ailleurs que cette coilfure fût la seule adoptée par les femmes pendant le cours du xni" siècle. Celles-ci, en bien des circonstances, n'avaient cessé de porter le voile rond descendant jusiju'au milieu du dos, avec les cheveux flottants et un cercle d'or retenant ce voile. Elles enfermaient encore leurs cheveux dans des sacs en broderie, avec cercle d'or sur le tout (fig. 18) 1 :

« Si ot nu cei-fel d'or au rliief -. »

Ce cercle d"or maintenail la résille, ou bien elles se coiffaient en cheveux avec fils d'or entremêlés :

'i Sez ri'ius out achesmez à .1. fil d'or hutti 3. ,

C'est à la fin du xni^ siècle que les coifl'ures en cheveux avec le cou et les épaules découverts ont la vogue, et il faut reconnaître que

< Des fouiUes du cliàteau de Sainl-Gcrmain eu Lave, bureau de l'arcliiterte.

2 Mérnug'S, romnn de la Table ronde.

3 Gui de Nanteuii. vers CU.

ces coiffares sont de bon goût. Parmi ces coinares en cheveux sans aucun ornement, il en est une qu'on voit souvent figurée d^l. ,"

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