‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 37 sur 76 · X..At · texte numérisé non relu

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le IVoiil cl IVisèe ; l;i partie postérieure était divisée en deux longues nattes qui, se ci'oisant sur la nuque, venaient s'attacher sur les cheveux frisés au-dessus du front comme un diadème ; des oreilles, on n'apeicoit que le lobe. La ligure 19 ^ explique mieux qu'aucune description ce genre de coinïire. Mais on ne s'en tint pas là. En conservant le principe des deux nattes postérieures, les élégantes du commencemenl du xn*" siècle divisèrent en outre la partie antérieure des cheveux par une raie centrale, tirent bouffer au-dessus des tempes ces deux fractions, qui vinrent tomber droit le long

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des joues ; puis les*|deux nattes croisées postérieures, descendant au-dessous des oreilles, furent relevées verticalement le long des mèches latérales pour se perdre et s'attacher sous les bouffants ménagés des deux côtés du front. Dans les espaces latéraux que laissaient voir les nattes, les restes des cheveux des deux fractions antérieures tombèrent en ondoyant dans un certain désordre. La Ugure 20 - explique également cette parure de tète, fort à la mode vers 1330. Alors les femmes se décolletaient beaucoup, ce qui fai-

' Manuscr. des Mirncles de lu Vierge (liu ilii xiu'' siècle), lubliollicqiie du séiniiiairc de Soissons.

2 Voyez les niauuserils de celte éiioquc, ol noIainiiiL'ut les viiTiieUes du inanuscr. do Luneelot du Lac, t. 11. frauiiiis. liihlinlli. inuirr.

sail valoir ce genre de coiffure, dégageant le cou et les épaules. Celles qui n'avaient pas le bonheur de posséder des cheveux abondants faisaient comme font les dames de nos jours, elles en achetaient ; si bien que les fausses chevelures dépassant facilement en volume les véritables, toutes les femmes se crurent obligées d'ajouter des cheveux faux à ceux que la nature leur avait donnés. Le clergé s'élevait violemment contre ces mode?, mais les exhortations ou les menaces ne firent pas supprimer une mèche de cheveux tant que la mode commanda de les montrer. En 1340, les dames trouvèrent

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plus élégant de ramener les deux nattes verticalement des deux côtés des joues, en laissant entre elles et les tempes deux mèches droites de cheveux, coupées carrément à la hauteur du bas de ces nattes. Quelquefois celles-ci furent alors remplacées par des torsades Irès-régulièrement tournées. C'est ainsi (pie sont coiffées Blanche d'Évreux et Marie d'Espagne, femme du comte d'Alençon (lig. 21)*. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on parle des caprices de la mode.

' Marie d Es]iiii;iic, pctile-liUc do sainl Louis, épousa eu sccoudes noces le coiiilc d"Alcii(;ou ((lliuilcs), en ['.i'.iè, cl ne mourut qu'eu 1389. Son cfligic dut — comme cela eut lieu t'rç(]uemmcut — cire placée pi'ès de celle de son mari, qui fut tué à Crécy eu 13'i6 ; cui' l'iialiil que pni-lc l;i princesse el la cDillure ciiiic(ji'dcul avec celle ileniirre date.

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Rien cependant n'csl moins capricieux ; car une mode esl toujours la consétiuence très-logique d'un usage antérieur, et, si bizarres ou étranges que paraissent ses expressions, en observant un peu, on en trouve aisément les raisons. La mode n'est autre cliose que la rechercbe d'un mieux introuvable, le b(;soin de s'alïrancliir d'une gêne, d'un embai-ras; et, en cherchant ainsi, bien souvent on tombe dans une difficulté pire que celle qu'on voulait évilei'. On veut simplifier, et les complications ne font que changer d'objet. Ainsi, pour ne parler que de la coiffure des femmes, — chose de la dernière importance, personne n'en saurait douter, puisqu'elle confiibue à donner au visage une expression conforme au goût du jour, — nous avons vu que les dames du xn" siècle réunissaient leurs cheveux en longues nattes ou torsades des deux côtés des tempes : on ne peut disconvenir que cette coiffure, si élégante qu'elle fût, ne dût être fort gênante. Ces longues tresses s'accrochaient à toute chose; impossible de baisser la tête sans qu'elles vinssent se projeter en avant. L'idée de les retrousser était naturelle ; mais alors mieux valait les faire partir de la nuque. C'est aussi ce qu'on fit, et on les releva en diadème sur le sommet du front (voy. les fig. lo et 49), ou on les enveloppa dans une résille ou un sac (voy. fig. 47 et 48). Puis on utilisa les cheveux du devant pour masquer les attaches de ces nattes sur le sommet de la tête ; mais alors les cheveux latéraux étaient facilement dérangés et avaient un air de désordre qui, en coiffure comme en toutes choses, ne peut longtemps être toléré. C'est ainsi qu'on fut conduit à enfermer ces cheveux du sommet et des côtés dans un béguin ou coiffe d'étoffe, par-dessus lequel les nattes ou torsades purent être régulièrement posées et attachées. Entre cette coiffe, les tempes et les joues, on laissa voir les cheveux latéraux tombant droit, coupés à la hauteur de la bouche, pour accompagner le visage.

Analysons la figure 24. La première opération consiste (fig. 22) à séparer les cheveux comme l'indique le tracé A. Les deux parties a forment les tresses ou torsades ; les deux parties b, les mèches droites tombant sous la coiffe le long des joues ; la partie c, le rouleau faisant chignon sur la nuque. Ainsi , (voy. le profil B) sont disposées les parties de la chevelure ; puis les nattes ou torsades d étant faites, ainsi que le rouleau e de la nuque, la coiffe est posée (voy. le profil C), épinglée. Alors, les torsades, ou nattes d' sont ramenées sur les oreilles, sont épinglées aux angles de la coiffe, remontées verticalement le long des joues, recourbées sur le sommet de la tête et rattachées à leur extrémité, à côté du chignon roulé sous la

coiffe. Afin de fixer cet ensemble, une couronne d'orfèvrerie pre-

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liant la forme donnée pai- les clieveux, ou un lislel était posé sur

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le sommet de la tête. En E, on voit l'apparence que présentait cette coiniire par derrière ; parfois, an listel d'orfèvrerie était attaché un voile conrt, transparent, qui donnait de la légèreté à Tensemliie (voy. en G). Nous verrons bientôt comment cette coiffure se transforme sans abandonner son point de départ.

Quelles que soient les variations de la mode, il est des conditions de goût qui s'imposent, dans tous les temps, chez les populations naturellement douées de cette qualité. Il est diflicile, lorsque les cheveux remplissent un rôle important dans la coitîure, de trouver exactement la limite qui doit être assignée aux accessoires d'orfèvrerie ou d'ètotfe. La nature légère, irrégulière, chatoyante des cheveux s'allie mal avec la rigidité ou la régularité des pièces de parures, dont on les couvre ou qui les accompagnent ; aussi, lorsque les béguins, les cornettes, les couvre-chef commencent à se mêler aux cheveux, on peut être assuré que ceux-ci disparaîtront bientôt entièrement sous ces accessoires, qui deviennent dès lors le principal. D'abord, avec ces pièces d'étoffes, on a le soin de mêler aux cheveux des bandelettes, des chapelets de perles ou de pierres, pour établir une transition ; on est entraîné à donner aux cheveux des

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formes régulières ; ils se couvrent de plus en plus de bijoux ; puis enfin le bonnet, ([uel que soit le nom qu'on lui donne, les absorbe. Déjà, sous le règne de Charles V, les femmes enveloppent les nattes latérales dans des résilles d'or, qui les relient au béguin de dessous<;raaisce genre de coiffure parut bientôt trop sec. Les nattes ou torsades, ramenées derrière la nuque, remontant verticalement le long des joues, ne se mariaient pas d'une façon agréable avec les courbes du visage. La coiffe d'étoffe, sous les torsades, prennil trop

• Voyez la statue do .Icaniio lie Boiirbou, femme de Cliarlcs V, proveuaiiL du portail dos C(51estins, aujourd'hui placée <lans la chapeUe de Charles V, k Saiut-Denis.

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(rimportance et faisait paraître celles-ci maigres. Les clames de haut parage trouvèrent donc une autre combinaison. Les nattes ou torsades ne furent plus prises derrière les oreilles, mais au sommet Je la tête (fig. 23). La chevelure (voy. en A le dessus de la tête, côté a) étant séparée par une raie médiane de b en c, ces masses furent réservées aux deux torsades ou nattes. Quant à la partie inférieure des cheveux, également divisée de c en d, elle fut ramenée en deux ondes sur les oreilles. Les extrémités de ces deux ondes furent régulièrement retournées sur les parties tombantes d'une coille, ainsi que le montre la moitié g. Par derrière, cette coilTure se présentait ainsi que l'indique le tracé B : en h, avant la pose de la coiffe ; en i, après la pose de cette coiffe.

La ligure 24 montre celle coilïure de face cl latéralement. On voit comment les cheveux de l'orcipul sont ramenés sur les oreilles, pour se retourner régulièrement sur la bande d'élofle (pii descend di' la coifîe ; comment des agrafes passent dans les ganses des torsades, piiiuent l'étoffe de la coiffe, et saisissent le bourrelet que forme celte élolïe sous le rouleau extrême des masses ramenées sur les oreilles.

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Le détail 24 bis donne la forme de ces agrafes. On peut croire que ce n'était point une petite affaire de monter une pareille coitïure, et que cette opération devait demander beaucoup de temps. Il était

alors de mode, chez les dames, de dégarnir le front autant que possible. Un front uni, bombé, large et haut, passait pour une beauté, et toutes les dames de qualité s'arrangeaient pour posséder cet avantage. Cette coilïure est celle de la duchesse Anne, dauphine d'Auvergne, comtesse de Forez, qui épousa en 1371 Louis II, duc de Bourbon, comte de Clermont, etc., mort en 1410'. Sur la couronne d'orfèvrerie était émaillée la devise : Espérance.

Pendant le xn^ siècle, les femmes avaient abusé des faux cheveux, et, si l'on veut bien examiner les coiffures de celte époque, on reconnaîtra qu'habituellement le recours aux fausses nattes était nécessaire. Il y eut, au xni" siècle, une réaction contre cet abus, et les femmes adoptèrent un genre de coiffure qui pouvait se passer de ces emprunts. Cela ne dura qu'un temps. Déjà, vers la fin de ce siècle, on bourrait les résilles apparentes sous les chaperons, et destinées à contenir la chevelure, de coton ou de laine, pour les rendre plus volumineuses. Cet usage ne fit que se développer pendant le xiv siècle, et sous les règnes de Charles V et de Charles VI la mode des faux cheveux s'empara de nouveau des dames. Les épigrammes, les satires des poètes, les remontrances du clergé, comme toujours, ne firent pas tomber une fausse mèche. Il est curieux, à ce sujet, de lire la ballade composée par Eustache Deschamps vers 1390. La voici tout au long; elle tranche dans le vif de notre sujet :

« Atournez-vous, mes dames, autrement, '■ Sanz emprimter tant de haribourras, " Ne de quérir cheveulx cstrangenieut " Oue maintes fois rungent souris elras.

' Celte statue est déposée dans la chapelle des ducs de Bourbon dépendant de l'abbaye de Sou\igny (Allier),

Vostre afubler est comme im grant cabas ; Bourriaux y a de coton et de laine, Autres clioses idiis qu'une quarantaine ; Froutiaux, filez, soye, espiugles et neux ; De les trousser est à vous très grant paiuc ; Rendez l'iîniprunt des estranges cheveux.

Faictes vo cliief des vostres in-opremeut,

Sanz faire ainsi la torche depesas,

Sauz adjoustcr cstrangc habillement,

yue destrousser fault, com junicul à bas.

Chascune nuit, et jetter en un las.

Puis au matin fau'.t retrousser s'ensaigne,

Aide avoir; l'œuvre d'une sepniaine

Y convient bien, et qu'om soit deux et deux.

A ce trousser; pour tel chose villaine,

Hendez l'cmiiruut des estranges cheveux.

Onques ue t'u si lourde afublement.

Ne si coruu visaige fait de chas (écliafaudé'.

Et si dcsplaist k tous communcnient.

Tel chief fourre d'estrauge chanvcnas ;

(bornes portez comme font les lymas.

Atournez-vous d'une atournurc plaine

De vostre poil; d'autre ne vous souviengnc ;

Ostez du tout ces grans hures beleux

Qui vous deffont ; nulle plus ue les praingnc

Rendez l'emprunt des estranges cheveux.

[ COIFFLRE ]

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