ENVOY
■c Jeusnes dames envoy tele Iriquedondainc
.( Ne portez plus; aux vielles eu convicugnc.
" Soit vos atours humbles et gracieux,
.. Plaisaus à touz, Dieu eu bien vous mainlienguc.
« Car raison dit qui veult qu(! tout le craigne :
" Rendez l'emprunt des estranges cheveux. »
Si, lotU au long, nous avons cilé celte ballade, c'est qu'elle met en lumière quelques détails iiiléfessants. D'abord, comment les femmes faisaient abus des faux cheveux; comment elles se coiffaient chaque jour'; comment ces coilTures étaient montées par des
' On se fait trop souvent, sur le moyen âge, ks idées les plus fausses. Maintes fois, nous avons entendu dire, devant les statues qui nous représentent des personnages de cette cpof]uc,(iueu ces gens-là «devaient se faire coill'er une fois la semaine, aiusi que cela se pratique dans (luclqucs contrées de l'Italie chéries des peintres. Or, les vers d'Eustacho Deschamps disent « qu'il fallait détrousser cet allirail comme ou drsiianiaclic sa jument, chaf/ue nui% et le remouler tous les Duitùis ».
[ COIFFLUE ] — 208 —
coilTeurs; commenl, enfin, ces échafaudages de faux cheveux plaisaient médiocrement aux liommcs ; comment ceux-ci n'eussent voulu les voir que sur des visages ridés, quMls ne regardent guère, et comment le monde et ses ridicules ne changent pas.
Avant de passer outre aux coiffures de femme adoptées au xv siècle, il nous faut parler de ces guimpes et voiles qui, pendant le xiV siècle el le commencement du xv°, sont donnés aux dames nohles. On a prétendu que ces voiles qui enveloppaient complètement la tête et le cou, et ne laissaient voir que le visage, étaient la parure des veuves ; mais il est évident que, si les veuves ont porté celte coitTure, elle était souvent prise par les femmes qui ne l'étaient pas. Indépendamment des statues de veuves qui ne sont pas ainsi coiffées, nous trouvons, dans les vignettes des manuscrits et dans les peintures de la fin du xiii^ siècle, le point de départ de cette mode, étrangère à la qualité de veuve.
Cu.'urauoi .
Nous avons montré, dans les arlicles Au.musse et Chaperon, comment les femmes avaient adopté, dès le xiii" siècle, un vêtement de tête, sorte de gonelle en forme d'entonnoir, fendu latéralement pour laisser passer le visage, en couvrant le crâne, le cou el les épaules. Ce vêlement était posé sur la tête, ainsi que l'indique la figure 24 ier, en A. Par-dessus ce capuchon, vers 1270, les femmes posèrent un
— :Î09 — [ COIFFL'IŒ ]
voile dont la forme et les dimensions sont indiquées en C. Voici comment ce voile était mis. On laissait pendre sur l'oreille droite un des bouts b, faisant passer le point a sur le sommet du crâne; puis on tordait l'autre partie du voile de telle sorte qu'elle entourât la tète une fois et demie ; le bout d était alors passé par-dessus la torsade sur l'oreille- gauche, et tombait sur l'épaule, par suite de la courbure de cette extrémité (voyez le voile posé en B). Le capuchon, caché à sa partie supérieure, formait comme une guimpe sous ce voile-chaperon. L'origine de la guimpe est bien en etïet le capuchon ou l'aumusse, et les hommes, au xni'= siècle, en portent pour sortir à cheval. Cette coiffure ne tarda guère à se transformer. Il est question de guimpes dans les poèmes et les romans des xni« et xiv^ siècles, et ces parures semblent être parfois, en effet, un attribut des femmes n'ayant plus d'époux. Dans les Chroniques anglo-normandes, l'auteur parle d'une dame qui reçoit dans son château le roi Guillaume d'Angleterre ; elle est seule :
" Car (le sigUDr ni avuit point i . »
Or cette dame est sa femme, (ju'il avait perdue ; elle a le visage couvert, peut-être en signe de deuil. Mais, quand elle invite le roi à venir au château :
" Ele coniinaude i[Ul' uu l'ace
« Les tables mclre, et ou les mis!,
" Assés fu qui s'en eutrcniist,
« De l'âloruer se liastcnt uiolt ;
'■ Et la ilanie jus lU' son fri)ul
« Diisc." an nii'nl'iii sa guiinple avale -. »
Il est évident que ces guimpes étaient destinées à cacher en grande partie, sinon en totalité, les traits. Dans le conte du C/ieralier à la trappe, un seigneur, jaloux, tient sa femme sous les verrous. Un chevalier la voit à sa fenêtre, en devient amoureux; se fait présenter au seigneur châtelain, parvient à capter sa conliance, et est pris par lui comme sénéchal. Il fait pratiquer un souterrain (|iii communi(|ue de chez lui dans l'appartement de la dame par une liappe. Un jour, le chevalier dit au seigneur que son amie, depuis longtemps attendue, arrive, (ju'il va l'épouser le lendemain, et le prie d'assister au repas des lianraillcs. Oi", c'est sa [iropre femme,
' Li roi GuillniDiie d'Angleterre, chron. nngl.-rw) tn., pntil. par M. Krancisquc Michel, t. m, p. i:i:i.
^ Ihiil., p. lin.
in. — n
[ COIFKLHE ] — i>10 -
vôLue d'une guimpe de soie, qu'il présente au chàlelain. Celui-ci, forl troublé, croit bien la reconnaître ; court à sa tour pour s'assurer si ses soupçons sont fondés. Mais pendant qu'il se fait ouvrir les douze portes, la dame est rentrée chez elle par la trappe, et le seigneur, i-assuré, croyant à une ressemblance, consent le lendemain à assister au mariage de son sénéchal et de la dame ; il les reconduit au vaisseau (jui les doit emmener, et, rentré chez lui, il ti'ouve la chambre vide.
Si le conte n'est pas absolument moral, il montre (|ue les guimpes servaient au moins à déguiser en partie les traits, et que ce n'était pas seulement pendant le veuvage que les femmes les prenaient.
Dans la Chanson de Guy de Nanteuil, il est parlé d'une pucele qui arrive sur sa haquenée ; à cause de la chaleur, elle s'est désafublée :
<c Jc'lienuL'ilo et Martine li ont sa guiniple ostée. <. Moult par ol blont le cliiet quant fii desvulepée, <■ Elle est assés ]iliis blanche que seraino ne fée ' . »
Dans le liomau du renart, la guimpe est présentée comme la coilïure d'une femme de bon renom :
■' Eu vos a moult niauvez recluz.
." Qui niesdites de la plus franche
■' Qui onc portast guimpe ne manche,
<■ Ne laz (le soie n,; çainture -. »
Pour aller à l'égUse, les femmes, pendant les xin^ et xiv" siècles, mettaient une guimpe :
" Au malin quand il ajorna •*
" Ydoine se \est et chau(;a ;
" Quant ele fu apparcilliée.
" Bien affublée et bieu loiée *
" D'une bclc guimple de soie.
f Droit au niostier a pris sa voie ;
'< Mais aineois qu'el i fust entrée
« Esloit ja la messe chantée '•. »
Il est donc possible (jue les guimpes aient été, dès la lin du
' Vers 437 et suiv.
-' Vers 28ii7 et suiv.
•* '< Quand le jour jiarut. <> '* <( Liée »
' Conte du segrelain moine, vers 233 et suiv. [Contes anciens, publ. par Barbazan, t. i).
xiii" siècle, adoptées par les dames comme un vêtement convenable aux veuves ; mais il est certain qu'elles étaient portées en beaucoup d'autres circonstances. Voici, entre autres exemples, la coiffure de
Marguerite d'Artois, femme de Louis, comte d'Évreux ', laquelle mourut en 1311, tandis que son époux ne mourut (ju'en 1819; donc celle coilîure ne peut être celle d'une veuve. La comtesse porte une guimpe avec voile et couronne. Cette statue, de marbi-e, une des plus belles que conserve l'église de Saint-Denis, pi'ovicnt, ainsi que celle du comte, de l'église des Jacobins de l'aiis. Sauf deux petites
< Louis, cniule (l'Kvi'i'UX, r[ni[ fils lii' l'iiili]
llinli.
[ C.OIKITIIE J
— '-IIQ
mèches qui apparaissent le long des tempes, les clievenx sont enfermés dans un sac dont on aperçoit les extrémités antérieures. La guimpe enveloppe la tête, le menton, le cou, et descend sous la robe. La jonction est masquée ici par la bande d'étoffe qui réunit les bords supérieurs du manteau. Ces guimpes étaient faites de lin, très-fines et blanches (fig. 2o). Plus lard les cheveux disparaissent
/^. rjlILLIWi'OT.
totalement sous la guimpe, et le voile prend plus d'ampleur. Voici (fig. 26) la coiffure de la reine Jeanne d'Evreux, femme de Charles IV, lequel mourut en 1327. Bien que la reine ne soit morte qu'en 1370, il est à croire que sa statue fut faite en même temps que celle de son mari *. La guimpe passe sur la robe, et le voile tombe au-dessous des sourcils. Tl laisse d'ailleurs apercevoir sous ses plis les ondu-
< Cel usage était fréquent et se perpétua jusqu'au xvi« siècle, puisque Catlierine de Médicis fit faire sa statue par Gerniaiii I*iIon eu nuMiie temps que ceUe de son époux, iiiori, cjuiine ou sait, bien avauL elle. I.a statue de la relue Jeanne est déposée à S;iiut- Deuis.
iîi;] -
lalions de la clievelare disposée en nattes ou torsades latérales sur les oreilles. Beaucoup plus tard encore le voile enveloppe complète-
^. CULLHLWOr.
ment la tête et ne laisse voir qu'une petite partie de la guimpe. Telle est la coilïure de Blanche de France, morte en i39iJ ' (llg. 27). Sous
(hmk
la guimpe apparaît une sorte de mentonnière, et le voile se colle contre le bas du visage. Cette mentonnière avait nom barbette, et
' Slalu>! (t''r.os-''0 ii S;iin'.-I)ciiis.
[ coii-i'-ritE ] — "214 —
Aliéiior de Poitiers, auteur des Honneurs do la cour, considère la l)arl)ette comme un vêlement de deuil '.
Même disposition pour la coiffure de Marguerite, comtesse de Flandre, (ille de Philippe V et mariée à Louis II, comte de Flandre, tué à la bataille de Crécy. Cette princesse mourut en 4382 -. Ici le voile (fig. 28), pour mieux prendre les formes du visage, est plissé à très-petits plis sur les bords et passe sons le surcot.
Ce voile laisse voir également la forme de la coitfure des cheveux, qui est celle que présente la figure 21. Ces voiles tombaient
' » Itein, iioiii' autres ircros cl sœurcs, ou no ])orle iiue la barbette et le eoui'reehef
<i dessus Et est il ravoir que ]iour le niarit ou porterai deniy au le uiauteau et
'< chapperon, trois mois la barbette et le couvrecbef dessus, trois mois le mantelet, trois « mois le louret, et trois mois le noir. » [Les Honneurs de la cour, dans la Curue de Saiute-Palaye, Méin. sur l'nnc. chevnletie, t. H, p. 257.)
' Statue dépos'-c ori£!inair(MHciit dans ré<;lise abbatiale de Saint-Denis.
— -lo — [ COIFFURE ]
nalurellement derrière la lèle, mais plus lard il n'en fut plus de même : on prélendit leur donner par devant des plis nombreux et mouvementés par derrière ; pour obtenir ce résultat, le voile dut être attaché à la guimpe à la hauteur du cou. La statue si curieuse de la reine Isabeau de Bavière • nous fournit un magnifique exemple de ce genre de coilîure. Il est à croire que cette statue fut faite après la mort de Charles VI, c'est-à-dire vers i4ïîo : la guimpe (fig. 29) tombe à petits plis très-lins sur la poitrine et passe sur la robe; elle bride le menton et laisse voir la barbette. Le voile, plissé sur le bord touchant au visage, pour pouvoir s'y appliquer exactement, est rond. On le posait d'abord de façon que
le tour, sur les épaules et le dos, fût parfaitement horizontal, puis on l'appuyait sur la nu(iue, où il était attaché à la guimpe avec des épingles ; on ramenait le sommet sur la tête, en attachant de même, sous le menton, ses bords à la guimpe avec des épingles. Ainsi pouvait-il former ces plis en cascade sur la poitrine. Les cheveux , disposés en bourrelet , écartaient les plis du voile sur les côtés avec ampleur. Le manteau passait sous les bords inférieurs du voile. La figure 30 donne la disposition de ce voile
' Kfjlisi' abhaliiili' de Siiiiil-nrius.
[ COllTLKE ]
denièi'e la lèlc, el la ligure 31 sa forme développée. Ainsi que nous l'avons dit, ce voile est rond, avec une partie recliligne de a en b. C'est cette partie qui est plissée à petits plis pour prendre le
contour du visage. La reine Isabeau est coiiïée sous le voile, les cheveux en couronne : c'est, pour l'époque, une exception ; généralement la chevelure moiilre deux tresses latérales, comme il a été
dit ci-dessus. Ces tresses, au commencement du xv" siècle, dépassent parfois le sommet de la tête, et le voile, posé par-dessus, a toute l'apparence d'une aumusse. La figure 32 indique ce genre de coif-
— 217 — [ coiFFunE ]
fure'. Le voile est ample, rond, avec une partie recliligne beaucoup plus grande que dans l'exemple précédent, pour former les deux angles qui tombent sur la poitrine. Sous la guimpe est posée, comme dessus, la barbette. C'est bien là un voile de veuve, avançant sur le visage en manière de capote.
Jusqu'au règne de Charles V, les hommes nobles et les bourgeois portent, comme nous l'avons vu, les cheveux longs derrière la tète et sur les oreilles et coupés carrément sur le front. A ce moment, celle mode est abandonnée, et, si ce n'est le roi et les princes qui conservent la coilTure traditionnelle, les nobles comme les bour-
geois modifient l'ancienne coilïure : ou ils portent les cheveux assez courls, ou ils les disposent en bourrelet à la hauteur des oreilles. Du Guesclin, dont nous possédons la statue à Saint-Denis, perlait les cheveux courls. Des pei'sonnages de celle épociue sont souvent représentés, dans les vignettes des manuscrits, avec des cheveux courls ou disposés comme l'indique la figure 33. Les cheveux sont roulés 1res- régulièrement autour d'un cercle d'élolTe probablemcnl, qui, sur le sommet du front, est oi-né d'un bijou-. Depuis le
' D'une toiiibc t;i''V(''u de l;i tViiiiiii' du sciï;iiciir ilr .M:iii('l (li20;, dans Tôglisc de Siiinl-.\l|iin, a ('.liàlons-sur-Marnc.
- 1. 1111 dos sergents d'armes des iiicrri's placi'es en l.no, dans l'église de Saiide- Calheriue ilii Val des rcdlicrs, à Paris, i;m (oiiinii'iMiiratidn de la bataille de Houvines.
\ COIl-KlIiE 1 — 218 —
cominencemcnl du xiii« siècle, personne ne portail la barbe, fort gênante, d'ailleurs, sous le bacinel, le heaume ou la maille, et les courts cheveux ont été adoptés lorsque l'on commença de porter le bacinct avec la maille en temps de guerre. Cependant, les princes semblaient tenir, par ti-adilion, à l'ancienne coiffui'e, et nous en voyons quelques-uns qui, à la lîn du xiv° siècle, laissent croître, avec ces longs cheveux, une barbiche à l'extrémité du menton. Telle est la coitTure de Jehan d'Artois, comte d'Eu, mort en 1384 (llg. 84)1. Le comte est armé; la tète, nue, est simplement coiffée d'une légère coin'onne d'orfèvrerie"-.
Le continuateur de Guillaume de Nangis prétend cependant qu'en 1340 les liommes commencèrent à porter des babits courts et a laisser croître leur barbe 3. Mais cette mode ne fut pas de longue durée, ni suivie par toute la noblesse. Les barbes étaient pointues, coupées ras, des tempes au coin de la boucbe, les moustaches courtes et se mariant à la barbe ^.
Ainsi que nous l'avons dit, les seigneurs, les élégants, portaient cependant les cheveux longs pendant le règne de Charles VL Un des princes les plus brillants de la cour de France, au commence-
' Slatiic ilrposou ilans la ci'viili' de lY'glisr d'Eu, luitrcfois placco dans le clKi'iir.
'' Kidcvrc aiijoiird'liiii (voy. Gaii^niiùres, Bibliotli. Hodlrieuuc).
■* <( JJarhas longas oiiines viii iil in iilinihiis iiulrirc cc[)cruut. [Cont. CItroJi. Guillelini Nanginci, t. H, p. 18j.)
» Voyez le niamiscrit des Statuts de l'ordre du Saint-Esprit au droit désir ou ?iœud, institué à Naples, en WV.')!, par Louis d'Anjou (Musée des Souverains).
[ f.OlFFUIŒ
ineiit de ce règne, était le frère du roi. Louis d"Orlénns. Il alïeclail un luxe raffiné en toutes choses, et particulièrement dans les habits. Une vignette d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale (ancien fonds français, n" 7080) représente ce prince recevant des mains de Christine de Pisan la dédicace de son Épitre d'Othéa à Hector. Le duc est coilTé d'un chapel de velours orné d'un rang de perles et d'une aigrette (flg. 34 bu); il porte les cheveux longs, crêpés, tombant sur les oreilles et derrière le cou; près de lui est un jeune sei-
0/ Lu
gneur coitïé de la même manière, sauf le chapel, tandis que les autres personnages ont les cheveux courts. Les peintures de cette époque nous montrent toujours les grands seigneurs et les jeunes nobles auprès d'eux, les pages mômes, coiiïés de cheveux longs, crêpelés, mais jamais frisés en boucles ou lisses. La chevelure, pour être à la mode d'alors, devait être d'un blond fauve, sans raies sur le crâne, et formant autour du visage un nuage, dont les bords n'étaient point nets sur la peau, et se terminant derrière les oreilles en une épaisse toison boullante, aux contours indécis.
Pendant les guerres de la première moitié du xv" siècle, les hommes d'armes portaient les cheveux courts, coupés en couronne
au-dessus des oreilles, afin de ne pas être gênés sous le bacinel, et laissant une sorte de coussin autour de la tète. Telle est la coiiïiire de Guillaume Duchàtel, qui fut enterré à Saint-Denis en 1441 (llg. 35) i.
a.cuzLhUHnr,
Sons le règne de Charles VII, et jusqu'au moment où une partie de la noblesse française se mit résolument à tenir la campagne, on affectait à la cour une élégance poussée à l'excès ; on raillait les têtes tondues des seigneurs et gentilshommes qui portaient le bacinet plus souvent que le chapel d'orfèvrerie. Il en a toujours été ainsi en France; c'est pourquoi, il ne faut pas trop se laisser aller au découragement quand on voit le luxe de la toilette envahir toutes les classes de la société. Or, du temps d'Eustache Deschamps, ce n'était pas seulement la noblesse, mais aussi la bourgeoisie qui s'abandonnait à ces raffinements de vêtements et de coilîures. Il en était de même à la fin du xvi* siècle, et encore à la fin du xvni° ; et cependant alors les malheurs publics, la guerre, les épreuves de toute nature virent surgir, du sein de ces classes en apparence efféminées, des cœurs trempés, des caractères énergiques. Nous ne souhaitons pas le retour de semblables épreuves ; mais on peut croire, sans trop de présomption, que, si elles se présentaient, elles retrouveraient encore, pour les traverser, de ces âmes que le luxe et les raffinements de toutes sortes peuvent assoupir, mais dont ils ne sauraient étoulfer les généreux instincts.
Nous venons de voir que des seigneurs de la cour de Charles VI portaient les cheveux longs, crêpés, avant les malheurs qui terminèrent ce règne. Voici un autre genre de coiffure qui date de la
' r.otlc statue existe encore dans l'église abbatiale de Saint-Deois.
— îî:21 — [ COIFFIRE ]
nièine époque, c'est celle de Louis II, duc de Bourbon, mort en 1410. Les cheveux, rassemblés en bouclettes, forment nn large bourrelet autour du crâne, en laissant le front et les oreilles à découvei-t. Sur ce bourrelet de cheveux est posée une couronne de feuillages verts et blancs, sommée sur le front d'un riche joyau de pierreries. Le duc est armé. C'est là évidemment une parure de cérémonie, mais elle n'en montre pas moins à quels raffinements on portait alors la coiffure chez les grands personnages'.
Le duc de Bourbon mourut avant les guéries de la lin du règne de son neveu Charles VI; et il est à remarquer qu'à dater de celte époque, les chefs qui combattirent pour ou contre le parli des Anglais portaient les cheveux courts, la barbe rasée, ne laissant croître, ainsi que l'indirpie la ligure 35, (pi'une couronne de cheveux
' La statu(> sur laquelle est ropiée cotte tiHc est de niaibre et d'une cxéeuliou des plus remarquables. I.es traits du due ont un earaetère d'individualili' très-pronone/;. et sont rendus aver- une perfection sans égale. — Sépulture de ce prince dans la chapelle des ducs de limirhon. cglise abbatiale de Souvigny (Allier).
[ r.oii-FunE ] — 223 —
au-dessus des oreilles. Ce genre de coiffure est adopté par les ducs de Bcrri*, de Bourgogne, par le comte d'Ai-magnac, par les Dunois. les la Hirc, les .Unénal des Ursins, les Ducliàtel, les Polhon de Xainlrailles, par le dauphin lui-môme, Charles VII, etc. Les hourgeois alors tenaient aussi, sous le chaperon, les cheveux courts (voy. CiiArEuoN).
Les gentilshommes qui portaient les armes conservèrent celle mode jusqu'à la lin du lègne de Louis XL Les cheveux longs ne se voient que sur la lêle des jeunes nohles, qui se piquaient d'élégance. Sous Charles VIII, loule la nohlesse reprit les cheveux longs, coupés droit sur le front, et tomhant sur les oreilles et sur les épaules en masse et sans frisures (voy. Cuapeau) (lig. 16 et 18).
Si les guerres malheureuses du commencement du xv"" siècle eurent quelque influence sur la coiffure des hommes, il ne pai-aîl pas qu'elles aient diminué en rien le luxe de la parui'e chez les femmes. Jamais peul-êlre l'extravagante richesse de la coilVure ne fut poussée aussi loin parmi le heau sexe que pendant ces tristes années, de 1400 à 1450; et les cheveux ne comptaient que pour une faihle pari dans ce luxe des ornements de tête : chaperons, couvre-chef, chapels, cornes, cornettes, hennins, tourez, nœuds, frémillets, chaînes, composaient les échafaudages les plus étranges. Cependant, dès le temps de Charles V, il semblait que le luxe des coiffures de femme ne pût être dépassé. On en peut juger par cet exemple : « Kathellot la chapellière, pour .1. chapel de hievre^ à parer, ouvré « sur un fin velluau (velours) vermeil de grainne, ouquel chapel avoil « enfans fais d'oz nue près du vif, qui abatoient glans de chesne dont « les tiges estoient de grosses perles et les feuilles d'or de Chippre à « un point, les quelx glans estoient de grosses perles de compte, et « par dessoubz les chesnes avoit pors, sengliers, fais d'or nue près « du vif qui mangeoient les glans que les diz enfans abatoient, et par « dessus les chesnes avoit oiseaux de plusieurs et eslranges ma- « nieres faiz d'or nue près du vif le niiez que l'en povoit, et la ter- « rasse par dessoubz les pors, faicle et ouvrée de fleurettes d'or a « un point de perles et de plusieurs petites besteleltes semées par « my la dicte teirasse. Lequel chapel estoit cointi par dessus de « grans quintefeuilles d'or soudé, treillié d'or de Chippre par dessus
' Slatiic de lîoiirgc'S.
- Le hièvre éhiil un pelit aiiiiiuil assez seiiiblatile a la loutre ; sa foiiiriire était fuit esliiii(?e pendant le xiv siècle. Le hièvre a donné son nom à la petite rivière qui se jette dans la Seine en aiiioul di; l'aris,
« et (Jessoubz, el semé par my de grosses perles de compte, de " pièces d'esraaux de plicle et de guergnas (grenats), garni avec tout « ce, de gros boulons de perles dessus et dessoubz, et d'un bon las « de soye. Pour la façon, pour velluau, et pour tout, sans les perles, <( 32 escus à 22 s. pièce, valent 3o 1. 4 s. p.'. » Il est diflicile de se figurer une coilïïire chargée de si nombreux, accessoires, si l'on n'a recours aux monuments du temps. Cependant, ces ornements de tète ne s'élevaient pas alors très-haut, mais prenaient une largeur fort embarrassante, puisfjue les auteurs contemporains s'accordent à dire que les femmes, pour passer sous les portes, devaient se glisser de côté. L'exagération de ces modes ne paraît pas cependant s'être développée à Paris et dans le voisinage de la cour. Il y eut toujours à la cour de France, depuis le xii" siècle, un tempérament en toute chose. Ce goût se fait sentir dans ce qui touche aux arts, depuis l'architecture jusqu'aux vêtements et bijoux, et c'est ce qui explique l'influence des modes françaises. Si nous voulions donner un parallèle des modes françaises du moyen âge et des modes allemandes et anglaises, on reconnaîtrait facilement la vérité de ce que nous avançons ici. On peut nous laisser ce genre de supériorité sans trop d'envie, car, sur bien d'autres points plus importants, nous ne pourrions avoir la prétention de dépasser nos voisins, d'outre-Manche notamment. Les coilïures des femmes, cà la lin du xiv'= siècle, dans le voisinage de la cour, n'atteignent pas aux bizarreries qu'à la même époque on cherche en Angleterre, bien que les deux pays fussent en relations constantes et que les Anglais occupassent toujours un point ou l'autre du territoire français. Indépendamment des coiffures parées de cette époque, coiffures dont nous parlerons tout à l'heure, les femmes portaient, à la ville, des bourrelets (escoffions) , des chaperons, des chapels plus ou moins riches, et ces accessoires se font remarquer, dans le domaine royal, par leur grâce et leur simplicité relative. Voici une de ces coilïuix's prise sur une vignette d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale-, et sur un fragment de sculpture du château de Pierrefonds (1395 à 1-400) nig. 37). Cette jeune femme porte le vêtement de jour, le peliçon montant, à larges manches. Ses cheveux sont ramenés de la nuque en deux nattes sur le front, et sous ces nattes s'échappe par derrière une longue queue de cheveux flottants, liés à la liauleur du cou par une ganse. Une riche coilïe entourée d'une guirlande de fleurs natu-
' Déncnses du mariage de Hlauilie de IJoiirboii (l:jo2), Arch. d;; reiiiiiirc. * Hommi (le Tristan et Iseutt. lîililiolli. iiniirr.
[ COlFiaUE ]
relies surmonle les nalles, el forme deux proéminences très-mar-
— 22o — [ COIFI-LItiL ]
(|iiées des deux C()U's de la lôlc. Le tout est coui'oiiné d'un cscofllon, sorte de bouirelel, ou plul(3L de coussin, couvcil d'une résille enrichie de passeraenleries et de grains d'or, de verre ou de perles. Si nous placions en regard la coiffure analogue portée par les dames anglaises, on reconnaîtrait l'exagération de ces dernières parures. Cependant, l'inlluence étrangère domina parfois le goût des dames françaises : il semblerait que la mode des coifïures hautes ait clé importée en France à l'époque du mariage dlsabeau de Bavière, en 1385. Cette princesse, au dire des contemporains, était très-belle et aimait fort le luxe de la toilette ; son entrée h Paris lit grande sensation, et, montée sur un palefi'oi au-dessus duquel était porté un dais de drap d'or, elle était coitfée d'une de ces hautes cornettes qu'on appelait alors hennins :
n Je ne say son apiiclle jxjleuces ou corbiaux
" Ce qui sousticut leur corues, que tant Ueuueut à itiaux,
« Mais bien vous ose dire que sainte Elysabiaux
Il ^'esl pas en I*aradis [lour ]inrler licx babiaux'. »
Celle singulière coitTure affectait, soit la forme d'un cornet revêtu de drap d'or, de velours, de satin, de perles, et surmonté de joyaux, d'où s'échappait un voile de mousseline légère, soit la figure de cornes couvertes également d'un voile.
Les satires, les injures même, ne faillirent pas aux femmes (jui portaient ces sortes de coiffures, et cependant elles persistèrent longtemps. Sous ces cornes ou hennins, les cheveux étaient complètement cachés, et les femmes élégantes se faisaient épiler ou couper ras les quelques mèches qui eussent pu paraître sur le front ou aux tempes. Il fallait donc que le front et les tempes fussent exempts de rides ; aussi les dames qui n'étaient plus de la première jeunesse se faisaient ramener la peau du front sous les cornettes, alin de dissimuler ces rides. C'était là un véritable supplice; mais, (juaiul il s'agit de mode, on n'y regarde pas de si près. Le Dit des mariages des filles au diable, (jui date ih'A premières années du xv" siècle, donne de curieux détails sur ces coiffures :
<■ Or (dit, l'auteur) venons as dames coriuics,
c< Ciliés de Paris, testes tondues,
<i (jui se vont jiour od'rani à vente.
« (loninic cerf raniu vont jiar rues,
'< Eu bourriaus. en fars, en sainbues -,
« Usent et uicli'nt bir joiivcnte.
' TestfDii. </c Jehan de Meuny .
- •' Coillées de bourrelets, tardées, eu litière. >•
[ COIIFLIIK ]
TcIg qui pcrl (paraît) et bclc cl génie Scroit, ce cvo\, assez puUeule, Qui veiToil lor défailles nues.
Li vous abat la floiir de lente ; Quant il seront en enfer tente.
Lor cornes seront abalues'. <>
Dans répîlre des Comètes, le trouvère entre dans de minutieux détails sur ces coiffures :
<c Li evesques parisiens
« Est devins et naluriens -.
" Si se prent garde
.( Que fanie csl trop foie musarde
.1 Qui forre son ehicf cl se farde ^
« Por ])lèrc au monde.
■< Fanie n"est pas de pechic monde, " Qui a sa crine ' noire ou blonde
(( Seiouc nature, '< Qui i met s'entenle et sa cure (' A ajousier .i. forreure^
« Au loue des Irèces.
" L'Evcsques connoist lor deslreees ; << De lor orgueil de lor nobleces
« Si les chaslie, « Et commande par aatie '■, '< Que cbascun » burle bclin » die''.
M [Vnuirui idievcus portent gran/. sommes,
c( Dcsus lor l(^sles''. »
Le poëte continue sur ce ion. On doit, dit-il, redouter telles bêtes, car personne ne s'en peut défendre. Elles ne sauraient s'amender celles qui parent leurs têtes ; ainsi cerclées et ferrées, elles ne sauraient se fendre. N'ajoutent-elles pas encore de nouveaux colliers couverts de joyaux et de passementeries à ces ornements? Ne lais-
' Voyez Nouv. Recueil des contes, dits, fabliaux des xiir, xiV* et xv" siècles, pour faire suite aux coUccl. Lcgrand d'Aussy, etc., rccueill. par A. Jubinal.
- '< Physicien ».
■' Forre son chief. iiMnboiirre sa coiffure.
'• « Ses clieveuv ".
" Forreure. faux cIicvimix.
f' « En hâte ».
' Il semblerait que le haut clcigc ("ugageait ainsi la populace a crier : Hurle belin (heurte bélier), par les i-ues, aux femmes ainsi coiffées. On n'en porta pas moins des hennins de plus en plus hauts.
" Jongleurs et trouvères des xiir et \iv<^ siècles, luibl. jiar A. .hibinal, IS.Jo.
— "2ll~ — [ COIFFURE ;
sont-elles pas voif leur cou jusiiu'aiix éiiaules el au dos. en faisant saillir leur poitrine ?
" Robe aiiisiuques escoletée
<i Semble le Ireu d'une privée ' .
" Ne plus ue mains ; « L'eu lor puel bien venir es sains, Il L'en i nietroit hiei; ses .ij. mains
'c Ou une niiclie. »
On voit que l'auteur ne ménage pas ses expressions ; il ajoute que révèque, au sermon, a promis dix jours d'indulgence à tous ceux
" Qui crieront a tel personne :
» Hurle belin !. . . . »
« C'est de tissus délicats de chanvre el de lin qu'elles font leurs coiffures; et elles attirent les débauchés en se promenant ainsi décolletées. Aussi parle-t-on beaucoup de ces cornes dans la ville; on s'en moque, et il n'y a que les fous qui se laissent prendre à tels bobans. »
Il faut supposer que les fous étaient en grand nombre, puisque la mode des hennins dura près de cinquante ans, avec les variantes habituelles.
Monstrelet rapporte, dans ses Chroniques, qu'un certain Thomas Conecte . frère prêcheur , entreprit de pei'suader aux femmes « d'abattre les bobans et atours de tête » en l'année 1428. Ce carme
— car c'était un carme — voyagea par les marches de Flandre, de lArtois, du Cambrésis, de l'Amiénois el de Ponthieu, entouré de nombreux prosélytes. Arrivé dans une ville, on lui dressait un échafaud sur une place publique, avec un autel dessus. Là il disait la messe, puis entamait un sermon contre le luxe, el particulièrement contre le luxe des femmes. Voyait-il parmi ses auditeurs des dames coilTées de hennins, il s'adressait à elles, et essayait d'ameuter le populaire contre les porteuses de ces atours ; « car il " avoit accoustumé, quand il veoil une de ces dames, d'esmouvoir ■ après icelle tous les petits enfans, et les admonestoit en donnant
- certains jours de pardon à ceux qui ce faisoient; desquels donnei', " comme il disoit, avoit la puissance; el les faisoit crier hault : ^4» " hennin ! au hennin ! El mesmement ([uand les dessus dictes " femmes de noble lignée se départoient de devant luy, iceux en- ■' fans, en continuant leur cry, couroient après, et de l'ail vouloient
' l'u trou (le lalriucs.
COiri-TRE
'> tirer jus les dils lieniiins tant, qiril convenoit qu icelles femmes u se sauvassent et missent à sauvclé en aucun lieu. » Des querelles et (les rixes s'en suivirent souvent entre celte populace et les serviteurs (les (lames coiffées de hennins. Aussi, les dames et demoiselles n'allaient plus entendre le carme qu'en habits modestes, et plusieurs
Jzm
:UNKIIt.E<
r('n()nc(Jrent pour un temps aux hennins. Mais, ajoute le chroni- (pieur, « à l'exemple du limaçon, lequel, quand on passe près de luy, « retraict ses cornes par dedans, et (juand n'oyt plus rien les re- « honte, ainsi furent icelles, et en assez brief après que ledict « prescheur se fut departy du pays, elles recommencèrent comme « devant, et oublièrent sa doctrine, et reprindrent petit à petit leur « vieil estât, tel ou plus grand, qu'elles n'avoient accouslumé de « porter '. »
Voici (lio-. 88) la coilTure d'Isabeau de Bavière vers '1893-. On
' Vol. II (Ifi:; C/tirmiques i\'VAVj,m'rvdni\ de Moiislrrlrl, rilil. ilc ICO.i, p. :i'.) . 2 Colli'cl. (i;iiç;iiièi'(!S.
retrouve encore sous cet échafaudage les nattes qui forment les deux cornes, revêtues d'étoffe, et la coiffe singulièrement allongée. Ce n'est que la charge des coifïures que nous avons fait voir précédemment et dans lesquelles les cheveux passent par-dessus les coilTes de velours ou de drap de soie. Peut-être la mode française avait-elle été ainsi outrée en Allemagne, et la beauté de la l'cine fit accepter ces exagérations. Avec ces hennins, les femmes portaient encore, pendant les premières années du xv siècle, l'escoffion avec ou sans voile. Mais il ne faudrait pas croire que les modes fussent alors
e.munmar.
moins changeantes qu'aujourd'liui : nous verrons la forme des hennins se modifier singulièrement pendant le long règne de cette coilTure; il en est de même de l'escoffion pendnnt sa durée beaucoup moins prolongée. Il se relève aux extrémités laléralcs , il s'aplatit, il prend plus d'envergure; on le décore en barbes d'écrevisse, on le drape de voiles de lin ou de mousseline. Vers 141o, nous lui voyons, dans l'Ile-de-France, prendre la forme donnée p;ir la ligure 39; puis le voile devient plus ample et tombe parfois sur les épaules. Les cheveux sont soigneusement cachés; plus de tresses, plus de queues pendantes derrière le chignon. Voici (fig. 40) l'exagération de cette coilïure qu'on trouve dans beaucoup de nioniimenls anglais rpii datent de l'dO ;i \\\\^. L'oxcnipli^ qiuî nous
[ COlFFUliE
donnons ici est pi'is sur la slalue de la comtesse Béatrice, déposée dans le chœur de l'église de la Trinité, à Ariindel (Sussex). Mariée
au comte d'Arundel en 1404, cette noble dame épousa, en 1432, le comte d'Hnntingdon, depuis duc dExeter. La coiffure est donc un
peu antérieure à cette époque, puisque la statue de la comtesse est placée près de son premier époux, cl qu'elle dut cire faite, suivant l'usage, après la mort de celui-ci'.
Après les escoflions à cornes, tels que celui représenté ligures 37 et 39, coitïures dans lesquelles la partie qui enveloppe les cheveux se distingue de l'accessoire qui reçoit le voile, apparaissent les cornes avec coiffe empesée par-dessous et voile flottant par-dessus.
Ces ornements de tête ne durèrent pas longtemps ; ils furent adoptés par les dames nobles et les bourgeoises, concurremment avec les hennins, de 1420 à 1430 (fig. 40 bis)-. Ils se composaient d'une coiffe de mousseline empesée, formant couvre-nuipie et venant joindre ses pans saillants et roides au sommet du front. Sur cette sorte d'auvent qui donnait des redets très-doux et clairs à la peau, se posaient les cornes, assez semblables à deux valves d'un coquillage s'ouvrant. Ces cornes étaient plus ou moins richement ornées de broderies, de passementeries, de pierres et de perles. De l'intervalle
' Voyez The inonumcntfil Efprjies af Crcat, niitnin,S[Q[h;ivd, 181"/. — Voyc/ aussi les cl'ligies, i;i'aY(''i>s sur liililrs (lo cuivre, do C.lirisliue (1 12()\ t'cuinic de Jolm Cressy, csq. , église de Dixlford (Norlliiimptonsliirc), et de IMiilippa nysc.li()])pesdon (l'ili). ôglise de lîioiiglilon ((txlordsliiri' [The monumental Brasses of En'jlinid, ''.li. liniilcll. 1849). — Le iiiauuscril du Homnn de Tristan et Vseu/l, Hihliolli. jimiii'tjmIo. |u'f'iiiicres années du XV' siècle. — Lu liuaian de Girart de Neuers, Bihliolli. iuipcr., couiinrucenicul du .\v« sièelc.
* Manuscrit de Girart de Ncvers, lîihli illi. iuijH'i-.
(lircllcs laissiiionl cuire elles s'échappait en gros bouilloiis un voile de gaze ou irélotfe très - légère et transparente. Vers la même époque, les hennins se développent prodigieusement comme hauteur et par les voiles dont on les couvre. Ceux des bourgeoises (lig. 41) '
se composent d'un cornet pointu de oO à 60 centimètres de hauteur environ, revêtu d'une étoffe riche et d'un voile rond très-ample, posé de telle manière que le bord du voile dépasse un peu le cornet sur le front, et que la partie postérieure tombe derrière les épaules jus(iu'au bas des reins. Les hennins des dames nobles (fîg. 41 bis)sont beaucoup plus hauts, couverts de voiles beaucoup plus amples et disposés sur le front, ainsi que l'indique notre ligure. Le cornet,
' Voyez le Missel île .luvéual des Ursius, cédé k la biblioth. de la ville de Paris par M. A. F. Didol.
* Manuscrit de Girart de Neve>'S, liihlioUi. iiiipériMlc.
l COIFFlliE ]
chu.s rexemplo que nous donnons ici -, est revêtu d'une étoffe rose avec bande de velours noir sur le fronl. Le voile, très-ample, brodé,
itl Ls
Lu
rtsi
est d"éloiïe irès-lransparcnle. Le collier est composé de matière non-e, avec joyau pendant. Le pectoral est cramoisi, n lu robe bleue,
' Kqii'dsoulaiil l,-i Im;11,. Ki^lMiilinr.
m. — .iO
2;Vt
doublée d'iicrmine sans queues; la ceinture or et les manchettes blanches.
Va
Il y avait aussi alors (vers 1430) les hennins avec voilette recouvrant complètement le visage, posée par-dessus les bords du cornet
ol non plus par-dessous (dg. 41 ter) '. Cet exemple est lire du beau manuscrit de Froissart, et représente une duchesse de Bretagne. Le cornet, très-haut, est noir, recouvert d'une gaze. Un bijou d'or est fixé sur le côté. Au sommet du cornet est attachée une bande de gaze peu large, mais très-longue et dont on voit les plis, ce qui indique que ces pentes d'étotïes transparentes devaient être fraîches
cl remplacées souvenl. Une voilette est attachée à trois doigts audessus (lu bord du cornet, descend jusqu'au menton, et couvre les oreilles et la nuque. Un collier d'or entoure le cou de la princesse. En B, est inditiué le croisement de la voilette derrière la nuque. Si la personne porte couronne, ce joyau est posé à l'atlachc de la voilette, cl quelquefois aussi (voyez en A) cette voilette est ouverte devant le visage '-.
I Fi'di.ssart, lliMiolli. inipi'i'.
* Ibiil.. la i\'iiiL' (l'Anuli'lfiie.
COIFFUnE ]
Avec ces sortes de coiiïiires ou ne laissait paraître des cheveux (|iriine très-petite boucle au sommet du front, comme s'il ne s'agissait que de donner un échantillon de leur nuance. Au moment de leur vogue, toutes les modes sont les plus charmantes du monde ; malgré son étrangeté, celle-ci eut un très-long succès, ce qui ferait supposer qu'elle avantageait les jolis visages. On conçoit facilement comment ce genre de coiffure, léger, brillant, enveloppé d'un nuage de gaze ou de mousseline, pût ajouter aux séductions d'un visage jeune et frais, d'un cou rond, lin, bien attaché et d'une parfaite pureté de ton.
On exagéra encore, vers 14o0, sinon la hauteur des cornets, au moins celle des voiles. Ceux-ci, empesés, brodés, prirent des dimensions et envergures fabuleuses, ainsi que le montre notre figure 42 '. Il fallait une armature de lils de laiton pour maintenir cet échafaudage de voiles dans les plis ; et, malgré la gêne que devaient causer ces coitïures, elles persistèrent pendant plusieurs années. Cependant les dames ne portaient ces hennins extravagants que lorsqu'elles se
< Lo Trnilé des taui-nois, liihliolli. iiiip., mauuscril exi'xuté vers la liu du xv siècle, mais dans lequel i'arlisle a affoeté do planer souvent des vêtements d'une époque antérieure à celle oii il peii,'nait. Voyez aussi uue helle miniature du milieu du xV siècle, collect. de M. le comte de Nieuwcikci'ke.
— 237 — [ COII'FUHE ]
paraient; liahiUicllcmciil on les tenait dans des dimensions plus modestes. Le portrait de Marie d'Anjou ', reproduit par Gaignières, représente cette princesse coilTée d'un liennin simple, relativement peu élevé, avec petit voile serré par -dessous, sur les tempes ((ig. 43), et laissant voir (jnelque peu des cheveux sur le sommet
klf
du front et sur les tempes. La mèche de cheveux, toujours apparente sur le front, était disposée ainsi (|ue l'indique le délail A, formant um; houclctte. C'était un usage habituel, signalé dans les ligures précédentes.
Très-rarement les hennins se portaient avec la guimpe, le cou
' Morte en 1 ifi:!
[ coiii-ii'.K 1 — 238 —
restait (lécoiivfirl; copondant on voit clans les vignettes des manuscrits, vers 1450, des hennins posés par-dessus la guimpe; mais celle coinïire cMail adoptée par les femmes âgées ou par les bourgeoises. qui, sortant à pied, craignaient d'exciter le scandale. Le cornet était alors beaucoup moins haut (voy. fig. 44), Sur la guimpe, assez lâche autour du visage, on posait un premier voile (voy. en A) qui n'était qu'une bande de mousseline empesée; puis le hennin, composé d'un cornet autour duquel était enroulé un très-long voile de tissu transparent et léger qui tombait jusqu'à terre. Soit, en B, la coupe transversale de la corne, le voile, attaché en «, était enroulé jusqu'en 6, attaché sur ce point, et tombait par derrière. Le hennin posé, pour cacher sa jonction avec le voile empesé, on fixait une bande d'étoffe de couleur, ordinairement noire ou très-foncée, qui servait en même temps à attacher, au moyen d'épingles, le cornet au voile et à la guimpe. Ces sortes de hennins, vers 1450. étaient aussi portés par les dames de qualité, sans guimpes, lorsqu'elles allaient par la ville. Pour les maintenir sur la tête (voy. fig. 45, en A), on fixait le voile empesé a par des épingles sur les cheveux et derrière l'occipul. Ainsi pouvait-on épingier sur ce voile empesé, et sur le chignon très-relevé, le cornet du hennin, qui était d'autant plus haut que les dames étaient plus élégantes. Ces cornets, sous le voile enroulé, étaient faits d'étoffes brillantes, claires, de drap d'or ou d'argent. L'éclat de ces étoffes était tempéré par le tissu transparent qui les recouvrait. Puis, par-dessus ce tissu on posait des bandes d'or, ou d'argent lamé, parfois même des perles, des pois d'or. Le béguin d'étoffe sombre qui cachait la jonction du cornet avec la voiletle de dessous était orné de perles ou pierreries au chef, ainsi que le montre notre figure K
Pour qu'une mode dure, il faut qu'il y ait à cela une cause ; or ces hennins qui commencent à paraître en 1395, persistent jusqu'en 1470 : jamais peut-être coiffure n'eut un si long règne. Ce n'était certainement pas sa commodité qui la fit conserver. Elle ne pouvait abriter ni du vent, ni de la pluie, ni du soleil ; et cependant il est ceiiain (|u'on la portait dehors, dans les rues et les promenades, plus encore que dans les intérieurs des appartements. Elle devait fatiguer la têie : si légers que fussent ces longs voiles, ils pesaient sur le cornet attaché aux cheveux. Cependant les femmes abandonnèrent difficilement cette coiffure, et c'est une des seules (|ui persistèrent, avec quelques variantes, dans une des provinces françaises,
1 Maui:sciil. Ihliliolli. iin|i('r.
,3JiOL/A«0
jusqu'à noire temps. Peu
asiléc dans les provinces méridionales,
[ COll'TL'IŒ ]
elle fui adopli'C par toutes les classes de ce côlc-ci de la Loire. Prétendre que sa durée est due à son extravagance, c'est un de ces jugements contre les modes qu'on répèle souvent, mais qui n'est
qu'une boutade. Un usage peut durer, bien qu'il soit absurde, mais non parce qu'il est absurde. Nous pensons que la véritable raison du long succès des liennins, c'est qu'ils faisaient ressortir la beauté et la fraîcbeur du teint, et qu'ils donnaient au cou une grâce singulière. Or, c'est par ces avantages que les femmes du nord de la France se font remarquer. L'absence des cbeveux même donnait, à la peau du visage, du cou et de la poitrine entourés de ces longs voiles diaplianes, un éclat transparent qui devait être assez piijuant. Aussi les prédicateurs ne cessèrent-ils de tonner en chaire contre ces afiiquets inventés pour la perdition des âmes, et ils eurent tout loisir de tonner. Mais, par cela même que ce genre de coilïure était
— 241 — [ COIFl-LKE ]
l)arliculièremcnt avantageux aux leinls purs, aux peaux délicates, il devait faire d'autant mieux ressortir les rides et tous les ravages apportés par Tàge; aussi les femmes ne se liront pas faute alors de se farder.
Il ne parait pas que les hennins aient été considérés cependant comme une coiffure de cérémonie, et si nous en exceptons Isabeau de Bavière, on voit que les princesses en France ne portaient ces cornets qu'en demi-parure. Avec les grands habits de cour, les dames de haut lignage étaient coiffées en cheveux entourés de couronnes ou joyaux d'orfèvrerie. Nous trouvons maintes statues tombales de dames nobles du milieu du xv*" siècle, vêtues de leurs liabits de cérémonie, qui sont coiffées ainsi. Nous citerons, parmi ces exemples, comme un des plus complets, la charmante statue de Jeanne de Saveuse, femme de Charles d'Artois, morte en 1448 et déposée dans l'éghse de l'abbaye d'Eu. La figure 46 présente la coiffure de celle princesse K Une coiffe est posée sur les cheveux,
qui sont ramenés sur cette coitTe en deux grosses nattes le long des joues, et en ondes du chignon à celle natte. Une couronne, dont la forme esl donnée par la ligure 47, épouse la forme de la coitfure, en laissant la place des nattes et en s'inclinant par derrière, de manière à serrer le chignon. Les hennins n'avaient donc pas un si grand crédit parmi les dames nobles, qu'on les considérât comme une parure convenable dans les occasions solennelles. Par cela même (]u'ils étaient portés par toutes les classes, par les bourgeoises et même par les femmes galantes, la haute noblesse ne les admettait (pi'avec certaines réserves. Autour d'elles, les dames
' r.i'Uc staliie est aujouririmi dcposi'e diuis l;i cryiik' du l'i^yliso d"Eii ; oUc éhiit aulreluis iilaccc dans le clireiir, sur nue liclle table de iiiarlire uuir, à eôté de sou époux (voyez r,;>iguières, eoUect. l>oiiléieuue). lille clail iieinle ; de prétendues reslauialiuus l'ulrcpi isi's l'ii ISi.'i oui l'ail, eu i;i'aude iiarlie. disi'araîlre ces peiutures.
[ COII'|-UIŒ I
nobles no peniicLlaienl point à leurs damoiscUes suivantes, à tous les degrés, de porter des hennins comparables à ceux qui ornaient leurs tètes, comme hauteur, comme forme et richesse. Les plus simples, parmi ces hennins de damoiselles suivantes, se composaient d'une sorte de boisseau, sans voile, laissant voir ([uchiue peu
vY.
les cheveux ilig. 48 '). D'autres (lig. 48 bis), en forme de cylindre légèrement infléchi de devant en arrière, garnis de velours, de satin et d'un bijou, recouvraient un voile très-transparent empesé, taillé en façon de large entonnoir renversé ou d'abat-jour '-.
C'est de 1470 à 1475 que les hennins disparaissent. Quand Louis XI mourut, en 1483, il y avait déjà longtemps que les dames en France n'en portaient plus. La cour du roi Louis XL comme on sait, n'affectait pas le luxe, et les femmes n'y jouaient aucun rôle. Plus de ces fêtes, plus de ces joutes brillantes si fort en vogue à la cour de Bourgogne. Or, la simplicité de la cour de France influait sur les habitudes de la noblesse et de la haute bourgeoisie ; le luxe des vêtements, de la coiffure, fit place à des modes plus simples. Autant les coitfures des feuimes s'étaient élevées au-dessus du front, autant elles s'abaissèrent, en garnissant les oreilles et le cou, mais toujours en laissant le fi'ont très-visible et très-haut. Si la théorie
1 Manuscrit, le Livre des marques de Rome, 1466, Biblioth. imper. Fragmeut d'un bas-relief du milieu du xv" sicele, magasins de Saint-Denis. — Ces ehapcrons, en forme de boisseau, étaient faits de carton ou de treillis empesé, garni d'étoffe de soie avec ganses <i'or ou d'argent.
- Manusi'i'it de Giinrt de Nevers. lîibliolh. iiiipér.
— 2i3 — [ r.oïKi'CiîE j
Je Darwin sur la sélection naturelle est juste, il est fort heureux que les modes soient variables, car autrement on ne saurait imaginer à quelles étranges ditïormités conduirait la dui'ée d'une mode pendant plusieurs siècles. I/espèce humaine arriverait ainsi à moditier nonseulement les traits du visage, mais les caractères qui semblent indélébiles chez certaines races. Pour tous ceux qui ont étudié avec
I^ôô,
quelque attention les changements des vêlements chez les peuples divers d'une même race et la façon de les porter, il n'est pas douteux que le corps alTecte certaines allures, les ti-aits du visage, certaines dispositions particulières, suivant les goûts, les tendances de chaiiue mode ; si bien (ju'à distance, les personnages d'une même époque ont tous un caractère commun (h; ressemblance : et sans remonter plus haul (pie le moyen âge, au xn" siècle par exemple, la lêle était petite, le corps long, les bras relativement com'ts ; chez les femmes, les épaules étaient étroites et la poitrine
[ cnim-iîK I — 244
pou (lovcloppcV. Plus lard , 1rs hanches des femmes sont trèsacciis(''es. la laiUn longue ; le has de la figure large, les yeux longs, le front petil ; plus tard encore, le ventre est saillant, la taille courte, les épaules grêles et effacées, les tempes larges, le front haut, etc. A dater de la fin du xiv" siècle jusqu'à la fin du xv^ avoir le front haut et bombé était, chez les femmes, une marque de | beauté ; et en examinant les statues de ces temps, les portraits qui ont d'ailleurs un caractère d'individualité bien trancbé, on se demande comment tant de personnes pouvaient posséder ce caractère particulier qui, pour nous aujourd'hui, est une exception ; do même qu'en voyant les portraits des femmes de la seconde moitié du xvn" siècle, on peut se demander comment tant de dames possédaient des joues longues et un peu pendantes, une bouche en cerise, un nez court et petit, et des yeux à fleur de tête. Il est clair qu'une race ne se modifie pas ainsi au gré des désirs de la mode, mais que, pour plaire, les artistes inclinent, dans leurs reproductions, vers un type admis comme excellent. Il est certain aussi que chacun se rapproche autant qu'il le peut de ce type, et qu'à force de chercher à lui ressembler, on donne au port et même aux traits quelque chose qui appartient au milieu où l'on vit et qui est en dehors de la personnalité. Nous ne croyons guère à l'influence d'un désir ou de la vue d'un type sur le fruit d'une femme enceinte ; cependant il y a dans ce vieux préjugé un fond vrai que le philosophe ne doit pas négliger et que les observations récentes sur la sélection naturelle viennent expliquer. Les êtres qui appartiennent à l'ordre organique peuvent très-probablement se modifier dans une certaine limite, par suite de besoins, d'aptitudes, de goûts, de désirs; et il n'est pas rare de trouver deux personnes qui, ayant vécu longtemps dans une complète intimité, contractent des gestes, des allures, un port, un jeu de physionomie identiques, bien que d'ailleurs elles ne se ressemblent pas et ne soient point conformées de la même manière. Cela ne saurait, à notre sens, aller jusqu'à faire pénétrer une race dans une autre, et jusqu'à faire, par exemple, que des générations de Cafres, vivant au milieu d'Européens, puissent jamais entrer dans la famille aryenne, ou du moins rien ne peut faire supposer que le fait soit possible; mais, dans le sein d'une même race, nous voyons, en l'espace d'un siècle, se produire de ces modifications physiques qui ont une certaine importance et qui expliquent comment, si une mode se prolonge, des caractères identiques s'observent chez tous les individus qui s'y soumettent. Donc, pour rentrer dans notre sujet , on ne pourrait
guère expliquer comment, pendant tout le cours du xv"^ siècle, les femmes avaient tontes le front aussi élevé et dégagé, si, la modo aidant, la plus grande partie d'entre elles ne fût parvenue réellement à reculer la racine des cheveux et à dégager les tempes. Vers 1480, les coilîiires des femmes s'abaissent définitivement, mais le
^»— ^;V"V-'.'-'-lV,vV> V.-.
«•flWBiflS
front reste découvci't, et ce n'est que vers iolU que celte mode fait place à une autre. Alors les cheveux, disposés en bandeaux ou en tor.sades sur les tempes, reprennent peu à peu la place qu'on leur a fait perdre. Plus tard, ils sont encore relevés vers la nuque et découvrent de nouveau tout le front ; puis on les dispose peu à peu en boucles, ils retombent par devant, et, au xvii" siècle, les fronts sont bas et étroits, envahis par de délicates frisures, dont la racine s'est fort rapprochée des sourcils. Cependant les aïeules de ces dames de la cour de Louis XIII, dont les cheveux naissaient à 5 centimètres
[ cdim lîK j — 246 —
des souirils, laissuieiU voir des fronts dégarnis et purs de lont appendice capillaire jusqu'à une distance de 8 ou 9 centimètres au-dessus des arcades sourcilières.
Ces chaperons hauts, en forme de boisseau, que donnent les figures 48 et 48 bis, furent portés un peu plus tard, c'est-à-dire de 1480 à 1485, par les daraes nobles, mais avec voiles et Irès-inclinés en arrière, comme pour renfermer le chignon posé naturellement sur l'occiput. La figure 49 montre un de ces derniers hennins *. Le chaperon est recouvert d'étofie de soie avec passementeries d'or.
ci:
lïl-
^'^ iy
Le voile est fait d'un tissu transparent avec broderie sur le liord. Voici quelle était la forme de ce voile et comment il était pHé (fig. SO). Long de l'",50 sur 0"',32 de largeur, le voile, en A, est tracé déplié en n et plié en h. Prenant du milieu f, en rf, une lon-
1 Mamiscrils (le la lin du xv" sièrk- ; miiiial. idlhcl. de M. A. Grroiite. Voyez aussi la tombe gravée d'Isabelle, veuve <le William Cjieuie esq., 1482, église de Bliekliûg (Norfolk. Angleterre).
[ COIFl TUE ]
gueur égale à la largeur cf. on traçait le pli hd\ prenant de h une longueur h en m égale au pli hd, on traçait le pli dm. On divisait l'angle hcd en deux, et l'on traçait le pli hi. Le triangle hh' était posé sur le chaperon, le sommet h en avant et le dépassant. Le triangle hid se repliait sur la moitié du triangle hii' ; puis sur ce triangle hi'd' on repliait le triangle hm'd\ puis le trapèze hd' , m'f. Le voile, posé, présentait par derrière la ligure B.
Cette coiffure était, pour le temps, un peu attardée, puisque déjà, en 1480, les dames portaient la coiffe basse aussi bien que les bourgeoises. En admettant que les tapisseries de Nancy soient bien réellement celles qui furent prises dans les bagages de Charles le
Si
Téméraiie, ces coiffures basses des femmes dateraient au plus tard de 1477. Mais, parmi ces tapisseries, il est nécessaire de faire une distinction: celle ijui représente l'histoire d'Assuérus est bien certainement de 1470 à 1475, et peut avoir été trouvée dans les bagages de Charles le Téméraire, après la bataille de Nancy ; quant à celles qui repi'éscnlenl la MoraiUc du banquet, il nous est impossible de leur assigner une date antérieure à 149o. Les habits portés par les personnages sont tous, sans exception, de 1500, et tels (|u'on les portait à la cour de Louis Xll. Cela n'enlève rien à la valeur des braves Lorrains qui se comportèrent si bien à la joui-néc du ojaii-
coiri'iiŒ ]
vier 1477, ni même à rinlérêl que présentent ces précieux tissus ; mais il faut, pensons-nous, prendre son parti sur la provenance douteuse de ces tapisseries ou détruire tous les monuments contemporains. D'ailleurs ïhistoire manuscrite de Charles IV, conservée à Nancy, ne l'ait nulle mention de ces tapisseries et de leur origine, non plus
que Vllistoire du parlement. La bataille de Nancy ayant été donnée le 5 janvier 1477, il faut admettre que les cartons qui ont servi à la fabrication des tapisseries de la Moralité du banquet datent, au [dus lard, de 1474. Or, en 1474, on ne trouvera pas une seule vignette de manuscrit, pas une peinture, pas une sculpture présenl;iiil les vêtements d'hommes et de femmes ligures sur ces lapis-
COIFFLlîE ]
séries, vélemenls identiques avec ceux en usage pendant les premières années du wi" siècle. Les hommes purtenl tous, sans exception, les cheveux longs et le chapeau à la mode vers le milieu du règne de Louis XII (150S). Les femmes sont coiffées de la coilTe, qui persiste jusque sous le règne de François I". Quoi qu'il en soit, voici (fig. 51) ce qu'était celte coiffure, commune aux femmes de tout étal : Le front est dégagé, les cheveux ne sont plus ramenés vers la nuque ou le sommet de la lête, mais sont appliqués en bandeaux ondes sur les tempes. Une coiffe d'étoffe couvre le chignon, les oreilles et le dessus de la tête. Sur cette coitfe est posé un voile d'étofTe habituellement sombre, ou Irès-riche, qui n'est qu'une bande tombant de chaque côté sur les épaules. Sous la coitfe (voy. fig. 5!2), une sorte de sac d'étoffe brillante, ou de résille, chargée
d'ornements, enveloppe les cheveux, qui sont ainsi supposés tomber derrière le dos au-dessous des épaules (voy. en A le prolil et l'aspect postérieur de la coiffure). Quelipiefois ce sac est supprimé, et la coifTure tombe par derrière jus(|u';i la naissance du cou, en formant de larges plis réguliei'S et verticaux (fig. 53). Les clieveux apparaissent même sous cette pente de la coiffe, en formant un flot onde (|ui descend à peine au milieu du dos ; mais cette dernière disposition
est rare, et habituellement les cheveux ne se voient pas au-dessous
m. — :ii
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de la pente postérieure de la coiire. Il arrivait aussi que les pans de la baudc d'étolTe posée sur la coille étaient retroussés sur le sommet de la tète, ainsi (juo le montre la figure 54'. C'était un moyen de ne pas être gênée par ces deux pentes lorsqu'on était à table, mais aussi de donner à cette coiffure une physionomie plus coquette. La coiffe était parfois attachée aux cheveux par de riches épingles
posées latéralement, ainsi que le fait voir notre figure. Outre ces coiffures qui, comme nous l'avons dit, étaient portées à la ville par les femmes de qualité, ainsi que par les bourgeoises, et ne digéraient que par le plus ou moins de richesse des étoffes et des joyaux, les dames de haut lignage avaient des coilïures autrement riches, lorsqu'elles se paraient de leurs plus beaux atours. Il existe encore dans nos monuments figurés un grand nombre de ces coiffures de dames nobles des dernières années du xv^ siècle. Parmi ces exemples, nous en choisirons un seul, afin de ne pas étendre outre mesure cet article.
Dans la crypte de l'église abbatiale d'Eu ont été déposées un certain nombre d'effigies de personnages autrefois placées autour du sanctuaire. Pai'mi ces figures, il en existe une qui est fausse, c'est-à-dire composée de fragments appartenant à divers monuments. On a fait ainsi , pour l'histoire des personnages autrefois ensevelis dans l'église d'Eu, ce (pie l'on fit à Saint-Denis il y a une quarantaine d'années. Pour compléter une collection de statues, on en com-
' Voyez les lapisscrics de Naucy, Moralité du banquet, dc^a'icva aimées du xv siècle.
[ COirFLRE J
posait avec des débris, dont rorigiiie était inconnue. Ces fnnx en monuments historiques furent considérés, par un bon nombre d'ailistes du commencement du siècle, comme le fait le plus simple et le plus innocent. L'affaire élait de compléter la cbronologie. Donc, dans cette crypte, on voit une statue de femme au-dessus de laquelle une inscription gravée sur marbre noir apprend aux visiteurs que cette effigie est celle de « noble dame Isabelle d'Artois, fille de Jean d'Artois, etc., morte en 1379 ». Il est certain qu'Isabelle d'Ailois, morte en 1379, était enlerrée dans l'église d'Eu, puisque Gaignières donne la copie de l'effigie sur sa tombe ; il est cei'tain aussi qu'en
examinant la statue on retrouve bien les plis et les traces de peinture l'eproduils par Gaignières. Toutefois, nous avions grand'peine à admettre qu'en 1379 une dame noble fût coiffée ainsi que l'est cetle slatue. D'ailleurs, celte coiffure n'est nullement celle retracée dans la copie de Gaignières, et cependanl il n'y avait pas à douter que la sculpture de la tète ne fùl Icui entière ancienne. Or. en examinant de plus près la figure avec force lumières, nous avons bicniùt reconnu que le bas de la figure appai'lient à Isabelle d'Artois, qu(> le torse est une restauration moderne, el que la tête provient dun autre ninnuuient,
[ COIFFl'RE ]
Isabell(3 (l"Arlois manquaiil, on ne se présentaiU aux artisles chargés de la restauraLloii des monuments qu'avec un bas de robe, on eut bientôt fait de la compléter. Mais, si cette tête ne date pas de 1379, elle n'en est pas moins fort bonne comme sculpture, et donne un des plus beaux exemples de la coiffure de parade des dames nobles de 149o à loOO. Nous en présentons, figure 5o, la face, et, figure 56, le profil. Les cheveux sont disposés en bandeaux ondes
sur les tempes, non point longitudinalement, mais transversalement, ce qui devait exiger, de la part du coiffeur, beaucoup d'habileté. Pour éviter la sécheresse de ces bandeaux sur le front, de très-petites mèches s'échappent de la dernière onde pour marier le ton des cheveux avec celui de la peau. A une très-riche coiffe terminée de chaque côté, au-dessous des oreilles, par deux volutes de perles, est attachée une sorte de turban, plat par derrière, terminé à sa partie inférieure par un sac d'où s'échappent, sur les épaules, des mèches de cheveux. Le turban est garni de rangs de perles et était fait d'un tissu d'or. La coiffe et le sac étaient taillés dans une très-brillante étoffe, si Ton s'en rapporte aux fines gravures qui simulent une broderie ou un brochage. Un collier de quatre rangs de perles serrées, avec fermoir sertissant une pierre fine, orne le cou.
Il s'en faut que nous ayons pu donner toutes les variétés de coif-
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fures adoptées par les hommes el par les femmes depuis l'époque carlovingienne jusqu'<à la renaissance. Nous avons essayé de présenter les exemples les plus saillants qui indiquent les changements importants des modes, en laissant de côté les exceptions ou les déviations qui n'ont pas abouti. Entre les traits principaux, les changements notables, il existe des transitions dont on ne pourrait rendre compte que dans un ouvrage spécial sur cette matière, mais qui ont la valeur de celles dont nous sommes chaque jour les témoins. On peut en conclure, pour la coiffure comme pour les vêtements du moyen âge, que les modes ont eu des variations incessantes, rapides, avec des retours souvent inexplicables ; que l'art d'orner la tête a été de tout temps une des préoccupations les plus actives des classes oisives, et que de tout temps aussi les religieux, les moralistes, les satiriques, se sont élevés, sans apparence de succès, contre ce goût pour les parures de la tête.
Nous avons tenu à ne donner que des exemples pris dans les modes françaises, car, si nous avions voulu recueillir les modes des provinces qui avaient leurs usages particuliers, comme la Provence, le Languedoc, la Guyenne, la Bretagne, nous aurions été entraînés beaucoup au-delà du cadre que nous nous sommes tracé. Dans les autres articles de ce Dictionnaire, nous avons, d'ailleurs, l'occasion de revenir sur cette partie importante du vêtement des deux sexes.
COL, COLLET, s. m. {coirier\ collet de cuir). Jusqu'à la fin du xnr siècle, les robes des hommes, comme celles des femmes, ne portent pas de collets, elles sont taillées sans retroussis, et leur ouverture supérieure s'applique sur la peau à la base du cou. Il ne faut pas confondre le collet avec le camail ou avec l'aumusse, qui porte un capuchon. Vers la fin du xiii* siècle, on voit parfois le peliçon des hommes garni d'un petit collet rabattu avec fourrure ; mais cette mode est peu usitée 2. Il est de même très-rare de voir le bliaut avec collet, car on ne peut donner ce nom à une large passementerie cousue sur ce vêtement à l'ouverture, et qui forme un
1 Le mol coiricr s'culeail liuhiLiR'llciuciiL corniiio collet ch; cuir pos6 sur !.■ iKiiihert (le guerre.
« Et innint holmc voler, è maint coiri:;r arricr. >« {Romnti de Rou, vers 4Gi2.) Coirier arrier doit s'entendre comme collet i-cjcté en arrif'rc. C'est qu'en effet une aumusse de peau tenait au collet de cuir, et, pendant le combat, ce capuchon devait souvent retomber en arrière (voyez, dans la partie des Akmes, k l'article AnMunn. la figure 5).
- Voyez Pf.i.icox.
[ COL, COl.l.KT ]
crnement plus ou moins riche (fig. 1)'. Ce n'est que vers le milieu du XIV" siècle que les vêtements des hommes prennent des collets. Jusqu'alors, ces vêtements étaient amples; mais, à celte époque, commença la mode des habits justes à la taille et sur la poitrine,
fermés par devant ou sur les côtés à l'aide de lacets ou de boutons, et terminés par des collets. D'abord peu prononcés, tenant au vêtement de dessous et formés de deux petits retroussis droits couvrant latéralement et sous la nuque une chemisette fermée autour du cou (tig. 2), ces collets s'élèvent, enveloppent le cou comme dans un
tube, et se terminent à la hauteur du menton et du lobe des oreilles par un passe-poil de fourrure. Ces sortes de collets, fort à la mode à la fin du règne de Charles V, étaient boutonnés par devant, prenaient exactement la forme du cou et tenaient au vêtement de dessus, à la fois robe et justaucorps sei'ré habituellement autour de la taille par une ceintui'e (lig. 3j-. Ces collets, hauts, évasés du haut, doublés de fourrure, accompagnés d'une grosse chaîne d'or avec
1 Mamisi-r. Itililinlli. imp/T., rmuls Saiiit-Cirniiniu, u» GGU (xiii'' siî'ole).
2 Jlauiiscr. Biblioth. iiniiri.. Tii'sla?! et Ysett/t, fouds tVam.ais, t. 1.
- iî55 —
[ COI., COIJ.ET 1
médaillon, étaient portés par les gentilshommes. Les bourgeois se contentaient de petits collets droits, non doublés de fourrure, bou-
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tonnés par devant (Iig. 4)'. Vers 1390, les collets des robes de dessus ou corsets des hommes nobles sont hauts, roides, souvent godronnés. Un collier de grosses perles d'or, attaché par derrière
au moyen de deux ganses dont les bouts pendent, série la base du collet (tig. 5)2. Mais une mode aussi gênante, et (pii rappelle les cravates qu'on portait il y a quarante ans, ne pouvait être
' Maïuisi T. liililiolli. iiMp{''r., Tristan et Vscult, l. M.
- Mamiscr. r>ililii)lli. iiiii)(''r., Uaytou, Hist. de la terre d'Orient, frau(;ais.
COL, COLLET
poussée plus loin. Vers 1410, il y eul réaction : les cols des pourpoints furent fendus par devant pour laisser le menton libre, et maintenus liauis par derrière pour garantir le cou. Ces collets tenaient au vêtement à manches et juste à la taille, appelé cotte et
plus tard pourpoint ; ils étaient de même étoffe et de même couleur. Mais, comme on portait alors par-dessus la cotte ou le pourpoint un corset, un surcot ou un peliçon, un garde-corps ou une robe, le collet du pourpoint dépassait l'ouverture supérieure de
ces vêtements, ce qui était considéré comme très-élégant. On tenait, d'ailleurs, à ce que le pourpoint fût d'une autre couleur que celle du vêtement de dessus (voy. Cokset, Pourpoint, Suucot). Entre les deux pointes obtuses du collet, par devant, on apercevait la chemisette serrée au cou, faite de linge très-lin, transparent et plissé
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à très-petits plis (fig. 6) '. A dater de celte époque, les collets des pourpoints ne lirent que décroître jusqu'au xvi" siècle. Sous Louis XII, les hommes laissent le cou libre et couvert seulement à la base d'une tine chemiseltte. Par compensation, les collets rabattus des pelifons prirent un développement considérable, et s'abaissèrent jusqu'au milieu du dos en couvrant les épaules 2. Chez les femmes, la mode subit à peu près les mêmes variations. Cependant les dames
nobles se décolletaient lorsqu'elles se paraient, à dater de la fin du xni" siècle. Alors même et jusque sous le règne de Charles V, les robes étaient taillées décolletées, et les femmes ne se couvi-aient le cou qu'au moyen de guimpes ou d,e chaperons posés comme l'aumusse. Vers la fin du xiv^ siècle, les robes parées et les robes de ville eurent des coupes dilïérentes. Les robes de ville ou du matin étaient montantes, avec collets hauts, élastiques et roides, comme ceux des hommes (fig. 7) \ De petits boutons très-rapprochés, à peine
' Girart de Never.s, iimiiiiscr. liihliolli. iiiipôr., fninrais.
* Voyez Peliçu.n.
* Mauiiscr. liihliotli. iinin'i-.. IVanriiis, Tiistan et Yseult, t. II.