AUBE
AUBE, s. f. Sorte de tunique blanche à manches qui était portée, dans les premiers siècles du moyen âge, par les laïques et par les clercs, mais qui, dès le xni"' siècle, ne fut plus considérée que comme vêtement sacerdotal.
Avant le baptême, les catéchumènes étaient revêtus de Taube pendant une semaine. Quand le roi des Français abandonna la Normandie en franc-alleu à RoUon, celui-ci consentit à être baptisé, et dit au prince : « Ainço\s que je doingue terre à mes homes, weil « par vostre conseil en ces .vij. jours que je serai en aubes, donner « de mon comquest à ces eglyses que vous nommé m'avez, que je
« lor aïe puisse avoir envers Noslre-Seigneur Et quant il fa
« désaubés, si donna terre à ses barons qui servi Tavoient *. » — « Et fu apelez pour Rous, Robert, et Franques li arcevesques le bap- « tisa. Quant il fu desaubez, si apela l'arcevesque et li demanda '< moult debonerement les quex eglyses de sa terre estoient de « greigneur autorité ; et puis fist toute sa gent baptisier -. »
Guillaume Durand ^ décrit ainsi ce vêtement sacerdotal :
« Après l'amict, le prêtre revêt la chemise ou aube, qui, convenablement adhérente aux membres du corps , montre qu'il ne doit y avoir rien de superllu ou de dissolu dans la vie du prêtre ou dans ses membres. Elle tigure aussi, à cause de sa blancheur, la pureté de la vie, selon ce qu'on lit : « Qu'en tout temps tes vête-
« ments soient blancs. » Et elle est de bysse ou de lin Or l'aube
a un capuce , elle a aussi un cordon » Le même auteur dit
que l'aube était originairement étroite, mais que de son temps elle était ample, qu'elle est ornée d'une broderie à son extrémité antérieure et aux manches, qui sont serrées.
L'aube, avant Guillaume Durand et même de son temps, ne possédait pas toujours un capuce. Nous en trouvons la preuve dans un grand nombre de statues des xni" et xiv^ siècles, et dans l'aube même de saint Thomas Becket, conservée dans le trésor de la cathédrale de Sens. Il est certain que ce vêtement date des premiers temps du christianisme. Le quatrième concile de Carthage ordonne aux diacres d'être revêtus de l'aube pendant le sacrifice.
Grégoire de Tours rapporte que les prêtres et les diacres étaient revêtus de l'aube pendant une translation de reliques \ Grand Colas
' Les Chroniques de Normandie, jnihl. par M. Fr. Miclicl. p. \o. - Fragments des chr. de Nor m. ,\Mih\. par M. Fr. Michel, p. 87. •'' Hatwna/e, lib. 111, oap. m (xiii» s.). ♦ Lifj. de fjtoria conf'ess., cap. xx.
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dit. à propos de ce vêtement ' : « L'aube ou lliabil blanc devint si ordinaire aux clercs, qu'ils le portaient toujours comme leurs vêtements ; et les conciles ordonnèrent qu'ils en auraient de particuliers qui ne serviraient qu'au temps du sacritice... » — « C'était si fort l'usage des évêques et des prêtres de porter l'aube dans leur vêtement ordinaire, qu'on leur recommande de ne la pas quitter, même en voyage, et quand ils vont à cheval. »
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Nous donnons (dg. 4) l'aube de saint Thomas Becket que conserve le trésor de la cathédrale de Sens. Celte aube est de lin blanc, sans capuchon, avec un parement d'élod'e riche sur le devant en bas. Les côtés de la tunique sont plissés à petits plis et réunis par des goussets en mailles de lil. L'exii-émité des manches est juste aux poignets, avec une entaille pour passer facilement la main. Dans les statues d'évê(jues et de prêtres des xii" et xni- siècles, l'aube apparaît sous la chasuble par-dessus l'élole (voy. Etoi.e) et ne descend guère plus
' Les iindenncs lilui(jirx,{. Il, p. 13i.
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bas que la moitié des jambes. Ainsi est faite l'aube de Thomas Becket. La planche 1 donne le dessin de rétoffe qui décore le devant de cette aube. Plus tard, l'aube descend un peu plus bas. Pendant les xni° et xiv^ siècles, elle est fendue des deux, côtés, depuis le bas jusqu'à la hauteur du genou; et ces fentes sont ornées souvent de franges. Les statues des papes et évêques du portail méridional de la cathédrale de Chartres, celles du portail nord de la cathédrale de Reims, montrent des bas d'aubes ornés de très-riches broderies.
AUMONIÈRE, s. f. {aumosnière , aumoisnière , aloière). Petit sac avec coulants ou fermoir, qu'on pendait à la ceinture et qui contenait les objets dont on se servait habituellement, de la monnaie. Depuis le xn" siècle jusqu'au xiv", l'aumônière est le complément indispensable du vêtement journalier des deux sexes ; on ne quittait guère son aumônière que lorsqu'on se parait, qu'on s'armait ou
qu'on restait chez soi. La forme la plus ancienne de l'aumônière est celle d'un petit sac, avec deux, cordons (coulants) pour le fermer, et un autre cordon pour l'ouvrir et le suspendre à la ceinture. La ligure 1 montre une de ces aumônières i et la manière de la suspendre à un étrier pris dans la ceinture. On fermait l'aumônière en tirant sur les deux coulants a, a. Le cordon simple, attaché par ses extrémités au bord supérieur du sac, permettait de l'ouvrir et passait dans l'élrier de métal.
Le trésor de la cathédrale de Troves conserve trois aumônières
1 Slîituc (1(! C.lovis l''f, (Inliiul dc's prCMiirrus auui'cs dti xiii" sièrle, aujourd'hui déposéo daus r^'elisi! du Saiiit-l)L'ui:<, autrelois dans l'6s;li3c abbatialo du Saiut-Gcniiain dut* Prûs.
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