‹ Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carlovingienne à la RenaissanceChapitre 52 sur 76 · ÉTOLE DE SAINT THOMAS BECKET · texte numérisé non relu

ÉTOLE DE SAINT THOMAS BECKET

y2 de rexecution.

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arnioyées étaient ou brodées à la main, ou tissées exprès. Dans l'un ou l'autre cas, elles devaient coûter fort cher. Cette mode ne fit que se développer jusque vers le milieu du xv siècle. Une charmante miniature de 1430 environ i nous montre Marguerite d'Ecosse applaudissant Alain Chartier qui récite quelques-unes de ses poésies. La jeune princesse - est vêtue, par-dessus un surcot d'hermines et un jupon pourpre, d'une houppelande bleue semée de France, et de son chitïre : M (voyez Houpi'Ela>'de). C'était évidemment une étoffe tissée pour l'usage de la princesse, tandis que d'autres étaient composées de morceaux cousus ensemble, sur lesquels les pièces d'armoiries étaient brodées ou appliquées suivant la méthode employée encore en Orient. Les draps d'or et d'argent en plein entraient nécessairement pour une forte part dans ces vêtements armoyés. Quelquefois, les seigneurs se contentaient de faire broder en semis la pièce principale de leur écu sur une étoffe d'or, d'argent ou de la couleur d'émail du champ. Des Heurs de lis, des besants, des macles, des aiglettes ou alérions, des roses ou trèfles, lions ou léopards, étaient ainsi semés sui' un drap d'or ou d'argent, rouge, pourpre, noir, bleu ou vert. La mode des chiffres ou devises tissés ou brodés en or ou argent sur des fonds de couleur était aussi fort répandue en France parmi la noblesse, à dater du commencement du xve siècle jusque vers 1460. Mais c'est -assez parler des étoffes de soie, d'or et d'argent.

Les étoffes de laine, de poil de chèvre et de chameau étaient non-seulement portées par les classes inférieures, mais aussi par la noblesse, car plusieurs de ces étoffes, et notamment les dernières citées, étaient fines et d'un prix très-élevé. Ces étoffes de poil de chameau, fabriquées en Orient, étaient même parfois ornées de fils d'or formant des rayures ou des dessins dans la trame. Le manuscrit de Théodulfe, déjà cité, conserve (luehjues morceaux de ces tissus de poil de chèvre ou de chameau entremêlés d'or, d'une grande finesse et souples, ainsi que nous l'avons dit plus haut. On fabriquait aussi en Orient des tissus de coton et or, semblables à ceux qui nous viennent de l'Inde encore aujourd'hui. Nos moussehnes à chefs d'or sont une dernière tradition de cette fabrication. Ces étoffes de coton, ([ui étaient appelées boijerant, bogucrant, bougerant, et enfin bougran, étaient originaires de ijQukbara en Tartni'ie. Au xiv' siècle, h' bougran était un tissu (h; lin

' M.'uiiisiT. liibliolii. iiiilioii.. Poésies d'Alain Cliarliei-. - Ell(! iiiDiu'iil i;u 144i, k l'âge do viiigl ans.

fabriqué en Arménie, dans l'île de Chypre, el plus lard en Espagne. Quant au camelol dont il est si souvent question dans les romans, chroniques et comptes ou inventaires du moyen âge, c'était originairement une étoffe faite de poil de chameau, et qui par conséquent venait d'Orient. Cependant, il y avait des camelots dont la trame était de soie et d'or, la chaîne seule alors était de poil de chameau ou de chèvre d'Angora. Ces dernières étoffes ne paraissent pas avoir été en usage avant le xv* siècle. Il est fait mention dans plusieurs inventaires de cette époque, et notamment dans l'inventaire de Charles le Téméraire, « d'une pièce de camelot violet de soye, a brochée d'or ». Il y avait des camelots de toutes couleurs, et cette étoffe était estimée, puisque, en 1366, la pièce de camelot est payée le même prix que la pièce de cendal, qui était de soie, ainsi que nous l'avons vu plus haut*. Le camelin était aussi une étoffe de poil de chameau dans l'origine, mais qu'il ne faut pas confondre avec le camelot plus estimé. On le fabriquait en Phénicie, ainsi que nous l'apprend Joinville : « Li roys me donna congié d'aler « là (à Tortose), et me dist à grant à conseil que je 11 achetasse « cent camelins de diverses colours, pour donner aus corde- « liers, quant nous venrions en France-. » Il ne paraît pas que ces camelins fussent jamais tramés de soie et d'or comme les camelots. Ils sont toujours cités comme une étoffe très-ordinaire. Dès le xju^ siècle, on en fabriquait à Saint-Quentin, et, au xiv° siècle, à Amiens, à Cambrai, à Malines, à Bruxelles, à Gommercy. Bien entendu, ces camelins occidentaux étaient des tissus de laine. Il y avait des camelins blancs, noirs, verts, et leurs qualités étaient variées, puisqu'il est fait mention de camelins qui sont payés 41 et 12 s. 6 d. Faune; d'autres 24 et 28 s.

Le bureau, burel ou biiriau, était une étoffe de laine plus grossière encore que le camelin : « Por buriaux et sollers achetez à " départir à povres en nos domaines ^. » Cependant, au xn'' siècle, dans les statuts de l'ordre de Cluny dressés par Pierre le Vénérable, on lit ce passage : « Slatutum est ut nullus scarlatas, aut barra- « canos, vel pretiosos burellos, qui Ratisponi, hoc est apud Raines- 0 hors, fmnt, sive picta quolibet modo stamina habent '\ » Ainsi, à cette époque, il y avait des buriaux assez précieux pour que Pierre

1 Voyez Recherches sur les étoffes de soie, d'or et (Vargent, pendant le moijcn âge, par M. Francisque Michel, t. \\, p. 40 et suiv.

- Hist, de saint Louis (Joiuville), [lubl. par ftl. Nat. de Wailly, \u 214.

^ Testament de Philippe lU.

* Statut. Cluniacens., ca]i. xviii.

le Vénérable crût devoir les interdire h ses moines. L'étamine peinle était considérée aussi par le réformateur comme trop riche pour être portée dans les monastères de Cluny. Cependant, Tétamine n'était qu'une étoffe de laine légère, qui devint plus tard extrêmement commune. Cette étamine peinte était-elle ornée de couleurs ou tissée de diverses nuances? Il serait difficile de décider la question. Nous n'avons pas trouvé de traces d'étolïes imprimées occidentales avant la fin du xive siècle; mais, bien avant cette époque, on appliquait, par un procédé quelconque, des couleurs et des ors sur des tissus de toile et de laine. Au xiv" siècle, on faisait des chemises d'étamine : « Li, pour appareillier 10 chemises d'étamines et « 4 braies pour le Roy, 14 d. '. »

Quant au bureau ou burel, il est certain qu'à dater du xni" siècle, cette étoffe de laine était laissée au bas peuple. 11 s'agit de l'amour :

le C'est t'hartre qui prison soulage,

" Printenis plains de fort yvernagc ;

" C'est taigne qui lieus ue refuse,

(c Les porprcs et les buriaus use;

(c Car ausiuc bien sunt ainoretes,

« Sous buriaux ciumuc sous brunetes-. »

L'opposition que le poêle fait ici entre la brunette, qui n'était qu'un drap fin de laine teinte, et le buriau, indique assez la grossièreté de cette dernière étoffe ^ Quelques villes du nord de la France fabriquaient beaucoup de ces étotïes de laine, de laine et lin, et de laine et fil. A Douai, il y avait des manufactures d'une étoile fort répandue au xni" siècle, appelée tiretaine. Les archives de celte ville conservent un des règlements concernant cette fabrication, daté de 124o'^ : « On fait le ban ke nus ne soit si hardi hom ne « feme en ceste vile ki facent tiretaines en cesle vile autres ke « boines et loials ensi com li bans ci après le devise : c'est a savoir « keles aient deux aunes de largeur en ros ; et si facent faire l'es- " tain (la chaîne) de lin et de caverie (chanvre), et le Iraime facent « faire de laine ; et si ne mece (mettent) nus home ne feme boure (( ne flocon ne laveton, ne graduise de peaus, ne cstonture batue ne

I Journal de la dépense du roy Jean en Angleterre, i:i."i!l, lliGO.

- Li Roman de la rose, parlie de Jean de Meung, vers 4342 et suiv.

^ On faisait de celle rlolfc des couvci'Uii'es de tables, d'oii nous avons pris le nom liureav, pour désigner une table eouverte d'un tlra|i.

* lierueil d'actes des \w rt xiii" siècles e?i langue romane wallone, pi:bl. jiai- M. Tailliar, IS'i'.l. p. 12S.

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« a balre ; cl ki onkes feroit lirelaine la u il messe auqnnes de ces « coses, il perderoit lote le liretaine malvaise et boine tout ensanle « et si seroit en forfait de x lib )^ Non-seulement, le ban interdit dans la ville de Douai la fabrication des liretaines de mauvaise qualité, mais aussi Timportation et la vente de tiretaines inférieures provenant d'ailleurs; la fabrication par les habitants de ces étoffes hors de la ville ; Tachât par les bourgeois et bourgeoises de tiretaines hors de l'enceinte de Douai, sous peine de bannissement ; la livraison de chaînes, propres à tisser, à des tisserands étrangers. On voit par ces règlements de quelles précautions étaient entourées les industries locales des tissus. Ces tiretaines étaient portées principalement par les classes bourgeoises ; cependant, la noblesse ne les dédaignait pas, et Joinville rapporte que Louis IX avait des liabits de tiretaine. Mais donne-t-il cela comme une marque de la modestie de ce prince?

Il y avait des tiretaines de couleur, mais habituellement cette étoffe était de nuances sombres.

La fustaine était une étoffe de coton croisée, solide, puisqu'on en faisait autrefois des couvertures de carreaux et aussi des pourpoints : « Pour dix aulnes de fustaine velue, fine, blanche... pour « faire deux pourpoins pour ledit seigneur'. » La futaine était quelquefois blanche, quelquefois bleue ; on la fabriquait, au xv^ siècle, à Chambéry et dans le nord de l'Italie. Elle était velue ou à grains d'orge, comme nos basins.

Les fabriques de drap de laine florissaient dans beaucoup de villes dès le commencement du xni" siècle, et les corporations des drapiers à Arras, à Reims, à Cambrai, à Rouen, à Amiens, k Paris, étaient puissantes. La qualification de drap s'appliquait, d'ailleurs, à certaines étolfes dont il a été fait mention. Sans parler des draps de soie, il y avait les draps camelins, le marbré, le brussequin. Dans les statuts des drapiers de Reims de l'an 1340, on lit : « L'on fera « brussequins, de quoy la chainne sera de blanc filé taincte en « escorce de nouyer, et la traimme sera de noirs aiguelins ou de laine (i taincte en ladicte escorce. « Le marbré était un tissu de même fabrication, mais dont la chaîne et la trame étaient de diverses couleurs. Il y avait des brussequins roses. Bruxelles fabriquait des draps d'une qualité supérieure, camelins, brunettes, marbrés, etc. : « Jean « Prime, drapier de Broixelles, pour un marbré verdelet lonc, de

' Comiitcs tie l'iKl, Archives nalinnales.

« Broixelles, à faire aiulil seigneur une robe de quatre garneraens, « fourrée de menuvair, pour la veille des Grans Pasques, 35 1. pJ. » Il y avait le drap rayé de Gand : « Jehan Perceval, drapier, pour « six aunes d'un rayé brun de Gant...-» Le tanné: « Jehan Peri- « gon et son varlet, cousturiers, pour la façon d'une robe de quatre « garnemens de drap de tanné, jà piéça achetée pour le Roy ^ » Le drap d'écarlate et le drap violet teint en graine, le pers de Chàlons, de Louvain, le souci et le souci de graine, le verd, le verd-gai et le verd fin^. Pendant les xiv" et xv"" siècles, ces draps de laine étaient portés par la plus haute noblesse, et habituellement on en faisait un vêlement complet, chausses, cottes et surcottes, corsets, manteaux et chaperons. Les miniatures du xiv" siècle, en elïet, nous montrent parfois des personnages nobles vêtus des pieds à la tête d'une étolfe de même couleur et qui paraît être de la même qualité. Celte mode semble même avoir été adoptée par les hauts personnages : « Ledit <( Tassin pour la façon de une robe de trois garnemens pour le Roy, « du drap azuré acheté de Michiel Girart piéçà, c'est assavoir : « cote, seurcot, bosse et chaperon dudit nayf (drap neuf) ; et cinq « paires de chances, tout pour le Roy "'. »

La serge, étoile croisée de laine, paraît avoir été employée pendant le moyen âge, plutôt pour faire des tentures et des couvertures (le meubles que des habits ; cependant, il en est fait parfois mention. Il est question de serges dans lesquelles il entre du 111, et qui paraissent être des sortes de tapisseries.

La toile de lin ou de chanvre n'était guère employée que pour faire des robes de dessous (chemises), pour des doublures et principalement pour composer les vêtements de dessous des armures, soit de mailles, soit de plates. Cependant, le bas peuple se servait de grosse toile pour faire des braies, des cottes et des chaperons. On fabriquait des toiles fines à Reims, pendant les xm" et xiv" siècles, à Compiègne. Il y avait la toile fine ou déliée qui servait à faire les cottes de dessous ; les toiles de Morigny (?), la grosse toile de Lavalguion. et la toile dite « bourgeoise ».

On fabriquait aussi en Italie des étoffes de lin et soie qui étaient

' Compte ff Etietine de la Fontaine, II'' piirlic, 1352. ■^ Ibid.

^ Journal de la dépense du roy Jean en Angleterre, 13.09, 13tifl. '* Vnycz l3 tableau dos prix de (;es étoffes k la lin du rcruoil des Comptes de l'arf/c7it. des rois île France, par M. Doui't d'Areq. •' J(iyr)i. lie la dépense du roi/ Je/iii en Angleterre.

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fori prisses (voyez on B, pi. IX), et dont on faisait des corsets, des snrcots, et des toiles de lin tissées de fils de diverses nuances (planche X ').

Mais ces dernières étaient rarement employées pour les vêtements. Ces toiles étaient désignées par le terme général de chanevacerie .

ÉTOLE, s. f. (stole). Vêlement religieux consistant en une bande de lin blanche avec ou sans broderies, posées sur les épaules et tombant par devant jusqu'au-dessous des genoux.

Un attribue plusieurs origines à Tétole, appelée souvent oraritnn par les auteurs ecclésiastiques. La stola était, à l'époque romaine, la robe talaire à longues manches ; Vorarium. une bande de lin que les citoyens romains portaient autour du cou et sur l'épaule pour essuyer la sueur et la poussière.

Guillaume Durand - dit que le prêtre met l'étole ou Vorarium après l'avoir baisée, et l'ôte avec le même cérémonial, pour marquer la volonté et le désir avec lesquels il se soumet au joug léger que figure ce vêtement... Aussi, lors de son ordination, lorsque le prêtre revêt l'étole, révêque lui dit : « Reçois le joug de Dieu. »

Guillaume Durand ajoute que les deux bouts de l'étole descendent jusqu'aux genoux, que le prêtre la croise sur la poitrine, mais que révêque la laisse pendre tout droit par devant.

L'étole se pose par-dessus famict sur le cou, et lorsqu'elle est croisée sur la poitrine, elle est maintenue ainsi par la ceinture ^

Pendant les premiers siècles de l'Église, l'étole devait être de lin blanc, sans ornements, avec une simple frange aux deux bouts. Mais on ne tarda guère à porter des étoles d'une grande richesse, brodées d'or et ornées de perles et de pierreries. Toutefois il est de règle liturgique que le fond reste blanc.

La figure! nous montre un prêtre baptisant revêtu de l'étole croisée par-dessus l'aube ^ Cette élole est blanche, semée de croisettes pourpres et terminée par des franges.

Bon nombre de statues d'évêques des xii*" et xiii'' siècles laissent apparaître sous la chasuble des étoles d'une extrême richesse ". Elles

' Du trésor de la caUiéiirale de Troyes. - Rnlionnle divin offic, lib. UI, c-ap. v. =' Voyez, k l'article Chasuble, les figures ."J et i.

'• Manusrr. liiblioth. nation., Psalm., ancien fonds Saint-Germain (xiii= siècle). •'' Voyez, Annnics nrchéologiqucx, t. VU, ji. 14:i et laO, un choix des plus belles étoles des xir, xiii^ et xiv" siècles, recueillies par M. Victor Gay.

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