GUIMPE
t-ellc plainte de ce que son amant, en l'accolant Irop rudement, a déchiré sa gorgeretle de manière à laisser voir le bout de sa chemise ; ce pourquoi elle requiert la cour qu'il lui plaise ordonner que ledit amant soit condamné à ne la plus approcher sans son congé, et à faire amende honorable.
Cette gorgerette transparente n'est plus plissée vers 1450 ; elle est unie, légèrement empesée, quelquefois bordée d'un fil noir ou d'or. Cette mode persiste jusqu'à la lin du xV' siècle. Souvent alors, la gorgerette est isolée de la peau et forme une sorte de collet bas, transparent, dépassant le corsage de trois ou quatre doigts seulement. Vers 1480, elle est garnie en haut d'une fine guipure d'or, rabattue, puis elle tend de plus en plus à gagner le cou, autour duquel, vers 1490, elle se termine par une basse collerette froncée trè.s-délicate. Alors, le corps de la gorgerette est semé de perles, ou tout au moins quadrillé de fils d'or et de soie avec bouillons losanges entre ces fils, ou bien la gorgerette n'est plus qu'une sorte de collerette de point à jour entourant le bas du cou et posée pardessus la chemise. Cette gorgerette était portée, à la fin du xv" siècle et au commencement du xvi", avec des corsages moulants, carrés du haut et lacés par devant (fig. 6'), ou simplement fendus et maintenus par une patte ou agrafe. On observera la coiffure de cette jeune femme. Sur les cheveux, divisés sur les deux tempes en longues mèches tombantes, est posé un voile léger, retenu par deux cercles de perles et de joyaux, et dont les deux pointes antérieures sont attachées devant la poitrine. Un autre voile d'étoffe plus épaisse est pincé sous le devant du cercle supérieur, couvre le dessus de la tête et tombe par derrière. Une sorte de chape garantit les épaules et est attachée devant par trois ganses. Sur le voile est posée une couronne d'orfèvrerie. Le cercle, qui passe sur le front et les oreilles, est fait d'un tissu d'or avec ajours et perles, ainsi que l'indique le détail A.
La gorgette remplit ici l'office d'un col de chemise brodé, ajouré et plissé, collant sur la peau.
GRÈVE, s. f. Raie de cheveux.
GUIMPE, s. f. Sorte de voile de toile fine, de lin ou de mousseline, qui couvrait une partie de la tête, le cou et les épaules des femmes, pendant les xui^ et xiv« siècles, et qui fut conservé plus tard
1 Sliitiie ilo s:iin'.fi r.i'.'h'^, ili'pnsi'o dans lY£;lise Saint-Remi lie Reims.
encore par les religieuses, les veuves et les dames, qui s'adonnaient à une vie austère. Nous avons décrit la guimpe à l'article Coufire (fig. 25, 26, 27, 28, 29 et 32). Il ne paraît pas nécessaire de revenir ici sur cette partie du vêtement féminin, de laquelle, d'ailleurs, nous avons l'occasion île parler souvent dans le cours de l'ouvrage.
HAINCELIN. s. m. Le haincclin paraît être une sorte de houppelande fort usitée du temps du roi Charles VI. M. Douët d'Arcq, dans sa Notice sur les comptes de l'argenterie des rois de France au xiv^ siècle, fait ohserver que le fou du roi Charles VI se nommait Haincelin Coq. « Le vêtement a-t-il pris son nom du fou, ou le fou du vêtement? C'est là une question qui n'a pas grande importance. » Il est difficile d'établir la différence qu'il y a entre la houppelande et le haincclin, et peut-être n'y a-t-il, dans cette dénomination particulière de la houppelande, qu'une de ces fantaisies si fréquentes dans les questions de modes. Il serait de même assez difficile, de notre temps, de distinguer le paletot du par-dessus ; nous nous reportons donc h. l'article Houppelande.
HARNAIS, s. m. Nous ne parlons ici que des harnais de chevaux employés pour les chevauchées de la paix. La description du harnais du cheval de guerre trouve sa place dans la partie des Armes.
Pendant le cours du moyen âge, tout le monde montait à cheval ; nobles et bourgeois des deux sexes n'avaient habituellement pas d'autre moyen de voyager, et l'on se déplaçait alors beaucoup plus fréquemment qu'on ne le croit. Les habitudes sédentaires, tant reprochées à la population de la plupart des provinces françaises, ne datent que du xvn" siècle; jusqu'alors, sous le moindre prétexte, bourgeois et bourgeoises; la noblesse surtout, entreprenaient de longs voyages. Les contes, les romans, les chansons de geste des xn", xnl^ xiv" et xV siècles sont de véritables odyssées; les héros et héroïnes sont toujours par monts et par vaux. Le cheval remplissait donc un rôle important dans la vie de nos aïeux et était l'objet de soins incessants ; on l'aimait comme un compagnon utile, et l'on se plaisait à le harnacher du mieux qu'on pouvait : la vanité s'en mêlait, comme en toutes choses, et la fréquence des rencontres par les chemins faisait
que l'on lenail à paraître en bonne orclonnance. On jugeait mieux encore de la qualité d'un voyageur à sa monture et à la manière dont elle était habillée qu'à la tenue même du quidam. Les femmes surtout voulaient être bien montées : belles selles brodées et dorées, beaux harnais, avec clochettes et grelots; houppes de soie et bossettes, pendeloques et lacs. Aussi, les éperonniers et bourreliers avaient ils fort à faire, et les cuiriers ne savaient-ils qu'inventer pour satisfaire aux fantaisies luxueuses de tant de chevaucheurs.
Les XYU"" et xvni" siècles, qui ont eu la prétention de tout inventer, comme si, avant cette époque, le monde n'avait existé qu'à l'état d'embryon, nous veulent faire croire qu'ils ont trouvé l'équitation, l'art de dresser, de monter et d'habiller les chevaux. C'est une faiblesse dont il serait ridicule d'être dupes. Il n'y avait pas un gentilhomme, pas une dame, pas un bourgeois môme, pendant le moyen âge, qui ne sût monter à cheval, et cela dès l'enfance. Que les harnais fussent un peu différents de ceux adoptés depuis le xvn^ siècle, nous l'accordons; que ces harnais fussent moins bien appropriés à la monture, ce serait un point à examiner, et la dernière mode n'est pas toujours la meilleure, par cela seulement qu'elle est la dernière.
Dans un temps où il n'était pas possible de voyager autrement qu'à cheval, où les gentilshommes passaient les trois quarts de leur vie à cheval, il est difficile de supposer qu'on n'eût pas su adapter à cet utile animal les harnais les plus convenables. Mais telle est la vanité féroce du xvn^ siècle, elle considère ces siècles de chevauchées comme non avenus et prétend avoir tout trouvé, depuis la selle jusqu'au mors. Les célèbres écuyers de ce temps veulent bien admettre tout au plus que le connétable de Montmorency a inventé des branches de mors, dont nous trouvons des exemples datant du xiV siècle, et qui, si l'on s'en tient aux représentations peintes, remonteraient au xni^ siècle. Il en est de même des mors à la Pignatel, qui seraient dus au génie de cet écuyer napolitain de la lin du xvi' siècle, et dont nous avons des échantillons datant des xiV et xv^ siècles. Mais les écuyers du moyen âge n'écrivaient pas des volumes sur l'art de l'équitation, le pédanlisme n'était pas encore en bonneur; ils se contentaient de bien monter à cheval, de s'occuper de leurs bêtes et des harnais qui leur convenaient, et ne se souciaient guère de ce qu'en penserait la postérité.
On voit, en examinant le jeu d'échecs dit de Charlemagne', que déjà
1 liililiolh. iKilioii.. cabiuct des médailles, ivoire.
au VIII" siècle le mors à branches était en usage. Mais on n"a, sur les harnais des chevaux de selle de cette époque, que des données assez vagues, et les représentations de ces objets sont trop grossières pour qu'il soit possible d'en donner une idée exacte. Les selles, cependant, possèdent les bâtes, le garrot et le troussequin (voyez dans la partie des Armes l'article âr.mlre, tlg. 1 et 2), les quartiers, les
contrc-satiijlom et les sangles, le poitrail et la croupière, les étriers triangulaires et les pièces nécessaires pour porter le mors, il nous faut recourir à la tapisserie de Bayeux pour commencer d'une manière à peu près certaine la série des harnais civils, qui, du reste, sur ce monument, ne dilïèrent pas des harnais militaires. La ligure 1 montre un de ces chevaux des hommes de Guillaume \^ Bâtard, garni de son harnais. Les bâtes sont évidemment de bois, solidement hxées aux arçons, légèrement recourbées, convexe celle de devant, concave celle de derrière, ainsi que l'indique le tracé perspectif A. Les quartiers, bordés ordinairement de blanc, sont très-