BONHEUR. V. BÉATITUDE
BONHEUR, PROSPÉRITÉ. 2?o>zA^Mr, situation d'un homme auquel il arrive ordinairement et fréquemment des évènemens heureax.
On dit qu'un homme a du bonheur lorsqu'il est dans cette situation.
Prospérité y situation d'un homme ou d'un État dont les affaires tendent constamment au succès de ses entreprises, à l'amélioration de son bien-être.
Le bonheur paraît être l'effet du haâard ; c'est une cause secrète et inconnue à laquelle on attribue une suite d'évènemens heureux , que l'on n'avait point travaillé à se procurer , et auxquels on ne pouvait pas s'attendre.
La prospérité est une tendance , une progression vers le succès des entreprises , et vers l'amélioration du bien-iêtre. Elle est l'effet des soins , des talens, d'une bonne conduite. On dit du bonheur qu'il est grand, de la prospérité qu'elle est rapide. *
Bonheur se dit également du mal qu'on évite et du bien qui survient. Prospérité ne se dit que du bien. Il a eu le bonheur d'échapper. Sa longue prospérité le rendit fier et orgueilleux.
BONHEUR, CHANCE. Le bonheur ne produit que des évènemens heureux ; la chance renferme dans son idée la possibilité d'un événement heureux ou malheureux. Bonne chance, mauvaise chance. Un homme qui a du bonheur est un homme à qui il arrive ordinairement des évènemens favorables ; un homme chanceux se dit également de celui à qui il arrive ordinairement des évènemens favorables , et de celui à qui il en arrive ordinairement de défavorables.
On a dit que la chance n'a guère de rapport qu'aux évènemens qui dépendent du hasard pur , et l'on a supposé par conséquent que le bonheur ne dépend pas aussi parfaitement du hasard. 11 me semble que c'est tout le contraire. Le bonheur dans le sens où le mot est pris ici n'est point prévu , il est inopiné , l'évènemejit n'est point présent à l'esprit , ou n'a rien qui puisse faire présumer qu'il arrivera ou qu'il n'arrivera pas. S'il arrive , on ne peut l'attribuer qu'au pur hasard. La chance t au .contraire, suppose qu'on sait qup l'événement peut arriver ou ne pas arriver , ce qui rend présente l'idée de l'événement contingent, et inspire une espérance plus ou moins légère. La chance suppose un nombre plus ou moins grand de cas où l'évène-
temps où les vents s'appaisent après une [ ment peut arriver ou ne pas ^rçiver. Or, plus il y
BON
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a de cas en fayeur de révènement henrenx, plus cet événement s*éloigne da pur hasard , et plos ^'événement malheureux s'en approche.
Si , dans une loterie de cent billets où il n'y a qn*un seul gagnant , j'en ai quatre-vingt-dixneuf, ma chance ne dépend pas du hasard pur , et elle offre une grande probabilité 'qui exclut beaucoup de hasard. C'est la chance contraire qui) quoique ne dépendant pas absolument du hasard pur , en est extrêmement rapprochée.
BONIFIER. V. Améliorer.
BOrmES ACTIONS. V. AcTiow.
BON SENS , BON 6OUT. Le bon sens et le bon goût ne sont qu'une même chose , à les considérer du côté de la faculté. Le bon sens est une certaine droiture d'à me qui voit le vrai, le juste , et s'y attache. Le bon goût est cette même droiture par laquelle l'ame voit le bon et l'approuve : la différence ne vient que des objets. On restreint ordinairement le bon sens aux choses plus sensibles , et le bon goût à des objets plus fins et plus relevés.
fiOMME DE SENS , HOMME DE BON SENS. V homme de sens a de la profondeur dans les connaissances et beaucoup d'exactitude, dans le jugement ; c'esrt un titre dont tout homme peut éCre flatté. Vkomme de bon sens, au contraire, passe pour un homme si ordinaire , qu'on croit pouvoir se donner pour tel sans vanité.
An reste il n'y a rien de plus relatif que les termes sens , je/w-commun , bon sens , esprit, jugement, pénétratipn , sagacité, génie, et tous les autres termes qui marquent soit l'étendue, soit la sorte d'intelligence de chaque homme.
BONÏÉ> HUMANITÉ, SENSIBILITÉ. La sensibilité est une disposition tendre et délicate de l'ame, qui la rend facile à être émue, à être attendrie.
La bonté ne néglige aucune occtision de faire du bien; Vhumanité n'en néglige aucune d'empêcher ou d'adoucir le mal; la sensibilité partage les maux des autres ,^elle «st la mère de Vhumanité.
BONTÉ, DOUCEUR, MANSUÉTUDE. La honte est une qualité de l'ame qui porte à faire autant qu'il est possible ce qui est utile et agréable aux autres*
La douceur est une égalité d'humeur qui fait qu'on est disposé à se prêter aux volontés des autres, et à les traiter d'une manière douce et éloignée de tonte sévérité.
La mansuétude est une constante égalité de Tame fondée sur une bonté inaltérable , et âccompagaéf d^noe d9U€9uri3aà^xiMflt^ qui
supporte le mal de la même manière qu'elle
fait le bien.
La bonté est complaisante, indulgente, bienfaisante; la douceur est facile, accommodante, compatissante ; la mansuétude ajoute aux deux vertus précédentes l'idée de constance, de force, de cette immobilité par laquelle on résiste aux impulsions de la colère et 4 toutes les atteintes étrangères , sans en être ébranlé. Le caractère de la mansuétude , dit Voltaire , est opposé à la colère.
La bonté et la douceur ont leurs bornes, la mansuétude n'en a point.
La mansuétude est proprement une vertu chrétienne ; cependant il est des cas où en mot pourrait être employé convenablement dans le langage ordinaire.
BONTÉ, BON, MAUVAIS. Termesdc belles-lettres. Il n'y a proprement dans la nature et dans les arts d'autre bonté qu'une *o/?rff relative, de la cause à l'effet, et de l'effet lui-même à une fin ultérieaïre , qui est l'intention, l'utilité ou l'agrément d'un être doué de volonté ou capable de jouissance.
( Il ne s'agit point ici de la bonté prise poar l'accomplissement des devoirs prescrits pai- les lois de la morafe.)
Quand'la bonté n'est relative qu'à l'intention , ce mot n'est pris que dans un sens impropre , et bon se trouve quelquefois le synonyme de mauvais : c'est ainsi qu'une politique pernicieuse , une ambition funeste , une éloquencecorruptrice emploient»de bons moyens, c'est-à-dire des moyens propres à réussir dam les desseins qu'elle se propose. De même, par rapport à l'agrément et à l'utilité, une chose est bonne on mauvaise, selon les goûts, les intérêts, les fantaisies, les caprices, et dans ce sens presque tout est bon : les calamités mêmes et les fléaux ont leur bonté particulière; et au contraire ce qui est bon pour le plus grand nombre est presque toujours mau' vais pour quelqu'un.
La disette est le bon temps de l'usurier dont les greniers sont pleins; la bonne année des mé- . decins est uiie année d'épidémie,. et i)ice iwrsa, La bonté, dans un sens plus étroit , est la faculté de produire un effet désirable ; et une cause est plus on moins généralement bonne, à mesure que son effet est plus généralement à désirer. Le même vent qui est ^o/i'pour ceux qui voguent du levàht au cou&hant, est tnaU' vais pour ceux qui vpguent en sens contraire; mais un air pur et sain est bon pour tout le monde.
Un être n'est bon en lui-même que dans ses rapporta avec liÛMnéii^ , et qu'aatant qu'il art
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tel que son bonhenr Texige ; en sorte que s'il n'a pas la faculté de s'apercevoir, et de jouir ou de souffrir de son existence, il n'est en luimême ni bon^i maiwais. Par la ntéme raison, entre les parties d'un tout, si les unes sont douées d'intelligence et de sensibilité , et les autres non, celles-ci ne sont. bien ou mal que dans leur rapport avec celles-là.
Dans les arts, on a souvent dit : tout ce qui plaît est àon ; cela est vrai dans un sens étendu, comme on vient de le voir; et dans ce sens-là tous les vins sont bons , celui dont le montant enivre , cdmme «elui que savoure riiomme voluptueux, le gourmet délicat. Mais dans un sens plus rigoureux , cela seul est réellement bqn qui cause un plaisir salutaire on du moinâ innocent à l'homme dont l'organe est doué d'une sensibilité fine et. juste. Je dis un plaisir salutaire ou innocent , car dans le physique , ce qui est bon pour l'agrément peut être mauvais pour la santé ; et dans le moral., ce qui est bon, pour l'esprit peut être mauvais pour le cœur.
Dans la natnre , la même ohose peut être mauvaise dans son effet immédiat, et excellente dans son effet éloigné, comme une potion amere , une amputation douloureuse. Il n'en est 'pas de même dans les arts d'agrément; leur effet le plm essentiel est de plaire , et ce n'est que par-là qu'ils se rendent utiles , car tonte leur puissance est fondée sur leur charme et sur leur attrait.
L'objet immédiat des arts est donc une jouissance agréable ,'ou par les commodités de la