‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 148 sur 253 · CED · texte numérisé non relu

CED

deux mots , c'est qae la cave est plus grande, I et qa'elle est destinée à recevoir une quantité de liqueurs de toute espèce ou d'autres marchandises ; et qae le caveau est plus petit , et qu'on y met ordinairement des liqueurs de choix. On met des vins £ns dans un caveau , on met des vins communs dans une cave.

CA.VER , CREUSER. Ces deux mots signifient rendre creux. Mais l'action de caver s'opère naturellement et sans qu'on ait dessein de la faire , et celle de creuser suppose un dessein de la part de celui qui creuse. L'eau qui tombe sur les pierres les cave à la longue ; la rivière cave dans certains endroits. On creuse pour pratiquer ou augmenter une profondeur ; on creuse une fosse , un fossé.

CAVERNE. V. Antre.

GA.VITE , CREUX. Le creux indique un vide peu considérable ; on dit le creux de la main , le creua: de l'estomac. Il y a un creux dans ce champ. La cavité marque un vide plus considérable borné de tous les côtés et formant un espace distinct. Le creux se rapporte à l'objet même , c'est une inégalité dans sa surface. La cavité se considère absolument^ c'est un espace capable de contenir.

CE , CES ; CET , CETTE; CECI, CELA; CELUI , CELLE ; CEUX , CELLES ; CELUI- CI , CELUI-LÀ ; CELLES-a , CELLES-LÀ.

Ces mots répondent à la situation momentanée où se trouve l'esprit , lorsque la main montre un objet que la parole va nommer.

Ces mots ne font qu'indiquer la personne ou la chose dont il s'agit , sans que par euxmêmes ils en excitent l'idée. Ainsi la propre valeur de ces mots ne consiste que dans la désignation ou l'indication , et n'emporte point avec elle l'idée précise de la personne ou de la chose indiquée. C'est ainsi qu'il arrive souvent que l'on sait que quelqu'un a fait une telle action , sans qu'on sache qui est ee quelqu'un-là. Ainsi les mots dont nous parlons n'excitent que" l'idée de l'existence de quelque substance où mode , soit réel , soit idéal , mais ils ne donnent par eux-mêmes aucune notion décidée et précise de cette substance ou de ce mode ; ils ne doivent donc pas être regardés comme des pronoms. On ferait peut-être mieux de les nommer termes métaphysiques , c'est-à-dire mots qui par euxmêmes n'excitent que de simplas concepts ou '^es de l'esprit , sans indiquer aucun individu réel on être physique. On ne doit donner à chaque mot que la valeur précise qu'il a ; et c'est à pouvoir faire et à sentir ces précisions métaphysiques que consiste une certaine justesse d'esprit où peu de personnes peuvent •tteindre.

Ce, ceci , cela, sont donc des tenn«i mêta^' physiques qui ne font qu'indiqner l'eziso tence d'un objet que les circonstances on d'antres mots déterminent .rasoite singatièrcmoaiit ou individuellement.

Ce ; cet, cette , sont des adjectifs métapliysiques qui indiquent l'existence et 'montrent l'objet ; ce livre , cet homme , cette fenune , voilà des objets présens ou présentés.

Ce désigne un objet dont on vient de parler , ou plutôt un objet dont on va parler.

Quelquefois, pour plus d'énergie , on ajoute les particules ci on là aux substantifs précédés de l'adjectif ce ou cet ; cet état>cc , ce royaume-/à. Alors ci fait connaître que l'objet^ est proche ; et là qu'il est moins prodhe ou plus éloigné.

Ce est souvent substantif , c'est le hoc des latins. Alors , quoi qu'en disent nos grammairiens , ce est du genre neutre; car on ne peut pas dire qu'il soit masculin, ni qu'il soit féminin.

La particule ci et la particule là , ajoutées au substantif ce , ont formé ceci et cela. Ces* mots indiquent ou un objet simple , comme quand on dit cela est bon, ceci est mauvais ; ou bien ils se rapportent à un sens total y à une action entière , comme quand on dit ceci va vous surprendre , cela mérite attention »

cela est fâcheux.

Au reste , ceci indique quelque chose de plus immédiatement présent que cela. Venez voir ceci , allez voir cela.

Ceci veut dire chose présente et qui de-* meure ; cela signifie chose présente et d^à connue.

Celui et celle sont des substantifs qui ont besoin d'être déterminés par qui ou par de ; ils sont tous substantifs , puisqu'ils subsistent dans la phrase , sans le secours d'un .substantif , et qu'ils indiquent ou une personne ou une chose.

On ajoute quelquefois les particules ci ou là à celui ou à celle ; ces particules produisent à l'égard de ces mots-là le, même effet que nous venons d'observer à l'égard de cet*

Ceux est le pluriel de celui ; et çn a\jautant un j à celle , on en a le pluriel.

CÉDER, LAISSER. En parlant de naarf handises , ces deux mots supposent des dilficulftés , des discussions , sur le prix d'mie chose que Ton veut vendre d'un côté, et que de l'autre on veut acheter. Lô vendeur consent à la céder à un certain prix inférieur a cflui qu'il en avait demandé d'abor^/. Je vous ai demandé soixante francs de ce drap, vous trotivez que c'est trop cher, je vous le cède i cinquante-cinq francs. Laisser, c'est consentir I à livrer une mai-çha^dise à un cejtain prix ,

CEI

en «apposant que, moyennant la rédaction qae Ton fait, il n'y aura plus de difficnltés. C£D£Rtr V. AfiANDoirirkR.

CÉDER. V. DoinrKR.

CÉDER. V. Accorder.

CEDER. V. Acquiescer.

CEINDRE, ENCEINDRE, ENTOURER ENVIRONNER. Ceindre, c'est revêtir pour rornement ou la commodité. Il se dit de l'objet que l'on revêt. On ceint un diadème, une epce , un sabre. Ce qu'on ceint, on l'applique immédiatement. Il n'est pas nécessaire pour ceindre que toute la circonférence de l'objet spit occupée ; il suffit qu'elle le soit en partie^ c'fst ainsi que l'on ceint un diadème qui n occupe que le front.

Ceindre suppose l'application immédiate de 1 objet que l'on ceint; enceindre suppose la formation d'une enceinte. Ce mot a rapport à ce qui^est contenu dans ce qui enceint.

On ceint pour l'usage , pour la commodité, pour la paruie, ou pour la commodité des opérations ; on enceint pour la sdreté et la défense. On ceint une ville de murs pour la commodité des habitans , ou la facilité des opérations civiles ; on enceint une ville de muraUles pour empêcher l'ennemi d'y entrer de force , pour la défendre en cas d'invasion^ Entourer signifie mettre une chose autour d une autre , sans désignation de but ni de dessein: '

Environner, ceindre et enceindre indiquent nue application immédiate k la chose que l'on ceint ou que l'on enceint. Environner soppose une distance peu considérable entre la Chose que l'on environne et celle dont on IV/ivironne Une viUe est ceinte de murs, si les murs la touchent immédiatement dans toute sa circonférence. Une viUe est environnée de murs, SI ces murs en sont'à une distance un peu .considérable; eUe en est entourée, si ces Sle ^'^ "^'^^ 'ï'^'à °^« distance peu consi-

On ceint et on enceint par des choses stax)ies et permanentes ; on entoure et on environne par des choses stables et permanentes comme par des choses mobUes. Une ville est ceinte At murs on enceinte de murailles; elle

Î47^Trti' '?^^"''' '''^^onnée de marais.

CEINTURE, CEINTURON, ÉCHARPE. La

antour de^s rems, soit comme vêtement soit C0^^^^« e. Véckarj^e est une ceiZ^è de couleur déterminée que FOn porte autour Le rZ ?"'' '^''"''"^ "°^ ^«^^1^« de dignité.

ment .? "'' ?^' "^'''*'"^ ^^^^ ordinaire.

ment de coir, ,m a des pendans auxquels on

CEL

suspend une épée, un sabre,' nn couteau de chasse.

CEINTURON. V. CinmiRE. - CÉLÈBRE, FAMEUX, ILLUSTRE RENOMMÉ. Ces mots ont rapport à la répa!

tation des personnes ou des choses ; ils ne diffèrent que par les choses sur lesquelles sont fondées les réputations.

Fameux, àuUtin farna, rumeur publique, n indique autre chose qu'une réputation distinguée des réputations communes , en ce qu'elle a existé d'une manière marquante dam un grand nombre de contrées et pendant un long temps. Il fait abstraction de toute quahté bonne ou mauvaise, et peut par conséquent être pris en bonne ou en mauvaise part. Cependant lorsqu'il est employé seul et sans accessoire qui marque dans quelle signification particulière on le prend, il s'entend ordinairement en bonne part. Voltaire a dit dans la Henriade ;

Vos noms toujours fameux vivront dans la mémoire.

Un homme fameux dans l'histoire n'est pas un homme que l'histoire peint avec des couleurs défavorables ; une aventure fameuse n'est pas une aventure qui marque le crime ou le vice, mais une aventure dont on a beaucoup parlé. Un fajneux capitaine est un capitaine qui a beaucoup fait parler de lui par des actions éclatantes; mais quand on dit un fameux voleur, le mot voleur indique assez dans quel sens doit être pris l'adjectif/<im«u:. Célèbre vient de célébrer , qui veut dire louer avec éclat, donner une grande réputation par des louanges publiques , extraordinaires. Célèbre signifie , dont la réputation est établie depub long-temps et en plusieurs lieux , par les louanges et les éloges de ceux qui sont capables d'en juger.

On est surpris, que Girard ait borné la signîfîcation du mot célèbre à un mérite de talent, d'esprit on de science; il semblerait suivre de là que célèbre ne pourrait se dire que des personnes , quoiqu'il déclare plus bas qu'il, se dit aussi des choses.

Célèbre se dit de tout ce dont la réputation s'étend par des éloges , par des louanges. Il n'y a pas que les gens de lettres ou les savans qui puissent être célèbres. On dit un guerrier célèbre , lorsqu'on veut marquer que la réputation de ses exploits militaires a été portée au loin par les louanges et les éloges dont on les a généralement accompagnés. C'est dans le même sens qu'on dit un magistrat célèbre. On dit aussi une ville célèbre, un port célèbre ^

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(les vins célèbres ; et il ne s*agit ici ni de talent , ni d'esprit , ni de science.

Illustre vient du latin lux , qui signifie luoiière. On est illustre par des talens ou des actions d'éclat qui ont procuré des avantages importans à un pays, à un État, an genre hamain. Un souverain est illustre lorsqu'il a consacré avec succès son règne à la gloire de soa État et au bonheur de ses snjets. Un philosophe est illustre lorsqu'il est parvenu par son génie et son courage à détruire des préjugés funestes , et à établir le règne des idées saines qui tendent au bonheur des hommes.

Je ne sais ce que veut dire Girard quand il appuie la réputation qui rend illustre sur un mérite ^e dignité. On peut être illustre sans dignités ; et quand on n'a que des dignités, on est bien loin encore d'être illustre. Des flatteurs peuvent dire , notre illmtre monarqae a un prince qui n'a rien fait d'éclatant pour le bonheur des peuples ; mais les flatteurs ne savent ce qu'ils disent; il n'y a que les faits éclatans qui rendent illustre.

Il ne faut pas croire non plus Girard lorsqu'il dit qaUllustre ne s'applique qu'aux personnes. On dit une action illustre ^ une origine illustre, une ville illustre.

Renommé, dit Girard , est uniquement fondé sar la vogue que donne le succès ou le goût du public. Ce n'est point la vogue qui donne la réfutation à une personne ou à une chose renommée. Bossuet a dit, ce grand conquérant, le plus renommé et le plus illustre qui fut jamais , fut le dernier roi de sa race. Assurément Bossuet n'a pas voulu dire que ce conquérant tirait sa réputation de la vogue. Renomtné marque une espèce de préférence fondée sur l'opinion que le grand nombre a du mérite , de l'habileté des personnes , ou de la bonté , de l'excellence de certaines choses. C'était le capitaine le plus renommé de son temps, c'était celui que l'opinion générale regardait comme le meilleur capitaine. Un artiste est renommé dans son art, lorsque l'opinion publique lui attribue plus d'adresse, plus d'habileté , de talens qu'aux antres arêtes , et que par cette raison on préfère ses ouvrages aux leurs. Des vins sont renommés lorsqu'un grand nombre de personnes les croient meilleurs que d'autres et les préfèrent. On est fcuneux par retendue de la répiita^ tion; célèbre "pav un long concours de louanges et d'éloges dans plusieurs lieux, illustre par 1 éclat, l'importance et l'utilité générale des actions ; renommé par l'opinion qu'un grand nombre de personnes ont du talent, de l'haoueté, de la science des personnes ou de la «onié des choses.

Fameux suppose le bruit vague de la re^ nommée; célèbre, le mérite digne d'éloges; illustre, le mérite accompagné de gloire ; renommé, le talent reconnu et préféré.

Ces quatre mots se disent des personnes et des choses.

CÉLÉBRITÉ, RENOMMÉE, RÉPUTA- TION^^ CONSIDÉRATION. Le désir d'occuper une place dans l'opinion des hommes a donné naissance à la réputation, à la celé" brité et à la renommée , ressorts puissans de la société qui parlent du même principe, mais dont les moyens et les effets ne sont pas totalement les mêmes.

Plusieurs moyens servent également à la répiuation et à la renommée , et ne diffèrent que par les degrés; d'antres sont exclusivement propres à l'une ou à l'autre.

Une réputation honnête est à la portée du commun des hommes; on l'obtient par des vertus sociales et par la pratique constante de ses devoirs. Cette espèce de réputation n'est à la vérité ni étendue, ni brillante, mais elle est souvent la plus utile pour le bonheur.

L'esprit , les talens , le génie, procurent la célébrité; c'est le premier pas vers la renom* mée , qui ne diffère que par plus d'étendue; mais les avantages en sont peut-être moins réels que ceux d'une bonne réputation.

Deux sortes d'hommies sont faits pour la renommée : les premiers , qui se rendent illustres par eux-mêmes, y ont droit ; les autres , qui sont les princes , y sont assujettis. Ils ne peuvent échapper à la renommée. On remarque également dans la multitude celui, qui est plus grand que les autres, et celui qui est placé sur un lieu pins élevé; on distingue en même temps si la supériorité de l'un et de l'autre vient de la personne ou du lieu où elle est placée. Tels sont le rapport et Ui différence qui se trouvent entre les grands hommes et les princes qui ne sont que princes.

Les qualités qui sont uniquement propres à la renommée s'annoncent avec éclat ; telles sont les qualités des hommes d'État destinés à faire la gloire et le bonheur ou le malheur des peuples , soit par les armes , soit dans le gouvernement. Les grands talens , les dons du génie , prouvent autant ou plus de renom' mée que les qualités d'hommes d'État, et ordinairement transmettent un nom à une postérité plus reculée.

Quelques-uns des talens qui font la renom" mée seraient inutiles et quelquefois dangereux dans la vie privée. Tel a été un héros qui, s'il fut ne dans l'obscurité , n'eût été qu'un brigand, et au lieu d'un triomphe n'eut mé-

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thé qoSm nipplice. Il y a en dans tons les genres des grands hommes qni, s*ils ne le fassent pas devenus, fante de qnelqnes circonstances, n'auraient jamais pn être antre chose , et anraient para incapables de tont.

La réputation et la renommée peavent être fort différentes et subsister ensemble.

Un homme d'État ne doit rien négliger poaf sa réputation ; mais il ne doit compter que sur la renommée qui peut seule le justifier contre ceux qui attaquent sa réputation. Il en est comptable au monde , et non pas à des particuliers intéressés, aveugles ou téméraires.

Ce n'est pas qu'on ne puisse mériter à la fois une grande renommée et une mauvaise réputation^ mais la renommée portant principalement sur des faits connus , est ordinairement mieux fondée que la réputation, dont les principes peuvent être équivoques.

Xa renommée est assez constante et uniforme; la réputation ne l'est presque jamais.

Ce qui peut consoler les grands hommes sur les injustices qu'on fait à leur réputation, ne doit pas la leur faire sacrifier légèrement à la renommée y parce qu'elles se prêtent réciproquement beaucoup d'éclat. Quand on fait le sacrifice de la réputation par une circonstance forcée de son état, c'est un malheur qui doit se faire sentir et qui exige tout le courage que peut inspirer l'amour du bien public. Ce serait aimer bien généreusement l'humanité que de la servir au mépris de la réputation ; ou ce serait trop mépriser les hommes que de ne tenir aucun compte de leurs jugemens, et dans ce cas les servirait-on? Quand le sacrifice de la réputation à la renommée n'est pas forcé par le devoir , c'est une grande folie , parce qu'on jouit réellement plus de sa réputation que de sa renommée.

On ne jouit en effet de l'amitié , du respect et de la considération, que de la part de ceux dont on est entouré. Il est donc plus avantageux que la réputation soit honnête , que si elle n était qu'étendue et brillante. La renommée n'est, dans bien des occasions, qu'un hommage rendu aux syllabes d'un nom.

Si l'on réduisait la célébrité à sa valeur réelle , on lui ferait perdre bien des sectateurs. La réputation la plus étendue est toujours très bornée; la renommée même n'est jamais universelle. À prendre les hommes numériquement, combien y e^ a-t-il à qui le nom d'Alexandre n'est jamais parvenu! Ce nombre surpasse, sans aucune proportion, celui de ceux qui savent qu'il a été le conquérant de l'Asie.

Combien y avait-il d'hommes qui ignoraient l'existence de Kouli -Xam dans le

temps quMI changeait une partie Ae la îate de la terre ! La réputation a des bornes assez étroites, et la renommée -petit tojijoxirs s'étendre sans jamais y atteindre. Quel caractère de faiblesse que de pouvoir croître continuellement sans atteindre à un terme limité !

On se flatte du moins que l'admiration des hommes instruits doit dédommager de Fignorance des autres. Mais le propre de la renommée est de compter, de multiplier les voix, et non pas de les apprécier.

Cependant plusieurs ne plaignent ni travaux ni peines uniquement jpour être connus.

Ils veulent qu'on parle d'eux , qu'on en soit occupé; ils aiment mieux être malheureux qu'ignorés. Celui dont les malheurs attirent l'attention est à demi consolé.

Quand le désir de la célébrité n'est qu'un sentiment , il peut être , suivant son objet , honnête pour celui qui l'éprouve , et utile à la société. Mais si c'est une manie , elle est bientôt injuste, artificieuse et avilissante par les manœuvres qu'elle emploie. L'orgueil fait faire autant de bassesses que l'intérêt. Toilà ce qui produit tant de réputations usurpées et peu solides.

Rien ne rendrait plus indifférent sur la réputation, que de vx>ir comment elle s'établit souvent, se détruit, et varie, et ^els sont les auteurs de ces révolutions.

Il arrive souvent que le public est étonné de ceriaines réputations qu'il a faites; il en cherche 1^ cause,et ne pouvant la découvrir parce qu'elle n'existe pas , il n'en conçoit que plus d'admiration et de respect pour le fantôme qu'il a créé. Les réputations ressemblent aux fortunes qui, sans fonds réels, portent le crédit, et n'en sont que plus brillantes.

Comme le public fait des réputations par caprice, des particuliers en usurpent par manège ou par une sorte d'impudence qu'on ne doit pas même honorer du nom d'amourpropre.

Ou entreprend de dessein formé de se faire une réputation , et l'on en vient à bout. Quelque briUanle que soit une telle réputation, il n'y a quelquefois que celui qui en est le sujet qui en soit la dupe ; ceux qui l'ont créée savent à quoi s'en tenir , quoiqu'il y en ait aussi qui finissent par respecter leur propre ouvrage.

D'antres, frappés du contraste de la personne et de sa réputation, ne trouvant rien qui justifie l'opinion publique, n'osent manifester leur sentiment propre ; ils acquiescent au préjugé par timidité , complaisance oa intérêt, de sorte qu'il n'est pas riire d'entendre

casii

CÉL

quantité âe gens répéter le même propos qu'ils désavonent toas intérieiirement.

Les réputations nsarpées qui produisent le pins d'illusion ont tonjonrs nn côté ridicule qai devrait empêcher d'en être flatté. Cependant on voit quelquefois employer les mêmes manœuvres par ceux qui auraient assez de mérite pour s'en passer. Quand le mérite sert de base à la réputation , c'est une grande maladresse que d'y joindre l'artifice , parce qu'il nnit plus à la réputation méritée qu'il ne sert à celle qu'on amhitionne. Une sorte d'indifférence SUT son propre mérite est le plus sûr appui de la réputation ; on ne doit pas affecter d'ouvrir les yeux de ceux que la lumière éblouit. La modestie est le setd éclat qu'il soit permis d'ajonter à sa gloire.

Si les réputations se forment et se détruisent avec facilité , il n'est pas étonnant qu'elles varient et soient souvent contradictoires dans la même personne. Tel a une réputation dans an lieu, qui dans un antre en a une toute différente. Il a celle qu'il mérite le moins , et on lai refuse celle à laquelle il a le plus de droit. On en voit des exemples dans tons les ordres.

Ces faux jugemens ne partent pas toujours de la malignité; les hommes font beaucoup d'injastices sans méchanceté , par légèreté, précipitation , sottise , témérité , imprudence. Les décisions hasardées avec le plus de con- Oance font le plus d'impression. Eh ! qui sont ceax qui jouissent du droit de prononcer.»* l)es gens qui, à force de braver le mépris, viennent à bout de se faire respecter et de donner le ton , qui n'ont que des opinions et jamais de sentimens ; qui en changent, les quittent et les reprennent sans le savoir ni sans s en douter, et qui sont opiniâtres sans être constans. Voilà cependant les juges des réputations j voilà ceux dont on méprise le sentiment et dont on cherche le suffrage; ceux qui procarent la considération sans en avoir eux-mêmes aucune.

La considération est différente de la célé^ orité; la renommée même ne la , donne pas toujours , et l'on peut en avoir sans imposer par un grand éclat.

La considération est un sentiment d'estime ludé d'une sorte de respect personnel qu'un nomme inspire en sa faveur. On en peut jouir également parmi ses inférieurs, ses égaux et ses supérieurs en rang et en naissance. On peut dans un rang élevé ou avec ^ï^e naissance illustre , avec un esprit supéneur ou des talens distingués; on peut même *vec de la vertu , si elle est seule et dénuée de tous les autres avantages , être sans consi-

dération. On peut en avoir «vec tm cspnC borné ou malgré l'obscurité de la naissance ou de l'état.

La considération ne soit pas nécessairement le grand homme , l'homme de mérite y a toujours droit; et l'homme de mérite est celui quL, ayant tontes les qualités et tons les avantages de son«tat, ne les ternit par aucun endroit.

On obtient la considération par la réunion du mérite , de la décence , du respect pour soi-même , par le pouvoir connu d'obliger et de nuire, et par l'usage éclairé qu'on fait du premier en s'abstenant de l'autre.

On doit conclure de l'analyse que nous venons de faire et de la discussion dans laquelle nous sommes entrés , que la renommée est le prix des talens supérieurs, soutenus de grands efforts dont l'effet s'étend sur les hommes en général , ou du moins sur une nation ; que la réputation a moins d'étendue que la renommée et quelquefois d'autres principes ; que la réputation usurpée n'est jamais sûre; que la plus honnête est toujours la plus utile, et que chacun peut aspirer à la considération de son état. (Duclos.)

CELER. V. Cacher.

CÉL1ÉRITÉ, PROMPTITUDE , VITESSE, DILIGENCE. Tous ces mots sont relatifs au mouvement , et indiquent les divers moyens de l'accélérer.

La promptitude ne dilTère point , elle commence sans délai et continue sans se ralentir. La célérité emploie le mouvement le plus actif ; la ^vitesse , celui qui opère en moins de temps; la diligence, les moyens les plus, courts et les plus efficaces.

La promptitude ne souffre point de délai ; la célérité , point de ralentissement; la 'vitesse, point de retardemens; la diligence, point de découragement.

Il faut ohliger a\ec promptitude , faire les affaires avec célérité, courir avec ^vitesse au secours des malheureux, et travailler avec diligence à sa propre perfection.

CÉLESTE, .DIVIN. Céleste, qui vient du ciel , qui a quelque rapport avec le ciel , qui semble surpasser tout ce qu'on voit sur la terre.

Le vulgaire se figurant le ciel comme un lieu où habite particuUèrement la divinité , où elle manifeste pnrticuhèrement sa puissance, sa magnificence et sa gloire , on a appelé celeste tout ce qui a un éclat , une beauté , une magnificence supérieures à ce que peuvent produire la simple nature ou les efforts réunis des hommes; tout ce qui a quelque rapport

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