‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 169 sur 253 · I ) COM · texte numérisé non relu

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On distingue, dans le langage, deax sortes de pitié : l'une qui est accompagnée de eom' misération , c'est celle qu'on a pour les malheureux ; l'autre, qui est accompagnée de mépris , est celle qu'on a pour les personnes on les choses que l'on trouve ridicules oa méprisables. Nous ne parlons ici qne de la première.

La commisération est un sentiment plus vif ' que la pitié , moins actif qae la compassion , mais qui nait de l'exercice fréquent de cette dernière.

De l'habitude de voir et de soulager les malheureux , naît , dans l'ame , un sentiment affectueux pour les malheureux en général »

et une disposition prochaine à les secourir ; c'est ce sentiment qu'on appelle commisération,

La pitié n'est pas toujours active et bienfaisante; la compassion l'est tonjours; la commisération voudrait toujours l'être.

COMMODITÉS. V. Aises,

COMMODITÉS. V. Aisaitces.

COMMUN, ORDINAIRE, VULGAIRE, TRIVIAL. Ces quatre mots désignent des •hoses qui ne sont pas d'un ordre relevé. Le fréquent' usage, dit Girard, rend les choses ordinaires t communes, imlgaires , triviales; mais il y a à cet égard un ordre dé gradation entre ces mots, qui fait que trivial dit quelque chose de plus usité que vulgaire, qui à son tour enchérit sur commun , C9mme cehiici sur ordinaire ,

Ce n'est pas le fréquent asage qui rend les choses ordinaires, communes , 'vulgaires, et triviales.

Les -choses ne sOnt pas communes parce qu'on en fait un fréquent usage, mais parce qu'elles ne se distinguent par aucun degré sensible de beauté, des autres objets du même genre, ou qu'elles n'ont qu'un degré /nédiocre de perfection qui leu^' est commun avec plusieurs objets du même genre. ,

Les choses ne sont pas ordinaires parce qu'on en fait un fréquent usage, mais parce qu'elles sont généralement répandues parmi le peuple.

Les choses ne sont pas Dulgaires parce qu'on en fait un fréquent usage, mais parce qu'elles sont généralement répandues parmi le peuple.

Les choses ne sont pas triviales parce qu'on en fait un fréquent usage, mais parce que le bas peuple seulement eu fait usage.

D'après . ces définitions , la gradation de Girard tombe absolument, et quand même on voudrait admettre que le sens général de ces

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mots est le fréquent asage^ la gradation indiquée par Girard n^en serait pas pins juste.

En effet , il nVst pas vrai que trivial dise quelque chose de plus usité que Dulgaire , car trivial signifie ce qui n'est usité que par le bas peuple , et vulgaire ce qui est usité dî^ns tout le peuple. De même ce qui est commun est plus usité que ce qui est vulgaire et ordinaire.

Girard , qui s'est embarrassé dans ses définitions, n'a pas su y faire concorder les exemples qu'il en donne. Il dit , par exemple , les monstres sont communs en Afrique. Cela TOudrâit-il dire, selon lui, que l'on fait en Afrique un usage fréquent des monstres P

COMPAGNIE. V. Baitoe.

COMPARAISON, SIMILITUDE. Rappro cbement de deux objets différens, mais analogues à quelques égards , propres à éclaircir un sujet ou a orner le discours par les rapports que les objets ont entre eux.

A la rigueur, la similitude existe dans les choses , et la comparaison se fait par la pensée. La ressemblance très sensible constitue la \ similitude, et le rapprochement des traits de ressemblance forme la comparaison.

Comparaison annonce des rapports plus -Stricts et plus nécessaires entre les objets comparés t qa^ similitude n'en suppose entre les objets assimilés.

La simihitude n'exige , selon la valeur du mot , que de la ressemblance entre les objets ; \di comparaison établit, par la même raison, une sorte de parité entre eux. Il ne faut à la similitude, que des apparences semblables qu'elle rapproche ; il faudrait à la comparaison rigoureuse des qualités presque égales qu'elle balancerait. La similitude, purement pittoresque, se borne à l'exposition des traits communs aux chose»; la comparaison , plus philosophique, considère le plus ou le moins, ou les ^grés de la chose mise à côté d'une autre. La similitude ne fait qu'éclairer un objet par la lumière tirée d'un autre objet connu ; la comparaison le fera mieux apprécier par son affinité avec un objet d'un mérite reconnu. Des objets assimilés l'un à l'autre ne sont pourtant pas réellement comparables ou susceptibles d'être mis en comparaison , en parallèle. On assimile plutôt des objets étrangers l'un à l'autre; on compare plutôt des objets du même genre on de la même qualité.

Vous assiraileiez , sons certains rapports, un homme à un animal , vous comparerez un héros à un autre, selon le degré de la valeur, et le mérite de leurs exploits. Si je dis qu'Achille est semblable à un lion, c'est une similitude. Je désigne seulemeut l'espèce de

courage et de furie qu'il fait éclater 'î si je dis qu'il est tel qu'un lion, c'est une comparaison, car je lui attribue les mêmes qualités et au même degré qu'au lion. La similitude vous dira qu'une chose est blanche comme une autre; la comparaison vous dira qu'elle est aussi blanche que l'antre. Enfin, la similitude n'est une comparaison rigoureuse qu'autant qu'elle peut se convertir en métaphore par une hardiesse de style. Si je dis seulement qu'Achille ressemble à un lion, je suis loin d'oser dire que c'est un lion, et j'oserais le dire si je le trouvais tel qu'un lion.

La similitude est bien une espèce de compar€èison; mais, contente d'un rapport apparent, elle n'est ni aussi naturelle ni aussi rigoureuse que la *ÇBxi^\\e comparaison doit l'être. L'intention commune de la similitude est de rendre un objet plus sensible par on antre; la perfection de la comparaison est d'appliquer à un autre objet l'idée ou la face entière de l'autre.

Comme une eau pure et calme conuncnceà se troubler aux approches de l'orage, dit J.-J. Rousseau , un cœur timide et chaste ne voit point sans quelque alarme le prochain changement de son état. L'amonr-propre , dit le même philosophe , est un instrument utile, mais dangereux; souvent il blesse la main qui s'en sert , et fait rarement du bien sans mal. Là, ce n'est qu'une similitude agréable entre des choses éloignées les unes des gutres ; ici c'est une comparaison ou une métaphore fondée sur des rapports sensibles et profonds entre des choses analogues.

La similitude aura- toujours, comme son intention propre, le dessein de rendre une chose plus intelligible et plus sensible par une autre , en rapprochant des objets qui n'ont point par eux-mêmes de rapports essentiels ensemble ; et qui , éloignés l'un et l'autre , n'ont entre eux que de la ressemblance ou des apparences semblables. La comparaison tendra toujours , comme à son vrai but , à renforcer, à relever et parer* son idée et son discours par le' rapprochement de deux objets qui ont enti'e eux une analogie marquée et des rapports étroits, et qui sont faits pour être appréciés et jugés l'un par l'autre. (Extrait des Sjrno* njrmes de Roubaud.)

COMPARER, COMPARER À, COMPA- RER AVEC. Quand on compare deux choses, on suppose qu'il y a entre l'une et l'autre des rapports qu'on ne connaît pas et qu'on cherche à découvrir. Comparer une chose à une autre , marque un rapport entre deux idées dont l'une est supposée applicable à l'autre. Ou ne saurait comparer l'une à l'autre deux

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cboses qui n*ont rien de commun. On ne compare pas nne pièce de toile à une barre de fer. Cependant on peat établir une comparaison entre une pièce de toile et nne barre de fer , non pour appliquer à Tune Tidée des qualités de l'autre, d'après une base commune , mais an contraire pour établir la différence de leurs qualités d'après la différence de leur natare. Mais alors je dirai comparer nne pièce de- toile avec une barre de fer. On dit comparez la vie du juste avec celle du pécheur , et non à celle du* pécheur. On compare la vertu avec le vice, mais on ne compare pas la vertu au vice. Comparer à suppose une analogie, un rapport commun de ressemblance entre les deux termes : comparer avec éloigne l'idée de ce rapport. Bnffoa a dit, comparez les œuvres de la nature aux ouvrages de l'homme. Il y a analogie , il 7 a un rapport commun de ressemblance entre les œuvres et les ouvrages, et c'est cette analogie , c'est cette ressemblance qui fait la base de la comparaison. Que Ton compare la docilité , la soumission du chien avec la fierté et la férocité du lion ; l'un paraît être Fami de l'homme , et Fantre son ennemi. Ici nul rapport de ressemblance, ri|^(de commun entre les deux termes; au c^^raire , ils sont toutà-fait opposés. ^ ' C'est , je crois , d'après ces nnances d^ns les expressions que l'on dit il n'y a point d'église que l'on pnisse comparer à Saint-Pierre de Rome, c'est-à-dire qui ait|avec cette église quelque chose de commun qui puisse servir de base à la comparaison. On ne dirait pas il n'y a point d'église que Ton puisse comparer avec Saint-Pierre de Rome. Cesl par la même raison qu'un homme orgueilleux dit vous osez voos comparer à moi , et non pas vons osez vous comparer avec moi! c'est-à-dire vous osez supposer qu'il y a entre vous et moi ^a«lque chose de commun qui puisse servir de base à une comparaison.

COMPASSION. V. CoMMisKRATioir.

COMPARAISON , MÉTAPHORE. Il y a cette diiférence entre lamétaphore et la comparaison , que dans la comparaison oa se sert de termes qui font connaître que l'on compare une chose à une autre , par exemple, si l'on dit d'un homme en colère qu'il est comme ^nlion, c'est une comparaison; mais quand on dit simplement , c'est un lion , la comparaison n'est alors* que dans l'esprit et non dans les termes, c'est une métaphore. (Du Marsais.)

COMPILATEUR, PLAGIAIRE. Le tompuateur recueille ce que les autres ont écrit, pour en faire une collection utile qu'il donne

pour ce qu'elle est en effet. Le /^/o^W/v reproduit les pensées des autres ou des parties entières de leurs ouvrages, sans en citer ,les auteurs , en les donnant comme tirées de son propre fond. Le premier peut être un littérateur estimable ; le second ne mérite que du mépris.

COMPLAIRE, PLAIRE. Complaire , c' Ht s'accommoder au sentiment , au gont , àJ'hameur de quelqu'un , acquiescer à ce qu'il souhaite, dans la vue de lui être agréable.

Plaire, c'est effectivement être agréable à force de déférence et d'attentions.

Le premier est dpnc un moyen 'pour parvenir au second , et l'on peut dil'e que quiconque sait complaire avec dignité, peut hardiment espérer de plaire, ( Beavzée.)

COMPLAISANCE , CONDESCENDANCE , DÉFÉRENCE. La complaisance on le désir, le soin de complaire, est de se plaire à faire ce qui plaît aux autres. La déférence ou l'attention à déférer , est de se porter volontiers à préférer à ses propres sentimens, l'acquiescement aux sentimens des autres. La condescendance on l'action de condescendre est de descendre de sa hauteur ponr se prêter à la satisfaction des autres, au lieu d'exercer rigoureusement ses droits.

Les nécessités, les bienséances, les convenances, les offices , les agrémens de la société» de la familiarité , de l'intimité , obligent à la com/^/aiVâ/tce^ Elle fait toute sorte de sacrifices de nos volontés, de nos goiits, de nos commodités, de nos jouissances, de nos vues personnelles. L'âge, le rang, la dignité, le mérite des personnes, noas imposent la déférence f elle subordonne ou soumet k ces titres notre avis , nos opinions , nos jugemens , nos prétentions, nos desseins. Les faiblesses , les besoins , les goûts , les défauts d'autmi , demandent de la condescendance. Elle fait que nous nous relâchons de notre autorité, de notre supériorité, de notre liberté, de notre volonté.

Un mari a de la compleUsance et de la coït- . deseendance poi4^ sa femme. La femme a de la -^<^Ve/ictf ponr son mari; ils ont l'un et l'autre de la condescendance pour leurs enfans. Nous nous devons tous de la eomplai'.

sance les uns aux autres ; nous devons de la déférence à nos supérieurs; nous avons pour nos inférieurs de la condescendance. Le fort a de la condescendance pour le faible ; les pe« tîts ont de la déférence pour les grands, on a de la complaisance pour tous ceuii: avec qui l'on vit.

Ces qualités annoncent de la bonté , de la

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doaceYir,de la facilité dans le caractère, dans l-hameaTy dans Tesprit. Mais la complaisance marqae particiilièrement une bonté affectnease; la déférence ane donceor respectnease ; la condescendance une facilité indalgente.

La complmsance est inspirée par le désir de plaire , et c'est le moyen de plaire. La déférence marqae ane docilité réglée par la science des égards; elle rend les antres contins d'eux et de nous. La condescendance tient à cette sorte d*aménité qai se prête volontiers à des tempéramens ; elle se plie pour vous embrasser.

Avec delà complaisance, on est d'an commerce bien doux; amec de la déférence, on est d'un commerce bonnête ; avec de la condescendance, on est d'an commerce commode.

, La complaisance est une monnaie avec laquelle toat le monde peut, au défaut des moyens essentiels, payer son écot dans la société : on vous en tient bon compte. La </eférence est un bommage que l'on rend à quelqu'un pour lui faire les honneurs delà société; on le prend pour la preuve du mérite. La condescendance est une espèce de générosité que l'on fait de sa manière de penser à la satisfaction d'autrui : on l'aime comme un bienfait.

Attentive et active , la complaisance lit daps votre pensée et prévient votre demande. Modeste et noble , la déférence prévient le conflit, et vous offre l'honneur du triomphe. Facile et gracieuse , la condescendance prévient l'importunité , et donne ce qu'elle cède.

La condescendance a pour règle de ne se fairô ni acheter ni dépriser. La déférence a pour maxime de rendre tout ce qu'elle peut , de manière qu'on vous rende tout ce qu'on TOUS doit.

Teneas potir certain qu'on abusera de votre eomj^laisance si vous négligez les occasions convenables de montrer une honnête liberté; dé votre déférence , si vous négligez celles de montrer .une courageuse fermeté; de "^folre condescendance , si vous négligez celles d'une juste inflexibilité.

La complaisance se distingue par l'envie de {Aaire , et par une attention contintiellé à complaire aux autres jasqne dans les plus "petites choses; la déférence par une obsèrvaîtion particulière des bienséances , et par une attention modeste à ne pas se comproniettfc avec lès titres, les prétentions et l'amohi^-propre des autres; la condescendance pAr tme sorte d'indulgence, et par une attention convenable à user de ses droits et de ses résolatio&s plutôt que de les faire valoir à

la rigueur. La complaisance trouve tonjonrs à s'exercer et s'exerce toujours avec empressement dans tons les cas où il est possible de faire quelque chose d'agréable aux autres, et pour eux-mêmes. La déférence, moins étendue, n'a lieu que dans les cas où l'on craindrait de blesser, par l'opposition, la dignité, la délicatesse , la vanité des personnes. La condescendance, tournée vers un autre but , ne se montre que dans le cas où la résistance, une forte ou longue résistance, nous ferait paraître durs, difficiles, inflexibles, opiniâtres, entiers.

COMPLÉMENT , RÉGIME. { Termes de grammaire. ) Ces deux mots paraissent se confondre, cependant il y a une différence entre l'un et l'autre. Complément signifie ce qu'on ajoute à une chose pour la rendre entière, complète. En grammaire, on appelle complément d'un mot , ce qu'on ajoute à ce mot pour en déterminer la signification de quelque manière que ce paisse être. Or, il y a deux sortes de mots dont la' signification peut être déterminée par des complémens : i° tous ceux qui ont une signification générale susceptible de divers degrés ; 2** ceux qui ont une signification relative à un terme quelconque.

Les mots dont la signification générale est susceptible de différens degrés, exigent nécessairement un complément j des qu'il faut assigner à cette signification quelque degré déterminé. Tels sont les noms appellatifs, les adjectifs et les adverbes qui, renfeirmant dans leur signification une idée de quantité, sont susceptibles de ce qu'on appelle degrés de 'signification; et enfin tous les verbes dont l'idée individuelle peut aussi recevoir ces différens degrés. Voici des exemples. — Li^re est un nom appellatif; la signification générale en est restreinte quand on dit an livre nouveau, le livre de Pierre, un livre de grammaire , un livre qui peut être utile ; et dans ce» phrases, nouveau ,de Pierre, de grammaire , qm peut être utile, sont autant de complémens àx nom livre. Savant est un adjectif; la signification générale en est restreinte quand on dit, par exemple , qu'un homme est peu savant , qu " est fort savant, qu'il est plus savant qae sage, qu'il est moins savant qu'un antre, eic. Dans toutes ces phrases , les différens coinpU' mens de l'adjectif savant sont peu , fort, plas que'sage , moins qu'un autre ; il en est a« 4nême, par exemple, du verbe aimer. On aime simplement et sans détermination de degré; on aime peu, on aime beaucoup, on ainie apparence , on aime avec constance, etc. v 01 a autant de manières de déterminer le degré de

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la signification du verbe aimer, et conséqnem* ment autant de complémens de ce verbe.

L'adverbe sagement peut recevoir aussi divers complé/nensi on peut dire pea sagement , plas sagement que jamais , aussi sagement qu'heureusement, etc.

Les mots qui ont une signification relative exigent de même un complément, dès qu'il faat déterminer Tidée générale de la relation. Tels sont plusieurs noi^ appellatifs, plusieurs adjectifs» quelques adverbes, et toutes les prépositions.

Le mot régime est un complément objectif et relatif des verbé^. Tous les régimes sont

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des complémens , mais tous les complémens ne sont pas des régimes. Âégimesedït proprement dans la grammaire française, des complémens nécessaires des verbes, et des complémens des prépositions qui sont aussi nécessaires.

J'appelle co/?i^^e'/ra«/<f nécessaire d'un verbe celui sans lequel le sens d'un verbe ne serait pas complet* Quand je dis j'envoie, le sens n'est pas complet, tant qu9Je n'ai pas dit ce que j'envoie ; le mot qui exprime ce que j'envoie est donc un complément nécessaire, ou un régime du verbe envoyer. Mais quand j'ai exprimé ce complément nécessaire , et que j'ai dit, par exemple, j'envoie un livre, le sens du verbe envoyer n'est pas encore com> plet, et il ne le sera que lorsque j'aurai exprimé à qui j'envoie uU livre. Le mot ou les motspar lesquels j'exprime à qui j'envoie, sont donc un com/^/emeAf nécessaire, ou un régime du verbe envoyer. Quand je dis mettez ce livre sur, la préposition sur n'a pas un sens complet, il est nécessaire qu'elle soi^ suivie d'an coiApiément qui achève ce sens , et ce complément est ce qu'on appelle le régime de la préposition. Il n'y a réellement que les verbes et les prépositions qui aient des régimes,

œMPLÉMENT^ SUPPLÉMENT. Le complément est ce qui manque à un ouvrage qui n'est pas achevé, pour le compléter, pour le rendre entier.

Le supplément est une addition faite à un ouvrage pour donner de nouveaux faits, de nouveaux éclaircissemens.

Un ouvrage auquel il manque un complément n'est pas entier; un ouvrage auquel on donne un supplément est un ouvrage entier , selon le premier dessein de l'auteur. Eh lui donnait un supplétnent, on i^e le conrtplète pas, on n'y ajoute pas une partie entière et nécessaire qui y manquait; on ne fait qu'augmenter, qu'étendre certaines parties, que donner certains développemens^ lie complément d'an ouvrage en est une partie essentielle ; le supplément d'un ouvrage est un ouvrage à

part , fait pour en augmenter ou pour en éclaircir quelque partie. Le supplément ne rend pas l'ouvrage complet, il l'était déjà; mais il l'augmente, et y donne un nouveau degré de perfection. ,

COMPLET, ENTIER. Entier se dit des choses auxquelles il ne' manque aucune des parties nécessaires poar constituer leur intégrité essentielle. Un pain entier, dont on n'a rien retranché ; un livre entier , qui comprend toutes les parties qu'il doit comprendre.

Complet sê dit des choses divisées en plusieurs parties, qui ont tontes ces parties.

Un volume détaché d'un grand ouvrage en plusieurs volumes est un volume entier, s'il n'y manque rien de ce qu'il doit contenir comme volume. Un ouvrage divisé en plu-sieurs volumes auquel il manque un ou plusieurs volumes n'est pas un ouvrage complet; il est complet s'il les a tous.

On dit occuper une maison entière t c^est-àdire toutes les parties dont la maison est composée ; et occuper un appartement complet, pour dire occuper toutes les parties dont se compose ordinairement un appartement.

Le premier de ces mots a plus de rapport à la totalité des parties qui servent simplement à constituer la chose dans son intégrité essentielle. Le second en a davantage à la totalité des parties qui contribuent à la perfection accidentelle de la chose.

œMPLEXE , IMPLEXE. Ces deux mots marquent l'un et l'autre l'opposé de simpler Mais l'un s'emploie en logique et en grammaire , et l'autre en littérature. Complexe se dit du sujet ou de l'attribut d'une proposition qui est accompagné de quelque modificatif , ou d'une proposition qui présente l'une ou l'autre de ces modifications , on ces deux modifications ensemble.

Implexe se dit des poèmes épiques et des ouvrages dramatiques. Ces sortes d'ouvrages sont simples lorsqu'il n'y a point de renversement dans la personne du héros; ils sont implexes lorsqu'il y a un renversement de bien en mal , ou de mal en bien.

COMPLEXION, CONSTITUTION, NA- TUREL , TEMPÉRAMENT. Ces quatre mots ont rapport aux qualités du corps de l'homme et à l'influence de ces qualités.

Naturel annonce les propriétés, les qualités , les dispositions , les inclinations ; en un mot , le caractA'e qu'on a reçu de la nature , avec lequel on est né. Il y a des enfans d'un naturel vif et pétulant, d'autres d'uij naturel sombre et taciturne.

Le tempérament est i^e habitude on dis-

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position da corps, qui résulte du mélange des humeai's qui se tempèrent l'une l'autre, et dont une domine ordinairement.

La complexion indique proprciment les habitudes formées , les plis pris , les penchans ou les dispositions habituelles , soit qu*elles Hissent du tempérament ou des humeurs, soit qu'elles n^ssent de quelque autre élémeirt constitutif.

La cofistitution consiste dans la composition et l'ordonnance des différens éiémens du corps » des différentes parties du tout qui le constil|ient ou l'établissent tel , et qui fondent son existence, sbn état, sa manière propre et stalile d'être.

Le tempérament change «elon les différens âges.

La constitution s'affaiblit aussi avec l'âge si elle est bonne , ou empire si elle est mauvaise ; mais elle conserve toujours quelque chose des principes bons on mauvais qui ont présidé à la conformation.

Le naturel peut être l^n ou mauvais. Il peut être rectifié , modifié, altéré par l'éducation , l'exemple ou l'habitude ; mais ces trois choses ne peuvent l'étouffer entièrement , et , bon ou mauvais, il -fie montre toujours quand il est entièrement libre.

Néron avait un naturel atroce que Sénèque et Burrhus adoucirent pendant quelques années; mais lorsqu'il fut le maître, son naturel reparut dans toute son atrocité.

Le naturel est donc formé de l'assemblage des qualités naturelles; le tempérament du mélange des humeurs; la constitution du système entier des parties constitutives du corps; la complexion des habitudes dominantes que le c<»ips a contractées.

Le naturel fait le caractère , le fond du caractère ; le tempérament fait l'humeur , l'humeur dominante; la constitution , la santé ^ la base OR le premier principe de la santé ; la complexion , la disposition habituelle du corps.

COMPLICE, ADHÉRENT. Adhérent signifie qui est dans le même parti, dans la même intrigue , dans le même complot. I] diffère de complice., en ce que ce dernier se dit de celui qui a part à un crime, quelque soit ce crime, au lieu qi!* adhérent ne s'emploie que lorsqu'il s'agit d'un crime d'État, comme rébellion , trahison , félonie , etc.

FAIRE COMPLIMENT, FAIRE UN COM- λLIMENT, ADRESSER UN COMPLIMENT, COMPLIMENTER. Faire compliment, c'est féliciter ; faire un compliment ou des com- ' plimens » c'est faire des politesses ou des éloges; complimenter, c'est adressera quelqu'un

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un discours d'aparal à sa lonuige. On eomplimente les rois dans certaines circonstances ; on leur adresse un compliment , mais 'on m» lear fait pas un compliment ni des û^mplirnens.

Complimenter quelqu'un régit la préposition sur , quand l'action de complimenter a pour objet quelque fait, quelque événement. On le complimenta sur le succès de son entreprise. Tous les corps de l'État vinrent complimenter le roi sur cette glorieuse victoire. Complimenter ne signifie pas la même chose que faire des complimens , ou fair'e compliment. Fcûrc des com.plimens, c'est dire ou écrire à quelqu'un quelque chose d'agréable , de flatteur , en lui témoignant l'estime qu'on a pour lui , l'idée que l'on a de ses bonnes qualités, F intérêt que l'on prend à ce qui le touche. Faire des complimens signifie quelquefois faire des cérémonies, des civilités, disputer de civilités. Je vous en fais mon compliment se dit d'une chose partie uhère dont on félicite quelqu'un. Vous avez obtenu une place honorable , je vous eu fais mon compliment.

COMPLIQUÉ , IMPLIQUÉ. Compliquer, c'est mêler , réunir ensemble plusieurs choses , de manière à en former un tout dont on distingue difficilement les parties.

Impliquer, c'est engager dans un soupçon.

dans une affaire , dans une accusation.

Les affaires ou les faits sont compliqués lesnns avec les autres , par leur mélangé et par leur dépendance. Les personnes sont impliquées dans les faits ou dans les affaires ,. lorsqu'elles y trempent ou qu'elles y ont quelque part.

Les choses extrêmement compliquées deviennent obscures à ceux qui n'ont ni assez d'étendue , ni assez de justesse d'esprit pour les démêler. Quand on est souvent dans la compagnie des étourdis, on est exposé à se voir im/^/Z^ue dans quelque fâcheuse aventure.

Compliqué, dit Girjird , a un substantif qui est d'usage ; impliqué n'en a point; mais en revanche 11 a un verbe que l'autre n'a pas. On dit complication et impliquer , mais on ne dit ni implication , ni compliquer. — 11 est vrai qu'on ne dit pas implication , mais on dit souvent compfiquer. Les avocats compliquent souvent les affaires les plus simples.

Ce qui a sans doute engagé Girard à exclure le verbe compliquer de la langue, c'est que l'académie ne le met point dans son Dictionnaire ; d'une négligence , il a fait une .règle.

COMPLPT. V. Cabale.

COMPOSÉ. V. Affecté.

COMPOSITION. V. Accommodement.

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