‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 171 sur 253 · CONCERNER, REGARDER, TOUCHER · texte numérisé non relu

CONCERNER, REGARDER, TOUCHER

On dit assez indifféremment, et sans beaucoup de choix , qu'une chose nous regarde , nous concerne ou nous touche , pour marquer la part que nous y avons. Il paraît néanmoins qu'il y a une différence sensible entre ces trois expressions.

Une chose nous regarde lorsqu'elle doit être faite, soignée, dirigée par nous, soit à cause de ses rapports naturels avec nous, soit à cause de l'autorité que nous avons sur elle. L'éducation d'un enfant regarde son père et sa mère; un procès regarde celui contre lequel il est intenté; les affaires d'un mineur regardent son tuteur; une émeute populaire • regarde la police.

Une chose nous concerne lorsqu'elle fait partie de celles dont nous devons prendre soin, do, celles qui sont soumises à notre vigilance , à notre inspection , qui font partie de nos attributions.

Concerner vient du Latin concernere , qui signifie voir ensemble, voir une chose avec plusieurs autres choses. Ce qui nous concerne est ce qui est renfermé dans le cercle des choses que nous devons voir ejisemble.

On dira qu'une chose nous regarde s'il est question de la faire, de la soigner actuellement , et si nulle autre personne n'a le droit de s'en mêler. On dira qu'une chose nous concerne si on la regarde comme faisant partie des chdses dont nous devons avoir soin, qui doivent nous intéresser. Son iils a fait une mauvaise action, il faut qu'il en soit puni. Cette punition regarde son père si elle doit être domestique; elle regarde la justice si elle doit être publique ; nul autre n'a h droû de l'infliger.

Mais on dira, j'ai ayons parler d'nne chose qui vous concerne, pour dire j'ai à vous parler d'une chose qui est dn nombre de celles qui doivent vous intéresser , qui ont rapport à votre personne, à vos biens, etc.

Ainsi, ce qui n^ns regarde a un rapport plus direct, plus déterminé avec nous que ce qui nous concerne.

Si l'on m'avertit d'une chose qnî me regarde, je dois y faire attention snr-le-champ pour la faire, pour la soigner, etc. ; si l*on m'avertit d'une chose qui me concerne, je dois examiner d'abord si j'y prends ou si j'y dois prendre quelque intérêt , ou si elle fait réellement partie d'un soin qui m'a été confié , et agir ensuite suivant cet intérêt ou ce soin.

Toutes les opérations du gouvernement regardent le premier ministre; elles ont un rapport direct avec lui, c*est lui qui doit les ordonner, les diriger, les conduire à leur fin. Mais ces opérations sont divisées en plusieurs cercles , dont l'un comprend les affaires de la guerre, un tutre les affaires de finances, un autre les affaires des relations extéiieures, etc. , et ces cercles, très distincts les uns des autres , renferment exclusivement toutes les affaires qui concernent les chefs chargés des détails de chacune de ces parties ; ils forment et bornent l'ensemble des travaux , des soins dont ils sont chargés. Les opérations de la guerre ne concernent pas les bureaux des finances , ni celles des finances les bureaux de la guerre.

Une chose nous touche lorsqu'elle a rapport à nos affections, à nos intérêts les pins chers. On m'a Calomnié dans le public; mon honneur y est intéressé, c'est une chose qni me touche. J'ai été trahi par un homme que je croyais mon meilleur ami; son action me touche. La conduite d'une femme touche de près son mari , il doit y avoir l'oeil.

On dit à un homme qui veut se mêler de nos affaires , sans y avoir aucun droit , qu'elles ne le regardent pas ; à un fonctionnaire qai veut agir hors du cercle de sa juridiction, que cela ne le concerne pas; et d'une affaii-e où il s'agit de notre vie ou de notre fortune, qu'elle nous touche de près.

CONCEVOIR. V. Comprendre.

CONCILIATION. Y. Accommqdkmeht , Accord.

CONCILIATION. .V. AïkANGEaiEirT.

CONCILIER. V. Accorder.

CONCIS , PRÉCIS , SUCCINCT. Il est fort difficile, d'après ce que disent Girard et Beanzée, de se former une idée ju^te des nuances qui distinguent ces trois mots.

CON

cm

Précis, dit Gh*ard', regarde ce qa'on dit; et concis, la manière dont on le dit. L'un a la chose pour ol^et, et l'autre l'expression.

Le précis et le succinct, 'dît Beaazée, regardent les idées; le concis est relatif à l'eixpression.

Ces deux observations , qui sont à peu près semblables, ne sont pas exactes; car il y a la précision des pensées et la précision des expressions ; cette dernière a nécessairemMit l'expression pour objet, et l'on peut par conséquent demander en quoi elle diffère de I9 concision, que Girard et Beauzée ne disent que de rezpression.

ba précision des pensées consiste à rassembler plusieurs pensées en une seule qui fasse sentir vivement les autres, lesquelles en jaillissent comme 4Vne source. Lorsque César s'écria, en s'adressant à Brutus, qu'il vit au nonkbre de ses assassins : £t toi aussi , mon iils! cette idée unique est d'une grande pré' cision, car elle en fenferme un grand nombre d^ autres qui durent faire une vive impression sur l'esprit de Brutus.

La précision des expressions copsistedans le choix des termes les plus propres à exprimer l'idée d'une manière vive et claire. L'apostrophe de César à Brntos renferme également la précision de l'expression. Ces mots : Et toi aussi, mon iils! expriment, de la manière la plus vive et la plus claire, tout ce qui pouvait faire impression sur Brutus. Si Céaar eut dit : Et toi aussi , mon fils , Je te vois au nombre des assassins ! l'expression ne serait plus pré^ cise, elle aurait présenté une circonstance qui , vivement indiquée par l'action même , p'avait pas besoin d'être e^^prioiée par des paroles.

Maintenant dira-t-on qu'il y a de la pré' cision on de la -concinon dans l'expression de César.' Je dis qu'il y a de Imprécision, parce qu'il a employé les termes les plus propres à manifester le sentiment dont il était animé.

La concision , an contraire , est purement grammaticale. Elle consiste à employer le moins de mots qu'il est possible pour exprimer une idée , au lieu que la précision dans les expressions consiste à employer les termes qui rendent l'idée avec le plus de vérité, de clarté , de force , d'énergie.

Le précis, dit Beauzée, rejette les idées «trangères, et n'admet que celles qui tiennent au sujet ; le succinct se débarrasse des idées inutiles , et ne choisit que celles qui sont essentielles au but.

Je ne vois pas trop par là quelle différence îl y a entre précis et succinct, si ce n'est que Vnn rejette les idées étrangères , et l'antre ies

idées inatiles, ce qui revient au m^me; ear les idées étrangères sont ici des idées inutiles.

Le succinct consiste à reaserrer i^n sujet d« manière à en présenter tout l'essentiel , saiii entrer dans les détails qui pourraient servir à le développer. "Le précis d'idées doit les rea« serrer pour leur donner plus de force- et d*é^ nergie ; le précis d'expression doit cb<$isir \ëi tenues les plus propres et lesTOurs 1m plus convenables; le sucàinct doit présenter le sujet en raccourci , sans rien omettre d'esstfntiel; c'est un portrait en miniature. Undis'* cours est défectueux lorsqu'il n'a depréeiinètk ni dans les idées, ni dans les exprefsioils-.lJn discours n'est pas défeetaeux pour ne pas él%e succinct, il a une autre espèce de mérite lorsqu'il est développé avec art.

Des idées précises sont celles qui sont res* serrées de mamère à lenr donner plue de force et d^énergie; des expxeasioqs précises sont celles qsi mideat exactement les idées avec toute leur force et leur énergie. Un discours succinct est celui où sont rapprochées toutes les parties essentielles d'un sujet , de manière à le faire conoaitre d'un seAl conp d'œil, et en éloignant tons les déVeloppemens et les détails qui pouiraient diiiraire de ce point de vue. Un discours eoncis est un dlseoars où toutes les idées sont clairement én'oneées avec le moins de mots qu'il est pMa&ble.

CONCIS, LACONIC^JE. Ces deux tîiotsne si^fient pas exactement là même chose.

Laconique se dit des choses et des personnes; concis ne se dit guère que des choses , et principalement des ouvrages et du style: au 'lien que laconique se dit principalement de la conversation ou de ce qui y a rapport'. On dit un homme laconique , .une réponse laconique, ' une lettre laconique, un ouvrage concis, un style concis.'

Laconique suppose nécessairement peu de paroles; concis ne -suppose que les- paroles nécessaires. Un ouvrage peut être long et concis lorsqu'il embrasse un grand sujet. Une lettre , une réponse ne peuvent être i la fois longues et laconiques.

Laconique suppose une sorte d'a^cctation et une espèce de défaut ; concis emporte pour l'ordinaire une idée de perfection. Voilà un compliment bien laconique; voilà un discours bien concis et bien énergique.

CONCLURE, INDUIRE., INFÉRER. Ces trois mots indiquent l'action de tirer des conséquences de quelques propositions qu'on a établies.

Induire , c'est conduire à une idée par les rapports ou la vérité des propositions déduites qtd y mènent. On induiç par une suite de pro*

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