DÉFENDRE, PROHIBER, INTERDIRE
Ces trois mots ont rapport à la défense de faire quelque chose.
Défendre est le terme générique, il embrasse toute sorte d'objets, il appartient à tous les genres de style. Prohiber est du style réglementaire, il s'applique aux objets d'administration , de police , de discipline. Interdire s'applique aux choses qui avaient lieu auparavant, et que l'on défend de continuer.
On défend ce qUi est mal, ce qui offense; on prohibe certaines marchandises que l'on ne veut pas laisser fabriquer, ni vendre dans un pays; on interdit à tin homme l'entrée d'une ville qu'il avait auparavant; on lui interdit toute communication avec les habitans.
DÉFENDRE, JUSTIFIER. L'un et l'autre veut dire travailler à établir l'innocence on le droit de quelqu'un ; en voici les diiférences :
Justifier suppose le bon droit, ou au moins le succès ; défendre suppose seulement le désiç de réussir.
Cicéron défendit Milon , mais U ne put parvenir à le justifier. L'innocence a rarement besoin de se défendre; le .temps la justifia presque toujours. {Encyclopédie.)
DÉFENDU, PROHIBÉ. Ces deux mots désignent en général une chose qu'il n'est pas permis de faire, en conséquence d'un ordre ou d'une loi positive. Ils diffèrent en ce que prohibé ne se dit guère que des choses qui sont défendues par une loi humaine et de police. La fornication est défendue, et la contrebande est prohibée, {^Encyclopédie.)
DÉFENSE , PROHIBITION , INHIBI- TION. La défense empêche de faire ce qui nuit ou offense; la prohibition, ce qu'on pourrait faire; l'inhibition , ce qui se fait irrégulièrement. La défense a donc un motif déterminé par la valeur propre du mot , celui d'empêcher de nuire, d'offenser, de blesser; Id, prohibition n'indique, par la valeur du mot, aucun motif; elle ne fait qu'éloigner , repousser , rejeter la chose. Quant à Vinhibition , elle ne fait que déployer l'autorité pour retenir et pour arrêter le cours d'une chose contraire à un ordre établi.
On défend ce qui ne doit pas se faire , ce qui est mauvais. On prohibe ce qu'on pourrait laisser faire, ce qui était légitime. On inhibe ce qui ne peut pas se fiure , ce qui n'est plus libre. Ce qui n'est pas défendu est
DEF
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permis, oa da moins toléré; ce qui n'est pas prohibé est approuvé ou autorisé; ce qui n'est pas inhibé est reçu ou établi.
Dans l'usage , défense est le terme générique; il embrasse toutes sortes d^objets; il Appartient à tous les genres de style. Prohi'^ hition est du style réglementaire ; il s'applique aux objets d'administration, de police, de discipline. Inhibition est du style de chancellerie ; il s'emploie proprement dans le ressort de la justice; on le joint à défense ^ et avec raison , puisque la justice n'est censée empêcher que ce qui est mal et déjà défendu.
Les lois , les ordres quelconques , sont des défenses; les ordonnances , les rcglemens , sont des défenses et des inhîbitioni.
L'autorité défend, comme elle ordonne; elle ne défoml pas ce qui est bon et juste en soi , comme elle ne commande pas ce qui est injuste, et inique. La police prohibe , comme elle autorise; elle ne prohibe pas l'exercice d'un droit légitime, comme elle n'autorise pas la licence. La justice inhibe, comme elle maintient; elle n'inhibe point ce qui est conforme aux lois et à Tordre, comme elle ne maintient pas ce qui est contraii^e à l'ordre et aux lois.
Le pécnlat, la concussion, les libelles, les dnels , sont défendus , et de droit ils doivent rétre; ou ne dira pas qu'ils sont prohibés.
La fabrication privée de la poudre à canon, l'introduction de certaines marchandises, sont prohibées, et en conséquence défendues. Elles ne sont pas toujours prohibées, et elles pourraient avec justice ne pas Tètre. Il est lait des infubitions à celui qui a frappé un citoyen , pâturé sur son champ, attenté à son honneur, bâti sur son terrein, de continuer, de récidiver, en vertu d'un droit établi, d*une loi existante. On ne dira pas dans ces cas la prohibition , parce qu'il s*agit d'arrêter le cours d une chose déjà défendue , et que Vinhibiciùn ne se fait qu'en conséquence d'une défense précédente. Ainsi, par exemple, l'inhibition est U conséquence d'un privilège exclusif.
Les défenses paraissent être les effets d'une loi ^nèrale. Ce qui est prohibé et inhibé est aussi défendu; ils dîfiërent moins par leurs eHets que par TappIicatNMi qu'on en fait.
Le mot prohibition semble, par sa nature, exprimer que r.tct]on dont à est question doit être éloignée; il a été jusqu'à présent empleyè dans les lois liscales. On a dit la cttltiîre du tsbac est prohibée; le commerce des Tndes e^t prohibé dans tel port, etc.; et en ce cas , il parait qu'on ne tloit TemploTer
que lorsqu'il s'agit d'objets de police dont le système peut changer.
Inhiber semble annoncer une itérative défense de récidiver. Cependant au palais, en style de chancellerie, en matière de justice distributive ou réglementaire, où les formules étaient employées, on faisait inhibition et défense , et inhiber précédait ordinairement.
DÉFÉRENCE. V. Complaisance, Gowsi-
DKRATION.
DÉFÉRER. V. Conférer.
DÉFIANCE , MÉFIANCE. La méfiance est une crainte habituelle d'être trompé « sans autre motif que la mauvaise opinion qu'on a des hommes. Elle s'étend sur tous.
La défiance est la crainte d'être trompé par quelqu'un, fondée sur les raisons qu'on croit avoir de douter de sa droiture, de sa bonne foi, de sa sincérité. La défiance ne tombe que sur les particuliers.
La défiance est l'application de la méfiance à des particuliers. Je prends à mon service un homme que je ne connais pas; il n'a rien fait qui puisse me faire douter de sa probité , de sa droiture, de sa bonne foi , etc. Cependant il m'inspire de la méfiance, parce qoe je vois tous les hommes capables de manquer de ces bonnes qualités. Mais si qaelqn'an m'avertit que cet homme a été accosé précédemment de qaelque action contraire à la probité, ou qu'il me donne lui-même occasion de concevoir des soupçons sur lai, alors j'entre en défiance, ma méfiance se chaîne en défiance.
On peut avoir de la méfiance sans avoir de la défiance^ Cest le cas de tout b^Mw™*»
qui, naturellement méfiant, n'a ancnne raison, aucun motif, pour ne pas accorder sa confiance à quelqu'un, et qui cependant ne la lui accorde pas, par suite de sa méfiA naturelle.
On peut aussi avoir de la défioMtee avoir de la méfiance. Un liomme natnrcjlement confiant prend de la défiance , non pas de la méfiance contre quelqu'un, lorsqu'on liû apprend des faits , qu'on lui donne de fortes raisons qui l'obligent à douter de sa probité.
La méfiance est dans le caractère; la dê^ fiance vient de l'expérience et de la réfirxion. On est toujours en défiance avec les firipoos. La méfiance est un défaat; la défiance une bonne qnaKté.
SE DÉFIER , SE MÉFIER. Ce sont expressions dont la première a rapport à la défiance et l'antre à la méfiance.
On se méfie de quelqu'on paranifie d*i
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cafactère méfiant, et qaoiqa*on n'ait ancane i ne se dit, presque plas, même dans le style
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raison particulière qui paisse jostifîer la méfiance. On se défie de quelqu'un parce qu'on a des raisons particulières de douter de la probité , de la sincérité , etc. , de quelqu'nn.
Se méfier de quelqu'un n'attaque pas aussi directement la personne que se défier de quelqu'un. Le premier ne suppose que le caractère méfiant de celui qui se méfie; le second indique quelque aonpçon, quelque opinion désavantageuse à celui dont on se défie.
DÉFIER, FAIRE UN DÉFI, DÉFIER, MEITRE QUELQU'UN À PIS FAIRE. Dans le premier sens, défier régit la préposition à. Défier quelqu'un à boire , à qui sautera le mieux. Défier quelqu'un aux échecs, au trictrac. Dons le second sens, il régit de. Je vous défie de me battre , je vous en déjie,
DÉFILÉ. V Col.
DÉFINITION, DESCRIPTION. Ces deux mots se disent d'un discours qui fait con- Daitre une chose. Mais la définition la fait connaître par des qualités essentielles, et la description la montre telle qu'on se la représente. La description est une définition imparfaite et peu exacte dans laquelle on tâche de faire connaître la chose par quelques propriétés et quelques circonstances qui lui sont particulières , la définition est une énumération des principales idées simples dont est formée une idée composée.
La définition appartient aux philosophes, elle tient à l'esprit et au raisonnement; la description appartient à l'art oratoire et à la poésie, elle tient à l'imagination.
DÉFLAGRATION. V. Combustion.
DÉFONCER UN TERREIN , DÉFRI- CHER UN TERREIN. Défricher un terrein, c est donner le premier labourage à une terre inculte; défoncer un terrein, c'est le creuser a plusieurs pieds de profondeur pour le mettre en état de produire ou de mieux produire.
DÉFUNT , MORT , TRÉPASSÉ. Défunt signifie à la lettre qui s'est acquitté de la vie, du htin ftmgi, s'acquitter d'une charge , faire une fonction , fournir une carrière, remplir sa destination ou son devoir. Defungi désigne proprement l'action d'achever sa charge, de terminer sa carrière , de consommer sa destinée,mais sur-tout celle de se délivrer d'un onéreux fardeau. La charge de l'homme , sa charge par excellence, c'est la vie; le défunt s'en, est acquitté.
Le défunt a vécu, il a rempli sa charge.
l'C trépassé vit encore dans «ne vie nouvelle ; le mort «l'est plus, il est cendre et poussière.
Malgr« ce» différcncesimportantes,/r^/;aiW
religieux et ordinaire ; il n'y a guère que le peuple qui dise encore défunt; il n'est plus question que de mort,
DÉFUNT , FEU. Défunt est du engage familier, y^u du langage plus relevé. On dit fa-f milièrement le roi défunt , défunt mon père; et dansun langage pltis poli, \efeuvo\^feu mon père. Feu suppose toujours un certain respect, une certaine vénération pour la personne dont on parle ; défunt ne marque que la sortie de la vie.
Ces deux mots ne se disent que des temps modernes. On ne dit -pas feu Auguste, défunt Tibère; mais on pourrait dire feu Henri lY, feu Louis XV.