DÉISME, THÉISME, DÉISTE, THÉISTE
Une différence bien réelle entre ces mots, c'est que tliéisme et théiste viennent du grec, et déisme et déiste du latin. Diderot nous en a donné une autre, l«e déiste, dit-il , est celui
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qui croit en Dieu, mais qui nie toute rêvé* latiou ; le théiste, au contraire, est celui qui est près d^admettre la révélation, et qui admet déjà Texistence d'un Dieu. Quoiqu'il soit vrai de dire que tout théiste n'est pas encore chrétien, il n'est pas moins vrai d'assurer que poar devenir chrétien , il faut commencer par être théiste. Le fondement de toute relig;ion c'est le théisme.
DÉITÉS, DIVINITÉS. Les poètes donnent en général le noiQ de déités aux divinités du paganisme. £n prose, ces déités gardent le nom de divinités. Les divinités du paganisme.
DÉJECTION, ÉVACUATIOrj. Ces deux mots sont employés en médedne. Déjection se dit de la sortie naturelle des exorémens du corps humain par l'anus. Évacuation se dit de la sortie des excrémens ou de toute autre matière superflue renfermée dans le coi-ps humain.
La déjection se fait naturellement par l'anus ; Vévacuation se fait ou naturellement par l'anus, ou artificiellement par des ouvertures faites exprès.
La déjection n'a rapport qu'à l'action. 'Vévacuation a rapport aux suites de l'action et au dégagement des parties embarrassées ,engorgées , obstruées par les matières^ Un homme en bonne santé fait chaque jours ses déjections ordinaires; un honiine constipé a besoin des secours de l'art pour évacuer les matières retenues dans ses intestins.
On dit que les déjections sont pénibles lorsqu'elles se font avec difilculté; on dit que les évacuations soulagent, lorsqu'elles diminuent l'embarras ou. la douleur.
SE DÉ JETER, GAUCHIR. Se déjeter se dit des bois destinés à la menuiserie ou à la charpente, lorsque, par trop de sécheresse ou d'humidité, ils se resserrent et se gonflent. Gauchir se dit des pièces de bois employées dans la menuiserie on la charpente qui, par trop de sécheresse ou d'humidité, s'écartent de la forme des autres pièces avec lesquelles elles concouraient à un plan uniforme.
DÉJOINDRE, DÉS ASSEMBLER, DÉSU- NIR. Déjoindre , c'est faire que des choses destinées à être jointes ne le soient pas. Deux planches qui étaient jointes sont déjointes, lorsque leur jonction est interrompue dans quelque partie de leur longueur. Désassembler, c'est faire que des choses destinées à être assemblées ne le soient plus. Deux planches qui étaient assemblées sont désassemblécs , lorsqu'elles ne se touchent plus dans aucune partie de leur longueur. Désunir, c'est faire que ' des choses unies pour former un tout ne le soient plus, et forment des objets distincts.
On déjoint en affaiblissant la liaison , on eju la détruisant dans quelque partie. On désas" semble^en détruisant la liaison entière. On dés~ unit en rompant la liaison des parties dejnanière qu'elles ne forment plus un même tout.
DÉJOUER, JOUER. Jouer quelqu'un, c'est le tromper, l'amuser par de fausses promesses, par de fausses apparences. Déjouer quebju'un , c'est faire manquer les projets , les desseins de quelqu'un.
Il ne se dit que des projets et des desseins nuisibles. On ne dit pas déjouer une entreprise utile , un dessein honnête ; mais ou dit déjouer un comploir, déjouer une intrigue.
DÉLAISSEMENT, V. Abandoitkemekt.
DÉLAISSER. V. Abandonn|s,r , Quitter.
DELATEUR. V. Accusateur.
DÉLAYER, DISSOUDRE, FONDRE. Un corps se délaie lorsque ses parties se séparent dans un liquide, s'y dispersent, sans se combiner avec ce liquide. Un corps se dissout lorsque toutes ses parties se détachent, se séparent et se combinent avec le liquide dans lequel elles se trouvent. Un corps se fond lors- . que ses parties se mettent en fusion ou prennent une forme fluide par la chaleur ou l'action du feu. La terre se délaie dans l'eau ; le sucre s'y dissont; la cire sefond sur le feu.
DÉLECTABLE, DÉLICÏEUX. Ces deux mots sont proprement faits pour être rapportés à l'organe du goût. Un mets est délicieux on délectable. Par extension, ils embrassent tous les sens; et par analogie, les plaisirs de l'ame. Délectable est inusité aujo^urd'hui ; on ne dit plus que délicieux.
DÉLÉTÈRE, MORTEL. Ces deux mots signifient qui donne la mort, ou qui peut donner la mort ; mais mortel est un terme général qui se dit de tout ce qui est de nature à donner la mort , comme les coups , les blessures, les plaies, le chagrin, etc.; et délétère est un terme technique qui ne se dit que des substances qui donnent ou peuvent donner la mort à la manière des poisons.
DÉLIBÉRER, OPINER, VOTER. Ces trois mots sont consacré^ dans le la/igage des corps établis pour examiner, discuter et terminer certaines affaires.
Délibérer, c'est examiner dans tous les sens et sous tous les aspects une question proposée, et discuter les raisons pour et contre. Opiner, c'est dire son avis et le motiver. Voter, c'est donner son suffrage quand il ne reste plus qu'à recueillir les voix.
On discute pour examiner la question. On opine pour rendre compte de la manière dont on envisage la chose. On vote pour former la décision à la pluralité des suffrages.
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. La délibération est nn préléminaire indispensable pour mettre au fait ceux qui doivent prononcer ; elle exige de Tattention. Les opinions sont une espèce de résultat formé dans chaqae tête, et qui, étant raisonné, devient une nouvelle source de lumières et de motifs pour préparer la décision; cette seconde opération exige du bon sens. Enfin, l'action de voter fait connaître la décision, et l'opération qui la conclut et l'autorise; feUe exige de l'équité. On écoute les délibérations; on pèse les opinions; on compte les voix. ( Extrait de Beauzée. )
DÉLICAT, DÉLIÉ. Délicat se dit au propre des ouvrages dont les parties sont fines, et travaillées avec beaucoup de peine, d'adresse et d'attention; et délié de ce qui est grêle, menu, délicat. En ce sens délicat diffère de délié, en ce que le premier, outre la finesse des partil*s, indique encore un travail difficile et qui ne peut être fait qu'avec beaucoup d'art, de patience et de précautions.
Délicat se dit par analogie des choses qui concernent l'ame , l'esprit, la raison. Une pensée est délicate lorsque les idées en sont liées entre elles par des rapports peu communs qu'on n'aperçoit pas d'abord quoiqu'ils ne soient point éloignés , qui causent une surprise agréable , qui réveillent adroitement des idées accessoires et secrètes de vertu, d'honnêteté, de bienveillance, de volupté, déplaisir , et qui insinuent indirectement aux antres la bonne opinion qu'on a d'eux ou de soi. On dit d'un discours qu'il est délié lorsqu'on n'en aperçoit pas d'un premier coup d'œil l'artifice et le but.
On dit , au figuré , un homme délicat et un homme délié; mais il ne faut pas confondre ces deux expressions. Les gens délicats sont assez souvent déliée, mais les gens déliés sont l'arement délicats. Par homme délicat on entend un homme qui , ayant une grande sagacité , sait distinguer ce qu'il y a de plus honnête, de plus agréable, de plus noble, de plus généreux dans toutes les circonstances de la vie, et qui s'y attache par goût pour en faire la règle de ses actions. Par homme délié on entend un homme fin, insinuant , fertile en expédiens , qui a toute la sagacité nécessaire pour distinguer et choisir les moyens les plus proprés à parvenir à son but , et assez d'habileté pour les employer à propos.
Délicat a plus de rapport au choix des moyens; délié en a davantage à la manière de les employer.
Un homme délicat peut être plus ou moins délié, c'est-à-dire employer plus ou moins
habilement les moyens que sa délicatesse a préférés. Mais un homme délié n'est pas un homme délicat lorsque son habileté ne se rattache pas à des moyens avoués par la déhcatesse.
Ainsi délicat se prend toujours en bonne part ; et délié en bonne ou en mauvaise part.
Le délicat tient toujours à d'heureuses dispositions, n'a que des effets agréables, etplak toujours ; le délié tient à des dispositions indifférentes en soi , peut avoiff* de bons ou de mauvais effets , et offense souvent.
La sensibilité de l'ame produit le délicat; la finesse de l'esprit, l'artifice, amènent le délié.
DÉLICAT, FIN. Il suffit d'avoir assez d'esprit pour concevoir ce qui estjîn; mais il faut encore du goût pour entendre ce qui est délicat. Le premier est au-dessus de la portée de bien des gens, et le second trouve peu de personnes qui soient à la sienne.
Un discours y?/i est quelquefois utilement répété à qui ne l'a pas d'abord entendu ; mais qui ne sent pas le délicat du premier coup ne le sentira jamais. On peut chercher l'an, et il faut saisir l'autre.
Fin est d'un usage plus étendu ; on s'en sert également pour les traits de malignité comme pour ceux de bonté. Délicat est d'un service comme d'un mérite plus rare ; il ne sied pas aux traits malins , et il figure avec grâce en fait de choses flatteuses; ainsi l'on dit, ane satire fine , une louange délicate. ( Girard. )