DIME. V. DÉCIME
DOCILE , FLEXIBLE , SOUPLE. Ces trois mots ont rapport aux dispositions que les personnes ou les choses ont à se prêter aux impulsions étrangères.
Flexible se dit au propre des corps qui peuvent se plier ou être plies. Ainsi l'osier, le jonc, les jeunes branches des arbres, sont flexibles; et on a appelé flexibles, an iiguré, les esprits, les caractères qui, comme ces corps , sont incapables d'opposer une longue et forte résistance aux actions qni tendent à les faire plier. •
Souple dit plus que flexible» Il se dit des
corps qui non «eulement peuvent se plier ou
être plies, mais encore qui. sont snsceptihles
I de prendre facil«m«|tt toute» l^dlon^M, tSfSÊm
DOC
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les dirtçtiotis qa^on vent lear donner. Une branche d'arbre d'ane certaine grosseur est flexible, parce qu'elle peut se plier et être inclinée de hant en bas; elle n'est pas souple , parce qu'elle ne peut pas prendre tontes sortes de directions , ni conserver long-temps par elle-même celle qu'on lui a donnée. Une branche de vigne ou de chèvrefeuille est souple, parce que non-senlement elle peut ae plier comme une branche d'arbre, mais encore prendre toutes sortes de directions, conserver tontes les formes qu'on lui a données et en changer à volonté. On dit au figuré nn caractère souple, on esprit souple, une humeur souple, etc., pour marquer un caractère , un esprit , une humeur que l'on peut changer, diriger, tourner à son gré, sans éprouver beaucoup de résistance.
Docile se dit des hommes et de certains animaux; il signifie qui a de la disposition à se lai^er conduire et gouverner. Un homme docile , nn enfant docile , un caractère docile, un cheval docile, un chien docile,
Vhomme Jlexible se prête, l'homme souple se plie et replie ; l'homme docile se soumet.
Ij^hovame flexible peut résister , mais il cède ; l'homme souple va au devant de vos volontés ; Vhomme docile n'a d'autre volonté quela vôtre.
Le complaisant esX flexible, le flatteur est souple, le simple est docile. La flexibilité est plutôt passive, comme le mot le porte; vous faites fléchir l'homme. La souplesse est plutôt active ; vous n'avez pas besoin de plier l'homme, il se plie. La docilité est en partie pasvsive et en partie active ;'rhomme reçoit Timpulsion et la suit volontairement.
"La flexibilité est une qualité favorable et nécessaire; la souplesse est une qualité équivoque et suspecte ; elle tient souvent de l'artifice, de la ruse. La docilité est une qualité he«rense et louable.
La rigidité est la qualité directement opposée à la flexibilité; la raideur est le contraire de la souplesse ; l'humeur revêche est précisément en opposition avec la docilité.
Par la flexibilité, on s'accommode au goût des autres pour être bien avec eux; par la «ouplesse on se fait tout à tous, pour les avoir tous à soi; par la docilité, on met dans les autres la confiance qu'on n'a pas en soi, pour être bien avec soi.
♦ Trop- de flexibilité est faiblesse, trop de souplesse , manège ; trop de docilité , pusillanimité.
DOCILITÉ, DOUCEUR. Ces deux mots indiquent une disposition à se laisser conduire et gouverner par les autres,
Mais la docilité est une disposition à se soumettre sans résistance à ce que les antres exigent de nous , et cette disposition vient de notre faiblesse, de notre ignorance, on du peu de confiance que nous avons dans nos propres lumières. Un enfant est docile anx volontés de son père ,' un écolier aux leçons de son maître, nn jeune homme aux avis de son précepteur. Le premier ne sait pas se déterminer ou se détermine mal; le second est ignorant et vent apprendre ; le troisième ignore les usages et veut se former. Tous trois ont peu de confiance en eux-mêmes sous les rapports qui les concernent, et beaucoup en ceux auqnels ils se soumettent. La docilité suppose donc un inférieur et nn supérieur; l'ignorance d'un côté , et la science de l'autre ; la méfiance et la confiance, l'inexpérience et l'expérience.
La douceur n'est pas bornée à ces circonstances , et n'a pas les mêmes motifs. La signification de ce mot a beaucoup plus d'étendue que celle de docilité. C'est une qualité du caractère qui s'étend sur tons les âges , sur toutes les circonstances et les positions de la vie , sur toutes les actions.
La douceur est une disposition à se conformer aux volontés des autres , qui a sa source dans le désir de leur plaire , dans l'amour de la paix , et quelquefois dans la faiblesse , l'indifférence ou la paresse.
La docilité a pour base l'avantage de celui qui est docile; la douceur, l'avantage de ceux envers lesquels on l'exerce, et la -satisfaction de ceux qui l'exercent. L'écolier docile apprend; l'homme doux plait à tout le monde et jouit du plaisir de plaire à tout le monje.
La douceur est pour les inférieurs comme pour les supérieurs, pour les sa vans comme pour les ignorans, pour les maîtres comme pour les disciples, pour les parens comme pour les étrangers. ,
Tel est docile qui n'est pas doux ; il se^onmet par nécessité ou par intérêt; hors de là, il résiste à la volonté des autres çt prend plaisir à s'y soustraire. Celui qui est dotfx est toujours docile; la docilité dérive de son caractère, mais elle garde alors le nom de douceur, parce qu'elle prend uniquement sa source dans cette qualité. Celnî qui est donx n'est pas docile par besoin on par raison ; il l'est parce qu'il est donx.
La docilité n'influe que sur les actions; elle n'influe point sur les sentimens et sur les pensées ; là douceur abandonne aax autres ses sentimens et ses pensées.
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L^opiniâtreté est le contraire de la docilité ; Paigreur de la douceur.
DOCTE, DOCTEUR. Ces deux mots ont rapport à la science et à l'habileté des hommes. Docteur se dit de celui qui , ayant donné ou étant censé avoir donné certaines preuves de scieuce et d^hahileté, est décoré de ce titre par une société savante ou prétendue telle. Docte se dit de celui qui est savant et habile, soit qu'il ait ou non le titre de docteur.
Il semble que le mot de docteur devrait dire beaucoup plus que celui de docte, car Tobtention de ce titre , qui suppose l'examen de la science et de l'habileté , semble en constater ptibliquement l'existence dans celui à qni on la donne. Cependant il est arrivé tout le contraire; et comme les sociétés savantes ont souvent admis au doctorat , par complaisance, par faiblesse, par protection , par faveur, des gens qui n'avaient que peu de science ou qui n'en avaient point du tout, ce mot de docteur n'a plus su[)posé la science et l'habileté, et est devenu très inférieur à celui de docte. En effet , il y a un très grand nombre de docteurs qui ne sont pas doctes, et un grand nombre d'hommes doctes \^ni ne sont pas docteurs, et qui se soucient fort peu de l'être.
Un homme à la cour et souvent à la ville, dit La Bruyère , qui a un long manteau de soie ou de drap de Hollande, une ceinture large et placée haut sur l'estomac, le soulier de maroquin , la calotte de même , d'un beau grain , un coUet bien fait, et bien empesé , les cheveux arrangés et le teint vermeil, qui, avec cela, se souvient de quelques distinctions métaphysiques, explique ce que c'est que la lumière de gloire, et sait précisément comment on voit Dieu , cela s'appelle un docteur. Une personne humble qni est ensevelie dans le cabinet, qui a médité, cherché, consulté, confronté, lu ou écrit pendant toute sa vie, est un homme docte.
DOCTE, ÉRUDIT, SAVANT. Ces trois termes sont synonymes en' ce qu'ils supposent des connaissances acquises par l'étude.
ISérudit et le. docte savent des faits dans tous les genres de littérature; Vérudit en sait beaucoup, le docte les sait bien. Le docte et le jat^a/jf connaissent avec intelligence; le docte connaît des faits de littérature qu'il sait appliquer; le savant, des principes dont il sait tirer les conséquences.
Une bonne mémoire et de la patienâe dans Vétude suffisent pour former un érudic; ajoutez-y de l'intelligence et "de la réflexion , vous aurez un homme docte. Appliquez celui-ci à des matières de spéculation et dé science, et
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donnez-lui de la pénétration, vous en ferez un savant.
Si l'on peut employer indifféremment ces termes d^érudit et de docte, c'est lorsqu'on ne veut indiquer que l'objet .dn savoir, sans rien dire de la manière dont on sait. Si les termes de docte et de savant peuvent être pris l'un pour l'autre, c'est lorsqu'on ne veut désigner que la manière intelligente et raisonnée dont on sait, et que^l'on fait abstraction de l'objet du savoir. Mais les termes à^érudit et de savant ne peuvent jamais se mettre l'un pour l'autre , parce qu'ils diffèrent en tout point, et par l'objet et par la manière. Cette différence est si grande que savant est toujours un éloge, ■au lieu qu'on dit quelquefois par 'une sorte de mépiis, qu'un homme n'est qu'un érudit.
Ces trois termes se disent des personnes; mais il n'y a que docte et savant qui se disent des otîVrages.
Qn dit d'un livre qui contient beancoup de faits de littérature et grand nombre de citations , non pas qu'il est érudit, mais qit'il est rempli d'érudition. On dit un docte commentaire, pour marquer que l'érudition y est employée avec discrétion et avec intelligence.
Un ouvrage est savant quand on y traite les grands principes des sciences rigoureuses , ou qu'on les y emploie pour la iin particulière qu'on se propose. (Beauzée. )
DOCTE , HABILE, SAVANT. Les connaissances qui se réduisent en pratique rendent habile ; celles qui ne demandent que la spéculation font le savant; celles qni remplissent la mémoire.font l'homme docte.
On dit du prédicateur et de l'avocat , qu'ils sont hhbiles; du philosophe et du mathématicien, qu'ils sont savans; de l'historien et du jurisconsulte , qtl'ilssont doctes. "Vhomiae habile semble plus entendu ; le savant plus profond; le docte plus universel.
Nous devenons habiles par l'expérience; savans par la méditation; doctes par la lecture. ( Girard. )
DOCTEUR. V. Docte.
DOCTRINE, ÉRUDITION, LITTÉRA- TURE, SAVOIR, SCIENCE. Ces cinq mots ont rapport aux connaissances diverses qne les hommes acquièrent par l'étude.
H y a , ce me semble , dit Girard , entre les qualités exprimées par les quatre mots littéra^ ture, érudition, savoir, science, un ordre de gradation et de sublimité d'objet suivant le rang où elles sont placées. La littérature désigne simplement les connaissances qu'on acquiert par les études ordinaires dn collège, car ce mot n'est pas pris ici dans le sens on il sert à dénommer en général l'occnpation de
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