DON
DOU
présens sans motif. Celaî-ci vent témoigner sa reconnaissance , celai-là veat qu'on soit persuadé de Festime qu'il a pour la personne; un autre vent se concilier Testime , la confiance; an autre vent les conserver. L'un veut qn'on le croie soumis, attaché; l'autre qu'on loi accorde appui et protection. Les princes eax-mémes, lorsqu'ils se font des présens par leurs ambassadeurs, témoignent iou feignent quelques-uns de ces sentimens ou de ces désirs, et il est rare qu'ils en envoient à ceux avec lesquels ils n'ont ni ne peuvent avoir aucun rapport politique.
Le don suppose toujours la snpénorité de celui qai le fait Celui qui est utile à an autre lui est supérieur par cela même qu'il lui est utile ; il le rend heureux , ou plus heureax , et celui qui tient d'an autre son bonheur ou une partie de son bonheur, est inférieur à cet autre. Cehii qui fait un don n'a d^autre but que l'avantage de celui à qui il le fait ; celui qui fait un présent le fait dans une intention relative à lui. À la nouvelle année on se fait des présens et non des dons, parce qu'on veut se rendre agréable, conserver l'estime, entretenir l'amitié, la bienveillance, l'union, la paix. Les -petits présens entretieitnent l'amitié, dit le proverbe.
DONNER, PRÉSENTER, OFFRIR. L'idée du don est le fondement essentiel et commun qui rend .syponyme , en beaucoup d'occasions, la signification de ces mots; mais donner est plus familier; présenter est toujours respectueux; offrir est quelquefois religieux. Nous donnons aux domestiques ; nous présentons aux princes ; nous offrons à Dieu.
On donne à une personne, afin qu'elle reçoive; on lui présente, afin qu'elle agrée; on lui ffre, afin qu'elle accepte.
Nous ne pouvons donner que ce qui est à nous, offrir que ce qui est en notre pouvoir; mais nous présentons quelquefois ce qui n'est ni à nous , ni en notre puissance.
Donner marque plus positivement Pacte' de volonté qui transporte actuellement la propriété de la chose. Présenter désigne proprement l'action extérieure de la main ou du geste , pour livrer la chose dont on veut transporter la propriété ou l'usage. Offrir exprime particulièrement le mouvement du cœur qai tend à ce transport. Ainsi, la valeur des dieaz derniers mots a plus de rapport à la partie préliminaire du don , et celle du premier en à davantage à ce qui rend cet acte pleinement exécuté. C'est pourquoi l'on peut fort bien dire que l'on présente en' donnant, et qa'on offre pour donner; mais on ne peut changer Tordra de ca sens.
Les biens, le cœur, Testime, se donnent; les respects , le pain bénit, se présentent; les services personnels Coffrent,
Ce n'est pas toujours la libéralité qui fait donner, l'intérêt y a quelquefois beaucoup de part. La manière de présenter peut être plas agréable que le don 'même de la chose.
On offre plus souvent par pure politesse que par affection de cœur. ( Girard. )
DOUBLE SENS. V. Ambiguïté.
DOUCEUR. V. Docilité, Bohté.
DOUCEUR. V. Aménité.
DOULEUR. V. Affliction.
DOULEUR. V. Amertume.
DOULEUR , MAL. Dans quelque sens qu'on prenne ces mots, le plaisir est toujours l'opposé de la douleur, et le bien l'est du, mal; mais ils ne sont proprement synonymes que dans le sens où ils marquent une sorte de sensation disgracieuse, qui fait souffrir; et alors la douleur dii quelque chose de pins vif qui s'adresse précisément à la sensibilité. Le mal dit quelque chose de plus générique qui s'adresse également à la sensibilité et à la santé.
La douleur est souvent regardée comme l'effet du mal, jamais comme la cause. On dit de celle-là qc^'elle est aiguë, de l'autre qu'il est violent. On dit aussi, par sentence philosophique, que la mort n'est jamais un mal, que la douleur en est un. (Girard.)
DOUTE, INCERTITUDE, IRRÉSOLU- TION. Ces trois mots sont synonymes , en ce qu'ils marquent chacun une indécision.
Mais l'indécision de V incertitude vient de ce que l'événement des choses est inconnu; celle du doute, de ce que l'esprit ne sait pas faire un choix; et celle de V irrésolution, de ce que la volonté a de la peine à se dé terminer. '
On , est dans Vincertitude sur l'issue d'un procès, parce qu'on ignore de quelle manière il se terminera. On est dans le doute sur ce que l'on doit faire, parce qu'on ne voit pas quel parti est préférable. On est dans V irrésolution, sur ce qu'on veut faire, par la faiblesse de la volonté , qui n'a pas la force de se déterminer à une chose ou à une autre.
Le sage est toujouris incertain sur l'avenir; le vrai savant doute de ce qui ne lui est pas bien prouvé ; la crainte et la timidité produisent Y irrésolution,
SE DOUTER , PRESSENTIR , SOUPÇON- NER. Ces trois mots ont rapport aux connaissances imparfaites que l'on prend de choses cachées.
iS!0 douter, c*est avoir one croyance vague
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et accompagnée de doate , de Texistence présente ou future d'une chose ciichée, d'après la nature même de la chose , et les rapports de cette nature avec les circonstances. Je connais le paractère, les inclinations, la fai« blesse de cet homme ; je me doutais qu'il ferait cette sottise. Je me doute de son embarras.
Pressentir, prévoir confusément une chose avant qu'elle arrive, soit par les pures lumières du raisonnement , soit par un mouvement naturel, secret et inconnu que nous éprouvons en nous , et qui semble nous avertir de ce qui doit nous arriver. Il avait pressenti le malheur qui lui est arrivé. Vipressentait sa fin.
Soupçonner, c'est être disposé à croire l'existence présente ou future d'une chose cachée ,' d'après de légers indices. Je soupçonne que cet homme me trompe , que cet homme me trompera.
Pressentir ne se dit que des choses futures; se douter et soupçonner se disent des ' choses présentes et des choses futures.
Se douter suppose la pénétration. Soupçonner suppose l'inquiétude et la facilité à se laisser prévenir. Pressentir, si le sentiment qu'il exprime est l'effet du raisonnement , suppose un esprit éclairé ; si ce sentiment est un monvement secret dont on croit la cause inexplicable, il suppose l'ignorance et une sorte de superstition.
Tel pressentiment qui effraie un esprit faible, parce qu'il le croit surnaturel , n'est qu'un sentiment naturel aux yeux du philosophe, qui a su rassembler une multitude de petites circonstances ou d'illusions qui ont pu le faire naître naturellement.
DOUTEUX , INCEPtTAIN , IRRÉSOLU.
Ces trois termes marquent également l'état de suspension et d'équilibre dans lequel se trouve lame à l'égard des objets qui fixent son attention.
Douteux ne se dit que des choses; iricer' tain se dit des choses et des personnes; irrésolu ne se dit que des personnes. Il marque de plus une disposition habituelle et tient au cai^clère.
On dit qu'une chose est douteuse, lorsqu'il n'y a pas des preuves suffisantes pour en établir la vérité, ou que la • vraisemblance est égale entre les preuves pour et contre.
Un homme est incertain, lorsqu'il n'a pas assez de lumières pour se décider. Une chose est incertaine, lorsqu'elle n'est pas d'une vérité irrésistible. Un homme est irrésolu, lorsqu'il n'a pas de motifs d'intérêts assez pois-
sans pour se déterminer, ou qae les motifs opposés sont égaux.
Le sage doit être incertain à l'égard des choses douteuses, et ne doit jamais être irrésolu dans sa conduite. On dit d'un fait légèrement avancé, qu'il est douteux, et d'un bonheur légèrement espéré, qu'il est incertain. Ainsi, incertain se rapporte à l'avenir, et douteux an passé ou au présçnt.
DOUTEUX , PROBLÉMATIQUE , IN- CERTAIN. Ces trois termes se disent des choses qui ne sont pas d'une vérité incontestable.
Problématique est un terme de science. Il signifie ce qui peut se soutenir dans l'affirmalive comme dans la négative, avec une vraisemblance presque égale. Une proposition problématique, une opinion problématique.
Ce qui est douteux n'est pas appuyé de preuves suffisantes ; ce qui 'est incertain n'offre pas assez de raisons solides pour qu'on le croie.
Il n'y a point encore de raison de prononcer dans une chose problématique; il n'y a- pas de raisons suffisantes pour se décider dans les choses douteuses; il n'y a pas assez de raisons de croire dans les choses incertaines. Dans le premier cas, l'esprit est indifférent pour et contre ; dans le second , il est embarrassé entre le pour et le contre; dans le troisième, il voit le pOur et craint le contre. A l'égard des proportions problématiques, l'opinion est libre; dans les cas douteux , le choix est difficile; sur les objets incertains , on n'a aucune opinion.
Tous cherchez la solution de ce qui est problématique, la vérification de ce qui est douteux, la confirmation de ce qui est in^ certain.
Il faut acquérir des idées claires de la chose problématique dont vous ne savez que penser; des raisons solides à Tégaid de la chose douteuse dont vous n'avez que des idées précaires ; des preuves constantes à l'égard de la chose incertaine à laquelle vous n'osez ajouter foi.
Une vérité , pour ainsi dire , aventurée esX. problématique ; une vérité fortement combattue paraît douteuse ; une vérité purement croyable est encore incertaine.
Sur les points problématiques, commencez par douter, puisque vous ignorez. Dans les .cas douteux en faiorale, prenez le parti le plus sûr, si le doute ne peut être levé. À l'égard des bruits incertains , ne comptez que sur la fausseté , sur la malice et sur la crédulité des hommes.
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DOUX. V. BEznir.
DRAP, ÉTOFFE. Étoffe est uii nom général qai se dit de tontes sortes d'ouvrages tissus en or, en argent, soie, fil, laine, toile, coton, etc. Il se dit pins particnlièrement de certaines sortes à^étoffes légères qui servent pour les doublures et les robes de femme. On entend par draps des étoffes résistantes, croisées, faites de laine, de laine et fil, etc. Étoffe est le terme général; les draps sont des espèces particulières àH étoffes,
DRESSER, FORMER. Ces deux mots signifient faire contracter des habitudes propres à un certain état, à une certaine destination. Former indique non 'seulement faire contracter des habitudes, mais encore instruire de tout ce qui pent concourir k diriger ces habitudes.
Dresser ne tombe que sur les actions physiques; former tombe et sur les actions physiques et sur les actions morales. Voilà pourquoi on ne forme que les êtres qui ont de la raison et de l'intelligeUce. On forme les hommes et on les dresse. On dresse les animaux, on ne \eB forme pas.
Dans l'art militaire , on dit former des soldats et Presser des troupes. Former des soldats indique l'éducation militaire relative à la discipline, à l'obéissance, à l'esprit militaire. Dresser des troupes indique aussi l'éducation militaire , mais ne tombe que sur la partie qui a rapport au maniment des armes , aux manœuvres, aux évolutions et aux détails du service. Former est restreint à un certain nombre d'hommes qui ne composent pas encore un tout, et désigne un acte purement moral. Dresser s'étend à une troupe complète , telle qu'une compagnie , an bataillon , 'un régiment , et porte uniquement sur le physique des instructions.
DROIT. V. Debout.
DROIT, JUSTICE. Le droit est l'objet de la justice : c'est ce qui est dû à chacun. La justice est la conformité des actions avec le droit : c'est rendre et conserver à chacun ce qui lui est dû. Le premier est dicté par la nature ou établi par Tautorité, soit divine, soit humaine; il peut quelquefois changer selon les circonstances. La seconde est la règle qu'il faut toujours suivre; elle ne varie jamais.
Ce n'est pas aller contre les lois de la justice, que de soutenir et défendre ses droits par les mêmes moyens dont on se sert pour les attaquer. ( Girard. ).