AIL
AIGUILLONNER , EXaTER. Celui qui aiguillonne pique Tamour-propre , la. vanité, fait sentir la honte , le mépris , la gloire , la coDsidération, la récompense. Celui qui excite donne des ayis, des conseils, il sollicite.
AIGUILLONNER. V. Animer.
AIGUILLONNER, INCITER. Aiguillon- R«r suppose le pouvoir d^jigir actuellement sur Pâme; il marque une sorte de supériorité. Inciter suppose le besoin de s'insinuer assez avant dans Tesprit; il marque plus d'égards et de ménagemens. On aiguillonne par tout ce qui fait une impression vive ; on incite par les insinuations, les suggestions » la persuasion, la conviction.
AIGUILLONNER , ENCOURAGER. Celui qa'on aiguillonne a la force nécessaire pour agir, il ne s'agit que de le forcer à l'employer. Celui qu'on encourage manque de force, de courage , de hardiesse ,. d'audace; il faut le soateair^ lui donner une nouvelle énergie, loi montrer le but et la récompense, lui dégaiser les obstacles, lui grossir les espérances et les ressources.
AIGUILLONNER, PORTERA. Onaiguil^ lonne celui qui cetse d'agir ou qui ralentit son action ; on porte à agir celui sur lequel on a de l'ascendant. Il faut forcer le premier ; le second est disposé à tout : il ne s'agit que de lui faire connaître ce qu'on veut qu'il fasse.
Am
AIGUISER. V. Afputeh, Allsgir, Affiler.
AIGUISER, 'AMENUISER. Aiguiser ne K dit que des bords ou des bouts : des bords, quand o^ les rend tranchans, en les passant sur une meule ; des bouts , quand on les rend aigus avec la lime, ou sur la pierre à aiguiser. Amenuiser se dit de la diminution qui se lait dans tons les sens an volume d'un corps, mais seulement en parlant de petites pièces.
AIGUISER, ALLÉGIR. Aiguiser oie se dit qne des choses qu'on peat rendre propres à piqaer, à percer; on allégit en diminuant sur toutes les faces un corps considérable.
D'AILLEURS, DE PLUS, D'ailleurs an-' nonce une raison d'une espèce différente; de plus , une raison de la même espèce. Pour qa'un État se soutienne , il faut que ceux qui gouvernent soient modérés , que ceux qui doivent obéir soient dociles, çt que de plus les lois y soient judicieuses. Il y aura toujours des guerres entre les hommes, parce qu'ils sont ambitieux, que l'intérêt les gouverne , que d'ailleurs le zèle inconsidéré de la religion les rend cruels. v
D'AIU£UR$, OUTRE GELA. D'ailleurs
^puie par une raison qui n'entrt pas dîree»
tement dans la question , mais qui y a dn rapport. Outre cela annonce qu'on va ajouter une nouvelle raison à celles qui soifisaient déjà elles seules. Vous devez avoir confianr^ , en lui parce qu'il vous aime tendrement, et que d'ailleurs s^ principes sont un sôr garant de sa probité. L'Écriture sainte nous prêche l'unité d'un Dieu , la raison noos la démon* tre ; outre cela tonte la nature nous la £iit sentir. ,
AIMABLE, SOÈIABLE. I^'holnme sociable est celui qui, par* son affabilité, sa douceur, son humanité, sa bienfaisance, sa complaisance, sa réserf e, sa probité, son indulgence pour les autres, est propre à se faire aimer dans la société, et sait s'y maintenir sans bassesse et sans flatterie. L'homme ai' mable est le même homme, considéré sous le rapport de l'affection que lui attirent généra» lement ces qualités.
Mais si l'on prend cette expression dans le sens qu'on lui a donnée abusivement, il y a une très grande difTérence entre l'hooune so» ciable et l'homme aimable.
L'homme aimable y dit Dnclos, du moins celui à qui l'on donne aujourd'hui ce titre, est indifférent sur le bien public, ardent î plaire à toutes les sociétés où son goût et le hasard le jettent, et prêt à en saoriEer chaque (particulier; il n'aime personne, n'esf aimé de qui que ce soit, plait à tous et souvent est méprisé et recherché par les mêmes gens.
L'homme, sociable inspire le désir de vivre avec lui ; l'homme aimable en éloigne ou doit en éloigner tout honnête citoyen,
AIMANT , SENSIBLE. Aimant, qni par sa nature est porté à aimer. Un homme aimant, un caractère aimant. Sensible, sur qni les bonnes qualités font une impression vive et durable.
L'homme aimant cherche son honheor dans l'union iptime des cœurs; il n'est heureux que lorsqu'il aime et qu'il est aimé. L'homme sensible est fortement a0ecté de tout ce qm est bon et honnête. Les impressions qu'il éprouve le portent à aimer ceux qni en sont la source.
Il y a quelque chose d'actif dans l'homme aimant, et quelque chose de passif dans l'homme sensible; le premier cherche à aimer , le second est entraîné à aimer.
L'homme aimant s'attache par son pvopn penchant; l'homme sensible s'attache par suite des impressions qu'il éprouve.
AIMER MIEUX, AIMER PLUS. Ces deux , expressions ont nae idée eenuBfuuB de com-
ÂlM
AlM
paraison et 'de préférence, mais on y reconnaît des différences marquées.
Aimer mieux ne marque qu'une préférence entre des choses pour lesquelles on n'a point d'attachement, on quelquefois même pour des choses pour lesquelles on a de la haine ou de Taversion. Il aima mieux la mort qne l'esclayage.' Si je suis obligé d'opter entre deux choses qui me déplaisent, y aime mieux l'une que l'autie, c'est-à-dire, j'aime mieujC prendre l'une que l'autre, et ma préférence, qui ne tombe pas sur l'objet même, mais sur les suites qu'elle peut avoir, est déterminée par des motifs étrangers an goût et à l'affection.
Aimer plus suppose un goût plus sensible, un attachement plus grand pour une chose que pour une autre. Quand on aime mieux, on préfère une chose et on rejette l'autre; quand on aime plus^ on préfère une chose, mais on ne rejette pas l'autre.
La préférence tombe sur l'objet même anquel on trouve plus d'attraits, ou pour lequel on a plus d'affection; et non sur les suites que peut avoir cette préférence.
Une ame honnête et juste, dit Girard, ai" merait mieux être déshonorée par les calomnies les plus atroces, que de se déshonorer elle-même par la moindre injustice, parce qu'elle airne plus la justice que son honneur ipême.
AIMER, CHÉRIR. Aimer c'est être attaché à un objet par des sentimens plus on moins forts. Chérir c'est aimer avec un tendre attachement , avec prédilection. Cette femme aime tous ses enfans, mais elle chérit le plus jeune. CAerir exprime plus d'attachement, de tendresse et d'attention; aimer suppose plus de diversité dans la manière.
Aimer n'a rapport qu'au sentiment qu'on éprouve pour l'objet aimé; chérir a de plus rapport à l'objet même qne nous regardons comme particulièrement nécessaire à notre bonheur, à notre bien-être, à notre satisfaction. On pleure la perte d'un objet aimé; on est désespéré de celle d'un objet chéri, La femme qc^, voyant un de ses fils à l'agonie, disait, dans son délire, mon Dieu, prenez mes antres enfans et laissez-moi celui-là, pouvait aimer ses antres enfans; mais elle chérissait le mourant. Une veuve qui se remarie peut avoir aimé son premier mari; mais celle qui, par un reste de tendresse pour ce mari, refuse de former d'autres nœuds, l'a véritablement chéri; on peut dire qu'elle chérit sa mémoire.
On aime une fleur, <m ne la chérit pas, parce que ce| fittachement, fondé sur le goût, v^ui pas proDundément gravé dans le cœur^
et qne l'existence de cet objet n'est paâ regantée comme essentiellement liée avec notre bien-être, avec notre bonhenr , avec notre satisfaction. C'est par la même raison qu'on aime nue maison, un chemin, et qu'dh ne les chérit pas. On aim^ un homme bienfaisant, parce qu'on voit avec plaisir l'exercice de la vertu qui le distingue; on chérit un bienfaiteur, parce qne par ses bienfaits il a fait naître dans notre cœur la reconnaissante, sentiment qui nous est cher et qui nous porte à Yaimer d'une manière particulière. £n un mot, chérir suppose nn sentiment de prédilection qui prend sa source dans le cœur, et se rattache à tout ce qui peut contriWer à la conservation ou au bien-être de l'objet chéri.
Nous ne chérissons, dit Girard, qne les personnes on ce qui fait en quelque sorte partie de la nôtre, comn^e nos idées, nos préjugés , même nos erreurs et nos illusions.
Cette observation ne nons semble pas juste.
On chérit sa patrie, la vertu, l'amitié de quelqu'un. Voltaire a dit : Il ne cessa de montrer toutes les lumières et les vertus qui peuvent faire chérir et respecter l'autorité. La patrie, la vertu, l'amitié, fautorité, ne sont ni des personnes, ni des choses qui fassent partie de notre personne.
AIMER UNE CHOSE, AIMER À FAIRE UNE CHOSE. On dit aimer la danse et aimer à danser. La première expression marque un goût particulier pour l'art de la danse, on pour l'exercice qu'elle procure, on ponr le spectacle dont elle est l'objet; la seconde marque plus particnlièrenient nn goût, nn penchant qui a pour but l'action de danser.
On peut aimer la danse sans aimer à danser; c'est ce qui arrive à un vieillard qui ayant fait tonte vie sa profession de l'art de la danse , en a conservé le goût, mais qui n'a plus les monvemens assez légers pour se livrer à l'exercice de la danse. On dir^ de Ini , il airne eqcore la danse, mais il n'azme plus à danser.
AIMER, ÊTRE AMATEUR. On aime un objet individuel, ou en général tons les objets de la même espèce capables de flatter le goût. On n'est pas amateur d'un objet individuel , on l'est de l'espèce don(, il fait partie. On Mme son jardin, et l'on aime les jardins; mais on n'est pas amateur de son jardin; on n'est pas amafeur des jardins, on est amateur de jardiqs. On aime nn tableau, des tableaux, et on est amatetir de tableaux. Amateur suppose , outre le goût pour une classe de choses , les connaissances et les lumières nécessaires pour distinguer celles qui méritent la préférence, ce que ne suppose pas le verbe aimer.
AIN
AIMER. V. APFECTioimER.
aInÉ , ANCIEN. Ces deux mots se disentdes individus de Fespèce humaine comparés les ans aux autres, relativement à Tépoque où ils sont nés , ou à celle où ils ont été admis dans quelque société, dans quelque compaguie, dans quelque corps. Celui .qui est né avant un antre est son aîné ; celui qui a été reçu dans un corps avant un autre est son ancien, Uainé est toujours plus ancien que celui dont il est Vainé; V ancien peut être plus jeane que celui dont il est Vancien. Je suis Totre ancien à l'académie , parce que j'y ai été reçu avant vous; mais je ne suis pas votre aîné, parce que vous êtes plus âgé que moi.
AINSI, AUSSI, C'EST POURQUOI. Il est des cas ou vous dites aussi , c'est pourquoi , ainsi, dans le dessein de lier une proposition avec une autre : par exemple, ce parvenu s'était élevé hien haut , aussi est-M tombé bien bas; c'est pourquoi il est tombé bien bas ; ainsi il e^t tombé bien bas. Alors leur signiiîcatioa est à peu près semblable. Il n'est personne qui ne sente d'abord dan^cet exemple ({iHaussi à qnelqae chose de plus énergique , c'est pourquoi quelque chose de plus raisonné, ainsi quelque chose de plus modéré et de plus vague.
Selon Girard , c'est pourquoi renferme dans sa signification particulière , un rapport de cause et d'effet ; ainsi ne renferme qu'un rapport de prémisses et de conséquence. Le premier est plus propre à marquer la suite d'un événement et d'un fait , le second à faire entendre la conclusion du raisonnement.
Pourquoi signifie par quelle raison ; et c'est pourquoi, c'est par cette raison. Donc sa propriété est de désigner le raisonnement, et point du tout l'événement. Je raisonne et je conclus lorsque je dis l'ame est immatérielle, c'est pourquoi elle est immortelle. Si je dis il fait beau , ainsi allons nous promener , je ne prétends pas faire un argument avec prémisses et conséquence ; car en disant qu'il fait beau, je ne prétends pas prouver logiquement qu'il faut aller se promener ; je désigne seulement un rapport d'un fait ou d'un événement avec un autre. C'est précisément le contrake de ce que prétend Girard.
Diderot ajoute dans V Encyclopédie , à la remarque de Girard, l'observation suivante :
C est pourquoi se rendrait par cela est la raison pour laquelle ; et ainsi par cela étant. La dernière de ces expressions n'indique qu'une condition. L'exemple suivant , où elles pourïaient être employées toutes deUx, en fera bien sentir la différence. Je puis dire , nous avonà quelque affaire à la campagne, ainsi
(65) AIN
nous partirons demain, s'il fait beau, ©a c'est pourquoi nous partirons demain , s'il fait beau. Dans cet exemple, ainsi se rapporte à s'il fait beau, qui est la condition du voyage; et c'est pourquoi se rapporte à nous avons quelque affaire , qui est la cause du voyage.
Ainsi ne se rapporte point à s'il fait beau, dans cet exemple ; il se rapporte*, comme c'est pourquoi, à nous avons quelque affaire. Il signifie, cela étant que nous avons des affaires. Supprimez de la phrase, s'il faitbeau, vous pour^ rez dire également, nous avons quelques affaires à la campagne, ainsi nous partirons demain.
Où est alors la condition? Le mot ainsi doit exprimer la condition par lui-même , et indépendamment des accessoires. Je dirai, mon
ami est hors de danger, ainsi je n*ai point d'inquiétude : c'est-à-dire cela posé, attendu que, dans la supposition que, à cause que, puisqu'il est vrai que mon àmi est hors de danger, je n'ai point d'inquiétude. La condition de ma tranquillité, c'est le bon état de mbn ami. Mais observons que cette condition est remplie , et que la proposition n'est point conditionnelle. Ainsi ne désigne donc qu'un rapport de dépendance. Mais il est temps d'expliquer nos propres idées; commençons par expHquer la valeur des termes.
La locution c'est pourquoi est suffisamment éclaircie. Elle exprime la raison , le motif, le principe, ou la cause déterminante d'une chose ; raison donnée dans le discours qui précède la phrase ÎJue cette locution Commence. Dieu est bon, c'est pourquoi il nous envoie des maux qui nous rappellent à lui.
Ce père est trop indulgent, c'est pourquoi son fils est plus indocile. Je trois la chose bonne et titîle, c'est pourquoi je la fais 'on J6 la dis.' Vous m'aimez, c'est pourquoi vous lae corrigez. Dkns tous ces exemples , c'est pour» quoi indique que la première proposition est la raison de l'autre; c'est toujours un raisonnement très facile à réduire en syllogisme.
Aussi et ainsi sont formés âe si ' signifiant tant, tellement, etc.; comme ^ns ces exemples ; cet homme est si bon ! efette femme est si modeste que , etc. ,-une persoîa'ne si ou aussi estimable, etc.
Aussi rtvient à autant, au même point, à tel degré, à la même proportion de mesure, et vous pouvez le résoudre par autant. Il désigne de même l'égalité , la parité entière , la correspondance parfaite. Aussi modeste que savant , aussi bon que beau , ou bon autant que beau ; aussi brave , ou brave autant qu'un autre. Employé pour lier ensemble deux phrases, il a le même sens, la même valeur, 'h même ejffet, celui d'exprimer une telle éga-
AIN
AIN
lité entre les choses, que les deax propositions mesarent, pour ainsi dire, les objets Fan par» Vautre ; que vous pourrez également conclure de Pune à l'autre ; que tous établirez également la grandeur, on de la cause par FefTet, ou de TefTet par la cause, de manière que les choses tout en raison Fnne de l'autre. Cet homme a été bien récompensé , aussi avait-il bien mérité; il avait bien mérité, aiissi est-il bien récompensé; autant qu'il avait mérité, il a été récompensé; autant qu'il a été récompensé, il l'avait mérité. Cette personne est fort aimante, aussi est-elle fort aimée; elle est fort aimée , aussi est^elle fort aimante. Les deux sentimens sont l'un en raison de l'autre, et l'un est la raison de l'autre. Votre pensée est grande, aussi est-elle de génie; c'est une pensée de génie, aussi est'clle • grande. Vous jugez d'une grandeur par l'autre. Le génie est égal à la pensée , et la pensée au génie. Vous avez trop mangé , aussi vous digérez mal; vous digérez mal, azfj^e vous avez trop mangé. Ce mot exprime donc d'une manière très énergique les rapports exacts de grandeur , que la cause et l'effet , le principe et la conséquence, un événement et ses suites, etc., ont entre eux.
jéinsi vaut autant que en tant, en tant que, tellement, en tel cas, en ce cas; dans cet état ou le même état des choses , de cette manière, de la même manière ou sorte. Beaucoup moins précis dans son idée qn^aussi et autant , par conspuent beaucoup plus faible d'expression , il ne désigne dans les choses que la conformité, la ressemblance, l'analogie, la convenance, des traits de comparaison. Vous le voyez servir à des comparaisons simples, entre des objets qui n'opt entre eux qu'une simple ressemblance , comme dans les exemples suivans. Le hibou cherche 'l'obscurité , ainsi le méchant cherche les ténèbres. La colombe amollit le grain dont elle veut nourrir ses petits ; ainsi un,e mère tendre prépare et adoucit Tinstructioii qUjCUe veut faire goûter à ses enfans.Quelquefdjj^ les rapports sont plus marqués.
jéinsi que la verte^ le crime a ses degrés.
La guerre a ses^iaveurs ainsi que ses disgrâces.
Souvent ce mot désigne l'exacte conformité de deux choses , ceUe d'un fait avec un récit, celle^ des pensées et des volontés de deux personnes. La chose est ainsi, ou telle que vous la dites, ^insi va le monde ; c'est-à-dire tel est le cours des choses. Vous croirez, ainsi que moi, que la vertu malheureuse est encore plus heureuse que le vice triomphant, etc.
n en est de même lorsque ce mot établit use dépendiace cntû deux propositions. On
dira, un pécheur s'est converti à l'heure de la mort, ainsi ne désespérez pas. Voilà un motif, une raison tirée d'un exemple. Le malheureux est une chose sacrée, ainsi vous devez le respecter religieusement. Voilà une conséquence. Le génie a le droit de créer des mots propres, et les expressions nécessaires à ses pensées ; ainsi Montaigne , La Fontaine , Corneille , Bossuet , forcent quelquefois la langue à suivre leur génie. Voilà une sorte de justification. Nous avons affaire dans le même quartier , ainsi allons-y ensemble. Voilà une pure convenance. Après avoir donné une règle, je l'éclaircis, je la développe, je l'appuie par des exemples; et je marque la liaison du discours par le mot ainsi , comme je pourrai en marquer la conclusion. Dans tous «ces cas, ainsi désigne une conformité, une analogie , un accord entre les objets énoncés dans ies propositions qu'il lie ensemble , de manière que rune prouve ou justifie, appuie, développe , éclaircit l'autre ; il n'a donc pas cette valeur décidée qui donne aux mots une force particulière.
Pour exp]||uer la raison de l'emploi commun de ces termes, j'ai taché de remonter jusqu'à leur idée primitive>qui doit se retrouver dans toutes leurs acceptions , et c'est pourquoi j'ai cité des exemples tirés de leurs différens emplois..
Il ne suffit pas de dire qu'un mot est tantôt un adverbe, tantôt une conjonction ; ou qu'il si£;nifie tantôt une chose, tantôt une autre. Vous ,n en donnerez une définition ou une notion juste ou suffisante, qu'autant que les 'différentes manières de l'employer se rapporteront toutes à une même idée , à l'idée mère. Il faut que toutes ses acceptions et tous ses emplois s'accordent en un point. (Extr. de Roubaud.) . AINSI QUE , DE MÊME QUE. Ces deux expressions sont synonymes, lorsqu'elles sont Tune et l'autre termes de comparaison, çait il y a des cas où ainsi que ne l'est pas.
De même que marque proprement une comparaison qui tombe sur la manière dont est la chose; ainsi que marque particulièrement une comparaison qui tombe sur la réalité de la chose. On dira, les Français pensent de même que les autres nations ; mais ils ne se conduisent pas de même; parce qu'il n'est précisément question ici 'que d'une certaine manière de penser et de se conduire, d'une modification de la pensée et de la conduite.
Mais oh dira, il y a^.des philosophes qui croient que les bêtes pensent ainsi que les hommes , parce qu'il s'agit ici de la réalité de la pensée qu'on attribue à la bête aussi bien qu'à l'homme f et non d'aucune modification
AIR
on manière de penser; puisqu'on peut ajouter qne quoique les philosophes croient que les bétes pensent ainsi que les hommes , ils ne croient pourtant pas qu'elles pensent de même qu'eux. (Extrait des synonymes de Girard. )
AINSI QDE, œMME. Ces deux expressions sont synonymes, lorsqu'elles sont l'une et Fautre termes de comparaison. Ainsi que marque une comparaison qui tombe sur la réalité de la< chose ^ et comme une comparaison qui tombe sur la qualité de la chose. Ainsi l'on dirait que les expressions d'une personne qui ne conçoit les choses que confosément, ne sont jamais justes comme celles d'ane personne qui les conçoit clairement ; parce qu'il est là question d'une qualité de l'expression ou d'une qualification qu'on lui donne. Par cette même raison on dit , hardi comme un lion, blanc comme jieige, doux comme miel; et non pas ainsi que on de même qu'un lion, etc. (Extrait des synonymes de Girard, y
AIR , MANIÈRES. Air se prend .ici pow:
l'extérieur d'une personne considéré sous le
rapport de l'impression qui résulte , à la première vue, de ses.traib, de sa taiUe, de son maintien , etc. Par manièwes, nous entendons rbabitnde de certaines actions, de certains gestes, de certains mouTemens, de certains signes extérieurs.
L'air semble né avec nous , il frappe à la première vue ; les manières viennent de l'éducation, elles se développent successivement dans le commerce de la vie. Tel qui déplaît d'abord par son air, plaît ensuite par ses ma^ nières.
Girard, qui dit que Voir semble né avec nous, dit dans le même article qu'on se donne un air y qu'on compose son air. Si Vair semble né avec nous, nous ne nous le donnons pas , nous ne le composons pas. Girard a confondu ici deux acceptions différentes du mot air, et c'est ce qui l'a fait tomber dans des contradictions. Air, outre la signification qoe nous venons de donner à ce mot, signifie aussi ce qui résulte de certains changemens dans les traits, dans l'attitude, dans les mouvemens que l'on opère à son gré , ou ^ue l'on tient de l'habitude ou de l'imitation, et qai sont l'expression des divers mouvemens de notre ame. Cette sorte d'air ne semble point né avec nous, nous nous le donnons, nous le composons. C'est dans ce sens qu'on se donne des airs de grandeur, qu'on prend un air prévenant, un air doux, soumis, menaçant , satisfait , joyeux , chagrin , mécontent. On peat appeler ces airs des airs factices , par opposition au premier, qui est Vair natureL
( 67 ) AIR
AIK , MINE. Air, lorsqu'il est pria pour c« qui résulte de certains changemens dans le#« traits, dans l'attitude, dans les mouvemena que l'on opère à son gré ou que l'on tieat d« l'habitude et de l'éducation , et qui sont l'expression des divers mouvemens de notre «me ; est synonyme de mine. Mais air se dit n<Aiseulement du visage, mais encore de l'atti* tude, dti maintien et de l'action; élimine ne se dit que des divers changemens arrivés sur le visage, par l'effet des mouvemens de l'ama ou de la volonté. Un homme a Vair triste lorsque ses traits, son attitude» ses mouvemens indiquent que la tristesse règne dans squ ame ; il a la mine triste , si l'on ne veut parler qne des traits de son visage qui indiquent ce sentiment. Mine ne peut se dire , en ce sens , que de l'expression vraie ou simulée des mouvemens de l'ame manifestés sur le ^sage. Pour changer son air, il faut changer toute l'habitude du corps qui indiquait un sentiments pour changer aa mine, il ne faut que modifier les traits de son visage. On dit bien un air complaisant, parce que la complaisance se manifeste par l'empressement, par les manières, par les paroles, par les actions; mais on ne dit pas une mine complaisante, parce que la complaisance ne se manifeste qne très imparfaitement sur le visage. Mais on dit an air affable et une mine afTable , selon que l'on veut exprimer que cette qualité est exprimée par tout l'extérieur du corps on seulement par les traits du visage.
Mine en ce sens ne se dit que de l'homme , parce qi^'il n'y a proprement que l'homme qui ait un visage sur lequel se peignent les passions et les mouvemens de l'ame. Un chien a Vair gai, mais il n'a pas la mine gaie. Une maison a l'air vieille , mais elle n'a pas la mint vieille.
3Une se dit quelquefois par extension pour apparence , et alors il ne se dit pas seulement du visage , mais, de tout l'extérieur des personnes ou des choses. £a ce sens, il est aussi synonyme A*air, qui se prend souvent da,ns la même signification. Mais la différence consiste en ce que air se dit d'une apparence de choses ajoutées à celle que l'on considère; et qne mine se dit de la chose même. Une femme a Vair grosse , c'est-à-dire a Voir d'être grosse ; air se rapporte à la grossesse qui est pontée à la feipme , et qui lui est accidentelle. On ne dirait pas qu'elle a la mine grosse. Mais un homme a bonne mine, c'est-à-dire qne toutes les parties dont il est formé constituent un tout agréable, qui n'est autre chose que luimême. Un jardin a Vair agréable, c'est-à-dire qu'il a tout ce qu'il faut pour procurer de
AIR
ÂIS
Fagrément, du plaisir; mais un jardin a mauraise mine lorsque les parties en sont mal distribuées /mal combinées, que la culture en est Bégllgée, qu-il offre par lui-même rm aspect désagréable. Un cheval a bonne mine lorsque .tontes ses parties, bien conformées, forment un aspect agréable; un cheval a mauvaise mine lorsque ses parties mal <-onformées, mai proportionnées ou plus ou moins arraiblies, forment un aspect désagréable. Un cheval qui a bon air, mauvais air, est un cheval dont l'aspect annonce ou n'annonce pas des dispositions à telle ou telle qualité. Dans le premier cas, la mine est dite du cheval même; dans le second, Pair est relatif aux qualités. tJn ragoût a bonne min^, lorsque tout son extérieur annonce qu'U est bien fait ; dans le cas contraire il a mauvaise mine. Un ragoût a Yair bon lorsque son extérieur fait présumer qu'il flattera le goût ; dans le cas contraire , il a Yair mauvais. Les deux premiers exemples ont rapport au ragoût même , à rài)parence qu'il offre réellement aux yeux ; dans les deux antres il est question non de Tapparence même du ragoût , mais d'une apparence relative à une qualité qui est hors de lui et qu'il peut avoir ou ne pas avoir. Un ragoût qui a bonne mine a nécessairement en lui cette bonne mine; nn ragoût qui a l'air bon ou mauvais n'a pas nécessairement en lui la qualité de bon ou de mauvais, c'est une qualité qu'on suppose qu'il doit avoir en conséquence de son air ou de son apparence.
AIR , PHYSIONOMIE. Vair se dit de toute l'habitude du corps; la physionomie ne' se considère que dans le visage. Physionomie vient d'un mot grec qui signifie indice de la nature. En effet, on enterid par physionomie l'enscmBle des traits du visage, considéré comme indice de l'esprit, du caractère et des évènemens de l'avenir. Vair indique la situation actuelle de l'ame qui peut changer à tout moment; un air triste, chagrin, abattu, \à. physionomie y comme le marque son étymologie, indique la nature des qualités jiermanentes de l'ame. Une physionomie spirituelle dit plus>]u'nn air spirituel, parce ^ae physionomie aimonce la nature de la chose , et air seulement l'apparence de son existence.
On. a cru que la. physionomie avait quelque rapport avec les évènemens, et l'on a dit une physionomie heureuse , une physionomie mal- - heureuse.
AIR, ARIETTE, CHANSON. Air, chant qu'on adapte aux paroles d'une petite pièce de poésie propre à être chantée.*
Ariette signifie proprement petit air; mais
aujourd'hoi Ton doxme 1« nom d'ari^ué à do | «e présentent.
grands morceaux de musique d'un moarement pour l'ordinaire assez gai , qui se chantent avec des accompagnemens de symphonie, et qui sont communément en rondeaa.
Chanson, espèce de petit poÉme lyricpie fort court, qui roule ordinairement Sur des sujets agréables auquel on ajoute on air pour être chanté dans des occasions familières.
On chante des airs à l'Opéca , des ariettes k l'Opéra-Comique,, des chansons à table ou dans des rassemblemens familiers et joyeux, ou pour se désennuyer.
AIS, PLANCHE. Ais se dit de petits morceaux de bois longs, larges et peu épais qui servent à divers usages dans les arts et métiers, comme à serrer, k contenir, à séparer, à maintenir, etc.
Une planche est nn morceau de bob plus long que large destiné à porter,^ supporter, à soutenir, etc. hai planche est plus épaisse et plus solide qjlle Vais, On fait des caisses avec des ais; on fait jine table, un banc avec des planches. On passe un ruisseau sur une planche ; Vais ne serait pas assez solide. Cest avec des planches qu'on fait les planchers sur lesquels on marche , les tablettes sur lesquelles on pose de la vaisselle , des livres , des vases , etc.
Les ais «sont toujours de bois , mais des planches de cuivre sur lesquelles les graveurs gravent des dessins pour en tirer des estampes sont des planches. Les jardiniers font des planches, c'est-à-dire des espaces de terre plus longs que larges, sur lesquels ils cultivent des fleurs ou des légumes.
AISANCE, FACILITÉ. V aisance est dans les manières de faire; elle exclut toute gêne et tonte contrainte. "Lii facilité est dans l'action même; c'est la faculté ou l'habitude de faire sans peine, sans effort. Parler avec aisance c'est parler d'une manière naturelle, sans hésitation, sans embarras, sans chercher ses mots. Parler avec facilité ^ c'est tirer comme d'une source abondante toutes les choses que l'on veut dire. Un maître de danse marche avec aisance, parce qu'il a. l'habitude des mouvemens nécessaires à cette action. Un homme impotent ne marche pas «vec facilité , parce qu'U ne peut pas surmonter les.diflRcultes que son infirmité oppose à sa marche.
Un homme se présente dans une société avec aisance; on ne dit pas qu'il s'y présente SL\ec facilité , parce qu'U ne s'agit ici que de la liberté et de la convenance de ses mouvemens, e^ nullement de difficultés à surmonter. Un homme fait une chose avec facilité lorsqu'il surmonte sans peine les difficultés qui
Aïs
Aïs
V aisance tient plas à la( grâce, Ia facilité k la lapériorité du talent.
AISANCE, RICHESSES. On dit avoir de \ aisance et avoir des richesses, et ces deux' expressions expriment l'état de Thomme relativement aux besoins, aux commodités de k*vi« ou aux saperfloités. Un homme a de Vaisance ou est dans V aisance , lorsqu'il possède de quoi se procurer sans peine les besoins et les commodités de la vie ; un homme a des ncheises ou possède des richesses , lorsqu'il possède en abondance non-seulement de qaoi se procurer les besoins et les commodités de U vie, mais encore le superflu , et tout ce que peuvent démander l'imagination et le caprice. Avec de Vaisance l'homme sage' est satisfait; avec des richesses l'homme déréglé désire toajonrs et n'est jamais content.
AISANCES, GARDE-ROBE. On appeUe en général aisances , Meux-d' aisance , tous les endroits d'une maison où l'on va faire ses nécessités, et qui communiquent à une losse on sont ftçues les matières fécales; mais par le Jt^ot garde-robe on entend particulièrement uûe pièce, xui cabinet faisant partie d'une garderobe et destiné à y faire ses nécessités , soit que 1m vases destinés à recevoir les matières fécales communiquent à une fosse , soit que ces matières y restent jusqu'à ce qu'on les en ôte.
'aisances suppose une fosse où viennent se rendre les matières fécales; garde-robe ne >Qppose pas nécessairement cette fosse.
AISANCES, COMMODITÉS. Les aisances •e placent et dans les divers lieux d'une maison, et dans de^ lieux séparés des apparteniens. Les commodités ne se placent que dans des endroits dégagés des antres pièces d'un appartement, ordinairement au-dessus ou au nas des escaliers. Elles sont communes à toutes ks personnes d'une maison.
AISANCES, LIEUX. Les îieiix, de même qwe les commodités, sont dégagés des appartemcns , et se placent , comme ces dernières , au-dessus on an bas d'un escalier; mais dans les grandes maisons on les place toujours dans les petits escaliers. Les lieux diffèMnt des ai- Mnces en ce qu'ils se disent particulièrement des endroits des maisons réÛgienses ou des communautés , où les aisances sont partagées ^ plusieurs cabinets placés de suite.
AISANCES, LATRINES. Les latrines sont des lieux entièrement séparés dea^ édifices, destinés au public ou aux nombreux ouvriers de quelque établissement. Cette séparation «ntiere des édifices , et cette communauté d'n- **ge. distingue les latrines des aisances.
aisance, mais il tie se dit guère que relativement à la matière fécale qu'il contient et aux travaux nécessaires pour la vider. Un cureur de retrait,
AISANCE, PRIVÉ. Privé suppose un endroit d'une maison destiné à y faire ses nécessités ; mais il désigne un endroit plus secret et moiiis commun que les commodités et les lieux.
AISANCE, CHAISE PERCÉE. La chaise percée n'est point une aisance, parce qu'elle n'aboutit pas à un souterrain ; c'est seulement une chaise garnie d'une lunette , dans laquelle on met un vase destiné à recevoir les excrémens et que l'on vide au besoin.
AISÉ , RICHE. Un homme aisé est celui qui a de quoi se procurer sans peine non-seulement les besoins , mais encore les commodités de la vie ; un homme riche a de Tjuoi se procurer le superflu et satisfaire son imagination et ses fantaisies à un point qui n'a pour bornes que son imagination et les richesses qu'il possède.
Vaisance a des bornes, c'est la quantité des moyens qu'elle offre; l'usage des- richesses a aussi ses bornes , c'est la sagesse et la modération de celui qui les possède.
AISE, CONTENTEMENT. Vaise çst une situation agréable de l'ame qui éprouve du plaisir à l'occasion de quelque événement qui l'intéresse , de quelque bien dont elle a obtenu la possession , ou de la délivrance de quelque peine , de quelque chagrin , de quelque tourment dont elle était inquiétée.
Le contentement eut. une situation agréable de l'ame, qui , jouissant sans inquiétude de ce qui est actuellement en son pouvoir, se renferme tellement dans cette jouissance , qu'elle ne forme point d'autres désirs.
Vaise est un sentiment vif et actif qui s'empare de l'ame toute entière , et se manifeste souvent par les meuvemens extérieurs du corps; le contentement est un sentiment paisible dont la jouissance e4t calme et toute intérieure. On est ravi à'aise, transporté à' aise , on ne se sent plus à' aise. On n'est ni ravi, ni transporté de contentement; on vit dans le contentement; on passe tranquillement ses jours dans le contentement.
Vaise est un état trop vif pour subsister long-temps au même degré après l'événement qui l'a causé. Il ne s'exerce dans sa . plu»
gran4e force qu'immédiatement après cet événement. Le contentement n'a point de degrés.
Comme il consiste dans l'anéantissement des
'^ISAIfCE, RETRAIT. Le retrait est nn^ej désirs, il ne change, i^ue si les désirs-yîwufirt
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■ renaître ; on plutôt alors , il disparaît entièinent.
AISE, SATISFACTION. La satisfaction, de même que le contentement, est un sentiment tranquille e^ qui , comme ïaise , ne causé ni des ravissemens ni des transports.
Vaise est produite par tout événement qui cause du {Saisir ; k satisfaction a rapport aux désirs satisfaits. On est ravi apaise k cause du plaisir que cause la chose ; on éprouve une grande satisfaction à cause de l'accomplissement du désir.
AISE , RAVISSEMENT. Vaise est un sentiment de plaisir susceptible de degrés ; le ravissement est le plus haut degré de Vaise. C'est Yflise poussée au plus haut point d'exaltation. Vaise remplit Tame toute entière d'un grand plaisir ; le ravissejnent enlève Tame , la transporte hors de son état naturel , ordinaire , produit l'extase.
AISE, CONTENT. S'il est vrai, comme nous l'avons dit à l'art. Aisk , Contentement , que Vaise soit un sentiment vif, susceptible de degrés , et le contentement , un sentiment agréable , calme et paisible exempt de désirs ; nous ne pouvons approuver Girard quand il dit qvL^ais^ est plus faible que content. Un septim'ent'vif et actif, qui remplit l'ame et qui peut s'élever par degrés jusqu'au ravissement , est certainement plus fort que le contentement qui laisse l'ame dans un état paisible , et qui cesse d'exister dès que la vivacité dés désirs vient à reparaître. Nous dirons donc , au contraire , qn*aise exprime un sentiment plus fort que content. '
Il est bien vrai qu'on dit quelquefois à une personne , je suis bien aise de vous voir, lorsqu'on est , au contraire , très fâché de sa rencontre; mais alors ce mot n'exprime pas le sentiment qu'on manifeste extérieurement, c'est un mensonge ; et il ne faut pas expliquer la signification des mots par l'abus qu'on en fait ou qu'on en peut faire.
Nous ne saurions approuver non plus le même auteur lorsqu'il dit que nous sommes bien aises des succès qui ne nous regardent qu'indirectement, et que l'accomplissement de nos désirs dans ce qui nous regarde personnellement nous rend contens.
Nous sommes bien aises des choses qui nous regardent indirectement , et encore plus de celles qui nous regardent directement. Nous sommes bien aises des évènemens heureux qui arrivent à nos amis , et nous le sommes ordinairement davantage des succès qui nous arrivent à nous-mêmes. Un malheureux qui gémit dftns les prisons depuis plusieurs années
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est bien aise d'en sortir. On est bien aise d'avoir réussi dans une entreprise, d'aToic échappé à un naufrage , et cependant tout:es ces choses nous regardent directement. Les heureux évènemens ne font pas tonjoixx-s qu'on soit content ^ parce que des désirs peuvent subsister dans l'ame avec le plaisir qu'ils ont fait naître.
On ne peut pas dire non plus que c'est l'accomplissement de nos propres désirs dans ce qui nous concerne personnellement , qui nous rend contens. Je désirais ardemment que mon ami obtint une place qu'il recherchait , il l'obtient , j'en suis content ; et cependant ce n'est pas l'accomplissement de mon propre désir dans une chose qui ne me concerne pas personnellement.
. • Nous dirons encore que Girard s'est trompé lorsqu'il a dit qu'il ne suffît pas toujours, pour , être content , d'avoir obtenu ce qu'on souhaitait , mais qu'il faut encore voir au-delà l'espérance d'un progrès flatteur. Espérer un progrès flatteur c'est le désirer , et désirer c'est ne pas être content. Ainsi ce qu'a dit Girard revient à ceci : pour être content il ne suffit pas d'être content, il faut encore n'être pas content.
Lorsque nous avons obtenu un objet que nous désirions, nous sommes contens relativement à cet objet , mais nous pouvons ne pas l'être relativement à d'autres objets. Pour être véritablement content, il faut n'avoir que des désirs qu'ion peut satisfaijfe aisément, et être sûr qu'on le peut. Un seul événement rend aise.
AISE , FACILE. Msé vient du mo%jigere , sl^ït; facile vient du motfacere , faire, ^gir exprime purement et simplement VaLCtion; faire embrasse le dessein, l'ouvrage entier i facile suppo je donc, une intelligence , aisé s'arrête à l'opération ; celui-ci n'a point d'autres rapports , l'autre a un rapport paiticulier avec la puissance. Une chose est donc aisée en ellemême , quand elle se fait ou même quand elle nous laisse sans gène , au large , à l'aise , avec Ubertc, commodémient ; une chose est facile par rapport à nous , quand nous pouvons la faire , quand elle est faisable sans peine , sans efforts , sans beaucoup de travail.
On dit qu'un habit est aisé, et non ipaiS facile , lorsqu'il ne gêne pas. Un chemin est facile lorsqu'on le trouye sans peine ; lorsqu'on y marche sans peine , il est aisé. Fadile annonce dans la première phrase une opération de l'esprit; dans la seconde, aisé ne marque que l'exercice dvi corps.
Une chose ne nous parait jidiS facile quand
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nous croyons y voir des dîfficnltés{ qnand elle a des difficultés , elle n'est pas aisée.
Les manières, les airs , une taille, sont aisés, c'est-à-dire que leurs monvemens sont libres , dégagés , sans contrainte ; le cœur , Thamear , le caractère, sont ^ci/^j, c'est-à-dire disposés à faire des actes de bonté , d'indulgence. Tout est facile an génie, c'est une grande puissance ^ rhabitnde rend tout aisé , die exerce. On dit qu'un homme n'est pas aisé, pour désigner la rudesse, la difficulté* de son* commerce ; on dit qu'un homme n'est pas facile, pour désigner la résistance de son esprit et de son cœur. Les arts libéraux ne sont faciles que pour le talent ; les arts mécaniques sont en général assez <ùsés.
Facile est plus propre pour exprimer l'opération de l'esprit et de ses productions^ aisé pour exprimer l'action sensible et le travail des mains. Un problème tsX facile à résoudre, une machine est aisée à exécuter. Il est facile de deviner une énigme lorsqu'elle est bienfaite; il est aisé de sortir d'un labyrinthe quand on en a le fil. U est souvent plusyàciVe d'obtenir une grâce de quelqu'un, qu'il n'est aisé de parvenir jusqu'à lui. Les principes , les préceptes, les règles d'un art, sont faciles; ses pratiques, ses procédés, ses manipulations, sont aisés. Un style, des vers, sont aisés par l'arrangement des mots et des phrases^ ils wnt faciles par l'arrangement des idées et le naturel des exp;>essions : ceux-là se lisent bien; ceux-ci coulent de source. — Un esprit aisé s'ouvre, se montre, se déploie sans gène et sans recherche, et plus il se découvre, plus il plaît, comme dit Boilean; un esprit facile entiod , conçoit , comprend , s'explique , se fait entendre sans travail, sGans effort : ses facultés sont toujours libres, agissantes et fécondes. U est si facile à un homme de tête de lever une difficulté ordinaire , qu'il n'a pas besoin de la prévoir. Il est si aisé à un homme de main de vaincre une lésistance commune, qu'il n'a pas besoin de s'y pré^ parer. ( Extrait de Roubaud.)
AISÉMENT , FACILEMENT. On emploie
aisément lorsque ce qui rend l'action aisée
se tj'ouve dans la chose même qui en est
l'objet , ou dans l'habitude que l'on a de la
faire. On emploie facilementilorsqae ce qui
rend VActïon facile se trouve dans l'adresse de
celui qui la fait. On fait aisément accroire
des choses absurdes à des sots , on ne les fait
pas croire facilement k àes gens d'esprit.'Uirc
branche d'arbre se plie aisément,, parce qu'elle
est souple; on la plie facilement , parce qu'il
ne faut pas faire beaucoup d'efforts pour la
plier. Un peuple torrom^a se plie aisément à
I ) . AJU
la servitude; on ne plie pas facilement à la servitude un peuple qui préfère la liberté aux richesses. On fait aisément une chose lorsqu'en elle-même elle n'offre point de difficultés, ou qu'on a contracté l'habitude de la faire. On fait facilement, une chose difficile lorsqu'on a l'intelligence et l'habileté nécessaires pour, écarter le^ difficultés on pour les vaincre. ,
Parler aisément est une qualité qui s'acquiert par l'habitude. Parler facilement est un talent que l'on acquiert par l'étuide. On peut parler aisément en disant des sottises ; celui qui paj:\e facilement sait dire ce qu'il lui parait convenable de dire. Un improvisateur parle aisément s'il prononce bien et avec aisance ; mais il parle facilement sur tons les sujets qu'on lui propose.
Aisément accompagne bien les verbes qui expriment une action qui se termine dans le sujet qui la fait, et facilement ceux qui expriment une action qui se. termine hors de ce sujet. On se persuade aisément une chose , on ne la persuade pas toujours facilement aux antres. On doit se consoler aisément des rides qui viennent sur le visage, pendant que le cœur s'exerce et se fortifie dans la vertu. (Fi- KELOir.) Avec de l'adresse et de l'attachement, on cornue facilement les autres; on souffre aisément les maux qu'on sait ne pas devoir durer long-temps.
AISES , COMMODITÉS. Les aises disent quelque chose de voluptueux et qui tient de la mollesse. Les commodités expriment quelque chose qui facilite les opérations on la satis' faction des besoins, et qui tient de l'opulence.
Les gens délicats et valétudinaires aiment leurs aises; les personnes de goût et qui s'occupent recherchent leurs commodités. ( Girard. }
AJOURNEMENT. V. Assigwatiok.
AJOUTER , AUGMENTER. On ajoute une chose à une autre; on au^ente la même.
Une chose ajoutée est distincte de celle à laquelle on l'a jointe ; une chose augmentée devient plus grande ou plus abondante , elle se confond avec la chose qu'on y a jointe, et. ne fjiit plus avec cette dernière qu'nne seule et même chose , ou du moins elle est considérée ainsi. On augmente Vetm d'un bassin; on ajoute un bout de planche à une planche qui est trop courte. Aj'outer est toujours actif; augmenter est quelquefois neutre. Notre ambition augmente avec notre fortune ; à peine avons-nous une dignité que nous pensons u y en ajouter une autre.
AJUSTEMENT, PARURE. Ajustement empojrte une idée d'ensemble , de convenance,
ALÀ