‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 72 sur 253 · APP ( M · texte numérisé non relu

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on invoque ponr demander de Vaide, da secours. On appelle par des signes ou par le nom; on invoque par des vœux et des prières.

Les poètes invoquent Apbllon et les Muses.*

APPELLATIF, PROPRE. On dit en granuuaire un nom appellatif, et un nom propre^ La première de ces expressions désigne un nom d^une classe entière d'individus qui se ressemblent à certains égards. Homme est un nom appellatif; il désigne la classe entière des individus qu'on appelle hommes. ]

On dit un nom propre , ponr désigner un nom par lequel on ne désigne qn*un seul individu. Socrate est un nom propre.

APPENDICE. V. Aonmorr.

APPENDRE, PENDRE. Ces deux mots signifient attacher une chose en la liant par sa partie supérieure; mais ils diffèrent par l'intention de celui qui fait Vaction qu'ils signifient, et par le lieu oii se fait cette action. On pend partout, dans une chambre , dans une cuifiine , à un arbre, à une .muraille , à une cheville y à un clou ; mais on xCappend que dans les temples , dans les églises , dans les chapelles y dans tout lien consacré à la Divinité • ou à un saint.

On pend dans une multitude d'intentions diverses; mais o\\ VLappend(\pCen signe d'hommage^et de reconnaissance. Appendre à la voûte d'une église les drapeaux pris sur l'ennemi.

APPÉÏER, DÉSIRER. Appétet est un terme de physique. Il signifie désirer vivement par instinct , par inclination naturelle, indépendamment de la raison.

L'estomac appète la nourrîture; la femelle appète le mâle.

Désirer est le terme ordinaire, et ne suppose pas cette impulsion aveugle de la nature qu'jndiqne appeler. On désire les honneurs , les richesses ; on ne les appète pas.

APPETISSER. V. AccoTiRCiR.

APPÉTIT, INCLINATION. Les inclinations diffèrent des appétits que la nature a établis dans tons les hommes , tels que la faim et la soif, lesquels appétits ne tendent qu'à notre conservation , et cessent, lorsqu'on a satisfait les besoins corporels; au lieu que les inclinations ont pour objet le bonheur de l'ame qui a sa source dans les sensations agréables et dans la continuation de ces sensations.

APPF'TIT, faim. Ces deux mots indiquent également dans l'homme le désir de la nouniturc.

La faim est nn besoin |)re$sant de nourriture; c'est une sensation pi as nu moins im-

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portnne qni nous spllicitev nous presse de prendre des alimens, et qui cesse qnand on a satisfait au b(;soin actHiet qui l'excite.

"V appétit est moins pressant qne la^'m.

Il tient plus au plaisir qu'au besoin de manger.

La faim se contente de toutes sortes d'alimens, et quand elle est satisfaite elle cesse. V appétit est plus délicat , il met du choix dans les mets , et souvent il s'irrite en le satisfaisant.

\Afaim n'attend pas, elle se jette avidement sur le premier aliment qui se présente:

X appétit zXXenà. patiemment.

APPLAUDIR, APPROUVER. Ces deux verbes signifient manifester son approb.ttion ; mais applfuidir , c'est manifester son approbation en public eu battant des mains; et approuver , c'est manifester son approbation de quelque manière que ce soir.

Outre Xapprohalion , applaudir suppose un .sentiment vif et prompt qu'éprouve celui qui applaudu et qui excite ses applaudissemens, sans lui laisser le temps de la x^exion; approuver, au contraire, suppose l'examen et la réflexion. Les applaudissemens marquent une approbation d'enthousiasme subit; l*ap' probation indique une opinion réfléchie er raisonnée.

Upe pièce de théâtre qui a été vivement applaudie n'est pas toujours généralement ap' prouvée, parce que la réflexion et le sang-froid con;!amnent qocK^efois l'enthousiasme.

APPLAUDIR, LOUER. On applaitdit et on loue les personnes et les choses; mais applaudir a toujours un rappport plus marque à la chose, et louer à la personne qui l'a faite. Qnand on dit qu'on a applaudi une tragédie, il est certain qu'on veut parler de l'ouvrage même; mais quand on dit qu'on loue géncralemei^t ime tragédie, il semblé que les louanges tombent plus particulièrement sur l'aatenr que sur la pièce même.

On dit aussi applaudir à quelqu'un pour dire , le féliciter du succès des moyens qu'il a dioisis et employés pour faii-e une chose; et applaudir k une chose pour dire , témoigner qu'on la- trouve bonne , juste , raisonnable , digne d'éloge. On applaudit à la conduite de quelqu'un.

APPLAUDISSEMENS , LOUANGES. Quoique ces deux mots s'appliquent également aux choses et aux personnes , il me semble cependant voir dans les applaudissemepis »»

accessoire qui les rend plus propres aux choses, soit actions , soit discours ; et je remarque dans les louanges un rapport plus particulier aux personnes.

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On applaudit en public, et aa moment que l'actioD se passe , on que le discours est pror nonce. On loue dans toutes sortes de circonstances les personnes absentes ainsi que les présentes , et non-seulement en conséquence de ce qu'elles ont fait ou dit , mais encore en conséquence des talens qu'elles ont acquis , et des qualités , soit de Tame , soit du coi'ps , dont la nature les a gratifiées.

Les applaudissemens partent de la sensibi« ]ité au plaisir que nous font les choses ; une simple acclamation , un battement de mains , suffisent pour les exprimer. Les louanges sont sapposées avoir leur source dans le discernement de l'esprit ; elles ne peuvent être énoncées que par la parole.

On est toujours flatté des applaudissemens, de quelque façon qu'ils soient donnés ; il se trouve même des gens qui les recherchent par k voie des cdbales. Il n'en est pas ainsi des huanges ; elles ne plaisent qu'autant qu'elles paraissent sincères et qu'elles sont délicates ; l'apprêt et la trivialité en diminuent le mérite : on en craint de plus l'ironie. ( Girard.)

APPLICATION, MÉDITATION. Applicadon , action par laquelle l'ame fixe son attention snr un sujet , et en fait long-temps l'objet de ses pensées.

La méditation est l'action de l'esprit qui s'applique fortement à un objet et le considère sous tontes ses faces , poiLr le connaître dans tons ses détails.

Vapplication est une attention suivie et sérieuse; elle est nécessaire pour former la liaison des idées , et n'en pas interrompre le fil. La méditation est un examen attentif de lobjet , la considération attentive et la comparaison de toutes ses parties , «de tous ses rapports et de tous les points de vue sous lesquels on peat le considérer ; elle est indispensable pour connaître à fond.

Vapplication ne suppose que la forte attention de l'esprit , qui souvent . n'a point de succès; la méditation suppose le désir d'approfondir et une aqtion réfléchie , qui a toujours lui résultat plus ou moins utile.

Le succès de Vapplication dépend de l'intelligence ; le succès de la méditation dépend de la justesse du raisonnement et de rhabitude d'une saine logique.

APPLICATION , CONTENTION. La contention est une application forte et pénible de lesprit à quelque objet de méditation ; elle suppose des difficultés dans la matière , ou de l'opiniâtreté , de la fatigue ou de la faiblesse de la part de Tesprit. Une matière difficile à

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comprendre tjà^eàeltt conteneioh. ¥owp un esprit faible et qui n'a pas la force de soutenir son application , la moindre application devient contention,

APPLIQUER , APPOSER. Apposer est un terme de pratique et- de chancellerie. Il signifie mettre une chose sur nne antre. On ap»

pose le sceau sur un acte ; on cLppose le soeÛé snr nne armoire, sur un appartement.

Appliquer est nn terme du langage ordinaire, qui signifie mettre une chose sur nne autre , en sorte qu'elle y reste attachée. Appli^' quer un emplâtre sur un mal , appliquer de la broderie sur une étoffe ; ou bien presser nne chose sur une autre , de manière à laisser nne impression snr cette dernière. Appliquer na fer chaud sur l'épaule , appliquer un sceau sur de la cire. Figu rément, appliquer xm. soufflet , un coup de poing.

APPLIQUÉ , KTTEmilY. Appliqué, dont l'esprit est attaché à une chose avec tant de fermeté et de constance, qu'il ne peut en être détourné. Attentif, qhi a l'esprit si fortement et si exclusivement tendu vers une chose , qu'il ne peut en être distrait.

Celui qui est appliqué à nne chose s'en oôcnpe sérieusement et la considère sons tons les rappoits ; celui qui est atte/U^k nne chose ne* la perd point de vue , et écarte tout ce qui pourrait l'en distraire. ^

APPOINTEMENS , GAGES , HONORAI- RES. Les gages, disent Girard et VEncxclopédie, regardent les domestiques, les occupations serviles , et ce mot marque toujours quelque chose de bas. Cependant il y a des gages attribués aux offices de justice , aux offices de la maison du Roi , et même aux plus grandes, charges. Ainsi ce mot ne marque pas toujours quelque chose de bas et une occupation servile ; mais il désigne toujours un serviteur , celui qui sert un maître, qui lui est engagé moyennant des salaires attachés à l'office.

Les appointemens , ajoute-t-on , s'appliquent a ce qu'on appelle ou à ce qu'on peut appeler places , et à toutes sortes de places , grandes ou petites , et ils sont fixés par celui qui a l'autorité, an lieu que les gages sont de convention. Cette distinction est un peu précaire. A l'égard des offices publics, il est établi que les gages sont certains et ordinaires, attri-, bues par édits on lettres-patentes , et payés par les trésoriers ordinaires ; et que les ap', pointemens sont des pensions ou gratifications annuelles, accordées par brevets et payées au trésor royal. Entre particuliers , il laut bien que l'on convienne des appointemens comme des gages » mais appointemens est un mot hon«

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vête <|iii sert k distingner des emplois et des «erviees honnêtes et habituels qui ne vous mettent point aa rang des domestiqnes : c'est une sorte de pension qai dure autant que le •trvice.

- Le mot konaraîre désigne clairement un aerariee et nue rétribution honorable. Par un ancien usage , les honoraires sont la récompense de l'enseignement , du conseil , de ce qui demande de la science , une capacité distinguée , Texercice d*un talent ou d'un art noble ou libéral. On en donne, soit pour un service habituel , tel que celui d'un instituteur , d'un gouverneur ; soit pour un service passager, tel que celui d'nu médecin, d'un avocat.

' APPORTER , PORTER , TRANSPORTER, EMPORTER. Porter n'a précisément rapport qu'à la charge du fardeau ; apporter renferme ridée du fardeau, et celle du lieu où on le p<»tc ; transporter a non-seulement^rapport au fardeau et an lieu on l'on doit le porter , mais encore à l'endroit d'où on le prend.

importer, dit Girard', enchérit par-dessus toutes ces idées , en y ajoutant une attributi<M| de prppriété à l'égard de la chose dont im fie charge.

Nous- faisons porter ce que , par faiblesse ou par bienséance, nous ne pouvons port'er nousmêmes ; nous ordonnons qu'on nous apporte ce que nous souhaitons avoir f nous faisons transporter ce que nous voulons changer de place ; nous permettons ^emponer ce que nous laissons aux autres, on ce que nous leur donnons- ^.

- Les crocheteurs portent les fardeaux dont on les charge; les domestiques apportent cç (^e leurs maîtres les envoient chercher ; les voituriers transportent les marchandise^ que les commei*çans envoient d'une ville à une autre; les voleurs emportent ce qu'ils ont ptis.

VirgHe a loué le pieux Énéc d'avoir porté son père sur ses épaules , pour le sauver du sac de Troie. $àint Lue nous apprend que les premiers fid^s apportaient aux apôtres le prix des biens quHls vendaient. L'histoire nous montre que la Providence ptinit l'abus de l'autorité , en la transportant en d'autres mains.

Porter , transporter , emporter , se disent, figurément des choses morales et spirituelles ; ainsi l'on dit porter son jugement sur quelque' chose , porter impatiemment uu affront ; Cyriis transporta l'eiiipire des Mèdes aux Perses , et Alexandre Terapiie des Perses aux Grecs j les Stoïciens X emportent sur touà les

autres philosophes ; la perte d'une bataille emporte la désolation d'un pays ; le sublime «t le pathétique entraînent et emportent toate notre admiration.

APPORTER , PORTER. Porter, c'est simplement soutenir une chose sur soi , s6it qu'on reste dans le même lieu » soit qu'on se trans* porte avec la chose d'un Uea à un antre.

Porter un fardtau , porter une lettre à la poste.

Apporter est le verhe porter auquel on a ajouté la proposition à.

Cette préposition donne an verbe porter l'idée accessoire d'un but, et «z/jporfer signifie porter d'un lieu quelconque à un autre lieu que l'on considère comme un but. Il est vrai que quand on dit porter une lettre à la poste, la poste est bien véritablement le but du mouvement, et cependant on ne pourrait pas dire, apportez cette lettre à la poste. C'est que le but que suppose le verbe apporter est fort différent. On entend par ce but un lieu où la chose est désirée , demandée , on. elle pourra être utilement employée , où elle concourra avec d'autres choses à produire quelque effet. Quand un enfant désire quelque chose qu'il voit et qu'on veut lui donner , il vaut mieux porter l'enfant à l'objet que è^ apporter l'objet à l'enfant. ( J.-J. Rousseau. ) Ici ces deux mots sont bien employés. L'objet ne désire point , ne demande point l'enfant , c'est porter qu'il laut dire; Ihais l'enfant désirç l'objet, et ce désir amène nécessairement le verbe fl/>porter. Quand je demandé quelque chose à Àion domestique, je désire cette chose, je veux l'avoir auprès de moi , il me Vapporte,Onporte dans une ville beaucoup de marchandises dont elle ne sait que faire, parce qu'elle n'a point de débouchés; on a/7/7orre beaucoup de marchandises dans une viUe de commerce, parce qu'elles y sont désirées et qu'elles contribuent à y entretenir un commerce actif. On porte à un général ennemi les clefs d'une ville , lorsqu'il n'a pas dessein de s'emparer de la ville , ou qu'il sait qu'il peut s'en emparer sans peiné. C'est l'affaire des habitans qui veulent éviter par cette soumission les fortes contributions et le pillage. Mais si un général désire ardemment de s'emparer d'une ville forte dont la conquête n'est pas sans difficulté ou sans embarras^ on lui apporte les clefs delà ville- Dans le premier cas , les clefs n'étaient pa* désirées, dans le second elles l'étaient. Jai besoin de pierres pour construire un édifice , j'en fais apporter, et non pas j'en {aïs porter' Je fais apporter ces pierres dans un endroit où elles sont a^ileç , qn ^n en f«ra un em*

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Mporter, dît Cirard« ajonte à Tidée de ^rter et de ttemsporter une attribution de propriété à l'égard de la chose dont on se charge. Cette observation ne nous paraît pas jaste. II est bien vrai qu'on emporte ce qui est à soi ; que des voleurs emportent , comme leur appartenantes, les choses qu'ils volent ; mais cette idée de prc^iiété n*est qu'accessoire aa mot emporter ; elle ne paraît que lorsqu'on Tajonte formellement à cette expression. Le véritable sens à^empûrter est ôter d'un lien. Quand on emporte un blessé du diamp de bataille où il a été Uessé , un mort de la maison où il est décédé , on n'entend point par là qu'on s'attribue la propriété du blessé ou du mort; on vent dire seulement qu'on l'âte du lien oà il était. Quand on dit à un domestique, tons ces livres m'embarrassent ici , emportezles , et les mettez dans ma bibliothèque, on ne donne pas les livres au domestique, on lui dit serdemenr de les 6ter du lieu où ils sont.

APPOSER. V. Appliquer.

APPRÉCIATION, ESTIMATION, appréciation si^;uifîe estimation du prix, il ne se dit qne des marchandises et des choses mobilières; estimation se dit de toutes sortes

d'objets.

APPRÉCIATION , PRISÉE. V appréciation I se dit de toutes sortes de personnes ; la pri* \ iee se fait par un huissier et ne se dit qne des menbles. C'est un terme de pratique.

APPRÉCIATION , ÉVALUATION. L'eWluation se dit des choses qui consistent en poids, nombre ou mesure, appréciation semble dire quelque chose de plus certain, quelque chose de fondé sur des connaissances I plus sûres ; évaluation semble dépendre dayaniagedes conjectures, et de vues sujettes a l'erreur.

APPRÉCIER, ESTIMER, apprécier ^ c'est ]Qger du prix courant des choses » dans le commerce de la veuti^ ou^e l'achat.

estimer, c'est jug^ de la valeur réelle et I uurinaèoue de la chose.

^r> iVy a cette différence entre la valeur <^tleprix, que la première eat fondée sur Vu- ^ute , et la seconde spr les rapports d^ va* IcQT des choses emra elles.-

•^iprécier, c'est. donc jugev de ce que vaut ine chose comparée à ce que vaut une autre chose. Quand on dit que le prix du blé est de Jngtfraucs le sac, cela veut dire que la^aleur

on gac de blé est en rapport avec la valeur

Que somme de vingK francs; et c'est ce qui 'appelle juger du prix o^ apprécier,

U valeur réellet e^ iptrisisèque d'pB^ chose

û *« juge que par je besoin qu'on en a , l'u-

sage qu'on peut en faire , et par l'alKmdanea ou la rareté réelle ou présumée de la chose.

La valeur d'un verre d'eau sur le bord; d'une rivière est très petite, parce que la.

quantité de l'eau y est infiniment surabondante à nos besoins. Dans un lieu aride 9 ^ au contraire , il a une très grande valeur ,

t on V estime en raison de l'éloignement et de t

a difûcidté de s'en procurer.

Comme l'abondance «t la rareté varient ^ la valeur réelle et intrinsèque varie aussi ; et comme les prix ne sont que le résultat des valeurs comparée», ils doivent uéoessatremeBt varier de même.

Ainsi apprécier tmé diose , c'est juger dé sa valeur comparée avec la valeur d'une autre chose; et estimer une chose, c'est juger de l'utilité plus ou moins grande de cette chose» dans le temps où on \esdme.

Ces deux mots se prennent ^anssi dans un sens moral et figuré. Apprécier raie personne^ c'est juger de son utilité comparée avee l'utilité d'antres personnes. Dans un atelier de cent ouvriers , il y enia deux qui travaillent mieux que les autres , et le maître sait les ap* précier, c'est-à-dire qu'il attache un prix plus grand au travail de ces den± ouvriers qu^ celui de leurs camarades. Je sais apprécier ce qne vous faites pour moi , signifie je sais combien ce que vous faites pour moi m^est plus avantageux que ce qde font les autres , et je nneis aux services que vous me rendes an prix proportionnée à la plus grande utilité qne j'en retire.

Estimer les personnes , c'est juger de leur valeur réeUe et intrinsèque, les- «f{ûii«r par leur propre mérite , par les bonnes tj^- Utés plus ou moins rares qu'elles possèdent* Les hommes ne doivent être estimés qu'ea proportion de l'utilité di^nt ils sont dans la société , et du bien qui. rçsnlte de leurs bonnes qualités ou pour une partie dis çettç ao* ciété , ou pour cette ^cieté entière.

APPRÉCIER , PRISER. Apprécier ^ c'fest.

juger du prix ^ priser 9 c'est mettre un prix à des <^oses qui- doivent étn- vendues ï l'en*chère ou partagées. Quand on apprécie * obj doit avoir dessein de déclarer le prix réel des choses; quand on /VA je,,' onmetbrdinairementi le piixplns bas , pour laisser la liberté et l'ap*-'' pàt anx.endbières. Priser n'est |^ère d'usage* qu'en termes de pratique.

APPRÉHENDER, CRAIÎfDRE. Jppréheh*der, c'est éprouver de l'inquiétude par l'idée d'un .mal .qui peut arrivée en^d'un bien qui peut ne pa&.an-iver. j

Craindre^ c'est éprouver dans l'ame on

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moaveraent inquiet , occasioné par la me d*tin mal à venir.

Appréhender marque toujours de Vincertitude; il ne se dit que des choses qui peuvent arriver ou ne pas arriver. On appréhende de perdre son procès; on peut le perdre ou ne le pas perdre. Si l'on dit qu'on craint de perdre son procès , on marque par là une inquiétnde fondée sur des raisons plus plausibles , sur des données plus probables*, jippréhender marque plus d'incertitude que craindre et laâsse plus d'espérance.

.Voilà pourquoi appréhender ne se dit point des choses certaines et inévitables. On n'<2/>préhénde point la mort, on la craint; on craint la vieillesse, on ne X appréhende pas.

Craindre snppose la vue d'un mal dans l'avenir. Appréhender marque la vue de la possibilité d'un mal dans l'avenir.

Craindre , dit, Condillac , c'est se voir menacé d'un mal. Quand on appréhende, on n'est pas menacé. Il y a autant de chance d'un eôté que de l'autre.

APPRÉHENDER, REDOUTER. Appréhender, c'est craindre un «mal qui peut arriver, abstraction £aite des moyens de le détourner , de le surmonter , de le repousser. Redouter, c'est craindre un mal qu^on ne se sent pas la fpi^ce ou les moyens de détourner, de surmonter, de repousser. Appréhender est sus^ eeptible de degrés ; redouter marque toujours une crainte très forte.

APPRÉHENDER, AVOIR PEUR. Appréhender suppose un mal réel qui peut arriver.

Avoir peur, c'est être dans l'inquiétude pts l'idée d'un danger ou d'un péril prochain qui menace notre conservation.

Quand on appréhende , le danger est éloigné, la chance ouverte. Quand on- a peur, le danger est présent on imaginé présent ; on ntf voit point de chance.

APPRÉHENSlbr^, CRAINTE. V appréhender tst une inquiétu(^ qui naît de l'incertitude de Pavenir', et qui fait craindre qu'un mal .n'arrivé oa qu'un bien n'arrive pas.

; La crainte est une émotion fâcheuse de l'ame à la .vue d'un mAl à venir qu'elle croit oertainj-j' .. • ■

■> Vappréhenswtt suppose l'alternative y elle laisac. la réflexion et ])Uisou moins, d'espoir. O^.JUppréhende que la (ièvre ne revienne à un malade I sans qu'il ..y ait des symptômes suffisans ; mais oiî la craint lorsqu'il y a quelque ^pppxçnce qu'i#e; ^reviendra.

. APPREHENSION , . PEUR. Vapprékension se porte dans l'avenir, .et suppose un. mal qui peut arriver ou iie pas arriver. La peur est

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causée par la présence d'an mal vif et subi réel ou cru tel , qui menace , on cpi^on crc menacer la conservation. Dans Vappréhensù on a le temps de la réflexion , on peut chc chcjlr des moyens d'empêcher le mal. La /wi saisit les sens, elle ôte toute réflexion trouble la raison.

APPRÉHENSION. V. Aiarmk.

APPRENDRE, S'INSTRUIRE, fl sembh dit Girard, qu'on apprenne d'an maître e écoutant ses leçons , et qu'on s'instruise pi soi-même en faisant des recherches.

Cette observation n'est pas exacte. On o/i prend en faisant soi-même des recherches, < on s'instruit en écoutant, les leçons d'un mai tre. L'enfatit qui lit , dit J.-J. Rousseau , d pense pas, il ne fait que lire, il ne s'i/u truit pas. On peut donc apprendre de soi même comme d'un maître , et on ne s'instrm pas toujours en apprenant de soi-même.

Apprendre , c'est acquérir , de quelque nu nière que ce soit , quelque connaissance qu'oi n'avait pas ; et oh peut acquérir àes connais sance qu'on n'avait pas, on par les discoaR d'un maître, ou par sa propre méditation oti par l'exercice habituel de ses sens et l'asage de la réflexion et de l'expérience. Voltaire a dit dans la Henriade ,

Je chante ce héros

Qui par de longs malheurs apprit k gouverner.

Selon la distinction de Girard, Voltaire aurait dû dire s'instruisit à gouverner.

On apprend la géographie et l'histoire soit d'un maître, soit en étudiant soi-même ces deux sciences ; et on ne pourrait pas dire d'un jeune homme qui \ts ai apprises ainsi, qu'il s'est instruit delà géographie , de l'histoire; il faut nécessairement dire qu'il a appris lai seul les mathématiqties , l'histoire , etc. La distinction de Girard est donc absolument fausse.

Instruire , ce n'est pas seidement donner des connaissances nouvelles , mais éclaircir les connaissances que l'on a, en faire connaître •tous les détails, en éearter les préjugés et les erreurs , enseigner la manière d'en faire k meifleur emploi possible, etc. Or, tontes ces choses peuvent s'apprendre aussi bien d un maître que par l'étude , et l'on dit qu'on s est instruit en écoutant les 'leçons d'un maître , comme on dit qu'on s^ét instruit par 1 expérience ; par l'étude , etc.

Toute la différence qu'il y a entre appren^ dre et s'instntire, c'est que le premier se dît d'une connaissance en eBe-même, et le second des détails de cette connaissance , de ses prO" priétés , de ses qualités , de toutes les circon*

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