‹ Dictionnaire synonymique de la langue françaiseChapitre 81 sur 253 · ARR · texte numérisé non relu

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quelques livres ; de manière qae le rang soit toujours sensible , je ne dirai pas qu'il faut que je les range de nouveau , mais qu'il faut que je remette à leur place éeux qu'on en a ôtés, parce qa'on ne range véritablement qu'en mettant toas les objets d'une même classe dans l'ordre convenable ou qui a été déterminé.

Arranger snppose delà réflexion , une opération de l'esprit ; ranger ne suppose que l'établissement ou le rétablissement du rang , par une opération purement physique. Si la plus grande partie àxA fauteuils d'un saloit sont ôtés de la place qu'ils occupaient quand ils étaient rangés , il faut les reuiger de nouveau, c'est«à-dire en rétablir l'ordre, le rang. S'il n'y a qu'un on deux fauteuils qui soient dans ce cas , il faut simplement les remettre à leur place. L'ordre ou le rang n'est pas entièrement détruit. On range un salon quand la compagnie est partie , et on le range en mettant chaque chose à sa place.

' ARRÊTER , RETENIR. Arrêter , faire cesser par un obstacle le mouvement d'une chose. On arrête par une digue le cours de Tean ; la digue met obstacle à ce cours. On est arrêté dans son chemin par une barrière.

Un cheval est eirnêté dans sa course par un mur. Un homme est arrêté dans sa marche par un fossé , par un précipice : toutes ces choses sont des obstacles.

Retenir , tenir dans un sens opposé au mouvement qae fait un objet, ou qu'il est disposé a faire , afin d'empêcher ce mouvement, de le modérer ou de le ralentir. On retient un cheval qui veut partir ; on le retient , quand U est parti , pour ralentir son mouvement ou pour le faire cesser. Un cavalier retient son cheval , lorsqu'en lui tirant la bride il le force de s'arrêter ; on dit qu'il Yarrête si Ton considère cette action comme un obstacle qu'il met à la continuation de sa marche. Un homme n'est pas retenu dans une rue par un embarras , il est arrêté ; un embarras ne retient pas , c'est un obstacle qui s'oppose à la continuation de la marche ; il arrête.

Celui qui arrête empêche la continuation de l'effet ; celui qui retient agit sur l'activité de la cause.

Arrêter suppose un obstacle hors de l'objet en mouvement ; retenir suppose une action exercée sur l'activité de cet objet. On arrête ma homme qui marche , en se plaçant devant lui , pour l'empêcher de continuer sa marche ; on le retient lorsqu'il est près de tomber , en w prenant par le bras ou par ses vétemens.

Arrêter n'est pas susceptible de degrés; on *st arrêté ou on ne Test pas ; on .cesse son

mouvement , ou on ne le cesse pas. L'action de retenir est susceptible de degrés , parce qu'elle s'exerce plus ou moins fortement sur l'objet.

Un homme allant à quelque endroit rencontre un ami dans la rue. Celui-<:i l'engage par la persuasion à suspendre un moment sa marche, et cette persuasion devenant un obstacle , l'honune ^arrête. Il peut dire alors qu'il a été arrêté par son ami , s'il considère l'action opé-' rée sur lui par son ami comme un obstacle qui a empêché la continuation de sa^ marche ; mais il peut dire aussi qu'il a été retenu par son ami , s'il ne considère cette action que comme ayant opéré sur lui la résolution de suspendre sa marche.

J'avais promis d'aller chez vous à sept heures du soir, mab j'ai été retennu (^ et non pas j'ai été arrêté ) dans la maison où j'ai dîné , et je n'ai pu en sortir que fort tard. Je n'ai pas éprouvé un obstacle réel qui m'ait empêché d'aller chez vous ; mais on a agi sur moi de manière que je n'ai pu tenir ma parole : on < m'a retenu.

Dans les affaires, on est arrêté p2Le un obstacle qui est hors de soi. 7'étais en route pour Paris , mais ma voiture s'est rompue en chemin , et j'ai été obligé de te^ arrêter ; on est retçnu par les sentimens , par des considérations , pair des réflexions ; toutes choses qui sont en soi. Je voulais poursuivre cet homme , mais j'ai été retenu par la pitié que m'a inspirée sa famille , par considération pour son père, par la crainte d'être blâmé.

ARRÊTER, FIXER. Fixer, rendre stable, invariable ; arrêter , faire cesser un mouvement, dans sa direction actuelle.

Arrêter a plus de rapport au mouvement ; fixer en a davantage à l'objet même. Oh iC arrête que ce qui est ^ mouvement ; on fixe une chose qui est susceptible d'être mise en mouvement. Fixer un objet , c'est le rendi*e tellement stable , qu'il trouve de l'empêchement à toute espèce de mouvement. Ce qui arrête empêche d'aller plus avant ; ce qui fixe rend immobile. On arrête un corps dans sa chute ; on fixe un clou dans une muraille. .

ARRIVAGE , ARRIVÉE. En parlant des marchandises, on dit arrivée de toutes celles qui arrivent en un lieu, par terre ; et arrivage , de celles qui arrivent par eau.

ARRIVÉE. V. Arrivais.

ARROGANT , FIER. Fier se prend en bonne et en mauvaise part ; c'est dans ce dernier sens que nous l'entendons ici.

L'homme^î^r est tellement enflé des qualités ou des avantages qu'il possède , qu'il re-

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garde les antres hommes comme infiniment auTclessons de lui , comme ne méritant ni son attention , ni sa considération , ni son estime.

L'homme arrogant est tellement enorgueilli de la supériorité des qualités ou des avantages qu'il croit SToir, qu'il pense que tous les autres doivent reconnaître cette supériorité , et qu'il s'efforce sans cesse de la leur Caire sentir par ' ses procédés , par set discours , par ses manières, par êeB airs.

Les choses qui inspirent Ik fierté sont ordinairement réelles; le vice ne consiste que dans le mépris orgueilleux qu'il en conçoit pour les autres.

Les choses qui inspirent V arrogance ne sont souvent que dans l'imagination; le vice est dans l'opinion même. Yoilà pourquoi la yfer^ se prend enhonne part» lorsqu'elle n'est pas viciée par un sentiment de mépris pour les autres ; et que Varroganoe se prend tonjours en mauvaise part , parce qu'elle est viciée dans sa source. On eaxfier de aes richesses , de ses talens , 'de ses places , de ses dignités , etc. Un homme est fier de ses protecteurs ; une fenune eêtfière de sa heauté : si à ces sentimens de fierté ne se joint pas le mépris des autres , ils ne sont point hlàmahles , et alors le mot fier n'est pas pris dans le sens que nous expliquons ici^

L'homme^er se croit an-dessus des autres; il reste ferme et tranquille dans cette opinion , et ne suppose pas qu'on puisse la lui contester.

L'homme arntgant n'est pas si fier de la supériorité qn'il ^ecte ; il travaille sans cesse à la bien établir , à en faire parade , ou à la défendre.

Vhommefier est grand, silencieux, dédaigneux , tranquille : il vous évite ; il ne daigne pas vous parler ; il s'offense quand on lui parle ; à peine daigne-t-i! vous répondre.

L'homme arrogant est violent , impétueux , bruyant, prodigue de paroles hautaines ; loin de vous éviter dédaigneusement, il vous cherche audacieusement , il vous provoque , U désire des occasions de faire ostentation de sa supériorité.

L'homme yîer hun^lie , l'homme arrogant révolte.

ARROGANT ,ROGUE. Rogue est un terme familier peu usité. L'homme rogue n'est ni l'homme fier , ni l'homme arrogant; c'est celui qui a un caractère repoussant , peu commnnicatxf ; qui marque par ses paroles et ses actions de l'aigreur plutôt que de la hauteur , de la brusquerie plutôt que du dédain.

• L'homme arrogant est hautain et impérieux; l'homme rogue est brusque et taciturne. L'homme arrogant brave les hommes ,

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les 'provoque ; Fhomme roguâ ne les aime pas ; il est choqué de leur présence et de leurs discours; il les repousse et les écarte,

ARROGANT, DÉDAIGNEUX. L'homme arrogant vent vous soumettre k la snpériorité' qu'il affecte; il le montre par son air et ses discours hautains; l'homme «/^âj^n^uo: ne se soucie pas de vous , et il le monbre par son air et ses manières méprisantes. Le dédain est on des vices qui entrent dans la composition de la fierté*

ARROGANT, SUFFISANT. Le vice de V arrogant tient à son orgueil; le vice du suffisant tient à sa présomption. Le suffisant est celui qui ayant une grande opinion de son esprit et de son jugement , souvent sans avoir ni l'un ni l'autre , décide de tout avec assurance , et souvent i tort et à travers. L'homme arrogant brave l'opinion des autres ; le suf» fisant ne daigne pas la compter pour qndqae chose , il ne daigne pas fmâne s'en informer ; ses prétendues lumières lui suffisent.

ARROGANT , IMPORTANT. Varrogant veut se faire valoir par sa snpériorité , et par la soumission des antres ; Vùnportant par l'exagération de son crédit et de son influence sur les grandes affaires.

S'ARROGER. V. S'aivrop&ier.

ARROSAGE , ARROSEMENT. Arrosage est ixn terme d'hydrautique qui se dit des canaux pratiqués pour conduire les eaux dans les terres trop sèches ; arrosement se dit de l'action d'arroser. On a fait de grandes dépenses pour \ arrosage de ces prairies. .

ARROSEMENT , IRRIGATION. Ces deux mots signifient l'action d'humecter les terres dans le dessein de les fertiliser ; mais arro^ sèment se dit pour verser dé l'eau sur les plantes et sur les terres en forme de rosée ; et irrigation j de l'action d'humecter les terres en y faisant circuler des eaux par des canaux ou desrigoles.L'arrojem^/ir d'un jardin, V irrigation d'une jtairie.

ARROSER. V. Abreuver.

ART , MÉTIER , PROFESSION. Profes^ sion est un terme général qui se dit des différons états que l'on embrasse dans la société. luAprofesiion des armes , la profession d'avocat , de médecin , de menuisier , de cordonnier.

Il y a deux espèces die professions relativement à l'espèce de travail qu'elles exigent et à la nature de l'ouvrage dont elles s'occupent.

Toute profession qui exige le travail des mains, et qui se borne à un certain nombre d'opérations mécaniques qui ont potu bat tu»

même ouvrage qae lliomme répète sans cesse , s'appelle métier. Le métier de menuisier , de cordonnier.

Tonte profession qui exige ||n travail de Tesprit et qai s'exerce au gré de l'imagination et àvL génie est nn art.

Le métier fait Phomme de travail , l'artisan, roaviier. La profession distingue entre eux les artistes et les artisans.

n n'y a point de métier qui n'ait exigé quelque opération de l'esprit pour trouver et établir les règles au moyen desquelles on peut l'exercer convenablement ; et le métier ronsidéré sous ce rapport s'appelle aussi arf, sans qu'on puisse pour cela\ donner le nom ^artistes à ceux qui l'exercent , d'après ces règles , machinalement et par routine. Ainsi l'on dit Vart du cordonnier , Vart du boulanger y Vart du menuisier , quand on ne considère dans ces métiers que la collection des règles que l'esprit a inventées pour les exercer convenablement. En ce sens, art n'est synonyme ni de métier, ni de pro^ fession, parce qu'il ne signifie point un état , an genre d'occupatioD> de travail , auquel on s'est livré , mais de simples observations sur la manière de diriger un genre d'occupation et de travail. Un savant peut étudier Vart du boulanger, en recueillir et en perfectionner les règles et les procédés ; mais il ne sera pour cela ni artiste , ni artisan , parce qu'il n'emploie point le travail de la main pour exécuter un ouvrage,

ART,SCIENCE. C'est l'industrie de rhomme appliquée aux productions de la natiu:e on pour ses besoi^is, ou pour son luxe , ou pour son ^mnsement , ou pour sa curiosité ,. etc. , 7Ù a donné naissance aux sciences et aux ^ts ; et ces points de réunion de nos différentes réflexions ont reçQr les dénominations de science ou à^art, selon la nature de leurs objets. Si l'objet s'exécute, la collection et la dispositron technique des règles «elon lesquelles il s'exécute , s'appellent art. Si l'objet ^t contemplé seulement sous différentes faces, la collection et la disposition technique des observations relatives à cet objet s'appellent icience. La métaphysique est une science ; la morale est un art.

Il est évident, par ee qui précède, que toat art a sa spéculation et sa pratique : sa spéculation, qui n'est autre chose que la conïiâissance inopérative des règles de Vart ; sa pratique, qui n'est que l'usage habituel et non refléchi des mêmes règles. Il est difficile , pour ^ pas dire impossible , de pousser loin la pratique sans la spéculation ; et réciproque- °icat de bien posséder la spéculation sans la

pratique. Il y a dans tout art un grand nom*' bre de circonstances relatives à la manière » aux instrumens, à la manœuvre que l'usage seul apprend. C'est à la pratique à présenter les difficultés, et à donner les phénomènes; et c'est à la spéculation à expliquer les phénomènes et à lever les difficultés.

ARTICULER, PROFÉRER, PRONON- CER. Proférer, c'est prononcer des paroles à haute voix ; articuler , c'est prononcer distinctement, ou marquer les syllabes en les liant ensemble. Prononcer, c'est exprimer on faire entendre par le moyen de la voix.

L'homme sexxi profère des paroles , car seul il parle pour exprimer ses pensées. Quelques oiseaux articulent parfaitement des syllabes , des mots , et plusieurs de suite. La différence des climats et des habitudes fait que les habitans d'une région ne peuvent pas prononcer ce que d'autres prononcent avec une grande facilité.

Une personne confuse on interdite ne pourra "pdiS proférer une parole; c'est tout si elle balbutie. Lorsque le canal du nez est obstrué par l'enchifrènement , il n'est plus possible de bien articuler les lettres et les syllabes nasales ; et l'on dit qu'une personne parle du nez , lorsqu'en effet la voix sonore ne passe point par le nez. Les peuples qui par* lent la même langue ne la prononcent pas tous de même ; c'est dans ce sens que Ton dit que chaque province a son accent.

En grammaire , articuler ne se prend quo dans un sens physique, pour exprimer l'action de l'instrument \ocal. Proférer n'a d'autre idée physique distincte que celle de parler de manière à être entendu et compris , mais avec une idée morale et d'intention et d'attention. Prononcer s'emploie dans différens sens et avec des rapports divers , soit physi* ques, soit moraux. Il y a des articulations fortes et des articulations faibles ; il y en a de labiales , de Unguales, etc. Il ne suffit pas dH articuler distinctement , il faut bien pro^ noncer, c'est-à-dire faire sonner les mots, comme le font les gens les plus polis et les plus instruits. On distingue aussi la prononciation oratoire et la prononciation familière. Tandis qu'on ne profère que touthaat, on prononce ou haut ou bas , etc. Nous disons proférer des formules, ^ro/è>cr des blasphèmes , pour marquer le poids quk>n veut donner aux paroles, ou l'éclat qu'on leur donne. Nous Casons prononcer un. discours .

prononcer un jugement, pour marquer la solennité de l'acte , l'autorité de li^ peESOnUBt ( Extrait de Roubavo. )

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