GÉRA
chargé de la zoologie : il ouvrit le premier cours sur cette science qui ait été fait en France, commença bientôt ces immenses collections zoologi ques°qui sont une des richesses de notre pays, et créa la ménagerie. Mis dès 1794 en relation avec G. Cuvier, alors ignoré, il devina son génie, l’appela à Paris , et vécut avec lui fraternellement. De 1798 à 1802 , Geoffroy fit partie de l’expédition d’Égypte: il exploralepaysconquis, et fut un des fondateurs et des membres les plus actifs de l’Institut du Caire; il sauva par son énergie les collections scientifiques , qu'une capitulationabandonnait aux Anglais : il menaça de tout brûler plutôt que de rien livrer. Membre de la Chambre des Cent-Jours (1815), il rentra dans la retraite au retour des Bourbons, et ne s’occupa plus que de ses études. Il avait été admis à l’Institut en 1807, et avait été nommé en 1809 professeur de zoologie et de physiologie comparées à la Faculté des sciences. Il professa jusqu’à sa mort. — La carrière scientifique de Geoffroy se partage en deux portions bien distinctes : purement zoologiste d’abord, il travailla quelque temps de concert avec Cuvier; à partir de 1807, il se livra presque entièrement à des spéculations sur la philosophie naturelle , science dont on peut le regarder comme le père. Il s’attacha à démontrer l'unité de composition organique entre les diverses espèces d’animaux, unité déjà pressentie par Bulfon et Goethe, et fonda la théorie des analogues. L’unité de composition est pour lui la loi d'identité entre les matériaux qui composent les organes des animaux de différente espèce , matériaux qui , bien que diversifiés à l’infini dans leur forme , leur volume , leurs usages, restent au fond les mêmes chez tous et révèlent un même plan : la théorie des analogues est la méthode par laquelle on arrive à démontrerl’unité de composition. Ce savant conçut aussi dès 1807 une idée qui est le complément des précédentes, celle de l’analogie qu’offrent les caractères permanents des espèces inférieures avec les caractères transitoires de l’embryon dans l’homme et les animaux supérieurs. Enfin , il se servit de sa doctrine pour expliquer heureusement, par des arrêts dans le développement, les inégalités des êtres et les monstruosités des individus. Un débat célèbre s’éleva en 1830, au sein de l’Académie des Sciences, entre Cuvier et Geoffroy, au sujet de l’unité de composition: le monde savant se partagea entre les deux antagonistes. Dans ses écrits, desnégligences nuisent quelquefois à la clarté de l’exposition ; du reste, son style ne manque ni de nerf ni d’éclat. Ses principaux ouvrages sont : Histoire naturelle des mammifères (avec F réd . Cuvier) , 1819-1837 , infol. ; Philosophie anatomique , 1818 et 1822, 2 vol. in-8 (c’estlàque se trouve exposée sa nouvelle doctrine); Principes de la philosophie zoologique, 1 vol. in-8, 1830 (il y résume sa discussion avec Cuvier): Études progressives d’un naturaliste, 1835. in-4 Son fils a publié : Travaux et doctrine scientifique d'Ét. Geoffroy St-Hilaire , 1848. M. Flourens a prononcé son Éloge historique à l’Institut en 1852. Une statue lui a été élevée par souscription à Étampes, sa ville natale ; une rue voisine du Muséum a reçu son nom.
Geoffroy-Saint-Hilaire (Isidore) , fils du précédent, né en 1805, mort en 18G1 , puisa dans les leçons et les exemples de son père le goût des sciences naturelles, fut successivement aide-naturaliste au Muséum, suppléant à la J acuité des Sciences de Paris, doyen de celle de^ Bordeaux, professeur de zoologie au Muséum et à la faculté des Sciences de Paris, et inspecteur général des études, fonctions qu’il résigna pour se livrer tout entier à ses travaux scientifiques. Il avait ete dès 1833 admis à l’Académie des Sciences. Isidore
Geoffroy-Saint-Hilaire s’attacha surtout à confirmer et à développer les idées philosophiques de son père. Ses principaux écrits sont un Traité de Tératologie (1832-36), des Essais de Zoologie générale (1840) et Y Histoire naturelle générale des règnes organiques (1854-61), vaste ouvrage qu’il n’a malheureusement pu achever. Non moins préoccupé des applications utiles que des recherches théoriques, Isidore G. fonda en 1854 la Société d’acclimatation, dontil fut aussitôt élu président, et qui a déjà rendu d’éminents services. Comme administrateur du Muséum, il doubla en peu de temps les collections zoologiques. .
GÉRANDO (Joseph-Marie, baron de), né à Lyon en 1772 , mort en 1842 , fut élevé par les Oratoriens et destiné à l’Église, prit part en 1793 à la défense de Lyon contre les troupes de la Convention , ce qui le contraignit à s’exiler; rentra en 1796, s’enrôla et assista à la bataille de Zurich (1799). Cultivant la philosophie au milieu des camps, il fut à la même époque couronné par l'Institut pour un remarquable mémoire sur l’influence du langage (des Signes et de l'Art de penser dans leurs rapports mutuels , Paris, 1800), et par l’Académie de Berlin pour un mémoire sur la Génération des connaissances humaines (Berlin, 1802), mémoire qui devint plus tard Y Histoire comparée des systèmes de philosophie. Ces succès ayant appelé sur lui l’attention, il fut attaché par Lucien Bonaparte au ministère de l’intérieur; il devint en 1804 secrétaire général de ce ministère, accompagna en 1805 Napoléon en Italie, et introduisit l’administration française en Toscane (1808) , dans les États romains (1809) , en Catalogne (1812). Membre du conseil d’État dès 1811, il en fut écarté à la Restauration, mais y rentra bientôt. Il fut appelé en 1819 à la chaire de droit administratif nouvellement créée, et fut élevé à la pairie en 1837. Il était de l’Académie des Sciences morales depuis 1804. Philanthrope éclairé, de Gérando fut un des fondateurs de la Société de la morale chrétienne, de la Société pour l’instruction élémentaire, delà Société d’encouragement pour l’industrie, des caisses d’épargne, des salles d’asile ; il créa lui-même à Paris en 1839 un ouvroir qui porte encore son nom. Outre les mémoires déjà cités, on a de lui : Histoire comparée des systèmes de philosophie , publiée d’abord en 1804, en 3 vol. in-8 ; refondue dans une 2e édition, dont les 4 premiers volumes parurent en 1822 et années suivantes, et dont les 4 derniers n’ont paru qu’en 1847, d’après ses manuscrits; Du perfectionnement moral , 1824,2 vol. in-8, où il montre que la vie entière doit être pour chaque homme un vaste travail d’éducation de soi-même; De l’éducation des sourds-muets , 1827; Cours normal des instituteurs primaires , 1832; Institutes de droit administratif, 1829 et 1845, 4 vol. in-8. On lui doit aussi le Visiteur du pauvre, couronné à Paris et à Lyon (1820) ; De la bienfaisance publique(i83d, 4 vol. in-8). Il aen outre laisséen manuscrit des traités, Desméthodes et De l'existence de Dieu , et Y Examen de Condillac , de Descartes , de Malebranche , de Locke. — D’abord disciple pur de Condillac , M. de Gérando se garantit bientôt de l’exagération de cette école, et donna un des premiers l’exemple d’un éclectisme impartial : son Histoire comparée des systèmes de philosophie , bien que faite à un point de vue trop restreint (l’examen de doctrines par rapport à la seule question de l’origine des connaissances) , n’en est pas moins la meilleure histoire de la philosophie qui ait paru en France. Son style, correct et même '* orné , est, un peu diffus. On doit à M. Bayle-Mouillard un Éloge de M. de Gérando, et à Mlle üctavie Morel, sa nièce, un Essai sur sa vie et ses ira-
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vaux. M. Mignet a lu une Notice historique sur ce savant à l’Académie des Sciences morales en 1854. — Un de ses fils, M. J. de Gérando, aujourd’hui procureur général, a lui-même publié plusieurs écrits philanthropiques et religieux: Tableau des sociétés religieuses et charitables de Londres , 1824; Divines prières et méditations , 1839; le Démocrate chrétien, 1848.
GÉRARD (Maurice-Étienne, comte), maréchal de France, né en 1773 à Damvillers (Meuse) , mort en 1852, était fils d’un notaire. Il s’enrôla en 1791 , servit en Italie sous Bernadotte, dont il devint- l’aide de camp et bientôt l’ami inséparable , se signala à la bataille d’Austerlitz, où il fut blessé; au combat de Halle, qui ouvrit à l’armée la route de Berlin; à Wagram, où il contribua puissamment au gain de la victoire; fit des prodiges de valeur au sanglant combat de Valontina, où il remplaça le général Gudin, tué à la tête de ses troupes, et à la bataille de la Moskowa, après laquelle il fut nommé général de division (1812'! , contribua avec- Davoust à sauver l’arrière-garde surprise à Kovno , commanda une division du 11e corps à Lützen et à Bautzen, fit, pendant la campagne de France, les efforts les plus énergiques pour défendre le territoire, notamment au pont de Dienville , à Saint-Pane , à Montereau , à Méry; fut placé, pendant la campagne de 1815, sous les prdres du général Grouchy , et insista vainement auprès de ce général pour marcher sur Waterloo, où l’on entendait la canonnade; eut, le même jour (18 juin), la poitrine traversée d’une balle à Wavres; quitta la France après le licenciement de l’armée, et se retira à Bruxelles; rentra dans sa patrie en 1817 , mais sans reprendre de service ; fut élu député en 1822 et 1827 , et se plaça, avec Manuel et Foy , sur les bancs de l’opposition; accueillit avec joie la révolution de 1830; fut chargé , dès le mois d’août de la même année , du portefeuille de la guerre , et réorganisa l’armée ; reçut peu après le bâton de maréchal de France; fut mis l’année suivante à la tête de l’armée du Nord, et repoussa les Hollandais de la Belgique; fit en 1832 le siège d’Anvers, qui se rendit après 24 jours de tranchée (23 décembre 1832); fut nommé en 1835 grand chancelier de la Légion d’honneur et en 1838 commandant supérieur de la garde nationale de la Seine. Napoléon , pendant la campagne de France, proposait Gérard pour modèle à ses généraux découragés : il l’avait désigné dans ses Mémoires pour la dignité de maréchal de France. M. J. Nollet a écrit sa Vie. Une statue lui a été érigée à Damvillers.
Gérard de Nerval, littérateur, né à Paris en 1808, mort en 1855, débuta dès 1826 par des poésies de circonstance , étudia la littérature allemande et fit paraître en 1830 un Choix de ballades et de poésies traduites de Goethe, Schiller, Klopstock , Burger , Schubert , Kœrner , etc. ; rédigea pour les revues et les journaux des nouvelles et des feuilletons qui furent remarqués, fonda en 1835 le Monde dramatique , qu’il dirigea jusqu’en 1841; composa, avec Alexandre Dumas, Y Alchimiste et Léo-Burckhart , drames en 5 actes , puis seul Y Imagier de Harlem, 1 §52, et rédigea le poème de deux opéras-comiques, Piquillo (musique de Monpou) et les Monténégrins { musique de Limnander) , dont le dernier eut du succès. D’une vie peu réglée et sujet à desatteintes d’aliénation mentale, Gérard de Nerval se pendit dans un de ses accès. Aux plus riches fantaisies de l’imagination, cet écrivain joignait une rare simplicité de style.
GERHARDT (Charles), chimiste français, né en 1816 , à Strasbourg, mort dans la même ville en 1856 , était fils d’un fabricant de produits chimiques. Il compléta ses études scientifiques en
Allemagne, s’attacha surtout au chimiste Liebig, dont il resta l’ami , fut nommé en 1844 professeur de chimie à la Faculté de Montpellier, revint à Paris en 1848 pour y exécuter des recherches d’un genre tout nouveau et y ouvrit une école pratique de chimie; reprit du service en 1855 et professa à la Faculté et à l’École de pharmacie de Stras-* bourg. Il venait d’être élu correspondant de l’Académie des Sciences lorsqu’il fut enlevé par une mort prématurée. Ch. Gerhardt a surtout avancé la chimie organique; il avait conçu , avec Laurent, son ami, le projet de réformer cette partie de la science : considérant certaines substances organiques comme des compositions équivalentes entre elles , il ne donna pas aux formules qui les représentent une valeur absolue, mais il les classa d’après les analogies de leurs métamorphoses; il choisit à cet effet un certain nombre de composés dont il fit des types auxquels il en rapportait une foule d’autres, distribués en séries. Outre de savantes recherches sur les huiles essentielles, les acides anhydres et les arnides, on lui doit la traduction de plusieurs ouvrages de Liebig; un Précis de chimie organique (1844, 2 vol. in-8) et un grand Traité de chimie organique (1850-1856, 4 vol. in-8), qui fait suite au Traité de chimie minérale de Berzélius. Il a publié pendant plusieurs années le Compte rendu des travaux chimiques faits à l’étranger. M. G. Chancel a donné une Notice sur sa Vie et ses travaux (1857).
GEYER (Éric-Gustave), historien et poète suédois, né en 1783 dans le Wermeland, mort en 1847, remporta fort jeune le prix proposé pour l’ Éloge de SténonSture , fut en 1810 nommé adjoint à la Faculté de philosophie d’Upsal, en 1817 professeur d’histoire , puis historiographe du roi , et fut élu représentant de l’Université aux diètes de 1828 et de 1840. On lui doit une excellente Histoire de Suède , qui malheureusement ne va que jusqu’à la fin du règne de Christine (trad. en français par J. F. de Lundblad, Paris, 1840, gr. in-8)! Il a aussi composé des poésies nationales, qu’il mit luimême en musique , et qui excitèrent un enthousiasme universel: on admire surtout le Wikhing , le Dernier barde , le Dernier héros.
GILCHRIST (John Borthwick), orientaliste, né à Edimbourg en 1759 , mort en 1841 , professa l’hindoustani et le persan au collège de Calcutta, puis à Edimbourg et à Londres. Ses travaux ont faitfaired immenses progrèsàla linguistique : son Dictionnaire anglais-hindoustani , Calcutta , 1787- 1790, et sa Grammaire , 1796, sont classiques.
GIOBERTI (l’abbé Vinc.) , né à Turin en 1801, mort en 1852, enseigna la théologie à l’Université de Turin, se fit un nom dans la controverse, fut choisi pour chapelain par le roi de Sardaigne Charles-Albert, mais se fit exiler en 1833 à cause de la hardiesse de ses opinions libérales, se retira en France, puis en Belgique, fit de 1834 à 1845 des cours de philosophie et d’histoire à Bruxelles, publia divers ouvrages de polémique qui rendirent son nom populaire en Italie, mais qui lui firent des ennemis ardents; fut ramené dans sa patrie par les événements de 1848 et y reçut un accueil enthousiaste , fut alors appelé par Charles-Albert à la direction des affaires et nommé président du conseil. Aussi opposé à l’anarchie qu’au despotisme, il proposa de faire rétablir par une armée piémontaise le pape et les autres princes italiens dépossédés; n’ayant pu faire adopter cette proposition, il se retira des affaires; néanmoins, après la bataille de Novare (mars 1849), il fut envoyé à Paris comme ambassadeur; il se démit bientôt de ces fonctions mêmes pour aller vivre dans la retraite. On a de lui des ouvrages de philosophie : Essai sur le beau ; Introduction à l’étude de la