GIRO
philosophie ; Lettres sur les doctrines de Rosmini , — sur les doctrines de Lamennais ; Considérations sur les doctrines de M. Cousin; mais il doit surtout sa réputation à ceux de ses ouvrages qui touchent à la politique nationale : Primauté civile des Italiens, 1843; le Jésuite moderne, 1847, où il attaque violemment cet ordre célèbre ; Rénovation de l'Italie, 1851, où il expose les fautes récemment commises par les Italiens, etleurdonne des conseils pour l’avenir. Ses ouvrages sont condamnés à Rome. Plusieurs ont été traduits.
GIRARD (Philippe de) , habile inventeur, né en 1775 à Lourmarin (Vaucluse), mort en 1845, s’était déjà fait connaître par d’ingénieux travaux lorsqu’il entreprit de répondre à l’appel de Napoléon qui, en 1810, avait promis un prix d’un million à l’inventeur de la meilleure machine à filer le lin : il y réussit en 1813 et fonda à Paris la première filature de lin; mais la chute de l’Empire le priva de la récompense promise. Repoussé sous la Restauration, ruiné par de dispendieux essais, il fut réduit à offrir ses services à l’étranger : il fut nommé en 1826 ingénieur en chef des mines de Pologne. Il revint à Paris en 1844, sans avoir fait fortune. Ses droits à l’invention de la filaturemécanique dulinavaient étéproclamésen 1842 par la Société d’encouragement; au moment où il mourut , une société de filateurs et de mécaniciens venait de lui assurer une pension de 6000 fr., et le gouvernement allait enfin le récompenser; la dette publique a pu du moins être acquittée par l’État envers ses héritiers : une loi rendue en 1853 leur assure une pension viagère. Outre la machine à filer le lin, Phil. de Girard perfectionna les machines à vapeur, inventa les lampes hydrostatiques à niveau constant, ainsi qu’un procédé pour fabriquer à la mécanique les bois de fusil. M. G. Desclosières a publié une Notice sur la Vie et l’invention de Phil. de Girard.
Girard (le P. Grégoire), célèbre instituteur suisse, de l’ordre des Cordeliers, né en 1765 à Fribourg, mort en 1850, fut d’abord curé catholique à Berne; dirigea de 1805 à 1823 l’école française de Fribourg, qu’il porta au plus haut point de prospérité ; quitta cet établissement par suite de démêlés avec les Jésuites, professa de 1825 à 1835 la philosophie à Lucerne, et se retira en 1835 dans le couvent de son ordre à Fribourg, où il se consacra à la rédaction de ses ouvrages. Le plusimportant est le Cours éducatif de langue maternelle, en français, publié à Paris par MM. Rapet et Michel (1845-48, 6 vol. in- 1 2) : il y transforme l’étude de la langue, si souvent fastidieuse et stérile, en un puissant moyen de culture intellectuelle et morale. Cet ouvrage, vraiment original, valut à l’auteur un prix extraordinaire de 6000 fr. que l’Institut de France lui décerna en 1844, avec le titre de correspondant de l’Académie des Sciences morales. On lui doit encore, outre divers înémoires sur des questions d’éducation, un Cours de philosophie (Lucerne , 1829-31 , enallemand) , remarquable par la clarté de l’expression et l’élévation des pensées , et un Rapport sur l’institut de Pestalozzi.
GIRARDIN (Mme de), femme distinguée par son esprit et ses talents littéraires , née en 1805, a Aixla-Chapelle, morte en 1855 , était fille de la célèbre Mme Sophie Gay (Voy. ce nom), et fut d’abord connue sous le nom de Delphine Gay. Dès l’âge de 1 7 ans, elle adressait à l’Académie française une pièce de vers sur le Dévouement des sœurs de Sainte- Camille pendant l'épidémie de Barcelone , pièce qui fut fort remarquée; bientôt après, elle célébra, dans des chants pleins de sensibilité , de naturel et d’harmonie, plusieurs des grands événements qui excitaient la sympathie générale, la Mort de Napoléon , la Mort du général Foy , l’Insurrection de
la Grèce , etc., et elle mérita d’être surnommée la Muse de la patrie. Dès 1824, elle publia, sous le titre d’ Essais poétiques, un recueil de ses premières productions qui fut accueilli avec la plus grande faveur: Charles X, pour encourager ce jeune talent, lui fit une pension de 1500 fr. sur sa cassette. A Rome, en 1827 , elle reçut une véritable ovation à l’occasion d’une pièce de vers qu’elle avait composée sur le Retour de Romains captifs à Alger , et fut acclamée au Capitole membre de l’Académie du Tibre. Elle était dans tout l’éclat de sa réputation et.de sa beauté quand elle épousa M. Émile de Girardin (1831). Son salon devint bientôt le rendez-vous de toutes les illustrations littéraires. Depuis son mariage, elle composa encore quelques poésies, notamment le charmant poème de Napoline (1833); mais elle cultiva surtout d’autres genres, nouveaux pour elle jusque-là, le roman (le Lorgnon . le Marquis de Pontanges, la Canne de M. de Balzac, Marguerite), la comédie ( l’École des journalistes , 1839 ; Lacly Tartufe , 1853; la Joie fait peur, 1854; le Chapeau d'un horloger , etc.) , la tragédie ( Judith , 1843 ; Cléopâtre , 1847), et elle obtint dans presque tous de brillants succès; elle réussissait surtout dans la peinture des sentiments les plus délicats. Elle écrivit aussi, de 1836 à 1839, pour le feuilleton de la Presse , des Courriers de Paris pleins de verve , d’esprit et d’enjouement (ils ont été réunis sous le titre de Le Vicomte de Launay , et de Lettres parisiennes). Mme de Girardin semble s’être peinte elle-même dans ce vers de Napoline :
Naïve en sa gaîté, rieuse et point méchante.
Une édition complète de ses OEuvres en 8 vol. in-12 a paru en 1856 et 1857.
GIRAUD (le comte Giovanni) , auteur comique italien, né à Rome en 17 76, d’une famille noble originaire de France, mort en 1834, quitta le service militaire pour se livrer tout entier à la poésie dramatique, fut en 1809 nommé par Napoléon inspecteur général des théâtres de l’Italie , et alla , après les événements de 1814, s’établir en Toscane, où il s’enrichit par le commerce. Son Teatro domestico , recueil de petites pièces de société , composé en grande partie à l’imitation de Rerquin, a paru à Milan (1823, 2 vol. in-S), et à Florence (1825 , 6 vol. in-12). On y remarque le Précepteur clans l’ embarras . d’où a été tirée la pièce française de même titre; la Capricieuse corrigée, le Rendez-vous dans l’obscurité. Son théâtre a été traduit en français avec celui d’Alberto Nota par Th. Bettinger (1839, 3 vol. in-S).
GIROD (Amédée) , dit Girod de l’Ain , ancien ministre, né en 1781, d’une famille honorable du paysdeGex (Ain),m. en 1847, avait pour père J. L. Girod, membre du conseil des Anciens, des Cinq- Cents et de la Chambre des Députés, et baron de l’Empire. Reçu avocat à 17 ans, il suivitsous l’Empire la carrière de la magistrature, fit partie de la Chambre des Représentants aux Cent-Jours, rentra au barreau après la chute de Napoléon, défendit courageusement le général Drouot accusé d’avoir attaqué la France à main armée, et réussit à le faire acquitter; fut élu député en 1827 et chargé de rédiger le rapport sur la proposition d’accusation du ministère Villèle , prit une part active à la révolution de 1830, fut aussitôt après nommé préfet de police et prit des mesures efficaces pour rétablir l’ordre, fut élu en 1831 président de la Chambre des Députés , et porté en 1832 au ministère de l’instruction publique, puis, en 1839, à v celui de la justice et des cultes. Il avait été nommé dès 1832 pair de France et vice-président du Conseil d’État. Dans ces diverses positions , il se montra toujours dévoué à l’intérêt public.
GODO
GOLB
GLEICH (Joseph-Aloys), écrivain allemand, né à Vienne en 17 72, mort en 1841, occupait un modeste emploi dans les finances autrichiennes. D’une imagination inépuisable, il a composé près de 200 romans et autant de pièces de théâtre. Il réussissait surtout dans les romans de chevalerie: on lit encore le Chevalier noir , Harald ou la Guerre des couronnes, Bodo et ses frères. Ses meilleures compositions dramatiques ont été recueillies sous le titre de Théâtre comique , Brunn, 1821 : on y distingue les Chevaliers du lion.
GO.DECHARLES (Guill.) , sculpteur belge , né à Bruxelles en 1750, mort en 1835, remporta le grand prix de sculpture , enseigna longtemps à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles , et fut successivement sculpteur du prince Charles de Lorraine , d’Albert de Saxe-Teschen , de Napoléon et du roi des Pays-Bas ; il était membre de l’Institut d’Amsterdam. Un grand nombre d’édifices de Belgique et de Hollande sont ornés de ses œuvres : on remarque les bas-reliefs du palais des Deux- Chambres et du château de Laeken, les statues des magnifiques jardins de Wespelaer (entre Louvain et Malines). Cet artiste était d’une fécondité prodigieuse; mais il eut plus de facilité que de goût, plus de force que de grâce et de pureté.
GODOY (don Manuel), prince de la Paix, né en 1767 à Badajoz, d’une famille noble, mais pauvre, entra fort jeune dans les gardes du corps de Charles IV, roi d’Espagne, attira l’attention de la reine Marie-Louise par les agréments de sa personne et par son talent musical , sut en même temps capter la faveur du faible roi, fut porté avec une rapidité scandaleuse aux grades les pins élevés, devint en 1792 premier ministre, en remplacement du duc d’Aranda, et fut en même temps créé duc d’Alcudia ; fit déclarer la guerre à la France , après la condamnation de Louis XVI , cédant en cela au vœu national; dirigea contre le Roussillon des troupes dont les succès furent balancés; conclut en 1795 la paix de Bâle, à l’occasion de laquelle il fut créé prince de la Paix et grand d’Espagne; signa l’année suivante, à Saint - Ildefonse , un traité d’alliance offensive et défensive avec la République française, traité qui entraîna son pays dans une guerre désastreuse avec l’Angleterre; se vit écarter des affaires en, 1798 par une intrigue de cour, mais sans perdre l’afiection personnelle du couple royal, et fut, en compensation, élevé augrade decapitainegénéral; rentra au pouvoir en 1800, ayant plus de crédit que jamais, se mit en 1801 à la tête d’une armée destinée à occuper le Portugal, de concert avec la France , fit assez heureusement une facile campagne et signa le traité de Badajoz, dont un article secret lui assurait plusieurs millions; fit déclarer la guerre à l’Angleterre en 1804, sous la pression de la France, et reçut à cette occasion le titre de généralissime des armées de terre et de mer, mais ne put empêcher que l’Espagne, battue à Trafalgar, perdît ses plus belles colonies ; tenta en 1806 de secouer le joug de Napoléon, et arma en secret pour seconder la coalition du Nord, mais s’empressa, dès qu’il connut les victoires d’Iéna et d’Austerlitz, de mettre l’Espagne à la discrétion de l’Empereur; excita, par cette lâche condui te et par l’abus de son pouvoir, l’indignation universelle en Espagne, et vit le propre fils du roi, le prince des Asturies (Ferdinand VII), se mettre à la tête des mécontents; ne craignit pas, sur l’ordre de Charles IV, de faire incarcérer ce prince, et de le traduire en jugement comme conspirateur, mais fut arrêté dans sa vengeance par l’intervention de Napoléon, qui se réserva le jugement du différend entre le père et le fils; prévit dès lors le sort de la monarchie espagnole ,
et détermina le roi et la reine à quitter Madrid et à s’embarquer pour le Mexique; mais échoua dans ce projet, par suite de la révolte d’Aranjuez (18 mars 1808) , qu’avait fomentée le prince des Asturies ; se vit alors réduit à se cacher, et n’échappa à la fureur populaire que par l’abdication de Charles IV; fut jeté dans une étroite prison par Ferdinand, devenu roi pour un instant, mais fut relâché au bout de quelques jours sur les instances de la France, et amené à Bayonne, où il contribua à déterminer Charles IV à signer son abdication; accompagna la famille royale dans ses diverses résidences en France et en Italie; vint, après la mort des deux époux , se fixer à Paris, où il vécut dans l’obscurité ; fut autorisé en 1847 à rentrer dans sa patrie et remis en possession de ses titres et de ses biens, mais ne put, à cause de son grand âge, profiter de cette faveur, et mourut à Paris en 1851 dans sa 85e année. Il avait été marié en 1797 à une princesse du sang royal, Maria Teresa de Bourbon, fille de l’infant don Louis, et cousine du roi , qui ne lui donna sa main qu’avec répugnance. — Le prince de la Paix a été l’objet d’accusations de toute nature, dirigées les unes contre ses mœurs, les autres contre sa politique : il a rédigé, pour réfuter ces dernières, des Mémoires , qui ont été traduits en français sous ses yeux par J. G. d’Esménard, Paris, 1836-38, 4 vol. in-8. Bien que manquant d’instruction et de moralité , il connaissait bien les hommes et les employait habilement; il était doux, et ne versa jamais de sang; enfin, il sut contenir l’inquisition.
GOERRES (J. -Joseph), écrivain allemand, né à Coblentz en 1776 , mort à Munich en 1848 , adopta dans sa jeunesse les doctrines révolutionnaires et la philosophie delà nature de Schelling ,tout en les alliant à des idées mystiques, publia , à partir de 1807 , une collection de Livres populaires de l'Allemagne, , où il remettait en honneur les légendes du moyen âge, fut en 1813 un des plus ardents à soulever ses compatriotes contre les Français, et rédigea dans ce sens le Mercure rhénan; mais, ayant continué l’agitation démagogique après 1815, il devint suspect, vit supprimer son journal et fut forcé de sortir des États prussiens (1819). Ses idées s’étant depuis tournées vers le catholicisme, il fut accueilli par le roi de Bavière, qui lui confia en 1827 une chaire de littérature et d’histoire à l’Université de Munich , chaire qu’il occupa jusqu’à sa mort. Outre ses écrits politiques et religieux, on a de lui une Histoire mythique de l'Asie , le Livre héroïque de /’/rcw(d’aprèsle Schah-Nameh deFerdoucy, Berlin, 1820), et la Mystique chrétienne, (1836-42). Gœrres avait fini pardevenirun des chefs de l’école catholique allemande. — Son fils, Guido Gœrres, mort en 1852, l’a suivi dans celte voie.
GOGOL (Nicolas), écrivain russe, né en 1808 dans la petite Russie , débuta par un recueil de Nouvelles , se fis' surtout connaître par une comédie, le Contrôleur , où il signalait les abus de l’admi nistration en Russie ; acheva de rendre son nom populaire par son roman des Ames mortes, peinture assez libre de la société russe , qui lui suscita quelques persécutions: alla passer plusieurs années à Rome, puis revint dans sa patrie, où il fut enlevé presque subitement en 1852 par une mort que l’on a lieu de croire volontaire. Il était, depuis 1847, atteint d’une noire hypocondrie; dans un de ses accès, il brûla tous ses manuscrits. Une traduction de ses Nouvelles choisies et de son roman de Tarass Boulha , espèce d’Iliade cosaque, a été donnée par M. L. Viardot, 1845.
GOLBÉRY (Aimé de), né à Colmar en 1786, mort en 1854 , fut successivement procureur impérial à Colmar, conseiller à la Cour royale de Strasbourg, procureur général à la Cour de Besançon. En-