‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 2)Chapitre 15 sur 147 · DES SUCRES PROPREMENT DITS · texte numérisé non relu

DES SUCRES PROPREMENT DITS

Les sucres proprement dits sont tous formés de six ou d'un multiple de six équivalents de carbone, unis à un même nombre d'équivalents d'hydrogène et d'oxygène.

\ussi les a-t-on considérés dans un temps romme des hydrates de carbone.

On connaît aujourd'hui douze sucres différents dont voici les noms et les formules :

Glucose. . . C12H12012 Sacharose. C'ailiiOU Lévulose. . — Mélitose. . —

Maltose.. . — Mélézitose. —

SUC

Galactose. .

Tréhalose

Sorbine. . .

Lactose. .

Eucaliiie. .

Inosine. .

Après avoir indiqué les propriétés générales des sucres proprement dits, nous examinerons particulièrement quelques-uns de ces corps importants.

Origine et Propriétés générales des sacres

Origine. — L'origine des sucres est très variable.

Les uns préexistent à l'état libre dans certains végétaux et animaux, et l'on peut alors les extraire par l'emploi bien conduit des dissolvants ; tels sont : la saccharose que l'on trouve dans les betteraves, les cannes etc.; la mélitose dans le miel; la glucose ordinaire dans presque tous les fruits doux; l'inosine dans la chair musculaire, etc.

D'autres, comme l'amygdaline, qui est un étherde la glucose ordinaire, se rencontrent seulement à l'élat de combinaison élhérée; il faut alors, pour les isoler, provoquer un dédoublement qui s'obtient le plus souvent par l'action des ferments.

D'autres enfin se forment par hydratation de certaines substances telles que l'amidon, la glucose et même par celle de sucres moins riches qu'eux en eau.

Enfin, on a constaté que quelques sucres pouvaient, dans des conditions favorables, se lransfi)rrner en leurs isomères.

Propriétés physiques. — Les sucres sont presque tous susceptibles de cristalliser. Ils sont insolubles dans l'éther, presque insolubles dans l'alcool absolu; l'alcool aqueux, surtout bouillant, les dissout assez bien; l'eau est leur véritable dissolvîint.

Les sueres pèsent environ une fois et demie plus que l'eau ; ils devient eu général le plan de polarisation des rayons lumineux, soit vers la droite, soit vers la gauche.

Action de la chaleur. — Les sucres fondent eu général assez facilement, mais il est rare qu'ils puissent ensuite reprendre leur état primitif, même à la longue. Leur constitution moléculaire a été modifiée par l'élévation de la température.

Peu d'entre eux résistent sans se détruire complètement à plus 200 degrés centigrades. L'action extrême de la chaleur les convertit entièrement en eau et en charbon brillant et boursouflé.

Action des acides. — Les acides peuvent se combiner avec les sucres comme ils le font avec les autres alcools polyatomiques déjà étudiés; seulement, les composés sont beaucoup moins stables et bieu plus difficiles à obtenir, vu la facile décomposition des sucres dès qu'on les chauffe un peu fortement.

Entre 100 et 120 degrés, les sucres forment des éthers avec les acides stéarique benzoïque, etc.; des composés acides avec les acides tartrique, citrique, etc.; à froid, ils donnent naissance à des dérivés nitriques détonants avec l'acide azotique monohydraté, et à des dérivés sulfuriques avec l'acide sulfurique du commerce.

Les acides étendus et bouillants, en particulier les acides clilorhydrique et sulfurique, opèrent sur certains sucres ce que l'on a appelé V interversion. Un sucre interverti devient bien plus altérable par les alcalis et fermente facilement sous l'influence de la levure, tandis qu'avant l'action de l'acide il résistait souvent aux alcalis et au ferment.

Sous l'action prolongée des acides dilués,, les sucres peuvent petrdre à 4 00 degrés de l'eau, de rbydroi;ène, et même de l'oxy-

SUC

gène: les produits de la réaction sont en générai acides. On les connaît fort peu.

L'acide sulfurique concentré osyiie vivement les sucres; il se dégage de l'acide sulfureux et il se forme des matières noires, analogues au terreau. Même action pour l'acide phosphorique anhydre, et pour l'aride chlorhydrique concentré et bouillant.

Action desalcalis. — Les bases puissantes alcalines et alcalino-lerreuses, et aussi l'oxyde de plomb, donnent avec les sucres des combinaisons qui conservent en général les propriétés des alcalis libres. C'est ainsi que le sucrate de chaux, par exemple, combinaison de chaux avec la saccharose, ramène au bleu la teinture rouge de tournesol et permet de doser par les méthodes volumétriques la plupart des acides libres. Le sucrate de chaux présente sur l'eau de chaux l'avantage de fournir une liqueur très limpide et infiniment plus riche en chaux.

Tandis que certains sucres se conservent sans altération à la température ordinaire, et même à 100 degrés lorsqu'ils sont combinés avec les alcalis, d'autres s'altèrent profondément et donnent alors une suite d'acides d'abord incolores, puis noirs, qui présentent une grande analogie avec les acides du terreau.

Action des agents oxydants. — Les sucres peuvent être considérés comme des corps réducteurs, tant est grande leur affinité pour l'oxygène. On vient de voir que les alcalis puissants et les acides énergiques oxydaient vivement les sucres; il en est de même de l'acide nitrique, du bichromate do potasse mélangé d'acide sulfurique, du permanganate de potasse, etc., et enfin des oxydes métalliques.

\u contact d'un alcali peu concentré et des oxydes métalliques peu fixes, comme ceux que fournissent l'argent, le bismuth, le mercure, le cuivre, etc., le sucre s'oxyde, donne naissance à un acide et ramène l'oxyde, soit à l'état de métal, soit à un degré inférieur d'oxydation. C'est ainsi que les sucres destructibles par les alcalis peuvent être mis en évidence à l'aide du réactif de Frommherz. Ce réactif, d'une belle coloration bleue, renferme de l'alcali en excès, du tartrate de potasse et du bicsyde de cuivre. Vient-on à le faire bouillir

SUC

avec an sucre attaquable par les alcalis qu'on voit bientôt apparaître, au sein de la liqueur, un précipité d'un beau ronge, qui n'est autre qne dû protoxyde de cuivre, dû à l'action réductrice du sucre agissant sur le bioxyde. (]e réactif est très sensible et permet de déceler des traces de glucose.

Le produit de l'oxydation modérée par l'acide nitrique est l'acide; saccharique CI2JJ10O16 pour la grande majorité des sucres; mais quelques-uns, comme la lactose, la galactose, la mélitose, engendrent un isomère de l'acide saccharique, Vacide mucique, obtenu pour la première fois dans le traitement de la gomme par l'acide nitrique^ et que produisent aussi, dans les mêmes circonstances, la dulcite et la mélampyrite. La lactose donne en outre de l'acide tartrique C8H6012.

Vient-on à rendre l'action oxydante plus énergique, soit en employant l'acide nitrique concentré, soit en portant le mélange à lébuUition, soit eu faisant agir à 100 degrés sur le sucre non plus l'acide azotique, mais le permanganate de potasse, ou bien encore les alcalis caustiques à la température de 200 degrés environ, il se forme toujours de l'acide oxalique C^HO*.

L'oxygène naissant, obtenu par l'action au sein d'une liqueur sucrée de l'acide sulfurique sur le bioxyde de manganèse, produit une oxydation plus complète et donne de l'acide formique C^H^O* accompagné d'acide carbonique CO^.

Action des ferments. — La faculté de fermenter est un caractère propre à toute la classe des sucres propremenldits; la fermentation donne naissance à des composés variés ; elle a permis d'opérer entre les sucres des transformations isomériques, des déshydratations, des dédoublements; enfin, elle a produit eu rôle secondaire des principes plus hydrogénés que les hydrates de carbone, tels que la glycérine, la mannite, etc. Comme on l'a vu dans l'histoire de ce dernier corps, on a même préparé d'assez grandes quantités de mannite en faisant fermenter un mélange de glucose, de lait aigri, d'eau et de craie.

CLASSIFICATION DES SCGBES

La manière dont se comportent les divers sucres sous riofluence des ferments

piMit servir à les diviser en quatre groupes distincts; d'autres propriétés viennent justifier cette classification et montrer corn» bien la fermentation est an caractère important.

1° Groupe, ayant pour type la glucose.

— Le groupe de la glucose renferme quatre sucres isomériques et dont la formule est Ci2H"-0''. — Leur caractère principal est de fermenter facilement et directement au contact de la levure de bière ;

Ce sont :

Lajflucoseordinaircousucre deraisins. C12H12012 La lévulose ou glucose de fruits. —

La maltnse ou glucose de malt. . —

La galactose ou glucose lactique. —

A 100 degrés, les glucoses sont détruites par les alcalis puissants ; elles ne leur résistent même pas à froid, seulement l'action est plus lente; elles réduisent le réactif de Frommherz; toutes dévient le plan de polarisation ; la glucose, la maltose, la galactose à droite; la lévulose à gauche.

2° Groupe, ayant pour type la lactose.

— La lactose participe des propriétés du premier et du troisième groupe.

Elle diffère du premier groupe par sa formule G'2h"01', par sa résistance à l'action de la levure, par sa transformation en glucose fermentescible sous l'action des acideséieudus; elle s'en rappr(»che au contraire par la facilité avec laquelle les alcalis puissants la détruisent, et par la propriété qu'elle a de réduire le réactif de Frommherz. Le deuxième groupe ne comprend jusqu'à ce jour que la lactose Ci^H'^O".

3° Groupe, ayant pour type la saccharose. — Les corps de ce groupe se distinguent par une fixité particulière.

Il est presque impossible de les faire fermenter au contact de la levtire de bière; ils résistent à l'action des alcalis, même à 400 degrés, et ne réduisent pas le réactif di; Frommherz.

Les sucres de ce groupe jouissent de la curieuse propriété d'être intervertis par les acides étendus. Ils se changent en sucres nouveaux appartenant à la classe des glucoses, et ils ont iilors acquis la faculté fermentescible, la facile altérabilité sous l'in-

SUC 150

fluencc des alcalis; enfin tous les carnctères des sucres du premier groupe.

Tous les sucres du tToisième groupe sont isomères à 130 degrés, et représentés par la formule Ci^H»iO" ; ce sont :

La saccnharose ou sucre de canne. Ci^linoii.

La miUitose —

La mi'lozttose —

La trélialose —

4" Groupe ayant pour type Veucalyne.

— Le quatrième groupe renferme trois sucres isomères avec les glucoses. Ils s'en distinguent néanmoins d'une manière tranchée en ce qu'ils ne fermentent pas sous l'influence de la levure de bière, et que l'action des acides étendus ne leur doune pas ceUe propriété.

Ce sont :

L'eucalyne, dérivé de la mélitose. ClSHl^O'* La sovbine ou sucre de sorbier. . —

L'inosiiie ou sucre musculaire. . . —

On voit que cette classification, fondée sur le mode de fermentation, justifie ce qu'elle a d'un peu arbitraire par une concordance remarquable avec tout un ensemble d'autres propriétés. Cette concoidanc« se retrouve lorsque l'on étudie les produits de l'oxydation énergique par l'adde nitrique; c'est ainsi que :

1° Le premier groupe ne donne jamais d'acide mucique.

2° Le second groupe eo donne toujours.

3° Le troisième groupe n'en donne pas sauf la mélitose.

4° Le quatrième n'en donne pas non plus.

Telles sont les principales propriétés des sucres proprement dits. En leur qualité d'alcools polyatomiques, les sucres donnent naissance à d'innombrables dérivés dont l'étude sera facilitée, grâce à la possibilité de les ranger aussi en un petit nombre de groupes bien définis.

Étude des principaux sucrée

Premie» grodpe. — Glucose ORDINAIRE ,

Origine. Mode de production. — La glucose ordinaire se rencontre en grande quantité dans le règne végétal et le règne animal. Elle remplit les grains du raisin sec, existe en grande abondance dans l'urine

SUC

des diabétiques, dans le miel, etc. C'est elle qui, avec la lévulose, constitue le sucre des fruits mûrs acides.

On peut l'obtenir par dédoublement de certaines substances. Les glucosides, tels quel'amygdalijie, la salicine, etc., donnent de la glucose sous rinfluence des ferment»; les sucres du troisième groupe, intervertis par les acides étendus, lui donnent aiissi tjaissance. Enfin, on peut la produire par l'action de raci(Je sulfurique étendu sur le ligneux, la chitine, la matière amylacée, etc.

Cette dernière réaction a conduit à une préparation industrielle de la glucose dont voici les traits principaux :

Préparation industrielle de la glucose. — Sirop de glucose. — L'opération se fait dans une cuve doublée de plomb et d'une contenance d'environ 120 hectolitres. Dn tube de plomb contourné et percé de trous amène dans la cuve de la vapeur destinée à l'échauffer. Dès lors voici comment on opère :

Ou charge la cuve avec 5 mètres cubes d'eau et 45 kilogrammes d'acide sulfurique à 45 degrés Baume. On fait eosui te passer la vapeur jusqu'à ce que la température, ait atteint 100 degrés; puis on ajoute à l'eau acide les 2000 kilogrammes de fécule sur lesquels portent l'opération. Celte addition se fait par fractions de 100 kilogrammes, préalablement délayés avec 150 à 160 litres d'eau froide. L'introduction des matières froides et l'arrivée de la vapeur doivent être ménagées de telle façon que l'ébullition ne sarrète jamais; si elle cessait en effet, il y aurait formation d'empois, lequel serait ensuite très long à transformer en glucose. Le plus souvent, l'opération est terminée une demi-heure après la dernière introduction; on s'en assure, du reste, par l'essai très simple suivant: on prélève un échantillon de la liqueur ; ou le laisse refroidir et l'on y ajoute quelques gouttes de dissolution d'iode; la totalité de l'amidon a été transformé lorsque la liqueur reste incolore. Pendant tout le temps de l'opération lacuve est restée fermée par un couvercle, ei en communication avec une cheminée d'appel, car, sans cela, on aurait à craindre les émanations très désagréables de l'huile volatile propre a la recule.

SUC

1! faut maintenant procéder à la fatufation de l'acide. Or , les 45 kilogrammes d'acidfi sulfurique exigent pour cela un poids à peu près égal de craie en poudre; on projette celle-ci parpetites portions, pour éviter que l'effervescence ne fasse déborde^" le liquide. On s'assure que la saturation est complète en constatant que le liquide ne rougit plus la teinture de tournesol.

Cela fait, on laisse déposer pendantdouze à quinze heures pour que le sulfate de chaux ait le temps de tomber au fond. Ou décante, et l'on filtre sur du noir animal en grains. Le noir décolore le sirop, que l'on concentre ensuite jusqu'à 2" degrés Baume, dans une chaud ière chauffée à la vapeur. On le laisse reposer alors trente-six heures et il est prêt ensuite à être livré au commerce: il marque, en ce moment, 32 degrés à l'aréomètre. Le rendement est de 2500 kilogrammes de sirop.

On en prépare aussi de plus concentré et on le vend sous le nom de sirop de glucose impondérable; celui-là marque bouillant 40 degrés Baume.

Glucose en masse. — Après avoir obtenu le sirop de glucose à 32 degrés, on le la sse reposer pendant quelques jours pour qu'il abandonne le peu de sulfate de chaux qu'il contient encore. On le filtre et on le concentre jusqu'à 35 degrés Baume; puison le verse dans un rafraichissoir, ou le brasse énergiquemenr lorsqu'il commence à cristalliser; et finalement on le transvase dans des barils où il se solidifie.

Glucose en grains. — Pour obtenir la glucose en grains, ou concentre un sirop bien neutre et bien décoloré jusqu'à ce qu'il marque 30 degrés Baume. On le verse ensuite dans un rafraîchissoir où il dépose du sulfate de chaux pendaxit vingtquatre heures. On le décante alors avec soin dans des tonneaux dont le fond inférieur est percé de quelques trous fermés avec des chevilles de bois; ces tonneaus sont élevés à l'aide de chantiers à 0™,40 du sol environ.

Ce .sirop étant très-fermentescible on doit éviter de le verser très chaud dans les tonneaux et, de plus, il faut lui mélanger dans chaque tonneau quelques décilitres d'acide sulfureux en dissolution aqueuse.

La crisiallisatioD commence au bout de

huit à dixjours; lorsque les deux liers environ du sirop ont cristallisé, on débouche les (rous du fond inférieur, on fait écouler l'eau mère et on laisse les cristaux s'égoutter. On les soumet ensuite à l'action énergique d'une presse hydraulique, qui sépare les dernières traces de sirop et donne des tourteaux de sucre blanc et d'une saveur assez pure. Le rendement est d'environ 1800 kilogrammes de glucose pour 2000 de fécule employée.

Glucose cristallisée. — On extrait la glucose cristallisée du miel de la manière suivante. On place une couche de beau miel sur une plaque de porcelaine dégourdie; au bout d'une huitaine de jours, toute la partie liquide du miel a pénétré dans les pores de la porcelaine, et il est resté sur la surface de la glucose bien blanc et cristallisé.

On la reprend par six fois sou poidsd'alcool à 90 degrés et l'on chauffe au bain-marie. Lorsque tout est dissous, on laisse refroidir et l'on obtient de très beaux cristaux cubiques ou sous forme de tables carrées. Les dissolutions aqueuses laissent au contraire déposer des cristaux mamelonnés.

La glucose est employée: 1° à l'état de sirop dans la fabrication des bièreset del'alcool; 2° à l'état solide ; elle sert alors à améliorer les vins de qualité inférieure, en augmentant leur titre en alcool. Autrefois on falsifiait les cassonades de betteiraves et de cannes avec de la glucose en grains ; celte fraude tend à disparaître complètement et clleest d'ailleurs bien facile à déceler, soit au moyeu du réactif de Frommherz, soit plus simplement encore en faisant bouillir le sucre à essayer avec une dissolution de potasse caustique à 15 degrés Baume : la présence de la glucose se manifeste par une coloration brune très intense.

Propriétés. — A la température ordinaire, la glucose est hydratée ; elle retient deux équivalents d'eau, et sa formule est alors C»-H'20i2}-2Aq; elle perd ces deux équivalents d'eau vers 100 degrés.

La glucose, placée sur la langue, produit la sensation d'une substance farineuse, avec un arrière-goût faibleinent sucré.

L'eau froide dissout uneassez forte quantité de glucose, mais avec lenteur : 100 parties d'eau froide dissolvent 75 parties de glucose. L'alcool, surtout bouillant, est

T. XIll

SUC

aussi un assez bon dissolvant de cette matière sucrée.

La glucose est dextrogyre; son pouvoir rotatoire varie peu avec la température ; mais il n'est constant qu'après que la dissolution a reposé quelques heures, ou qu'elle a bouilli pendant quelques minutes.

La glucose cristallisée fond vers 70 degrés; si la température s'élève davantage, elle perd ses deux équivalents d'eau d'hydratation; vers 170 degrés, elle laisse échapper deux équivalents d'eau de constitution et se transforme presque totalement en une substance nouvelle, incolore, à peine sucrée, dextrogyre, non fermeniescible et capable de reprendre deux quivulenls d'eau pour redevenir glucose, sous l'action des acides étendus. Cette substance a reçu le nom de glucosane sa formule brute Ci^Hiooi" représente de la glucose déshydratée. En effet :

G12H12012 - 2H0 = C12H10010 Glucose. Eau. Glucosane.

La formation de la glucosane est toujours accompagnée de produits bruns analogues au caramel et qui rendent sa purification complète impossible.

On ne connaît parfaitement dans le premier groupe de sucres proprement dits qu'un seul produit de ce genre: c'est la lévulosane, et encore l'obtient-on d'une manière indirecte par la fermentation de la saccharose.

11 est remarquable que les glucosaoes sont isomères avec l'amidon et le ligneux.

Action des acides,

La glucose, sous l'influence des acides minéraux puissants, très étendus, et avec le concours prolongé de la chaleur, noircit et donne naissance à des matières noires, de composition variable, suivant la durée de l'expérience. On a donné à ces substances les noms d'humine, ulmine, sacchulmine^ acides humique, ulmique, saccliulmique. Elles dillèrent du glucose par del'eafl et de l'hydrogène en plus ou en moins.

L'acide sulPurique, versé peu à peu et dans la proportion de un et demi d'acide pour un de glucose, sur de la glucose fondue, donne un acide conjugué, l'acide sidfoglucique C2m-«O20S03, On obtient un autre acide, l'acide glucique C^iH'^^O'S en cm-

ployant de Tacide sulfurique étendu de 10 parties d'eau, à chaud, et sous une faible Pression ; à l'air libre, la même réaction ne jjroduit que des traces d'acide sulfoglucique et fournil un autre composé, l'acide apoglucique C-^H'^O^^.

L'acide azotique ordinaire attaque vivement la glucose et la transforme en acide oxalique C^HO^. Si l'on emploie l'acide nitrique plus étendu, l'action est plus modérée, et l'on observe qu'il se forme de l'acide saccharique C'H^O^, que le complément de la réaction transforme en acide oxalique.

Enfin la glucose, en sa qualité d'alcool polyaioaiique, peut s'emparer d'un ou de plusieurs équivalents d'acide avec élimination d'eau, et donner naissance à des glucosides.

Moiwglucobides. — Si l'on considère d'abord les combinaisons qui dérivent de un seul équivalent de glucose, c'est-à-dire les monoglucosides , on obtient 6 séries de composés :

V^ Série. — Cette série renfermerait les combinaisons formées de 1 équivalent de glucose avec 1 équivalent d'acide monobasique, bibasique ou tribasique.

On n'a préparé aucun corps de cette série, mais l'isomérie de l'amidon avec la glucose permet de penser qu'ils peuvent exister, car on a obtenu avec l'amidon un corps analogue, Vamidon ntlrique. On voit, en effet, par la formule suivante, que l'amidon nitrique représente de l'amidon ordinaire qui s'est uni aux éléments d'un équivalent d'acide nitrique avec élimination de deux équivalents d'eau :

Cl2H909,Az05 = G12H10O10 4- AzOS.HO - 2H0 Amidon nitr. Amidon. Ac. azotique. Eau.

2« Série. — Elle renferme les combinaisons formées de J équivalent de glucose avec 2 équivalents d'acide.

C8VH78014 = C12H10010 + 2C36H3604 - iHO Gluc. disléa. Glucosane. Ac. azotique. Eau.

C28H2iOi* = G12H10010 + 2C8H804 - 4H0 Gluc. dibut. Glucosane. Ac. butyrique. Eau. CWHiSOil = C12H10O10 + 2C14H60* — 4H0

Gluc. diben. Glucosane. Ac. benzoïque. Eau.

G28H18O30 = C12H10010 + 2C8H6012 - 4H0 Ac. gl.ditart. Glucosane. Ac. tarlrique . Eau.

SUC

3^ Série. — La troisième série, dont aucun des termes n'a encore été obtenu, comprendrait les combinaisons de 1 équivalent de glucose avec 3 d'acide. Ces cumbinaisons seraient donc constituées comme l'est, par exemple, le ligneux trinilrique, qui résulte de l'union de 1 équivalent de ligneux avec les éléments de 3 équivalents d'acide azotique, moins 6 équivalents d'eau, ainsi que le fait voir la formule suivante :

Cl2HTO'?,3AzOS = Ci2Hi0Ol0+3(AzO3,HO)-6HO Ligneux trinitrique. Ligneux. Ac. nitriq. Eau.

M. Strecker a de même voulu faire dériver le tannin de la combinaison du glucose avec un acide bibasique, l'acide gallique C'^H^Qi*, mais cette formule est contestée :

C54H2203* = G12H10010 + 3C14H6O10 - 6H0 Tannin. Glucosane. Ac. gallique. Eau.

4* Série. *— Elle comprend les combinaisons formées de 1 équivalent de gluiose avec 4 d'acide.

On y range une combinaison de la glucose avec un acide bibasique, l'acide tartrique; c'est l'acide glucosotétratartrique, dont la constitution peut être représentée ainsi ;

Glucosane. Ac. tartri. Eau. Ac.gl.tétrat.

5* Série, — Les combinaisons de cette série (1 équivalent de glucose pour 5 d'acide) sont inconnues.

6* Série. — Elle se compose des combinaisons formées par 1 équivalent de glucose avec 6 d'acide.

Avec l'acide acétique monobasique, ou obtient en effet un corps neutre, la glucose hexacétique :

Gl. hexacét. Glucosane. Ac. acétiq. Kau.

Avec l'acide citrique tribasique, il se produit un acide, l'acide glucoso'hexacitri-

que {

C84H5609Ï = C12H10OJ0 + 6C12H80H - 2H0 A.g.h.acét. Glucosane. Ac. acélique. Eau.

Diglucosides. — Si l'on considère les combijiaisons qui dérivent de 2 équivalents de glucose, c'est-à-dire les diglucosides, ou

suc

obtient encore cinq séries analogues aux précédentes, et qui résultent de ce que les 2 équivalents de glucose peuvent réagir sur 1, 2, 3, 4 ou 5 équivalents d'acide.

On peut rattacher :

1" A la première série, un acide monobasique, formé par l'action de l'acide sulfurique sur l'amidon, l'acide sulfo-amidonique 2C»2H»00">S206. En effet :

«C12Hl0O10,S2O6=2C12H10OlO+(S2O6,H2O2)-2HO

Ac. sulfoamidonique. Amidon. Ac. sulfiir. Eau.

2» A la deuxième série, Vamygdaline, composé naturel qui parait résulter de l'action de la glucose sur 1 équivalent d'acide et 1 d'aldéhyde.

C40H25AzO20 = 2C12H10010 + Amygdaline. Glucosane.

C2AzH + C14H60-2 — 2H0

Ac. cyanhydr. Aldéhyde benzoïque. Eau.

On rattache aux trois séries suivantes les ligneux trinitriques, tétranitriques, pentanitriques, comme le montrent les formules :

SUC

C24Ht'70n,3Az05 =

Ligneux triiiitrique.

Ligneux.

3(Az05 HO) Ac. nitrique.

C24Hi6016,4.Az05 =

Ligneux tétranitrique.

Ligneux.

4(Az08,5HO - Ac. nitrique.

8H0 Eau.

C24Hi50l5,5Az03 = Ligneux pentanitrique.

2C12H10O10 Ligneux.

5(AzO,HO) Ac. nitrique.

lOHO Eau.

Triglucosides. — Si l'on considère les combinaisons qui dérivent de 3 équivalents de glucose, c'est-à-dire les triglucosides, on obtient quatre séries analogues, suiyant

que la combinaison a lieu avec 1, 2, 3 ou 4 équivalents d'acide.

On rattache à la première série deux composés naturels, \3jalappine et la conuoJ»

vuline :

cesHBBOsa = Jalappine.

Ac. jalappinolique.

Convolvuline.

Ac. convolvulinolique.

3(Cl2HiooiO)-f.

Glucosane.

4H0 Eau.

Tétraglucosides. — Si l'on considère enfin les combinaisons qui dérivent de 4 équivalents de glucose, c'est-à-dire les tétraglucosides, on y trouve trois séries analogues.

On ne connaît qu'un seul tétraglucoside, et il appartient à la première série, c'est l'acide télraglucoso-sulfurique :

c. tétragluc. sulfur.

Glucosane.

Ac. sulfurique.

Action des bases.

La glucose est susceptible, comme l'a montré M. Péligot, de s'unir aux bases alcalino-terreuses, chaux, baryte, strontiane, et à l'oxyde de plomb. Les combinaisons sont nettement définies et formées le plus souvent de 3 équivalents de base pour 2 de glucose anhydre.

Comme les acides faibles, les bases peuvent ; par une action convenablement ménagée, transformer la glucose en acide glucique; si l'on verse par exemple de la chauxéteinte dans une dissolution froide de glucose, une grande quantité de chaux se dissout en même temps qu'il se forme du glucale de chaux soluble. La solution ainsi obtenue, étant exposée ix l'air, absorbe bientôt l'acide carbonique, perd une partie de sa chaux à l'état de carbonate, et il ne reste dans la liqueur que le glu-

suc

suc

cale de chaux pur. En y versant alors do l'acide oxaliqiio, ou préiipitc la chaux et l'on metenlibené l'acide 3iMt7f/ueC'2H808,3HO.

Les dissolutions alcalines coucenirées froides ou bouillantes allèrent rapidement la glucose et donnent naissance à des acides noirs.

Combinaisons de la glucose avec les alcools.

Les alcools peuvent s'unir entre eux avec élimination d'eau, et la glucose ne fait pas exception à cette loi.

Les combinaisons s'opèrent dans les rapports suivants :

1*'' Groupe. — 1 équivalent de glucose s'unit à 1 équivalent d'alcool.

On n'a pas pu obtenir synthétiqueraent la combinaison des deux corps, mais on a été conduit par l'analyse à ramener à ce type les substances suivantes, à savoir :

1° La salicine (principe amer qui existe dans récorce de saule); 2° l'arbutine (substances qui existe dans VArbulusuva ursi); 3° la mélitose; 4° la saccharose; 5° la phillyrine (principe du Phillyrea latifoHa),

En elfet, sous l'influence des acides étendus ou des ferments, ces difl"érents principes absorbent de l'eau, se transforment en glucdse et en un second produit, présentant tous les caractères alcooliques; exemples :

C26H180H + 2H0 Salicine. Eau.

C24H160U + 2H0 Arbutine. Eau.

2C12H11011 + 2H0 Mélitose. Eau.

Saccharose. Eau

Pliillyrine. Eau.

Glucose.

Glucose.

C12H12012 Glucose.

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