‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 2)Chapitre 67 sur 147 · X. Système du Rhin · texte numérisé non relu

X. Système du Rhin

Les montagnes des Vosges, de la Hardt, de la forêt Noire et de l'Odenwald , forment deux groupes en quelque sorte symétriques, qui se terminent Tun vis-à-vis de l'autre par deux longues falaises légèrement sinueuses, dont les directions générales sont parallèles l'une à l'autre, et au cours du Rhin qui coule entre elles depuis Bàle jusqu'à Mayence. Ces deux falaises sont principalement composées d'éléments rectilignes orientés presque exactement du N. 21" E. au S. 21° 0. ; et les montagnes, dont elles sont pour ainsi dire les façades , présentent les unes comme les autres , dans beaucoup de points de leur pourtour ou de leur intérieur , d'autres lignes d'escarpements parallèles aux précé<ienles.

La direction de la crête de la partie centrale du noyau de roches anciennes des Vosges n'est pas en rapport avec les directions que présente la stratification d'une partie de ces roches, directions qui se rapportent principalement, ainsi que nous l'avons vu ci dessus, p. 221 , au Sy4ème du Weslmoreland et du Hundsriick, et peut-être aussi en partie au Système du Longmynd et au Système du Finistère. Cette crête qui, comme on l'a vu également, p. 229 , s'articule avec celle du massif des Ballons sous la forme du jambage vertical d'un T renversé (x), coupe manifeslementla direction des roches schisteuses anciennes, et elle est parallèle à la direction moyenne des escarpements qui viennent d'être mentionnés, a celle d'un grand nombre de failles qui traversent le grès des Vosges et a la direction générale des assises légèrement inclinées de ce dépôt sédimentaîre.

Le relief des Vosges, considéré dans tout son ensemble, se coordonne, comme celui des Pyrénées, à deux lignes de faîte parallèles entre elles, dont l'une se termine vis- I

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à-vis du point où l'autre commence. La première est la crête de la partie méridionale dont nous venons de parler. Elle se poursuit d'une manière continue depuis le Ballon d'Alsace jusqu'à la montagne qui sépare Sainte Marie aux-Mines de la Croix. L'autre commence près deSaaIes, se poursuit par le Donon jusqu'à la montagne de Saverne, et se continue même plus au N. jusque dans la Bavière rhénane en formant le bord occidental du massif montagneux qu'on nomme les basses Vosges ou la Hardt.

M. le docteur Mougeot de Bruycics a fait remarquer depuis longtemps (1) comment le Système du Donon est séparé des chaînes méridionales par le Col de SoaleSy et comment le Système du Champ -du Feu en est séparé par le Col de Steige , de telle sorte que le prolongement de la chaîne vosgienne jusque dans la Bavière rhénane appartiendrait au Système du Donon, taudis que celui du Champ-du-Feii, placé entre la vallée de la BrUche et celle de la Mûhlbach, jouerait un rôle plus secondaire. Le massif du Champdu-Feu s'élève comme un jalon isolé dans le prolongement de la crête de la partie méridionale des Vosges, dont il est séparé par la contrée basse que forment le grès rouge et le grès des Vosges, depuis Saaies jusqu'à Ville. Le terrain ondulé et d'une pente incertaine, dont les cols de Saaies et de Steige font partie, et qui se rattache vers le nord au Ban-de-la-Roche, remplit, dans les Vosges, une place analogue à celle que la va lléed'Arran occupe dans l'ensemble des Pyrénées.

Les deux crêtes jumelles qui viennent d'être signalées relient entre elles toutes les montagnes auxquelles on a étendu la dénomination de Vosges, et en forment les deux traits les plus saillants; mais elles n'y forment pas des traits isolés. Leur existence se rattache à des failles qui font partie d'un nombreux faisceau de failles parallèles auxquelles sont dues les lignes les plus caractéristiques de l'intérieur et du contour des Vosges.

La manière brusque dont le grès des Vosges s'élève au-dessus des plaines, phénomène que l'œil suit d'une manière si distincte et si uniforme, depuis Remiremont jusqu'à

(i) Bulletin de la Société géologique de Franct . iSJi-iïSi,, 1. VI.p 4S.

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Pyrmasens, et q-j'i csi. emoie plus prononcé sut- le revers opposé, le long de la plaine du Rhin , est ce qui particularise les Vosges comme région dislincle, et ce qui leur imprime, malgré la complication de leur composition et de leur structure iiilérieure, un 'aractère d'unité. Mais cet isolément, les Vosges ne l'offrent pas elles-seules ; car, en face de ces montagnes, sur la rive droite du Rhin, se dessinent deux autres groupes, celui de la Forêt Noire et celui de l'Odeiiwald , qui sont dans un isolement tout à fait analogue et dont les noms se prennent dans une acception géograjihique semblable à celle que l'usage attribue au nom de Vosges. C'est par la que les chaînes des deux rives du Rhin ont des traits de ressemblance si frappants qui ont conduit depuis longtemps M. Léopold de Buch à les réunir l'une et l'autre dans un des quatre Systèmes qu'il a distingués en Allemagne , le Systèino du Rhin.

Le cachet d'unité que présentent les Vosges s'étend même au groupe entier des moiiiagnes des deux rives du Rhin dont les dislocations se coordonnent avec une simplicité qui permet de les embrasser dans leur ensemble, comme si elles formaient un tout complet, caractérisé dans le relief extérieur par la disposition symétrique qu'elles affectent.

Celle symétrie ne se manifeste jamais si bien que lorsqu'on peut apercevoir à la fois l'un et l'autre groupe en totalité d'un point un peu éloigné vers le midi. Des collines de la Haute-Saône et particulièrement de la colline de la Motte près de Vesoul, on voit le profil des Vosges, qui est très bas et très plat vers le Val d'Ajol, se relever et se bosseler assez fortement plus à l'E., dans la région des Ballons. Les montagnes de la forêt Noire présentent une disposition correspondante dans un sens diamétralement opposé: on peut en juger, en choisissant pour '«.s examiner un point situé par rapport à .,ies, comme l'est la Motte de Vesoul par rapport aux Vosges.

De la cime de l'Uelliberg, au midi de Zurich, on distingue a riiorizon la ligne monotone de la forêt Noire. Elle paraît bombée, mais très peu festonnée; moins que les Vosges ne semblent l'être lorsqu'on les vou de la Franche-Comté. Celle ligne de i»

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f irêt Noire s'élève vers l'O. avec une extrême uiiiformilé, à partir des plaines du Wurtemberg, auxquelles elle fait parfaitement continuité, ce qui rappelle le raccordement des Vosges avec les plateaux qui bordent le Val d'Ajol, tel qu'on l'observe de la Motte de Vesoul. L'œil ne rencontre d'aulre point d'arrêt, depuis le milieu de la forêt Noire jusque bien loin dans les plaines du Wurtemberg, que le rebord des Randen qu'on aperçoit de l'Uelliberg, au N. l" E.

Mais pour voir à la fois, avec un égal développement, les Vosges et la forêt Noire , il faut monler, par un temps serein, sur une des hautes cimes du Jura placées dans le prolongement méridional de la plaine du Rhin. Me trouvant, le 28 juillet 1836, au lever du soleil, par un ciel sans nuages, sur la cimeduRôlhi-Fluhe, au-dessus deSoleure, je détournai un instant mes regards du spectacle si attachant que m'offraient les Alpes et leurs magnifiques glaciers, pour considérer les lignes moins hardies de la partie septentrionale de l'horizon. Les Vosges présentaient alors les pentes abruptes de leur flanc S.-E. par-dessus les crêtes successives du Jura et la plaine de Beffort, et je remarx quai en même temps la terminaison escarpée qu'elles offrent en se prolongeant vers le nord, le long de la plaine du Rhin. Je suivais de l'œil leur bord oriental jusqu'à la montagne de Saiule Odile. Je distinguais aussi très nettement le profil de la forêt Noire. L'horizon de la Souabe s'élevait doucement vers ce large massif, qui ne se découpait un tant soit peu que vers leRelchen, presque sur le bord de la plaine du Rhin. Le Feldberg se détachait à peine de la ligne générale. La chute rapide du Blauen, vers la vallée du Rhin, était très sensible. Mes regards s'étendaient sur celle plaine unie, d» milieu de laquelle je voyais surgir le petit groupe isolé du Kaiscrsluhl, semblable à une taupinière dans le fond d'un large fossé.

L'imagination se représentait aisément celle plaine remplacée par des masses aussi élevées que les Vosges et la forêt Noire entre lesquelles elle s'étend, formant de ces deux groupes une seule proéminence légèrement t)ombée, dont la voûte extrêmement surbaissée s'inclinait d'un côté vers la Lorraine et de l'autre vers le Wurtemberg. Il semblait qu'il ne manquât que la clef de celte

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voùle qui se serait un jour abîmée pour donner «aissatiie à la plaine du Rhin, flanquée (Je part et d'autre par ses culées restées en place, de manière à former sur ses flancs deux escarpements ruineux en regard l'un de l'aiilre (1).

Le pro6l que je viens de décrire et dans lequel se inanife^ic ii bien l'unité de structure des montagnes des deux rives du Rhin, est en même temps celui dans lequel elles occupent la plus grande largeur, et celui dans lequel leur terminaison extrême vers l'est et vers l'ouest est le moins neilemeni de:>sinée par les traits orographiques; mais ccue exception ne détruit pas le fait général (Je l'isolement qui caractérise ces montagnes. Il le détruit d'autant moins que les lignes d'élévation quelquefois moins abruptes qui forment, aussi bien que les escarpements déjà signalés, les traits caractéristiques du groupe naturel ou du Système de munlagnes dont nous parlons , partagent avec ces derniers la propriété de se dessiner très nettement sur une carte géologique de ces contrées, aussitôt qu'on y distingue par des couleurs différentes les deux formations, si souvent confondues ensemble , du grès des Vosges et du grès bigarré.

Dans la forêt Noire et dans l'Odenwald, aussi bien que dans les Vosges, les escarpements et les lignes saillantes ci-dessus mentionnés sont habituellement composés, en tout ou en partie , de grès des Vosges. Us forment en général la tranche ou la pente douce terminale des plateaux plus ou moins étendus dont les couches de cette formation constituent la surface. Dans la forêt Noire et dans l'Odenwald, ils paraissent dus comme dans les Vosges, à de grandes fractures, à une série de failles parallèles qui ont rompu et diversement élevé, [abaissé ou incliné les différents comparli- 'ments dans lesquels elles ont divisé la formation du grès des Vosges, à une époque où cette formation n'était encore recouverte par aucune autre.

Le bouleversement dans lequel ces failles se sont produites est , par conséquent , antérieur au dépôt du système du grès bigarré, du muschelkalk et des marnes irisées, qui tout autour des montagnes des

fi) Eiplicaiion de la Carte géologiçue de la France, t. I, p. «36.

deux bords du Rhin s'étend jusqu'au pied des falaises dirigées du N.-N.-E. au S.S.-O., mais qui, malgré les traces de dislocation très nombreuses et souvent fort étendues qu'on y observe, ne s'élève jamais, comme le grès des Vosges, en véritables montagnes. Ce groupe de couches s'arrête toujours au pied des montagnes que constituent les formations ses aînées , dans une sorte d'altitude respectueuse, qui est un des caractèrei géologiques les plus remarquables de la contrée : cela seul donne aux montagnes du Système du [ihin un cachet d'ancienneté qui les distingue éminemment du Jura, des Pyrénées, des Alpes, et en général de toutes les chaînes plus modernes et plus élevées sur les flancs desquelles des formations récetjtes se montrent à de grandes hauteurs.

Les phénomènes modernes, tout en apportant quelques légères modifications au relief des Vosges et en interrompant l'uniformité des plaines environnantes , n'ont pas effacé les limites qui séparent ces plaines des montagnes. Ils n'ont pas ôlé le caractère général de plaine au sol récent qu'ils ont accidenté; ils n'ont donné naissance dans la contrée qui nous occupe qu'à de simples collines. La distinction de la plaine et de la montagne remonte donc ici à une cause antérieure, et les limites des deux régions restent toujours généralement en relation avec les dislocations qui viennent dètre indiquées, ou avec d'autres dislocations antérieures plus ou moins anciennes et plus ou moins considérables que nous avons signalées dans les articles précédents. - L'espèce d'isolement dans lequel les Vosges, la forêt Noire et l'Odenwald se trouvent au milieu des plaines qui les entourent, et même par rapport aux ondulations que ces plaines présentent, est done dû principalement aux accidents slratigraphiques qui forment le caractère essentiel du Système du Rhin; mais les failles dirigées en moyenne au N. 21" E. , qui sont ici les plus remarquables de ces accidents , ne sont qu'une petite partie d'un Système de dislocations beaucoup plus étendu qui traverse le sol d'une partie considérable de l'Europe.

La ligne presque droite suivant laquelle se terminent à l'est les grauwackesdu Westeiwald près de Hombourg, de Giessea,

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de Marbourg, est dans le prolongement presque exact de la faille (lui limile les basses Vusges de Wissembourg à Wacbeiihcim.

On observe aussi des traces de fractures analogues et semblableinent dirigées, dans les montagnes entre la Saône et la Loire, dans celles du centre et du midi de la France, et jusque dans les parties littorales du département du Var.

La bande de terrains bouillers en lambeaux intercalés pour la plupart dans les replis des roches cristallines, qui traverse le centre de la France en ligne droite de Decise (Nièvre) à Pleaux (Cantal), marque une dislocation parallèle aux précédentes, ei qui en est probablement contemporaine.

Les reliefs longitudinaux qui sont dans les Vosges les traits caractéristiques du Système du Rhin , doivent leur origine à une série de failles orientées à peu près parallèlement les unes aux autres, du S. 18° a 23*0., au N. 18° a 23" E.; c'est à dire en moyenne du S. 20„ 1/2 0., au N. 20" 1/2 E. Celte direction peut être rapportée aux environs de Saaies dans l'iiilérieur des Vosges. Transportée à Strasbourg, qui se trouve à plus d'un demi degré de longitude plus à l'est, au milieu de la plaine du Rhin et à peu près au centre des groupes montagneux qui en forment les deux flancs , cette direction devient à très peu près N. 21° E. : c'est la direction que j'ai adoptée depuis longtemps , à la suite de nombreux tâtonnements, pour le Système du Rhin. Pour transporter cette direction dans quelques uns des points de l'Europe dont je viens de parler, je supposerai que le grand cercle de comparaison du Système passe à Strasbourg , et qu'il coupe le méridien de cette ville sous un angle de 21°.

Afin de comparer à cette direction celle de la bande de lambeaux bouillers qui traverse lé centre de la France, je remarqué d'abord que la partie la plus continue et la moins sinueuse de celte bande est la partie qui s'étend du lambeau houiller de Pleaux (Cantal) à celui de Fins et Noyant (Allier). Or, la ligne qui joint le centre du terrain houiller de Pleaux au centre du terrain houiller de Noyant court au N. 22° | E.; ?e milieu de cette ligne se trouve un peu à rO. de PoQlgibeaux dans un point si-

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tué environ par 45° 50' de lat. N., cî par 0" 23' de long. E. de Paris. Ici, In orientations de Cassini ne forment avec lis orieiilaliuns astronomiques qu'un angle lie 16' 30', d'où il résulte qu'au point ci-dessus désigné la direction de la bande houillère du centre de la France se dirige, en négligeant les secondes, du N. 22" 46' E. , au S. 22o 46 ' 0. du monde. La direction du Syslèine du Rhin, transportée de Strasbourg à ce même point, devient à très peu près N. 18° 17' E., S. 18' 18° 0. ; elle forme , par conséquent, avec là direction de la bande houillère du centre de la France, un angle de 4" 28'. Sans être complètement négligeable , cette divergence paraîtra cependant peu considérable, si l'on remarque que la direction de la bande houillère dont il s'agit est simplement jalonnée par des lambeaux discontinus du terrain houiller qui ne sont pas rangés rigoureusement en ligne droite.

La bande de lambeaui bouillers de la France centrale se perd au nord, près de Souvigny et de Decize , sous les couches non disloquées du trias. Elle esta peu près parallèle à uneligne qu'on tirerait du centre du bassin houiller de Bert et Montcombroux (Allier), à Saint-Eugène, dans le bassin houiller du Creusol (Saône-et-Loire) , ligne qui marquerait probablement à peu près la direction de l'une des dislocations que le terrain houiller du Creusot a subies avant le dépôt du trias.

Dans toutes les contrées qui viennent d'être indiquées, les plis et les fractures dont il s'agit sont antérieurs au dépôt du trias. Partout aussi on peut reconnaître qu'ils sont postérieurs au dépôt du terrain houiller. Il est vrai que l'absence, dans ces mêmes contrées, des formations comprises entre le terrain houiller et le grè<^ bigarré, empêche qu'on ne puisse déterminer d'une manière complète l'époque relative de leur formation; mais on peut dire du moins que rien ne contredit jusqu'il i l'induction que fournit leur direction, pour les rapprocher de celles qui caractérisent le Système du llhin.

Le centre de l'Angleterre présente aussi des accidents straiigraphiques qui, d'après leur direction et d'après leurâge, paraissent devoir être rapportés au Système du Rhin.

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I.a direction du Système du Rhin transportée (Je Strasbourg à Dudley , en prenant pour grand cercle de comparaison celui qui passe à Strasbourg en se dirigeant au N. 21° E., devient à très peu près N. 13" E. Elle est représentée sur la carte d'Anfileterre par une ligne tirée de Dudley à Longriey, point siiué sur la rive gauche de la Saverne, entre Gioucesler et Newham : construite sur la carte de M. Greenough et sur celle de M. Murchison , cette ligne représente à peu près l'axe longitudinal de l'espace dont le terrain houiller de Dudley occupe la surface, et celui de l'enceinte que forment autour de cet espace les collines composées par les couches inférieures du nouveau grès rouge. dette iriême ligne est par suile à peu prés parallèle à l'ensemble des failles et des inflexions auxquelles ces collines doivent leur relief, quoiqu'elle forme un angle d'environ 9", avec la faille que M. Murchison a tracée de Wolverhampton à Cannock et à Wolseley-Park. D'après les coupes de la planche 37 du Siiurian System , ces accidents straligrapbiques n'afTectent d'une manière bien prononcée que les couches inférieures (oloriées d'une teinte plus foncée du terrain (le nouveau grès rouge, couches que leur position inférieure et leur composition conduisent assez naturellement à regarder comme représentant le grès des Vosges.

Le terrain houiller de Coal-Brook-Dale , pouvant donner lieu à des remarques du même genre, l'existence du Système du, lihin me parait assez clairement indiquée dans la partie centrale de l'Angleterre.

Ce Système a probablement influé sur la structure de quelques points du nord du Pays de Galles , et il me paraît se dessiner aussi dans quelques uns des traits généraux de la configuration des îles Britanniques.

J'ai remarqué depuis longtemps (1) que les montagnes de l'Ecosse et de l'Irlande, depuis les Iles Orcades et Shetland, jusqu'aux granités de Wicklow et de Garlow, paraissent porter les traces de dislocations 8|ii)artenant au Syslème du Hliin. Une parallèle menée par Belfast (Irlande), au grand cercle qui est orienté a Strasbourg N. 21" E.,se dirigea très peu près au N. 9» 50' E. Cette ligne, construite sur la carte des îlej

(i) Fxplicalion de la Carte giolositue d» la France, (. 1,

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Britanniques, passe à peu près à Ferng (comté de Wexfard), dans le midi de l'Irlande et à rile Na-Gurach, entre le cap Wralh et Durness dans le nord de l'Ecosse. Elle est à peu près parallèle à la direction générale de la côle orientale de l'Irlande, et à celle de la côle occidentale de l'Ecosse, depuis la pointe méridionale de la presqu'île de Cantire au sud jusqu'au cap Wrath au nord. Elle trace à peu près l'axe longitudinal de la longue presqu'île de Cantire et le bord occidental de la région la plus élevée des Mighlands, et elle est parallèle à l'axe de la longue chaîne d'îles qui s'étend de Bara- Head à North-Uist , axe dont le prolongement atteindrait les îles Feroe , ainsi qu'aux axes longitudinaux des archipels, des Orcades et des Shetland.

D'autres lignes d'une importance plus secondaire, mais très remarquables encore, suivent aussi la même direction, et aucune circonstance importante ne me parait s'opposera ceque cetensemble de traits orogra» phjques soit considéré comme dû a des lignes de fracture ou d'élévation d'une date immédiatement antérieure au dépôi du trias.

S'il en est réellement ainsi, le Syslèma du Rhin a joué dans le modelage général de l'archipel britannique un rôle aussi important que le Syslème du Weslmoreland ^ du Hundsriick , le Syslème des Ballons, la Syslème du Forez , le Système du nord da l'Angleterre et le Syslème des Pays-Bas.

•Le Syslème du Rhin me parait avoir joué aussi un rôle assez considérable dans les montagnes de la Scandinavie.

Si, par Trondheim, en Norvège, on mène une parallèle au grand cercle qui est orienté à Strasbourg au N. 21° E., celte parallèle se dirige au N. 23» 42' E. Tracée sur la carte de Norvège, elle va passer à l'O. deTromsuë, dans l'île de Hvaloën, dont elle trace à peu près la ligne médiane et suit dans toute sa longueur le pied de la gratide chaîne du Kiôl qui sépare la Norvège septenUiouale do la Suède. Elle est sensiblement parallèle a la ciêie de cette chaîne et à plusieurs des accidents orographiques du midi de la Norvège, notamment, d'après la belle carte deM. Keil bau , à l'axe longitudinal du bassin de Christiania.

J'ai cru devoir rapporter la chaîne dei Alpes Scandinaves au Syslème des Alpes oc*

cidentales dont il sera question ci-après; je ne vois pas de raison suffisante pour abandonner cette o|)inion. Mais, comme la direction du Système des Alpes occidentales difTère extrêmementpeu de celle du Système du Rhin, et comme les couches intermédiaires, par leur âge, entre le vieux grès rouge et les terrains tertiaires pliocènes , manquent dans tout le littoral occidental de la Scandinavie , des accidents stratigraphiques appartenant aux deux Systèmes peuvent y exister simultanément sans qu'il soit possible de les distinguer.

Obligé de terminer ici ce paragraphe, j'ajouterai seulement qu'il ne s'en faut que d'environ 4° que la direction du Sysièmedu Bhin soit perpendiculaire à celle du Système des Ballons. Le grand cercle de comparaison du Système du Rhin orienté, à Strasbourg, au N. SI"' E., passe à une très petite distance à rO. du Brocken, dans le Hartz. Le grand cercle de comparaison que nous avons adopté pour le Système des Ballons passe au Brocken, où il est orienté à l'O. 19" 15 N. Une parallèle au grand cercle de comparaison du Système du Rhin menée par le Brocken court au N. 23" 14' E. Elle coupe le grand cercle decomparaison duSystème des Ballons sous des angles de 86° 1' et de 93" 59', angles qui ne diffèrent de l'angle droit que de 3° 59'. Les réflexions faites ci-dessus p. 265, à l'occasion de l'intersection presque orthogonale des Systèmes du nord de l'Angleterre et des Pays-Bas, trouveraient encore l^ur place ici. Il y a seulement à ajouter que, dans le cas actuel, le pôle astronomique se trouve dans l'angle obtus que forment les deux directions, tandis que, dans le cas précèdent, il se trouvait dans l'angle aigu, ce qui conduirait à penser qu'il n'y a rien de constant dans ces anomalies.

XI. Système DU ThÙringerwald, dd Bohmerwald-Gebirgk, du Morvan.

Le terrain jurassique, déposé par couches presque horizontales dans un ensemble de mers et de golfes, a dessiné les contours des divers Systèmes de montagnes dont nous avons déjà parlé, et en même temps ceux d'un Système particulier qui se distingue par la direction 0. 40" N. E. 40" S. environ de la plupart des lignes de faîte et des vallées qu'il détermine, et par la circonstance

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que les couches du grès bigarré, du muschelkalk et des marnes irisées s'y trouvent dérangées de leur position originaire, aussi bien que toutes les couches plus anciennes. Les couches jurassiques, au contraire, s'étendent horizontalement jusqu'au pied des pentes et sur les tranches des couches redressées de ce Système; d'où il résulte que le mouvement qui lui a donné naissance a dû avoir lieu entre la période du dépôt des marnes irisées et celle du grès inférieur du lias. Ce mouvement doit avoir été brusque et de peu de durée, puisque dans beaucoup de parties de l'Europe, il y a liaison entre les dernières couches des marnes irisées et les premières du grès du lias ; ce qui montre que la nature etia distribution des sédiments a changé à cette époque géologique, sans que la continuité de leur dépôt ait été interrompue.

Lorsqu'on promène un œil attentif sur la carte géologique de l'Allemagne par M. Léopold de Buch, ou sur celle plus détaillée encore du nord de l'Allemagne par M. Hoffmann, on y reconnaît aisément l'existence d un Système de dérangements qui court à peu près de l'O. 40° N. à l'E. 40° S., en affectant indistinctement toutes les couches d'une date plus ancienne que le keuper (marnes irisées, red mari) et le keuper luimême, et qui ont concouru à déterminer les contours sinueux des golfes dans lesquels se sont ensuite déposées les couches jurassiques du nord et du midi de l'Allemagne. Ces accidents comprennent la plus grande partie de ceux que M. Léopold de Buch a groupés sous le nom de Système du N.-E. de l'Allemagne. Le ThQringerwald, et la partie du B' hmerwald-Gebirge comprise entre la Bavière et la Bohème, qui en forme presque exactement le prolongement, sont le chaînon le plus proéminent de cette ensemble d'accidents plus éiendu que prononcé, et peuvent servir à donner un nom à tout le Système.

La direction 0. 40° N., qui est celle de l'ensemble des deux chaînes du ThUringerwald et du B hmerwald-Gebirge, se rapporte naturellement au milieu de la longueur de la chaîne totale, point qui se trouve à peu près entre Eger et Beyreulh par 50° 0' 50^ de lat. N. et 9° 38' 48" de long. E. de Paris, et qui ne coïncide avec aucune fime portant

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spécialement le cachet du Système qui nous occupe, mais plutôt avec des masses d'une origine antérieure rompues et déplacées lors de la formation de ce Système. Cette même direction , transportée au Greifenberg, qui est l'une des cimes les plus centrales et les plus élevées duTharingerwald,ei les mieux en harmonie par leur forme individuelle avec celle de la chaîne entière (lat. 50° 43' 10'' N., long. 8° 21' 10'' 0. de Paris), devient , en négligeant les secondes, 0. 39° N. Or cette direction qui représente celle de la chaîne entière rapportée au Greifenberg représente aussi très sensiblement la moyenne des directions propres au Système du Thuringerwald et du Bohmerwald- Gebirge qu'on peut mesurer sur la belle carte géognostique de laThuringe publiée récemment parM. le professeur Bernhard Cotta (1). D'après cela, je crois devoir adopter, comme grand cercle de comparaison provisoire du Système du Thuringerwald et du B'ohmerwald-Gebirge, un grand cercle passant par la cime du Greifenberg (Thuringerwald) et orienté en ce point de l'O. 39" N. à l'E. 39° S. C'est à ce grand cercle que je comparerai, dans les diverses parties de l'Europe, les directions des accidents stratigraphiquei d'une date intermédiaire entre l'époque du trias et celle du terrain jurassique.

En France, comme en Allemagne, on peut reconnaître les traces d'un ridement général du sol, dans une direction voisine du N 50° 0, ou de l'O. 40° N. ; mais ce ridement n'a produit, en France comme en Allemagne, que des accidents d'une faible saillie, qu'il est impossible de désigner tous dans un extrait aussi abrégé que celui-ci, et dont il serait même difficile de bien exprimer la disposition sans le secours d'une carte sur laquelle seraient figurées les contours de la mer jurassique. J'en indiquerai cependant quelques uns qui sont faciles à suivre sur la carte géologique de la France.

La région occupée dans les plaines de la Lorraine par les marnes irisées se divise en deux compartiments situés, l'un au midi et l'autre au nord de Lunéville, et séparés par un étranglement où le muschelkalk de Xermaménil et de Mont se rapproche beau-

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(t)B Cru, ,Ceosnosihehe Se W, 184 7.

i. XIU.

ThûriiigenjCit 4 feuil*

coup des plateaux de lias (1). Cette courbe saillante que présente le bord du muschelkalk correspond à celle que forme le bord du grés bigarré pour s'avancer jusqu'à Dumplail (Vosges). Les assises du terrain jurassique n'offrant pas de courbure analogue , on est conduit à penser que les couches du trias ont éprouvé ici un mouvement antérieur au dépôt du terrain jurassique, et à expliquer celte disposition par l'existence d'un axe de soulèvement appartenant au Système du, Thuringerwald, et du Morvan , qui passerait à Domptail. Domptail se trouve à peu près par 48* 27' de lat. .N. et 4° 18' de long. E. de Paris. Une parallèle menée par ce point au grand cercle de comparaison du Syslème du Thuringerwald, orienté au Greifenberg, à rO. 39^ N., se dirige à l'O. 35° 55' N. du monde. L'orientation deCassini, formant à Dumplail un angle de 3" 13' 24 ' avec l'orientation astronomique, la même parallèle se dirige, en négligeant les secondes, à l'O. 32» 42' N. de la projection de Cassini. Cette parallèle prolongée atteint, d'un côté, dans l'intérieur des Vosges , les masses serpenlineuses du Bonhomme et se dirige , de l'autre, vers les saillies du terrain de transition qui jalonnent la ligne d'Arras à Ferques, dans le département du Pas-de-Calais, et qui marquent, vers le nord, ainsi que je l'ai indiqué ailleurs (2), la limite souterraine du bassin parisien. Une ligne tirée de Domptail àPerques, qui en estéloigné de iOO lieues , se dirige exactement à l'O. 36" N. de Cassini ; elle s'écarte de la parallèle menée par Domptail de 3° 18'. Elle ne coïncide pas non plus d'une manière absolue avec la lignejalonnée par les crêtes saillantes du seuil souterrain du nord de la France, ligne qui court à TO. 38 ou 40" N. de Cassini ; mais le rapprochement de ces diverses lignes demeure toujours un fait remarquable.

On peut voir , dans VExplication de la Carte géologique, que la limite souterraine dont je parle est coudée. J'ai eu soin d'y faire observer que les lignes tirées de Pom • micr-Sainte-Marguerileà la Héry d'une part,

(i) Explication de la Carte géologique dt la Fiance, i. il, p. GJ.

(2) ExpUcatioH de la Carte géologique de la Framee, (. !» p. Î7«.

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tel à Marquise de l'autre , ne sont pas très éloignées d'être le prolongement l'une de l'autre; elles forment seulement, comme le montre le diagramme de la page 582, tome 11 , de V Explication de la carie géologique, un angle très obtus, de 156" environ , qui correspond à peu près à l'angle obtus que doit faire aussi, près de la, vers Buursy, sur la route de Cambray à Ba paume, la créle souterraine dirigée de Caffîers , Ferques et Hardinghen, sur Arras et Monchy-le Preux, avec le prolongement souterrain du front méridional de l'Ardenne.

Ce changement de direction n'influe pas très sensiblement sur la manière dont les couches jurassiques viennent s'appliquer sur les tranches de celles du terrain ancien. Les deux tronçons de la ligne brisée dont nous venons de parler ont donc également fait partie du contour de notre grand bassin bassin jurassique parisien; et il devait, en elTet, en être ainsi, si la ligne qui termine l'Ardenne au midi appartient réellement, ainsi que nous l'avons indiqué précédemment, p. 235, au Syslëme des Ballons, antérieur au calcaire carbonifère, et si, comme nous venons de le dire , la crête souterraine qui s'étend d'Arras à Kerques ou, plus exactement encore, de Monchy-le Preux à Caffîers, appartient au Système du Thiiringetwald, antérieur au terrain jurassique (1).

Le faîte de la section N.-O. du seuil souterrain peut être représenté par une ligne tirée d'Arras ou de Pernes à Ferques (0. 40° N. de Cassini) ; on pourrait cependant lui préférer une ligne tirée de Houdain à Ferques (0. 38" N. de l'orientation de Cassini, qui du reste, dans cette contrée traversée par le méridien de Paris, diffère peu de l'orientation astronomique). Cette dernière ligne, dirigée à TO. 38" N. de Cassini , forme avec la direction du Système du Tlmringenoald un angle de 5" 18 , car une parallèle au grand cercle de comparaison orienté au Greifenberg à l'O. 39 N. courrait ici, à peu près comme à Domptail, à 10. 32» 42' N. Pour la ligne de Pernes à Ferques, la différence serait plus grande et s'élèverait à 7 ' 18 . Ces différences sont sans doute assez fortes , mais elles se rapportent à la direction présumée

(i) Explication de la Carte géologique de la France, t. I, p. 589 «t ^90-

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d'une crête dont on ne voit que quelques

sommités, ou plutôt dont quelques points seulement sont entamés par des dénuda lions dont la profondeur a dépendu d'acci dents d'une tout autre classe.

Quoi qu'il en soit, cette saillie du terrain ancien a été pendant la période jurassique le bord d'une terre assez étendue; car, après avoir quitté le terrain jurassique du nord de la France, on ne retrouve plus ce même terrain, dans la direction du N.-E., que sur les bords de l'Ems et du Weser.

Prolongée plus loin encore, la ligne que nous venons de suivre de Domptail à Caffiers (dans le bas Boulonnais), passe en Angleterre un peu au sud de Dudiey, et en Irlande un peu au nord de Dublin et de Cavan. On pourrait soupçonner qu'elle a formé le bord S.-O. d'un détroit au fond duquel s'est déposé le lias dont M. Murchison a signalé un lambeau à Prees dans le Sropshire, et qui a été reconnu depuis longtemps au-dessoui des trapps basaltoïdes dont sont formées les falaises des Porirusb, dans le nord de l'Irlande.

La ride peu saillante, mais fort étendue du Système du Tituringenoald dont nous venons de suivre les traces depuis Domptail jusqu'en Irlande, a été accompagnée vers le S.-O. d'autres rides parallèles, mais pour la plupart moins étendues.

Les Vosges, ainsi que je l'ai indiqué cidessus, p. 268, sont moins nettement terminées à leur angle S.-O. que dans tout le reste de leur pourtour. La, on voit le grès bigarre s'élever, contrairement à ses allures ordinaires, sur des plateaux qui font continuité avec la masse des montagnes. Ce fai(, rapproché de la direction G. 30 à 40° N. que présente la pente S.-O. des Vosges, me porte a conjecturer qu'il s'est produit là une ride appartenant au Système de ThUringei^ wald. 11 existe des serpentines diins le S.-O. et le S. des Vosges (à Eloycs, à Sainie- Sabine, au Goujot, à Champ<iray,à Houx, aux Xeltes-de Gérardmer, aux Arrenié>-de- Corcieux , au Dressoir, a Odern), et M. Hogard croit leur apparition posiérieure au dépôt du grès des Vosges (1). Si cette opinion se confirmait, je regarderais comme probable que les roches dont il s'agit se?

(i) Hogard, Système dei Fotges, p. 3o«.

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raient même postérieures à tout le groupe du trias, et que leur sortie correspondrait à la forinalion des rides dont il vient d'être question. Elles seraient conteniporaines des roches analogues du Limousin dont je parlerai ci après.

Au centre de la France, près d'Avallon et d'Antun, on voit les premières couches Jurassiques, le lias et l'arkose moderne qui en dépend, venir embrasser des protubérances allongées dans la direction 0. 30' à 40» N. , et composées à la fois de roclies (;r:iniiiques ou porphyriqiies et de couihes dérangées appartenant au terrain hoiiiller et à un arkose particulier plus ancien que celui du lias et contemporain des marnes irisées.

Entre Saulieu et Pierre-Écrite, la route d'Autun semble contourner un massif de montagnes incliné vers l'E. ( orientation du Syslème du Forez). En la suivant, on voit 1res bien qu'au bas de la pente sur laquelle elle est tracée vient se terminer un plateau de calcaire a gryphécs qui commence lui-même au pied d'une suite de coteaux à profils horizontaux et formés par les assises solides du premier étage ooliihique qui limitent l'horizon.

Les diverses cimes du Morvan au flanc duquel appartient la montagne de Saulieii s'alignent en ditlérentes files dont l'une correspond au mont Bessey près d'Igornay, une seconde aux montagnes granitiques voisines du mont Saint-Vincent, et les autres aux Caps porphyriques qui se sont élevés à travers le terrain hnuiller d'Autun, dont les couches sont bouleversées à leur approche. L'orieiilalion commune de ces différentes files est voisine de l'O. 40» N.

Ces rangées de cimes atteignent leur hauteur maximum dans leur partie occidentale avant de se lerminer à une ligne qui a ro. de Château Chinon se dirige a peu près du N. au S. On voit ainsi les formes orographiques du Morvan se coordonner a deux directions, ou à deux groupes de directions, dont la première se rapijiroche des directions des Systèmes du Forez, du nord de l'Angleterre et du Rhin , et peuiêlre de celles d'autres Systèmes pins modernes, tandis que la seconde est celle des fcles de cimes dont nous parlons.

Une lijiue tirée suivant celte dernière di-

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rection de la motiiagne de Genièvre, au sud de Châieau Chinon , par Beuvray, vers les montagnes granitiques situées au nord de mont Saint-Vincent, forme a peu près l« bord méridional de la région réellement moniueuse, car plus au sud il n'y a plus que de faibles proéminences Cette ligne court de l'O. 35" a 40" N., à l'E. 35° à 40" S. La limite septentrionale de la région montueuse est de même formée par une ligne qui des environs de Saulieu court vers l'O. 30" à 40" N.

Les niasses granitiques du Morvan qui finisî^eni presque abruptement vers l'O. et sont conliguës à des terrains calcaires plus ou moins accidentés, s'abaissent au contraire vers le N.-E. d'une manière insensible et finissent par former une pente douce, presque plane, qui fait à peu près continuité avec celle des plateaux d'arkose et de calcaire à gryphées (1). La direction générale de la pente suivant laquelle la surface du massif granitique du Morvan se perd ainsi sous le lias des plaines de l'Auxois, est environ 0. 35" N. de l'orientation de Cassini, Une parallèle au grand cercle de comparaison orienté au Greifenberg vers l'O. 39° N. du monde se dirigerait ici à très peu près comme à Domptail à 10. 32" 42' N. de Cassini. La dilTérenceest seulement de 2" 18'; mais pour quelques unes des directions que j'ai mentionnées, elle serait un peu plus forte.

Les files de cimes du Morvan, qui vont généralement en s'élevant vers l'O., s'abaissent au contraire vers l'E. ; mais elles produisent encore des mouvements sensibles dans l'ancien sol granitique au delà des points où les porphyres ont paru. Dans cette partie orientale de leur cours, l'arkose anr cien , contemporain des marnes irisées, se trouve soulevé sur leurs coupes, et c'est ainsi qu'on le trouve sur les hauteurs de Pierre-Écrite, sur le mont Bessey au nord d'Igornay , et en différents points élevés des environs de Couches et de Monl-Saint- Vincent.

Les circonstances géologiques qui portent les arlioses de la formation des marnes irisées sur le mont Bessey et sur les hauieurg de Pierre-Ecrite, dans le Morvan (580°'),

(i) hxptcation de ta Carie géologique lU la fran**, t. U^

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me paraissent comparables à celles qui élèvent le grès bigarré à 780"° au-dessus de la mer, sur les plateaux qui séparent la vallée duVal-d'Ajol de celle de la Moselle. C'est entre les deux saillies auxquelles elles ont donné naissance qu'a existé le détroit dirigé du N. 0. au S.-E. , par lequel le terrain jurassique s'est étendu du bassin parisien vers l'espace occupé aujourd'hui par les collines de la Haute-Saône, par le Jura et par les Alpes.

Une an Ire ride du même System* a façonné de Seez à Bayeux, et au delà, la côte S.-O. du bassin jurassique, et lui a imprimé une direction générale de l'E. 40° S. a l'O. 40° N., plus ou moins défigurée cependant par de nombreuses dentelures déterminées par des crêtes qui appartiennent au Système des Ballons. Celte ride a élevé, avant le dépôt du lias, le lambeau de trias qui forme le sol de la partie méridionale du Gotentin, enire les mines de houille de Liliry (Calvados ) et celles du Plessis (Manche).

L'ensemble de la ligne sinueuse suivant laquelle les terrains de transition et de trias se perdent sous le terrain jurassique, depuis les environs de Seez jusqu'aux environs de Bayeux, ou plus exaclemeni jusqu'à Prelot, à l'O. de Garentan (Manche), court à l'O. 40° N. de la projection de Ca^sini. Une parallèle au grand cercle orienté au Greifenberg vers l'O. 39° N. courrait ici , à très peu près comme a Domptail, à l'O. 32"42'N. La dilléreiice est de 7" 18'. Celte dillcrence est sans doute assez forte, mais il est a observer que la direction de la ligne festuiinée à laquelle elle se rapporte est de sa mature as;:ez mal définie.

La même direction et des circonstances géologiques analogues se retrouveni dans une série de montagnes et de collines serpentiiieuses, granitiques et schisteuses, qui, depuis les environs de Firmy, dans le déparlement de l'Aveyron, se dirige vers les pointes du Finistère, en déterminant la direction générale des côtes de la Vendée et du S.-O. de la Bretagne. Une ligne tirée de Brive (Corrèze) à la poinie de Penmarch (Finistère) se dirige a l'O. Sa" 40' N. de Cassini. Une parallèle au grand cercle de comparaison orienté au Greifenherg vers l'O. 39° N. courrait ici coninie à Dntnptail à ro. 32" 42' N.; la différence est 2° 58'.

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Cette ligne, qui traverse l'Ile de Belle-Ile suivant son axe longitudinal , est en même temps parallèle à la limite S.-O. du massif graniiique du bocage vendéen, aux axes des principales masses granitiques de la Loire-Inférieure et à la direction générale des côtes de Bretagne, de l'île de Noirmoutiers à la pointe de Penmarch. Elle est presque parallèle aussi , mais imparfaitement cependant, à la direction que M. Boblaye, dans un passage déjà cité, p. 204, a assignée au plateau méridional de la Bretagne. D'après M. Boblaye, la direction générale du plateau méridional de la Bretagne est de l'O.-N.-O. à l'E. S.-E., c'est-à-dire de l'O. 22» 30' N. à l'E. 22° 30' S. du monde, ou ce qui revient au même (attendu que l'orientation de Cassini diffère, à Vannes, de 3' 46' de l'orientation astronomique), de l'O. 26° 16' N. à l'E. 26" 16' S. de la projection de Cassini. La différence avec la direction du Système du Thûringerwald est de 6° 26'; mais avec la direction propre de la ligne tirée de Brives à la pointe de Penmarch, la différence eit de 9" 24'.

Cette dernière ligne est à peu près parallèle à la direction de l'axe du bassin jurassique qui a recouvert en partie les terrains houillers deVouvant etde Chantonay (Vendée), et à la crête de roches primitives qui sépare le bassin jurassique de Vouvant et de Chantonay, des plaines jurassiques de Fonlenay-le-Comte. Elle l'est également à la direction suivant laquelle les terrains de gneiss et de grès bigarré de la Corrèze se perdent sous les terrains jurassiques.

Vers l'extrémité S.-E. de cette ligne, notamment aux environs de Brives et de Tcrrasson , le grès bigarré se présente en couches inclinées formant des lignes anticlinales, et des crêtes dirigées assez exactement dans la direction dont nous parlons; tandis que partout où les couches jurassiques s'approchent de cette suite de proéminences , elles conservent leur horizontalité, sauf quelques cas peu nombreux , où des accidents , dirigés dans des sens différents, la leur ont fait perdre accidentellement.

Il existe donc là évidemment une ride de l'écorce terrestre dont l'origine est d'une date intermédiaire entre la période du trias et la période jurassique, et il n'est pas moin»

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fertain que cette ride est en rapport avec des traits orogr.iphiqiies très largement dessinés dans cette partie de la France. Son origine se lieprobabieiii en ta l'apparition des roches serpentineuses du Limousin. (Voy., relativement à ces dernières, le chapitre II de VExpUcalion de la Carie géologique de la France, t. I , p. 170.)

La direction de cette ride se rapproche de celle du Système du Morbihan; cependant elle s'en rapproche moins que de la direction (lu Système du Thiiringerwald , car la direction du Système du Morbihan est , à Vannes, 0. 38" N. , et par suite 0. 41" 46' N. de Cassini. La différence avec la di rection de la ligne de Brives à la pointe de Penmarck est de 6" 6 , tandis que celle-ci ne s'éloigne que de 2'' 18' de la direction 0. 32» 42' N., de Cassini, du Système du Thiiringerwald. Les directions du Système du Morbihan et du Système du Thiiringerwald forment entre elles un angle de 9° 4'.

M. de Buch avait déjà remarqué que la direction du Système du N.-E. de l'Allemagne se retrouve dans celle d'une partie des accidents du sol de la Grèce. En effet , le grand cercle de comparaison du Système du Thiiringerwald orienté au Greifenberg vers rO. 39" N., étant prolongé du côté du S.-E., va traverser la Turquie d'Europe vers l'entrée méridionale des Dardanelles. Une parallèle à ce grand cercle , menée par Corinthe, court du N. 42" 20' 0. au S. 42" 20' E., et se trouve presque exactement dans le prolongement de la ride du Système du Thiiringerwald, que j'ai indiquée dans le S.-O. des Vosges. Elle est parallèle, à deux ou trois degrés près, à la direction générale des crêtes des chaînes , en partie sous marines, qui constituent l'île de Négrepont, l'Attique et une partie des îles de l'Archipel. Ce Système de crêtes , que MM. Boblaye et Virlet ont nommé Système olympique, est composé de roches de la classe des primitives, dont les couches affectent, en général, la même direction N. 42° à 45" 0. que les crêtes elles- mêmes. 11 résulte des obser\alions de MM. Boblaye et Virlet, que la formation de ces crêtes est antérieure au dépôt des assises inférieures du terrain crétacé. Ainsi, le peuqu'on sait sur l'époque de leur apparition se trouve conforme à l'idée de U. de Duch, qui les rapprochait du Tijurin-

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gerwald , d'après la considération de leur direction.

L'orieiiiation du Système du Thiiringer' wald , quoique dirigée, comme celle du Système du Morbihan, dans la région du N.-O., fait avec cette dernière un angle très sensible : j'ai indiqué son aperçu précédemment, pag. 205, que cet angle étais de lOo^; tout calcul fait, il n'est que de 9° 4' , mais cette différence est encore supérieure aux erreurs possibles des déterminations. J'ajouterai que la direction du Système du Thiiringerwald , transportée au Binger-Loch , est 0. 36° 47' N. , et que le grand cercle de comparaison du Système du Longmynd étant orienté en ce point, ainsi que nous l'avons vu ci-dessus, pag. 202, au N. 30° 15' E. , il ne s'en faut que de 6" 20' environ qu'ils ne soient perpendiculaires entre eux. Le pôle astronomique est compris dans l'angle aigu que forment leurs directions. La direction du Sylème du Rhin transportée de même au Binger-Loch est N. 21° 5' E., d'où il résulte qu'il s'en faut de 15" 42' que le Système du Thiiringerwald ne lui soit perpendiculaire. Lepôledela terre est compris dans l'angle aigu que forment les deux directions. L'angle de 15° 42' qui exprime le défaut de perpendicularilé des deux Systèmes est assez considérable; il n'est cependantpas assezgrand pourempêcherqu'on ne puisse rapporter au Système du Thiiringerwald plusieurs failles que leur direction conduirait de prime abord à considérer comme se rapportant, sauf une déviation accidentelle, au Système du Rhin. M. le professeur Hopkins, dans son mémoire sur l'origine des filons (1), a montré, par une démonstration ingénieuse, qu'un léger bombement du sol peut faire naître simultanément, ou presque simultanément, deux séries de failles orientées suivant deux directions perpendiculaires entre elles. La même relation s'observe entre la direction de la crête d'une chaîne de montagnes et celle des déchirures de ses flancs. Les bombements appartenant au Système du Thiiringerwald, qui se sont opérés dans beaucoup de parties de l'Europe, ont donc pu y faire naître des failles dont la directiou moyenne serait parallèle à 15° 42' près «

(i) W.Hopkius. Meinoir on pArs'Cal geologr- Traiisiin i tjHQfthe Cambririsc phitosophiral Socielï, vol. VI. par» t

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celle du Système du Rhin. Peut-être faut-il ranger dans cette catégorie une partie des failles que j'ai signalées dans le paragraphe précédent, près de Dudiey et Coal-brook- Dale. La direction de la grande faille de Wolverhampton à Cannock et à Woisley- Park fait un angle de 9° avec la direction du Système duRhin, mais il ne s'en fautque de 6 " 42' qu'elle ne se dirige particulièrement à la direction du Système du Thuringerwald. Les filons cuprifères dirigés au N.-N.-E. qui, d'après la carte de M Murchison , traversent le nouveau grès ronge au sud et au nord du bassin de lias de Prees, sont à peu près dans le même cas. On pourrait les rapporter à des fissures transversales du Système du Thuringerwald.

XIL Système du mont Pila , de la Côte-d'Or

ET DE l'ErZGEBIRGE.

Une foule d'indices se réunissent pour attester que dans l'intervalle des deux périodes auxquelles correspondent le dépôt jurassique et la série des formations crétacées ( wealden formation , green sand and chalk), il y a eu une variation brusque et importante dans la manière dont les sédiments se disposaient sur la surface de l'Europe. Cette variation a été considérable; car si l'on essaie de rétablir sur une carie les contours de la nappe d'eau dans laquelle s'est déposée la partie inférieure du terrain crétacé, on les trouve extrêmement différents de ceux de la nappe d'eau dans laquelle s'est formé le terrain jurassique (I). Elle a été brusque; car, en beaucoup de points, il y a passage de l'un des Systèmes découches à l'autre, ce qui annonce que dans ces points la nature du dépôt et celle des habitants de la surface ont varié, sans que le dépôt des sédiments ait été suspendu.

Cette variation subite parait avoir coin- ^idé avec la formation d'un ensemble de chaînons de montagnes, parmi lesquelles on peut citer la Côte-d'Or (en Bourgogne), le •nom Pila ( en Forez) , les Cévennes et les

(l) J'ai essayé, il y a quelques années, de figurer les cnnà)urs de ces mers géoliij;iques ; M. Beudant a Ijieu voulu insérer dans le volume de Géotoffte du cours élémentaire d'Iiisioire naturelle a l'usag.- des collèges et de« maiMiin d'éducation, p jgS et J(ii| de l:i seconde édition, lescaitis que j'ai i-AN'yë «l'en diesser, et que j'ai souvent montrrvs dans iDi's cuur%

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plateaux de L.irzac (dans le midi de la France), et même l'Erzgebirge (en Saxe).

L'Erzgebirge, la Côte-d'Or, le Pila, leg Cévennes , font partie d'une série presque continue d'accidents du sol, qui se diligent à peu près du N. - E. au S. -0., ou de l'E. 40" N. à rO. 40" S., depuis les bords de l'Elbe jusqu'à ceux du canal du Languedoc et de la Dordogne, et dont la communauté de direction et la liaison , de proche en proche, conduisent à penser que l'origine a été contemporaine , que la formation s'est opérée dans une seule et même convulsion.

Les observations de deux ingénieurs deg mines distingués , M. de Senarmont et M. Meugy , ont constaté avec évidence que le bord méridional du terrain houiller de Rive-de Gier a été soulevé, redressé, on pourrait même dire eViVe par le soulèvement du massif du Pila, et la belle carte géologique du bassin houiller de la Luire, publiée par M. l'ingénieur en chef Gruner, montre que ce bassin, tronqué par le soulèvement du Pila, présente le long de sa base une terminaison presque recliligne qui se dirige dans son ensemble, de Cremillieux a Tartaras, de l'O. 36° S. à l'E. 36° N; c'est à très peu de chose près la direction de la crête même du Pila. Cette crête se relève dans son prolongement N.-E. près de la Verpillière ( département de l'Isère), où une protubérance granitique disloque le calcairedu Jura ; et l'on voit par la que le soulèvement du Pila est postérieur, non seulement au dépôt du terrain houiller, mais encore a celui du terrain jurassique.

Dans les départements de la Dordogneet de la Charente, en Nivernais, en Bourgogne, en Lorraine, en Alsace, et dans plusieurs autres parties de la France , les dérangements de stratification dirigés dans le sens des chaînons de montagnes dont nous parlons embrassent les couches jurassiques, tandis qu'ils n'affectant pas '•«s touches inférieures du terrain crétacée la rencontre desquelles ils se terminent près des rives de la Dord(igne,deméme qu'en Saxe, où les couches degrés vert (quadersandstein) , qui forment les escarpeineiiis pitioiesques de ce qu'on appelle la Sui>se saxunne, s'étendent horizontalement sur la base de l'Erzgebirge.

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Les couches schisteuses anciennes qui forment le corps de rErzgebirge doivent, sans aucun doule , leur rcdressetnent a des accidents stratigiaphiques très anciens {Système du Finixlère?, Système du Weslmoreland et du Hu7ids)uck). Les couches tertiaires à ligiiiies qui supportent les basaltes du *6cheibenberg, du Pohlberg, du Bàrenstein, attestent, d'un autre côté, qu'un soulèvement très moderne a complété le relief actuel de rErzgebirge. Mais lorsqu'on observe l'exactitude avec laquelle le terrain crétacé inférieur {quadersandstein, plaenerkalk) s'est modelé sur les contours de la masse générale de la chaîne, d-epuis Niederschœna en Saxe, jusqu'à Tœplitz et à Podhorsam, en Baliênie, ce que n'avaient fait ni le trias ni le terrain jurassique , on ne peut méconnaître la date de la saillie générale que présente l'Erzgebirge au-dessus des lerraiiis plus bas qui l'entourent, et qui sont formés comme lui-même de roches schisteuses anciennes fortement redressées.

Au nord de l'Erzgebirge, les plaines de trias de la Saxe présentent plusieurs rides légères parallèles à la direction de la Côted'Or. Il en est de même des plaines triasiques et jurassiques de la Franconie, de l'Alsace, de la Lorraine et de la Bourgogne. La Côte-d'Or, située au milieu de l'espace compris entre l'Elbe et la Dordogne , fait partie d'une série d'ondulations des couches triasiques et jurassiques qui , après avoir donné naissance aux accidents les mieux dessinés du sol du déparlement de la Haute- Saône, se reproduit encore, plus au midi, dans les hautes vallées longitudinales des montagnes du Jura, par-dessous lesquelles toutes les couches du terrain jurassique viennent passer pour se relever dans leurs intervalles, et former les croupes arrondies qui les séparent. Dans le fond de plusieurs de ces vallées, on trouve des couches évidemment contemporaines du grès vert d'après les fossiles qu'elles contiennent ( terrain néocomien et grès vert proprement dit); et comme ces couches ne s'élèvent pas sur les crêtes intermédiaires qui semblent avoir formé autant d'îles et de presqu'îles , elles sont évidemment d'une date plus récente que le reploiement des couches jurassiques qui a donné naissance à ces crêtes, aux vallées longitudinales et à tout le Système dont

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elles font partie , et qui comprend la Côled'Or.

Il suit naturellement de là que, indépendamment des accidents plus anciens qui on déterminé l'inclinaison de diverses couches, et notamment des couches schisteuses anciennes qui composent en partie le sol des provinces de l'Allemagne et de la France comprises entre les plaines de la Prusse et celles de la Gascogne , ce sol a éprouvé un nouveau mouvement de dislocation, entre la période du dépôt du terrain jurassique et celle du dépôt des terrains crétacés , mouvement qui a, pour ainsi dire, marqué le moment du passage de l'une des périodes à l'autre. La direction suivant laquelle celte dislocation s'est opérée est indiquée par la direction générale des crêtes dont le terrain jurassique fait partie, et dont le terrain crétacé entourée la base. Cette direction , ainsi que je l'ai dit plus haut, court, en général, à peu près du N.-E. au S.-O. Cependant il y a quelquefois des déviations suivîint la direction de fractures plus anciennes. Ainsi, dan^ I. Haute Saône, dans le midi de la Côte d'Or et dans le département de Saôneet Loire, on voit un grand nombre de fractures de l'époque qui nous occupe suivre la direction propre au Système du lihin.

Des faits analogues s'observent au pied des Vosges. J'ai signalé de()uis longtemps le fait que les dépôts du grès bigarré et du muschelkalk, qui sont également développés sur tout le pourtour des Vosges , n'atteignent pas un niveau aussi élevé à l'est de la falaise qui borde les Vosges du côté de l'Alsace que sur la pente opposée de la chaîne, et que, dans les points de la plaine de l'Alsace où on les voit au pied de l'escarpement du grcs des Vosges, leurs couches sont souvent inclinées, quelquefois même contournées d'une manière qui ne leur est pas ordinaire. Cetl.î remarque m'a naturellement conduit à me demander si un état de choses si parliciilie:' ne pourrait pas êlre attribué à une grande fracture, à une faille, qui , à une époque postérieure au dépôt du muscheikalk , et peut-être beaucoup plus récente, se serait manifestée suivant la ligne qui forme actuellement le bord oriental de la région montueuse. Cette faille, sans occasionner une dislocation générale, aurait simplement fait naître la différence de niveau actuellement

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existante entre des points qui, lors du dépôt du muschelkalk , ont dû probablement se trouver à la même hauteur (1). Mais il n'est pas nécessaire, pour expliquer ce phénomène, d'imaginer qu'il se soit produit, à une époque moderne, une faille ou une série de failles entièrement nouvelles. Il sufGt de concevoir qu'un nouveau déplacement ait eu lieu entre les deux parois de failles iéjà existantes. La base des montagr.es était limitée par des failles dans les vides desquelles il s'était amassé, suivant toute apparence , des filons ; et les mouvements dont je parle correspondent aux miroirs qu'on observerait dans ces filons.

Ces mouvements ont quelquefois eu lieu à des époques très récentes; car on voit, en beaucoup de points, non seulement le muschelkalk, mais encore le calcaire jurassique et même certains dépôts tertiaifes , participer plus ou moins complètement à l'inclinaison du grès bigarré. Mais les plus considérables de ces mouvements secondaires appartiennent probablement à l'époque qui a suivi immédiatement le dépôt du terrain jurassique.

L'ensemble des circonstances que je viens de signaler est surtout bien visible à Saverne , où la chaîne des Vosges se réduit à une simple falaise de grès des Vosges , au pied de laquelle le muschelkalk se présente en couches inclinées, et qui est couronnée par le grès bigarré. Je l'ai figurée dans VExplication de la Carie géologique de la France, t. !, p. 428, au moyen d'un diagramme dressé d'après mes observations de 1821, et sur lequel on pourra suivre la description , aussi îxacte que détaillée , écrite par M. de Sivry quarante ans auparavant (2). Ce dessin fera aisément comprendre que la hauteur de la côte de Saverne (200"° ) donne à peu près la mesure du glissement qui a eu lieu dans la faille préexistante , et par suite duquel la Lorraine s'est trouvée élevée au-

(i) Elic de Beaumont, Observations géologiques sur les différentes formations qui, dans le Système des Vosges, séparent la formation houillère du lias- (Annales des mines, 2 série, t I. p io? , et t. II, p. 4f'; et Mémoires i>uur servir à une description géologique de ta France, t. I, p. iti rt i5o.)

(2) De Sivry, Journal des observations minéralogiques (élites dans une partie des Vosges et de l' Alsace , page 21 : oiivrnge qui a remporté le prix au jugempnt de Messieurs de la Société royale de» sciences . belles-lettres et arts de ^uncy, en 1782.

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dessus de l'Alsace. Mais la manière dont cette faille se poursuit au midi jusqu'à Saales, et au nord jusqu'à Pyrmasens, et la circonstance curieuse que, vers le midi, c'est son côté oriental qui est le plus bas , tan^ dis que c'est le contraire vers le nord, montrent qu'elle existait avant le dernier g'issement dont nous venons de parler. Avan: ce glissement récent, les deux côtés de la faille devaient être presque exactement de niveau à Saverne, qui correspond presque rigoureusement au point où le mouvement relatif de ces deux côtés changeait de sens ; et alors les Vosges devaient être à peu près interrompues en cet endroit.

Les fissures qui croisent et qui rejettent les filons des Vosges sont aussi dans le cas de donner lieu à des modifications dans le relief de ces montagnes, et de détruire l'uniformité des couches déposées à leur pied. Ces dernières sont traversées par un grand nombre de failles , dont les plus remarquables, dirigées , à peu de chose près , de l'E. 40° N. à l'O. 40° S., forment un ensemble qui s'étend au loin , en occasionnant les principaux accidents des collines de la Haute-Saône et de la Côte-d'Or. Elles appartiennent au Système de dislocation qui a marqué la limite entre le terrain jurassique et le terrain crétacé inférieur.

Les accidents stratigraphiques qu'on peut rapporter à ce Système , sans avoir en général beaucoup d'amplitude, sont très répandus, soit dans les montagnes, soit même dans les contrées presque planes d'une grande partie de l'Europe. Je pourrais en citer un grand nombre dans toute la France orientale, depuis Marseille jusqu'à Longwy. On en trouve aussi dans le nord de la France ainsi qu'en Angleterre.

Le ploiement rapide des couches jurassiques dans l'anse qui précède le cap de la Crèche, un peu au nord de Boulogne-sur-Mer, vis-à-visdu fort de ce nom, est un des faits les plus remarquables que présente cette belle coupe. Les bancs inférieurs du grès grossier dur plongent d'environ 30" au N. 25° 0. La batterie de la Crèche est bâtie sur leur prolongement. La masse entière du terrain éprouve de ce côté un fort contournement (1), auquel participent les marnes

(i) F. Garnier , Mémoire géologique sur les terrain* dm bat Boulonnai*, p. *.

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[limméridiennes et même les grès du sommet de la falaise. Les couches s'inclinent et se relèvent ensuite pour reprendre leur première position (1). f.es bancs puissants et solides de grès plongent du sommet de la falaise vers le N. en s'enfonçant sous le niveau de la mer. La saillie de la falaise, qui constitue la pointe avancée du cap , n'est formée que par la tranche de ces bancs, que l'on coupe presque perpendiculairement à leur direction, quand on suit sur la plage le pied des escarpements (2).

Il est bon de remarquer que la direction de ces couches jurassiques repliées fait un «Rgle de 40 à 50° avec la direction du grand axe de l'enceinte elliptique que forment les couches crétacées. Ce pli doit être plus ancien que le relèvement des couches crétacées en forme de dôme elliptique. Les couches crétacées n'en présentent pas de semblables, et, d'après celte circonstance , il paraît devoir être rapporté au Système de la Côle-d'Or (3) à laquelle sa direction le rattache aussi , quoique d'une manière imparfaite. La coïncidence des directions est , en effet, peu exacte; mais comme les couches contournées de la Crèche ne laissent voir leur direction que sur une faible étendue, la divergence me paraît ici de peu d'importance.

On trouve une coïncidence de directions beaucoup plus approximative lorsqu'on compare à la direction du Système de la Côled'Or celle de certains accidents stratigraphiques beaucoup mieux définis que le précédent, qui affectent le terrain jurassique des plaines de la Grande-Bretagne.

L'une des découvertes de détail les plus intéressantes qui aient été faites récemment, en Angleterre, est celle du lambeau de lias qui existe à Piees, au N.-E. de Wem, dans les plaines de Shropshire. L'existence de cet out-lier peut, en effet, conduire a conjecturer que le grand dépôt jurassique des plaines de l'Angleterre se liait primitivement à celui du N.-E. de l'Irlande et des îles occidentales de l'Ecosse, et que la ligne d'escarpements,

(i) Roiet, Description giegnottique du bauin du bas Tfouhnnais , p 60.

l2j C. Prévost. Bullitin delà Société géolog. de France, t. X (18J9), p 390.

(3) Explication (le la Carte géolcpique il la France, t. II, p.ioa clibg.

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