même
neur.
non adhérents entrée"",
Etaniines libres
1 1. Monamlrle
2 2. Diandrie.
5 3. Triandrie.
4 4. Télrandrie,
a 5. Penlandrie.
6 6. Hexandrie.
7 7. Heplandrie,
8 8. Oclandrie.
9 9. Ennéandrie,
10 10. Décnndrie.
de H à 19 11. Dodécandiie.
20 ou pins, insérées
[4 dont 2 plus longues. 14. Didynam
! 6 dont 4 plus longues, 15. TéUadynainie
au calice. 12. Icosandrie.
au loius. 15. Polyandrie,
dynamie.
'.Lradynaii
dhe'rentcs parleurs filelslen un seul corps. \6. Slonadelphie.
eulreelles soudés en deux \T. Diadelphie.
|en plusieurs. . . iS. Polyadelphie.
par leurs anthères soudées en un cylindre . 19. Syngénésie,
porte's les uns sur les autres 20. Gynandrie.
sur le même individu 21. Monœcie,
sur deux individus différents. . . 22. Diœcie, et hermaphrodites, sur un ou plusieurs individus 23. Polygamie.
reunis dans la même fleur.
Fleurs mâles et femelles. . .
. 24. Cryptogamie.
Le nom assigné à chaque classe résume par son étymologie les principaux caractères de celle classe. Ces noms se trouvent définis par le tableau même et d'ailleurs ils sont enlrés dans la langue usuelle de la botanique.
Les 24 classes ainsi obtenues sont subdivisées ensuite chacune en plusieurs ordres d'après d'autres considérations puisées soit dans les étamines , soit dans les pistils. Ainsi, dans les 16% 17% 18% 20% 21% 22^ classes, nous voyons reparaître le nombre absolu des étamines pour fournir des divisions secondaires: la monadelphie décandric, par exemple, comprendra les plantes qui oITrent dix étamines réunies par leurs filets ; la gynandrie hexandrie celles qui offrent six étamines portées sur le pistil ; la diœcie penlandrie, celles dont les fleurs à cinq étamines sont dépourvues de pistils qu'on ne trouve que dans d'autres fleurs non staminifères et placées sur un individu différent. La 23* classe, d'après la distribution des fleurs de trois sortes sur un même individu, ou sur deux ou trois différents, se subdivise elle-même en Polygamie monœcie, diœcie ellriœcie. La 19^ ou syngénésie, dont les fleurs réunies dans un même involucre offrent cinq combinaisons possibles de fleurs
T. XUl.
hermaphrodites, mâles, femelles et neutres, se partage en plusieurs polygamies. Quant aux quinze premières classes où le nombre absolu des étamines a déjà été employé, l'auteur pour les subdiviser a recours à des considérations tirées du fruit, court ou allongé dans la 15* ( tétradynamie ) ; monosperme (gymnospermie) ou polysperme {angiospermie) dans la 14' {didynamie); et dans toutes les autres, du nombre des styles qui, simple, double, triple, multiple, donnent les sections appelées monogynie, digynie, trigynie...,polygynie. Par exemple, le Cerfeuil qui a des fleurs hermaphrodites avec cinq étamines libres et deux styles distincts; se trouvera dans la penlandrie digynie.
Il est évident que toutes ces classes sont loin d'avoir la même valeur, puisque les unes sont fondées sur un caractère qui n'est plus que secondaire dans les autres : le nombre absolu des étamines par exemple.
Ce nombre absolu d'ailleurs devrait avoir bien moins d'importance que le nombre relatif aux autres parties de la fleur, duquel résulte sa symétrie générale. Le nombre des styles est un caractère bien plus faible encore; car il n'est qu'apparent, le réel se trouvant souvent dissimulé soit par des soudures, soit par des dédoublements; d« 32*
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sorte que le nombre des styles ne donne pas celui des carpelles, qu'il importerait bien plus de connaître et qui serait bien mieux d'accord avec l'étymologie du nom destiné à indiquer le nombre des organes femelles. Ainsi la pentandrie monogynie sur près de cent genres en contient à peine quelques uns où le carpelle soit réellement simple; tous en ont deux, trois, quatre ou cinq ; la triandrie digynie se compose des Graminées, toutes monocarpellées, etc.
Il est vrai que ces défauts doivent être oubliés si l'on se contente de considérer le système de Linné comme un moyen commode et sûr d'arriver à la détermination des plantes. Mais on pourra se convaincre par l'expérience qu'il est loin de l'être autant que le prétendent ses partisans exclusifs : et si , en sortant des mains de son auteur, il pouvait bien s'appliquer aux 1200 genres et 7000 espèces sur lesquels il avait été construit, il n'offre plus ces avantages après avoir reçu les nombreuses additions de ses successeurs. Les variations dans le nombre, des organes sur les fleurs d'une même plante, celles qui résultent de leurs adhérences à divers degrés, de leurs avortements, jettent à cbaque pas du doute sur la place systématique qu'elle doit occuper. Les exceptions se sont multipliées; les espèces des genres les plus naturels ont dû se séparer entre des classes différentes, et quelquefois même on seraitobligé d'en faire autant pour les diverses (leurs d'une même espèce.
Linné a proposé un autre système tiré du calice ( Classes plantarum , 1737) , et il comprend d'abord sous ce nom les bractées de forme diverse (spathe, glumes, écailles, involucres , calicules ) qui accompagnent dans beaucoup de cas la fleur. Si le calice est simple, ou bien il accompagne une corolle avec laquelle il peut offrir trois rapports différents ( ceux qui répondent aux insertions périgyne, épigyne et hypogyne) et dans le dernier cas, tantôt il n'est pas symétrique avec la corolle ou dans toutes les fleurs, ou dans quelques unes seulement, tantôt symétrique , il est caduc ou persistant, et alors régulier ou irrégulier avec une corolle monopétale ou polypétale ; ou bien il est dépourvu de corolle, soit qu'il tombe avec la fleur, soit qu'il persiste avec
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le fruit, EnGn, il manque entièrement (dans les cryptogames). Ce système n"a été appliqué ni par lui-même, ni par aucun autre, à notre connaissance. C'est plutôt un exercice qu'il s'est proposé, à lui et àses élèves, pour leur apprendre à examiner dans toutes ses modifications et ses rapports cette partie de la fleur, commode pour l'observation et qui s'y présente la première.
Le système sexuel de Linné ne tarda pas à détrôner tous les autres et régna presque sans contestation jusqu'à la fin du xvni« siècle. Cependant dans cet intervalle, on en proposa encore un assez grand nombre dont il est inutile de s'occuper ici, puisqu'ils ont eu peu d'influence sur la mar< he de la science et n'ont en général été employés que parleurs propres auteurs. Nous croyons cependant devoir consacrer quelques lignes à plusieurs d'entre eux : et d'abord à celui d'Adrien Van Royen , professeur à Leyde {Florœ Leydensis Prodromus, 1740). Deux motifs nous engagent à en parler: l'un est que Linné, babjtant alors (en 1738) la Hollande, seconda Royen dans l'arrangement des plantes de son jardin et dut, en conséquence, prendre part à l'érertion de sa nouvelle méthode; l'autre, c'est que l'auteur a eu la prétention de la faire naturelle {Methodi naturalis prœludium) et qu'il a été pris au mot par quelques modernes qui y ont cru trouver le germe de celle de Jussieu . Il est vrai qu'il divise les plantes d'abord en nionocotylédonées et polycotylédonées (parmi lesquelles on s'étonne de voir figurer dans le tableau les cryptanthères ou autrement acotylédonées). Les premières sont subdivisées d'après le calice nul, spatliacé ou glumacé; les secondes d'après l'existence d'un calice (1) commun à plusieurs fleurs (écailles d'Amentacées; involuires d'Ombellifères , de Composées ou de Dip.sacées ) , ou seulement d'un calice propre à chacune, lequel peut même manquer ou exister seul, ou accompagner une corolle dont les pièces offrent une certaine relation numérique avec les étamines libres et égales entre elles, en nombre moindre, égal, double ou multiple : d'autres fois ces étamines sont placéea au-dessus de l'ovaire , ou sur le périanthe, ou bien elles sont inégales suivant certaines
(i) Oa trouve là un emprunt au Système calicinal àa LiDoé, précédemment exposé.
!oîs constantes (didynamie et télradynamie), ou bien soudées entre elles en un ou deux faisceaux. De là 20 classes, désignées sous autant de noms déjà reçus ou nouveaux, et ensuite partagées en plusieurs ordres, chacune d'après des considérations dilTérenles. Je suis frappé en voyant les genres rangés sous ces ordres, delà ressemblance qu'ils (liïrentavec les ordres naturels de Linné, et je me demande si ce n'est pas là qu'on découvre la trace de la main du maître , si ce n'est pas un essai de système général adapté à ces ordres qu'il aurait faits ou laissé faire par un autre, tout en refusant d'en proposer un par lui-même. Quoi qu'il en soit, Royen & dû suggérer ou emprunter à son illustre ami une partie de ses rapprochements : il y en a de tels, ceux, par exemple, du Xanthium et de VAmbrosia avec les Amentacées, qui viendraient difficilement à deux esprits différents. Les exigences du système ont dû sans doute rompre la série des ordres et modifier leur composition en beaucoup de points; mais il en reste assez de communs pour justifier notre soupçon , qui donnerait à cet ouvrage beaucoup plus d'intérêt.
Le grand nom de Haller ne permet pas de passer sous silence la méthode botanique qui lui est propre et qu'il a appliquée particulièrement aux plantes de la Suisse {HiS' (oria slhpiumindigenarum Helvetiœ, 1742).
Nous suivrons de préférence sa seconde édition , celle de 176S, dans laquelle il établit 19 classes, 6 pour les plantes cryptogames (Champignons, Algues, Lichens, Mousses, Fougères et Presles), 13 pour les phanérogames, qu'il divise d'abord d'après l'absence ou la présence de la corolle, les apétalées en celles qui ont un périanthe coloré, ou vert, ou glumacé,ou remplacé par uiiespaihe; es pélalées, en monopétalées à étamines didynames, ou portées sur la graine (composées et dipsacées), et en polypétalées qui se subdivisent elles-mêmes, d'après des caractères tirés du rapport symétrique des étamines à la corolle, en polystémones, diplosléraones, isostémones, meiostémones, et deux autres classes correspondant aux tétradynames et aux papilionacées. Parmi les noms qu'il leur donne nous avons cité ceux qui ont été admis dans la langue botanique; çt substitué aux autres les indications qui
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font de suite comprendre la composition de la classe à laquelle ils s'appliquent. Les classes sont ensuite partagées en section» nombreuses d'après des caractères variés. Dans sa préface il leur donne le nom de familles , et annonce qu'il a cherché à les rapprocher toujours conformément à la nature, sans prétendre cependant dans l'ensemble à l'établissement d'un système naturel, ce que ne comportait pas le nombre borné des plantes dont il avait à s'occuper.
Wachendorf { Horti UUrajeclini index, 1747), divisant les plantes en phanéranthées et cryptanthées , les premières en polycotylédones et monocotylédones, les polycotylédones en quatre classes qui répondent aux pétalées, aux composées, aux apétales et aux diclines, aurait, sans la confusion trop fréquente des mono et polypétalées qu'il a introduite, rencontré les bases d'une classification assez philosophique et généralement admise plus tard.
Mais ses subdivisions pour lesquelles il emploie le plus souvent les caractères des étamines empruntés au système de Linné ou à celui de Haller, leur nombre absolu ou relatif et leurs rapports entre elles, le conduisent définitivement à des groupes sans aucun lien naturel :etd'ailleur$ son système, outre l'inconvénient de n'être appliqué qu'à un nombre trop limité de plantes, eût été, au premier abord , repoussé pour la bizarrerie et la rudesse des mots nouveaux dont il l'a hérissé, mots tels que scheseoslemonovelalœ , cylindrobasioslemones , distemonopleantherœ, etc., etc. C'était un essai, depuis renouvelé avec aussi peu de succès, de noms résumant chacun un ensemble de caractères , et destinés ainsi à aider la mémoire qui y trouve au contraire un obstacle plutôt qu'un secours.
Nous ne pousserons pas plus loin cette revue qui ne nous montrerait, dans d'autres essais contemporains ou postérieurs, que les mêmes moyens de classification répétés, retournés, combinés diversement, sans introduction de caractères ou de principes nouveaux. Ceux qui veulent s'en faire une idée sommaire peuvent consulter la préface de l'ouvrage d'Adanson intitulé Familles des plantes (1763), dans laquelle il a exposé toutes \ei classifications botaniques qui on( précédé la st^nne* Mais il se borne, «p |^«
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néral, à en présenter les divisions principales, celles qui conduisent seulement jusqu'aux classes, et à porter sur le mérite de chacune un jugement qui naturellement se fonde sur une comparaison avec la sienne propre. Un autre ouvrage où l'on doit chercher des documents bien plus complets est celui que Linné a publié sous le titre de Classes plantarum seu systemala oinnia a fruclificatione desumla, 1738, qui, nécessairement, s'arrête à cette date antérieure, mais qui présente, pour chaque système, outre les divisions principales, les secondaires avec rénumération des genres. Or, c'est seulement d'après cette association des genres qu'un système peut être bien jugé, et, pour porter ce jugement, il faut un lecteur auquel tous ces noms rappellent une idée positive, auquel tous ces genres soient familiers. Enfin nous citerons VHisloria rei herbariœ de Sprengel qui, pour chaque époque, offre un chapitre relatif aux divers systèmes botaniques qu'elle a produits, et les résume par des analyses, courtes, exactes et claires.
On confond assez généralement toutes les classificationsdontnous nous sommes occupés jusqu'ici sous le nom de Systèmes artificiels, pour les opposer aux classifications naturelles dont nous avons à nous occuper maintenant. Nous avons vu cependant que beaucoup d'entre elles prétendaient à ce dernier titre, et, si elles n'ont atteint le but, se le proposaient en y marchant avec plus ou moins de succès. Celui du système artificiel est la dénomination d'une plante quelconque inconnue; son moyen, l'établissement d'un ordre «îans lequel toutes les plantes se trouvent disposées en une suite de groupes subordonnés, d'après des caractères faciles à lonstater, tellement que, dans les recherches, on se trouve conduit successivement de l'un à l'autre jusqu'au genre ou à l'espèce qui est l'inconnue du problème. Plus cette recherche est aisée et sûre, plus le système convient à sa destination. Quoique celui de Linné ail satisfait, sous ce rapport, la plupart de ses successeurs qui l'adoptèrentplutôt que d'en créer d'autres, quelques uns en ont proposé de nouveaux, soit pour simplifier encore plus la solution du problème, soit pour l'aborder dans certaines conditions particulières. Ainsi une condition fréquente est
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l'absence des organes de la fructification sur une plante, ou sur une fraction de plante seulement garnie de ses feuilles. Un système qui permettrait de la déterminer en cet état rendrait un véritable service aux botanistes. Sauvages le tenta, dans sa Methodus foUorum, 1731, mais seulement pour les plantes de la Flore de Montpellier, et se s<îrvit des différences signalées dans tous ks livres élémentaires, les divers degrés de simplicité ou de composition des feuilles, leur position su. la tige, leurs dimensions en divers sens, leur nervation, leurs formes, etc. Mais, arrivé à un certain point, il appelle les fleurs à son secours et, dès lors, on ne conçoit pas bien la raison du système et pourquoi, s'il ne pouvait faire marcher la charrue sans bœufs, il a jugé à propos de les atteler par derrière. J. Lavy fut plus fidèle à l'emploi exclusif des feuilles dans sa Phyllographie piémontaise (1816), et n'admit les caractères de l'infiorescence et de la fleur que pour les Graminées et Cypéracées, où, en effet, les feuilles se ressemblent trop pour fournir des différences. Ce qui peut paraître assez singulier, c'est que, dans les divisions principales de son système, il n'ait égard qu'à la forme. Un système foliaire serait bon, appliqué àun nombre de plantes suffisamment restreint, par exemple aux arbres et arbustes d'un pays; dans ces limites, avec les connaissances actuelles et notamment celles qu'on doit à la phyllotaxie, on arriverait à des déterminations certaines. Les applications heureuses qu'on en a faites quelquefois à celle des empreintes fossiles en fournissent la preuve.
Dans notre siècle, le système artificiel avouant franchement son but, qui est d'arriver au nom de la plante inconnue, semble avoir adopté une certaine forme qui a reçu le nom de Méthode dichotomique. Le procédé consiste à réduire toujours la recherche à l'option entre deux caractères, dont l'un exclut l'autre, de telle sorte qu'à chaque option le cercle se resserre e t qu'on se trouve, après une suite d'exclusions successives, conduit à l'unité (genre ou espèce) qu'on veut connaître. Tantôt on procède sous forme de questions, chacun renvoyant à un numéro sous lequel se trouve posée une question nouvelle, comme dans la Flore française de Lamarck (1778) •,VHodégusbolanicus de Johrea
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« éié cité comme premier exemple de cette forme; mais elle n'y est pas rigoureusement appliquée, puisque les questions posées par l'auteur excèdent le plus souvent le nombre deux et n'entraînent pas de renvoi. Tantôt, ce qui est plus bref et plus commode, les caractères, entre lesquels on donne le choix, sont présentés sous celle de tableaux, comme en tête de la Flore française de De Candolle, modèle qui, depuis cet ouvrage, a été suivi généralement. Or c'est une forme qui est loin d'être nouvelle, et Ray l'avait, dès la fin du xvu* siècle, employée heureusement dans plusieurs de ses ouvrages. Tout système peut y être ramené , et pour cela il suffit de multiplier le nombre des accolades. Quel est donc le caractère particulier de la méthode dichotomique? Dans le sens général, c'est la réduction des caractères à l'aide desquels la recherche se fait à une simple alternative; dans l'application, c'est l'emploi de tous les caractères indifféremment et, sans s'astreindre à aucun ordre nécessaire et fixe, la préférence donnéeàceux qui pëuventse constater facilement et, autant qu'il se peut, extérieurement. Au lieu de la route continue avec ses embranchements réguliers que figurent les autres systèmes, ce sont des chemins de traverse qu'on prend, suivant le besoin, pour abréger ou marcher plus à l'a-ise, qu'on quitte de même pour les reprendre ensuite quelquefois, et dont souvent plusieurs conduisent au même but. Ce n'est pas une méthode, dans le sens qu'on attache à ce mot en histoire naturelle; c'est une forme, un procédé, un artifice, mots qui se sont présentés d'eux-mêmes plusieurs fois dans l'exposition qui précède. C'est surtout à un certain ensemble de plantes en nombre limité, comme celles d'une Flore, par exemple, qu'elle peut être appliquée avec avantage et qu'elle l'a été en effet. Si elle l'était à l'ensemble des plantes, elle perdrait presque nécessairement une moitié de ses atêributs , celle qui consiste dans l'emploi irrégulier des caractères faciles; elle ne serait plus, du moins pour les divisions les plus élevées, qu'un résumé de quelque méthode régulière soumis à des coupes dichotomiques. C'est ce que montrent les tableaux déjà cités de Ray et, mieux encore, le grand et utile ouvrage de M. Meisner {Planlarum vasciilarium gênera eorutnque differenliœ et
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af^nitalestabulis diagnQslicisexposUœ, 1836- 1843).
La méthode naturelle, celle qui groupe les végétaux non d'après un seul rapport, ou d'après un petit nombre de rapports arbitraires, mais d'après un ensemble de rap. ports tel» que la somme des ressemblanci s soit toujours d'autant plus grande que IcS végétaux se trouvent plus rapprochés dans la classification , d'autant plus faible qu'ils sont plus éloignés; cette méthode, dont la recherche devint l'objet des travaux d'une partie du dix-huitième siècle, était loin d'être une idée nouvelle. Nous avons eu l'occasion de signaler plusieurs essais entrepris avec cette idée , et nous aurions pu , en remontant plus haut encore, rencontrer déjà quelques uns de ces rapprochements, même avant l'établissement de systèmes réguliers. On peut même dire que, se plaçant en dehors de tout principe systématique, les botanistes avaient plus de chance de tomber sur des groupes naturels, puis» qu'ils ne consultaient pour les former que des ressemblances extérieures, lesquelles trahissent dans beaucoup de cas les rapports intimes dépendant de la structure générale, et que dans l'appréciation de ceuxci le sentiment d'un observateur pratique est un meilleur guide que le raisonnement fondé sur des caractères incomplets et incomplètement connus. Mathias Lobel , qui écrivit vers le milieu du seizième siècle (Stirpium adversaria, 1570), en fournit un exemple, le premier sans doute, et son ouvrage présente un assez bon nombre de groupes ou de fragments des groupes les plus naturels; mais il y intercale fréquemment quelques plantes essentiellement différentes, et l'étude de ces rapprochements tant vrais que faux démontre qu'il n'avait égard qu'au port général et aux feuilles éclairé ou abusé par leurs ressemblances, suivant qu'elles se trouvaient ou non exprimer des rapports plus réels et cachés à ses yeux. On en peut dire autant de Zaluzanski (Melhodus herbaria, 1592) et des deux frères Bauhin, Jean {Hisloria generalis plan' tarum) et Gaspard {Pinax Thealri botanici, 1623) . tous trois se sont évidemment, dans l'ordre et les divisions qu'ils adoptent, aidés des travaux antérieurs de Lobel. Nous avens vu plus tard Morison , et Ray après
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lui, chercher une roule plus certaine pour marcher à un ^ but qu'ils s'étaient fixé : tous deux ont fait une méthode, et ont voulu la faire conforme à la nature. Touriiefort, sans se poser le problème aussi nelteiiienl, a fourni plus d'éléments pour sa solution ; il a su fonder les genres naturels, et ainsi déblayer et aplanir le commencement de la route.
Linné vit bien le but : Primum et ullimum in parte syslematicâ bolanices quœsitum est rnethodus naluralis; il vit aussi quel était le second et le grand pas à faire : Clavis melhodi non dari polest antequàm omnes plantœ relatœ sint ad ordines. Il comprenait donc qu'il fallait exécuter pour les genres un travail analogue à celui qu'on avait exécuté pour les espèces : on avait réuni cellesci en groupes naturels ou genres; on devait maintenant réunir à leur tour les genres en groupes naturels, ordines ou familles. Ce travail, il l'ébaucha dans ses Fragmenta melhodi naluralis, 1738 , où il réduisit une certaine partie des genres connus à 65 familles, dont beaucoup sont excellentes; mais il ne fit pas pour elles ce qu'on avait fait pour les genres, il ne les définit pas par des caractères. Il ajoute : Dm et ego circa tnethodum naturalem inveniendam laboravi, benè multaquœ adderem oblinui, perficere non polui , continuaturus dùm vixero. Cependant, pendant les quarante années qui suivirent ce premier essai, il ne l'a pas perfectionné, soit que son attention en ait été détournée par ses autres travaux si nombreux et si brillants, et par l'immense succès de son système, soit que ses méditations ne l'aient pas conduit à un résultat satisfaisant. On peut dire qu'il fit plutôt un pas en iirrière; car la seconde édition qu'il publia (le ses ordres naturels {Gênera planlarum, 1764) est fort inférieure à la première. Il les réduit à 58, en les désignant cette fois par autant de noms, les uns inventés par lui, les autres déjà connus et empruntés aux classes de Morison, Ray ou Tournefort. L'un de ses élèves, Giseke, a tenté de compléter ce travail en y intercalant les genres omis ou nouveaux, et traçant les caractères des familles. Il s'adressa au maître lui-même, afin de mieux saisir sa pensée, et en reçut celte réponse : Tu à me desideras characlcres ordinum naluralium, fateorme eos darenon
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passe. Cependant Linné consentit à lui donner des développements dans une suite de conférences qui eurent lieu en 1771 , et qui ont produit l'ouvrage de Giseke : Prœlecliones in ordines nalurales planlarum Linnœi, 1792. La préface est curieuse par un dialogue qu'elle rapporte entre le maître et l'élève sur le sujet qui les occupe. Réduit à ces renseignements et surtout à un certain nombre d'aphorismes, excellents la plupart, épars dans les ouvrages de Linné , pour deviner les principes qui l'ont dirigé dans celte recherche, l'on se trouve conduit à conclure qu'il suivit plutôt les inspirations d'un heureux génie et d'une expérience consommée qu'un code de lois bien arrêtées.
Un botaniste français contemporain et ami de Linné, Bernard de Jussieu , occupe une place importante dans l'histoire de la méthode naturelle, dont souvent on l'a proclamé le créateur en confondant ses travaux avec ceux de son neveu. Cherchons donc à lui assigner sa part, ce qui n'est pas facile , car il n'a rien publié et ne peut être jugé que d'après un petit nombre de simples catalogues manuscrits. Il avait vécu avec Linné, lorsque celui-ci visita Paris, peu de temps après avoir imprimé ses fragments des familles naturelles. Le premier manuscrit de Bernard que je trouve relatif à cette question, est précisément une copie de ces fragments, où l'on voit qu'il a essayé avec beaucoup de bonheur diverses rectifications et l'intercalalion de quelques uns de ces genres non classés dont Linné avait dit : Qui paucas quœ restant benè absolvit plantas omnibus magnus erit ApoUo. Dan* d'autres manuscrits sans date, l'un qui est une simple liste de noms de genres séparés par des tirets en une suite de groupes, l'autre qui est une liste de noms d'espèces rapportées à leurs genres disposés dans le même ordre, il paraît être arrivé à une classification qui lui est propre et s'éloigne de celle de Linné. Ce fut celle qu'en 1759 il appliqua à la plantation d'un jardin botanique à Trianon dont Louis XV l'avait chargé, et ce fut là qu'elle pût être connue et étudiée. Cependant il continua à la perfectionner; car un dernier manuscrit de 1765 est un supplément relatif à un certain nombre do groupes de plantes dicoiylédonées (les mo*
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nopétales hypogynes), dont il a modifié la disposition. C'est ce catalogue des genres, avec la modification supplémentaire, que A.-L. de Jussieu a publié en tête de son Gênera, en ajoutant pour chaque famille les noms qu'il a lui -même adoptés. Tels sont les seuls documents d'après lesquels on peut chercher à connaître les principes qui ont guidé Bernard de Jussieu, et ils permettent de prononcer qu'il a reconnu la valeur des caractères qu'on doit tirer : 1° de l'embryon; 2» de l'insertion des étamines. Car la série de ses familles nous montre successivement les acotylédonées (avec confusion de quelques phanérogames dont la graine était encore mal connue); les monocotylédonées épigynes , périgynes , puis hypogynes; les dicotylédonées épigynes, hypogynes, périgynes et diclines. Il en résulte un certain mélange de polypétales et monopétales, combiné néanmoins avec beaucoup d'art. La plupart de ces groupes sont naturels; plus de la moitié répond à des familles conservées plus tard dans leur intégrité, et l'autre offre beaucoup de rapprochements heureux En somme, le travail est beaucoup plus complet et plus parfait que celui de Linné.
On peut s'étonner qu'Adanson , élève de Bernard de Jussieu , et qui ne publia son ouvrage sur les Familles des plantes (1763) qu'après la plantation du jardin de Trianon, dont il put étudier la disposition, n'ait pas mis à profit les idées fondamentales qu'il devait puiser dans les entretiens et les exemples de ce maître. Cet étonnement cesse quand on réfléchit sur la vie d'Adanson et sur le caractère de son génie essentiellement indépendant , et n'usant d'une érudition immense que pour s'affermir dans ses propres conceptions par le sentiment des imperfections et des contradictions qu'il trouvait dans celles de tous les autres naturalistes. Il n'avait que vingt et un ans (en 1747) quand il partit pour le Sénégal , où il demeura plusieurs années , absorbé dans l'élude de la nature tropicale nouvelle pour lui, et si propre à développer, dans un esprit de cette trempe , des idées originales , hors du cercle où l'étude se renfermait en Europe sous l'œil et l'influence des maîtres. Il écrivait, en 1750, à Bernard de Jussieu, après quelques détails sur ses travaux :
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« Suivant les observations que j'ai déjà fai- » tes, et qui ne sont pas en petit nombre , » j'ai couché un prospectus d'histoire nalu- » relie, ou, pour mieux dire, je me suis » dressé, sur la division naturelle des classes » et des familles de chacun des trois royau- » mes naturels, un plan que je compte, par )' un travail de toute ma vie, perfectionner » et conduire avec succès à sa fin. Je crois 1) avoir trouvé cette division naturelle , ou
» du moins bien approchante Si je fuis
» quelques progrès dans notre science , je » ne le dois qu'aux bons principe» que vous » avez bien voulu me donner, et dont vous » m'avez développé les secrets d'une nia- » nière plus particulière qu'à tout autre. » Il avait donc pu recevoir de Bernard une première impulsion qui influa sur la direction généralede ses travaux ; mais il revint après cinq ans en Europe avec ses idées propres ei invariablement arrêtées. Ce sont celles que, dix ans plus tard, il exposa dans la préface qui remplit un volume, c'est-à-dire la moitié de son ouvrage. 11 reconnut que pour grouper les plantes en familles, on doit avoir égard à l'ensemble de leurs caractères et non à un seul ; qu'une telle opération doit , par conséquent , être précédée d'un travail où tous les organes des végétaux qu'il s'agit de coordonner soient examinés sans en négliger aucun, toutes leurs modifications constatées dans tous les genres et toutes les espèces; que cet examen fera connaître en combien de points ils se ressetnblent , en combien ils différent, et permettra de calculer les intervalles qui les séparent; que par ce calcul on rapprochera les plantes dans un ordre continu qu'elles semblent garder d'une espèce à Vautre , séparées par de petits intervalles; qu'entre ceux-ci on en remarquera , de dislance en distance , quelques uns plus grands qui indiquent la séparation des genres, et, de loin en loin, d'autres beaucoup plus rares et beaucoup plus grands encore, des sortes de sauts, qui marquent la limite d'une famille à une autre famille ; que même, si les espèces, genres et familles ne sont que des conceptions de notre esprit et n'existent pas dans la nature, ce procédé donnerait un ordre indépendant de cette existence, puisqu'il constate les degrés divers de rapprochement et d'éloignement des êtres ; que même il assigne d'a<
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vance la place d'êtres inconnus à découvrir, en montrant certains intervalles ou sauts beaucoup plus considérables que d'autres entre les espèces , les genres , les familles , de véritables lacunes que doivent remplir ces inconnus.
Il entreprit ce vaste travail ; il examina et compara, suivant le plan qu'il s'était tracé, tous les végétaux qu'il rencontrait, d'abord au Sénégal , plus tard au jardin de Paris , et, d'après les livres, ceux qu'il ne pouvait étudier par lui-même. Il s'aida d'un artifice singulier, de l'application de 65 systèmes différents (1) à ses plantes, systèmes qu'il construisit lui-même, et dans lesquels il épuisa toutes les considérations d'après lesquelles il croyait pouvoir les étudier et les classer : les unes générales, comme la figure, la grandeur, la grosseur, la durée, le climat, etc. ; les autres tirées d'organes généraux , comme la racine , les branches , les feuilles, les fleurs, etc., ou partiels, comme le calice , la corolle , les étamines , le fruit, etc.; ou des parties composantes de ceux-ci, comme les anthères, le pollen, les graines, etc.; ainsi que des modifications que ces parties peuvent offrir par leur nombre, leur situation , etc. En appliquant au calcul indiqué plus haut ces 65 combinaisons, il devait voir les plantes se rapprocher ou s'éloigner entre elles, suivant qu'un plus grand nombre de ses systèmes les lui montrait rapprochées ou éloignées ; il avait un instrument pour mesurer ces intervalles ou sauts inégaux qui lui marquaient les unités de divers degrés, objets de sa recherche. Il obtint de cette manière 58 classes ou familles quelquefois divisées en plusieurs sections , et contenant chacune un certain nombre de genres. Ce sont là ses seules divisions. Il ne veut pas de groupes supérieurs, desquels résulterait un certain système général, mais seulement de la première famille à la dernière une progression continue qu'il présente comme l'ordre naturel.
En supposant ses principes vrais, étaientils applicables? Son procédé n'était autre chose qu'un calcul arithmétique où toute erreur de chiffre frappait de nullité le résultat, toute faute dans un des systèmes ou
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les employai que pour la recherche de la méà laquelle leur ensemble m'aida beaucoup. .
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aans les observations qu'ils servaient à résumer, se retrouvait multipliée dans le système général . Les progrès delà botanique, en décuplant le nombre des plantes connues, ont changé les chiffres , et, en perfectionnant les connaissances organographiques, montré l'insuffisance de tous ces systèmes. Pour le temps même , ils s'appuyaient sur bien peu d'observations, ne portant que sur un nombre fort limité des plantes alors connues , quand ils auraient dû en comprendre la totalité, et sur des notions erronées telles que celle qui confond les périanthcs colorés des monocotylédonées avec les véritables corolles, les spores avec le pollen, etc. Adanson nous apprend qu'il avait fait quelques uns de ces systèmes dès l'âge de quatorze ans, ce qui doit inspirer beaucoup d'admiration pour son esprit précoce , mais assez peu de confiance pour leur exactitude.
Au reste , dans les tableaux qu'il en a présentés , il n'a donné qu'une sorte de résumé où il indique seulement les familles rapportées aux classes ; on n'y voit donc que les éléments du calcul pour leur coordination générale, et non pour celle des genres en familles. Il serait intéressant, pour l'intelligence parfaite du mécanisme de la formation de celles-ci, d'extraire ces tableaux complets de ses manuscrits, qu'une publication récente a entrepris d'exhumer en partie.
Ses principes, d'une autre part, en les supposant applicables et bien appliqués, étaient-ils vrais? Attribuer une importance à peu près égale à tous les organes et aux caractères qu'on en tire pour en faire autant d'unités du même ordre qui entreront dans le calcul des rapports des plantes, c'est donner la même valeur à des pièces de monnaie de métal différent, c'est en faire autant de jetons , et l'on obtiendra ainsi des valeurs fictives au lieu de réelles. Or, quoiqu'on l'ait nié, c'est bien là la pensée d'Adanson, celle qui ressort de la longue exposition de principes et de procédés qui précède ses familles, et, enfin, ce que met hors de doute son rapport à l'Académie des sciences (1773) sur le premier mémoire de A.-L. de Jussieu qui établissait les principes contraires, il croit (( qu'une méthode, pour être naturelle, » doit fonder ses divisions sur l'examen da
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w toutes les parties prises ensemble, sans » donner à aucune une préférence exclusive » sur les autres. •>
Tout en admirant le travail gigantesque fct la variété de connaissances d'Adanson , on devait donc s'attendre qu'il ne le conduirait pas au but annoncé : c'est ce qui est arrivé. Si l'on examine la coordination de ses familles , il suffit de nommer les quatre dernières (Renoncules, Arums, Pins, Mousses) pour constater qu'il a méconnu tous les principes aujourd'hui admis sans contestation, d'après cette confusion des dicotylédonées, monocotylédonées et acotylédonées ; confusion qu'on ne retrouve pas, il est vrai , dans le reste de sa série, où l'on rencontre même quelques rapprochements heureux, par exemple celui des familles à périsperme farineux et central embrassé par l'embryon. Si l'on passe à la composition de ces familles, à l'exception d'une douzaine qui n'offrent pas le mélange de genresétrangers et qui étaient précisément ces groupes 6i naturels que beaucoup de classifications avaient déjà reconnus, on voit toutes les autres gâtées par ce mélange, souvent même par celui de monocotylédonées et de dicotylédonées; celle des Cistes, par exemple, contenant plus de vingt groupes ou genres qui appartiennent à des familles différentes. Elles sontbeaucoupmoins naturelles, somme toute, que celles de Bernard de Jussieu et même de Linné, Adanson a sur eux un avantage, celui d'avoir exposé les caractères de ses familles; son ouvrage est le premier qui ait ce mérite. Mais c'est ce qu'on nomme aujourd'hui le caractère naturel, c'est-àdire une description complète d'après toutes les plantes rapportées à la famille, tellement développée qu'il est difficile d'y discerner les traits vraiment caractéristiques, ce qui fait l'essence de la famille, quoique le premier paragraphe, destiné à comparer chacune d'elles aux groupes voisins et à mettre en saillie leurs différences, offre parfois quelques linéaments de ce caractère essentiel. Dans la pratique, leur usage serait fort difficile et n'aurait guère permis l'intercalation des genres si nombreux découverts postérieurement. Aussi ne voyons-nous pas que sa méthode ait été suivie dans d'autres ouvrages, et que les botanistes mêmes qui l'ont préconisée comme la plus naturelle, I
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aient essayé de l'appliquer à l'état actuel de la science.
Peu d'années après l'apparition des familles d'Adanson , Antoine-Laurent de Jussieu commençait à s'initier à la science de» plantes auprès de son oncle Bernard , et il n'est pas à douter que le jeune homme ait puisé dans le commerce intime du vieillard et dans ses leçons, le germe qu'il sut si bien féconder et développer. Dès l'année 1773, il exposait à l'Académie des sciences les principes d'une classification naturelle, dans un mémoire sur les Renoncules, qui détermina cette savante société à l'admettre dans son sein. Il compléta cette exposition l'annéesuivante(1774)dans un second mémoire, non plus borné à l'examen d'une unique famille, mais s'étendant à leur ensemble. Il s'agissait, en effet, de replanter l'école botanique du Jardin du Roi, s'accroissant dans toutes ses parties sous la puissante influence de Buffon. La méthode de Tournefort, jusqu'alors appliquée à cette école, ne répondait plus aux progrès et aux besoins de la science. Quoique le système de Linné prévalût dans presque tout le reste de l'Europe, il ne pouvait en être question au Jardin de Paris , administré par Buffon et dirigé par Bernard de Jussieu. Celui-ci, vieux et presque aveugle, abandonna à son jeune successeur le soin de créer l'ordre nouveau qui devait présider à la plantation : il paraît donc que «-elui de Trianon ne le satisfaisait pas pleinement, puisqu'il ne l'imposa pas. Plusieurs botanistes de cette époque ont fait connaître avec plus ou moins de détails la série et la composition des familles adoptées dans ce premier essai d'A.-L. de Jussieu (1) qui, chaque année, les démontrait et commentait aux élèves du Jardin du Roi : c'est ce qu'on peut voir dans un ouvrage de Buisson {Classes et noms des Plantes, 1779), dans les Notions élémentaires de botanique, par Durande (1781); ce dernier raconte que le professeur appelait lui-même l'attention de ses auditeurs sur les exceptions qu'il cherchait sans cesse à ramener à des lois plus générales, sur les difficultés qu'il travaillait à aplanir, sur les défauts qu'il ne cessait de corriger. Ce ne fut qu'après seize
(i) Nou» en avons donné le catalogue authentique, d'apiej les manuscrits de l'auteur, dan» les annales dis scienctt n^
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ans de ces travaux préparatoires, qne sa nouvelle méthode, mûrie par des méditations et des observation continuelles, reçut sa forme et son expression définitives en s'étendant à tous les végétaux alors connus, dans un ouvrage fondamental, le Gênera planlarum (1789). Les principes qui l'ont dirigé sont exposés dans une introduction aussi remarquable par la logique que par l'élégante clarté, puis discutés dans le cours du livre toutes les fois qu'ils ont été appliqués, c'est-à-dire à la suite des articles qui définissent les classes et les familles. On a donc toute la pensée de l'auteur et le secret de ses procédés.
Comme Adanson, il admet que Texamen de toutes les parties d'upe plante est nécessaire pour la classer; mais, tout en poursuivant cet examen complet il ne cherche pas à en déduire immédiatement la coordination des genres, et, pour les grouper en familles, il suit la marche que ses prédécesseurs avaient suivie pour la formation des genres eux-mêmes. Frappés par la resstmblance complète et constante de certains individus, ils les avaient réunis en espèce; puis, d'après une ressemblance également constante, mais beaucoup moins complète, ils avaient réuni les espèces en genres. Beaucoup de genres très naturels leur avaient fourni au tant de modèles, d'après lesquels ils avaient appris à apprécier les caractères génériques, et à constituer d'autres genres moins nettement dessinés par la nature. Or elle offre aussi des collections de genres évidemment plus semblables entre eux qu'ils ne le sont à ceux de tout autre groupe ou, en d'autres termes, des familles incontestablement naturelles, tellement qu'elles avaient été reconnues et signalées par la presque universalité des botanistes, et reproduites soit entières, soit par grands lambeaux, dans la plupart des systèmes. Jussieu pensa que la clef de la méthode naturelle était là , puisqu'en comparant les caractères d'une de ces familles à ceux des genres qui les composent , il obtiendrait la relation des uns aux autres , et discernerait les caractères communs à tous ou ordinaux de ceux qui sont seulement génériques; qu'ensuite en comparant plusieurs de ces familles entre elles, il distinguerait parmi ces caractères ordinaux ceux qui varient de l'une à l'autre;
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qu'il arriverait ainsi à l'appréciation delà valeur de chaque caractère, et que celte valeur, une fois ainsi déterminée au moyen de ces groupes si clairement dessinés par la nature, pourrait être à son tour appliquée à la détermination de ceux auxquels elle n'a pas aussi nettement imprimé ce cachet de famille et qui étaient les inconnues de ce grand problème.
Il choisit donc sept familles universellement admises . celles qu'on connaît sous les noms de Graminées, Liliacées , Labiées, Composées , Ombellifères , Crucifères et Légumineuses II reconnut que la structure de l'embryon est identique dans toutes les plantes d'une de ces familles; qu'il est monocotylédoné dans les deux premières, dicotylédoné dans les cinq autres; que les élamines qui peuvent varier par leur nombre dans une d'elles, les Graminées par exemple, ne varient pas en général par leur mode d'insertion sur le torus dans les Graminées et les Crucifères, sur le calice dans les Légumineuses et les Liliacées, sur la corolle dans les Labiées et les Composées, sur un disque épigy nique dans les Ombellifères; que d'autres caractères, comme l'absence du périsperme et sa présence ainsi que sa nature, la situation relative du calice et du pistil , etc., etc., quoique présentant assez généralement de l'uniformité dans une même famille, y sont néanmoins sujets à plus d'exceptions ; qu'enfin il existe un troisième ordre de caractères tirés soit de ces mêmes organes essentiels, soit d'autres et qui, uniformes dans telle famille, se montrent variables dans telle autre où ils ne sont plus bons qu'à définir les genres. Cette appréciation de leurs valeurs inégales, résultat pratique de l'étude de ces familles indiquées par la nature même, pouvait d'ailleurs être présentée directement par la théorie. Le premier rang doit appartenir à l'embryon, dernier but de la végétation et destiné à conserver la vie dé l'espèce; le second aux organes qui concourent à sa formation, aux étamines et pistils, mais considérés au point de vue qui intéresse ce concours, c'est-àdire dans leur mutuel rapport. Puis viennent les organes qui protègent, sans le déterminer, cet acte et son produit, les autres parties tant de la fleur que du fruit et de la graine et les modifications secondaires dei
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organes essentiels eux-mêmes considérées isolément. Les organes dits de la végétation f ne concourant qu'à la vie individuelle doivent être relégués au dernier rang. En appliquant ces premières règles on obtenait un certain nombre de familles, dont l'examen comparatif aidait à reconnaître d'autres règles encore, et, par leur application, d'autres familles. Nous ne pourrions ici suivre A.-L. de Jussieu dans les détails de ce long travail, duquel résulta l'établissement de cent familles comprenant tous les végétaux alors connus.
On voit dans tout ce qui précède l'emploi d'un principe qui avait échappé à Adanson, celui de la subordination des carnclères qui, dans la méthode de Jussieu , sont , suivant sa propre expression, pesés et non comptés. Ils sont considérés comme ayant des valeurs tout à fait inégales; de telle sorte qu'un caractère du premier ordre équivautà plusieurs du second, un de ceux-ci à plusieurs du troisième, et ainsi de suite. Cette valeur est déterminée par l'observation et l'expérience; et, à mesure qu'elle s'abaisse, elle est de moins en moins fixe. Pour me servir d'une comparaison familière employée plus haut, celle des monnaies de métaux différents avec les divers caractères qui doivent, par leur réunion, composer une certaine somme de rapports entre les plantes d'une même famille, les pièces d'or auraient un taux invariable, plus que celles d'argent; et celles de cuivre seraient en quelque sorte destinées à fournir l'appoint de celte somme oîi la monnaie d'un métal plus précieux forme le principal et est seule rigoureusement contrôlée.
L'importance de ce principe résulte surtout d'une considération que nous n'avons pas fait valoir encore, mais qui ressort nécessairement de cette combinaison de plusieurs caractères dans chaque famille. C'est qu'un caractère d'un ordre supérieur en entraîne à sa suite un ce;:tain nombre d'un ordre iJiflérent, et en exclut, au contraire, un certain nombre d'autres; de sorte que renonciation pure et simple du premier suffit puur faire préjuger la coexistence- ou l'absence de ces autres, et qu'une partie de l'organisation d'une plante est annoncée d'avance par un seul point qu'on a su constater, ce qui abrège et simplifie merveilleuiement les recherches et le langage. Ainsi,
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par exemple, la présence ou l'absence des cotylédons dans l'embryon , leur unité ou leur pluralité, se manifestent dans presque toutes les parties de la plante qui présentenf des différences profondes et frappantes, sui* vant que son premier germe s'est montrrf différemment constitué sous ce rapport.
Lorsque nous disons qu'une plante est mo« nocotylédonée ou dicoty lédonée, ce n'est done pas ce simple fait que nous énonçons, mais un ensemble de faits; nous avons une idé« de l'agencement général des organes élémentaires dans ses tissus, de la manière dont elle germe et se raniiGe, de la structure et la nervation de ses feuilles, de la symétrie de ses fleurs, etc., etc. De tel caractère secondaire, nous pouvons de même en déduire plusieurs autres d'un ordre supérieur, égal ou inférieur: dire que la corolle est monopétale, c'est dire que la plante qui en est pourvue est dicotylédonée, que très probablement les étamines sont insérées sur la corolle en nombre défini, égal ou inférieur à celui de ses divisions. La connaissance de tous ces rapports constants entre les différentes parties, qui permet de conclure de la partie au tout comme du tout à la partie, est la base de la méthode naturelle ; et les auteurs qui, avec Adanson jugeant le premier essai d'A.-L. de Jussieu, ont blâmé la préférence exclusive donnée à une partie sur les autres, n'ont pas compris que cet emploi habile d'un caractère convenablement choisi avait un résultat précisément contraire à celui qu'ils craignaient, puisque, loin d'exclure ces autres parties, il les comprenait, entraînant à sa suite d'autres caractères combinés en nombre plus ou moins considérable.
Les familles une fois constituées, il s'agissait de les coordonner entre elles de manière à rapprocher à leur tour celles qui se ressemblent le plus, et éloigner celles qui se ressemblent le moins. Pour cet arrangement, la subordination des caractères établie indiquait dans quel ordre ils devaient être employés. Celui de l'embryon marchait évidemment en avant de tous les autres et partageait le règne végétal en trois grands embranchements : les acotyledonées, monocotylédonées et dicoty lédonées. Après ce caractère fondamental et au-dessous de lui , A-I . '■<"■ Jussieu plaça l'insertion des étamues hypo-
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gynes, périgynes et épigynes. Mais, dans les (licoiylédonées, ces étamines se soudent par leurs filets avec la corolle, lorsqu'elle est monopétale; de manière que, dans ce cas, leur insertion, au lieu de se montrer immédiatement sur le lorus, sur le calice ou sur le pistil, ne s'y fait que par l'intermédiaire de la corolle naissant à l'un de ces trois points. Le caractère de la corolle, ainsi lié à celui de l'insertion, marche de pair avec lui. L'insertion n'est que l'expression de la situation relative des deux ordres d'organes de la fleur, des étamines et du pistil, dans j
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une même enveloppe. Mais, s'ils sont séparés sur des fleurs différentes, cette relation n'a pas lieu, et c'est le fait même de leur séparation qu'il faut exprimer. Telles sont les principales considérations d'après lesquelles les familles furent distribuées en quinze classes que voici résumées par un tableau qui les fera plus facilement comprendre. Les termes qui servent à désigner chacune de ces classes ont été proposés à une époque plus récente par l'auteur, qui a sagement pensé qu'un nom valait mieux qu'un numéro pour cette désignation.