‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 3)Chapitre 162 sur 173 · SO,M · texte numérisé non relu

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des animaux placés par leur organisation à côlé des animaux hibernants ne tombent pas d.iiis le sommeil léthargique. Ainsi , le Campagnol des Neiges, celui de tous les Mammifères qui habite le plus haut dans les Alpes, conserve son acUvité dans le voisinage des neiges éternelles , tandis que des Rongeurs appartenant à des genres voisins 6'endorinent en hiver. Pour ;iltribuer quelque influence au l'roid , il faudrait donc admettre que cette influence ne se fait sentir que sur les animaux qui ont une prédisposition à la subir, et encore devrait-on faire ahstraclion du sommeil d'été auquel certains animaux sont soumis.

C'est à cette prédisposition individuelle à céder à l'action du froid que M. W. Edwards, dans son bel ouvrage sur les Agents physiques, attribue l'hibernation. Cet habile physiologiste ayant constaté que les Chauves-Souris produisenthabituellcment moins de chaleur que les animaux à sang chaud, attribue cette manière d'être aux autres Mammifères hibernants , et explique l'hibernation par l'impossibilité où sont ces animaux de se soutenir à une température élevée, lorsque l'air est à un degré voisin de zéro : comme les Reptiles, ils perdent leur activité en perdant leur chaleur. Cet état permanent des animaux hibernants adultes est comparé, par M. W. Edwards, à l'état passager des jeunes animaux à sang chaud qui naissent avant terme, ou de certaines espèces qui naissent les yeux fermés. Ces inductions de M. W. Edwards perdent de leur valeur en présence de ce fait, que la faculté de produire de la chaleur est la même pour les animaux hibernants et pour les autres animaux à sang chaud , en dehors de la périoded'hibernation ; elles ne sauraient en outre expliquer le sommeil d'été des Tenrecs et autres animaux. Le refroidissement ne serait donc pas la cause, mais la conséquence de l'état léthargique.

Faire dépendre la propriété d'hiberner de l'absence de la carotide interne, d'où résulterait, cotnme le veut Mangili, une moindre activité de l'encéphale, et une plus grande aptitude à l'engourdissement, c'est fonder une théorie vague sur des faits hypothétiques. A. G. Otto a prouvé, en effet, que la carotide interne ne manque pas; qu'elle suitson trajet ordinaire dans l'Ours et

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leBlaireau; qu'elle est petite, il est vrai, dans l'Écureuil et autres Ronfleurs; qu'elle traverse roreillemoyenne.souventcachée dans un canal osseux qui parfois enfile l'étrier, comme cela se voit d'ailleurs chez la Taupe et divers Rongeurs non hibernants. Mais Oto tombeàson tourdans l'erreur, quand il place la cause déterminante de l'hibernation dans ce parcours singulier de la carotide interne, auquel il attribue une certaine modification de la sensibilité. C'est encore s'appuyer sur des observations imparfaites que d'expliquer par un excès d'embonpoint, et un développement considérable du thymus, la gène de la respiration constituant la faiblesse des animaux hibernants à lutter contre le froid ; ou bien, comme le fait Saissy, de voir la cause de l'hibernation dans la petitesse des poumons , l'ampleur du cœur et des gros vaisseaux, le faible calibre des vaisseaux externes, la grosseur des nerfs distribués à la peau , le peu de coagulabilité du sang par défaut de fibrine, la résistance qu'une graisse onctueuse oppose à la concrétion, la nature albumineuse de la bile, etc.

Les physiologistes qui, à l'exemple de J. Hunier, ont regardé l'hibernation comme la conséquence de la privation temporaire d'une nourriture appropriée à la vie des animaux sujets à cet assoupissement, n'ont point vu qu'ils ne faisaient que reculer la difficulté, et qu'ils confondaient l'effet avec la cause. On sait d'ailleurs que les animaux hibernants s'endorment à côté des aliments qu'ils préfèrent, et nous avons déjà dit que plusieurs d'entre eux se réveillent pour prendre de la nourriture, et se laissent aller immédiatement après à l'assoupissement hibernal.

Ceux qui ont considéré l'état d'immobilité de l'animal, sa retraite volontaire loin du bruit, de la lumière, de toute impression extérieure, à l'abri même de toute agitation de l'air, comme produisant l'hibernation , ont pris les circonstances diverses qui accompagnent, favorisent ou entretiennent le repo» de l'hiver, pour les causes qui déterminent ce repos. Même en associant cette absence de tout stimulant à l'influence du froid, comme l'a fait Cuvier, on n'arrive pas encore à déterminer la nature du phénomène en lui-même.

On ne lève pas davantage les difficultés

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du problème, en liant rbibernation à l'action mystérieuse des causes finales; en supposant qu'elle est nécessitée par la stériliié d'une saison dans laquelle l'Insectivore ne trouve plus d'insectes, le Frugivore plus de fruits pour soutenir sa vie aux conditions que lui a imposées la nature. Comment , en effet, expliquer le Sommeil d'élé? Pourquoi tous les Insectivores et les Frugivores n'hibernent- ils pas, n'émigrent-ils pas comme l'Hirondelle, ou n'ont-iis pas reçu un instinct pareil à celui qui pousse le Campagnol des neiges sur les sommets des Alpes pour y trouver l'herbe verte sous la neige amoncelée? C'est ignorer la marche ordinaire de la nature, que de supposer qu'elle suspend une fonction, une loi générale de l'économie, celle de la nutrition, aGn d'éluder l'obligation de lui satisfaire, et qu'elle se tired'embarrasparun expédient. D'ailleurs, même à ce point de vue , la question de la prédisposition organique à l'assoupissement hibernal reste tout entière.

Nous croyons que l'hibernation n'est que le résultat d'une grande loi de la nature, en vertu de laquelle toute action occasionne un épuisement , demande une rémission , exige une réparation ; qu'elle n'est autre chose qu'une longue période de repos succédante une longue période d'énergie vitale ; qu'en un mot, elle n'est, comme le Sommeil quotidien , qu'un Sommeil annuel périodique , plus profond et plus prolongé, mais reconnaissant les mêmes causes , se manifestant aux mêmes conditions , produisant les mêmes effets généraux , et différant seulement d'intensité; que c'est un phénomène conservateur et réparateur, non un état de torpeur et d'engourdissement. Sans doute ce phénomène extraordinaire suppose, chez les animanx qui le présentent, une cause organique déterminée, une nécessité intérieure particulière; mais il le suppose au même titre que tous les traits (listinctifs d'un animal supposent une force spéciale, individuelle, qui déterrainel'espèce, la forme de son organisation : il en est ainsi du rut, de la mue.

Suivant la remarque ancienne d'Aristote, tous les animaux cèdent périodiquement au Sommeil; seulement les phases de cette périodicité varient. En général, le Sommeil quotidien coïncide avec la Quit, la veille avec

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le jour, bien que l'on puisse modifier cette alternance, en faisant du jour la nuit par habitude, et que, chez les animaux nocturnes, c'est précisément cette habitude qui est la règle. Pour un grand nombre d'animaux hibernants, l'hiver est l'cpoque du grand Sommeil ; pour d'autres, c'est pendant l'été qu'a lieu ce long repos. C'est ainsi que le rut se manifeste au printemps, chez la Jument, chez la Vache, chez un grand nombre d'animaux; tandis qu'il se montre en hiver chez la Loutre, cliez le Renard.

Le Sommeil quotidien n'est que le premier degré du Sommeil annuel , que nous trouvons à son maximum d'intensité chez les (Chauves-Souris, et à des états divers d'énergie chez lOurs, le Blaireau, le Porc- Épiic, le Castor, l'Écureuil, le Lièvre, le Hérisson, la Marmotte; tout comme nous voyons l'aptitude à se livrer aux actes de la reproduction varier d'étendue, pour la Brebis et la Chèvre qui peuvent concevoir en tout temps, pour les Singes dont le rut est mensuel , pour la Chatte et la Chienne qui peuvent avoir deux ruts, pour la Jument qui n'en a qu'un.

Toutes les circonstances qui influent sur le Sommeil pour l'appeler, l'entretenir, le modifier, le rompre, ont une action identique sur l'hibernation: dans l'un et l'autre cas, tous les phénomènes qui caractérisent la vie animale, intelligence et mouvements, sont suspendus; tous ceux qui constituent la vie organique persévèrent, affaiblis à des points divers, mais dans le même sens.

L'hibernation une fois rattachée ainsi à la loi générale, dont elle n'est qu'une manifestation particulière, il devient facile de comprendre comment les différentes théories sont arrivées à l'erreur, en s'allachant à un détail vrai du phénomène , mais en lui attribuant une valeur trop absolue.

Ainsi, l'influence du froid tempéré comme incitant au sommeil, se fait sentir sur les animaux doués d'une caloricité très grande, et delà plus grande force de résistance au froid, sur l'homme, par exemple; un froid violent amène l'engourdissement , la torpeur, menace la vie, comme l'ont éprouvé Banks et Solander au détroit de Magellan , ou môme devient fatal, comme l'ont prouvé les désastres de l'armée française dans la malheureuse campagne de 1812. Or, l'hibernation

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est précisément favorisée par un froid modéré; elle est troublée ou détruite par un froid rigoureux, comme l'ont démontré Hunier et Saissy. Sous l'impression d'une température trop basse, l'animal hibernant est tiré momentanément de son sommeil, et ce réveil forcé est ordinairement suivi de la mort. Il faut ici bien prendre garde de ne pas confondre les effets d'un froid extrême amenant la rigidité des muscles, détruisant la sensibilité et se terminant par l'asphyxie, avec les phénomènes de l'bibernation qui ne produisent rien de semblable; ce sont là deux ordres de faits distincts qu'il importerait à la science de mieux connaître dans leurs caractères spéciaux, et dont les limites n'ont point été flxées. En considérant cette action spéciale du froid sur le sommeil, on comprend que les animaux bibernants aient reçu de la nature la faculté particulière d'en être impressionnés , et l'observation de M. W. Edwavds trouve ainsi son application.

Dans l'état de Sommeil complet, les mouvements volontaires cessent chez l'homme; les mouvements organiques continuent, mais affaiblis; les battements du cœur et les mouvements respiratoires sont plus rares ; enfin , tous les phénomènes que nous avons retracés comme caractérisant l'état d'hibernation se produisent avec une moindre énergie. On sait aussi que l'homme qui dort a besoin d'une plus grande quantité de chaleur extérieure que celui qui veille, et souvent il arrive qu'en se réveillant, on est plus sensible au froid. L'animal hibernant montre la même sensibilité, et c'est en raison des mêmes causes qu'il cherche un abri.

Le repos quotidien, succédante l'activité de la vie, est favorisé par le calme , par le silence, par l'obscurité; toutes les précautions que nous prenons pour faire respecter notre sommeil, pour le défendre contre les bruits extérieurs , contre les mouvements brusques de l'air, contre l'action importune de la lumière, prouvent assez que nous avons compris le besoin de soustraire nos sens à tous les stimulants , à toutes les sollicitations extérieures. LeSomineil liibernal, amené par un défaut d'énergie vitale, exige les mêmes soins pour obtenir la même tranquillité; et c'est aussi pour éloigner toute

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distraction que les animaux hibernants s'enfoncent dans des cavernes, des terriers, des retraites obscures, dans lesquels, d'ailleurs, ils résistent mieux aux intempéries et ans attaques du dehors.

Lescircoiistances heureuses danslesquelles l'Homme se trouve, le repos facile que lui promet une couche toute préparée dans un milieu paisible, l'engagent à céder au plaisir ou au besoin du sommeil. Il en est de même des animaux hibernants. Le Hérisson auquel on fournit du foin , le Loir auquel on fournit du coton ou de la laine, font leur lit d'hiver et s'endorment , tandis que les animaux qui sont privés de ces matériaux continuent leur vie active.

Pour le sommeil , comme pour beaucoup d'autres phénomènes, la chaleur exerce sur l'économie une influence dont les effets sont identiques à ceux que produit le froid; la cause en est toujours la fatigue, déterminée, dans le premier cas , par une excitation qui épuise , et , dans le second , par un défaut d'excitation qui laisse sans énergie. Le sommeil d'été de certains animaux est, de cette façon, facile à comprendre. Toutefois, pour beaucoup d'animaux, pour les Reptiles , les Batraciens, certains Mollusques et Insectes, la question pourrait bien se compliquer de l'influence de la privation d'eau : ce phénomène ne serait plus, dès lors, un phénomène d'hibernation : il se rattacherait à une autre loi générale de l'organisation. C'est à dégager l'hibernation de toutes les circonstances accidentelles ou étrangères, qui la masquent ou la compliquent , que les physiologistes doivent apporter tous leurs soins.

Il est inutile de pousser plus loin le rapprochement entre le sommeil quotidien et le sommeil annuel , hibernal ou estival : ce que nous avons dit suffit pour faire connaître la nature et les caractères identiques de l'un et de l'autre, pour les rattacher tous deux à une même loi de la nature.

Du reste, le parallèle se continuerait pom le réveil comme pour l'assoupissement. C'est quand le repos a mis les organes en état de reprendre leur jeu, quand l'harmonie s'établit entre le retour des forces de l'animal eî le moment propice où il pourra exercer ulilement son activité, que le réveil a lieu, sans doute stimulé par la voix impérieuse de la faim. {E. Baudement.)

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SOMMEIL DES PLAMTES. phys. vé- GÉT. — Si l'on examine coniparalivement un certain nombre de plantes le jour et la nuit, on sera frappé de la différence d'aspect qu'elles présentent, et l'on ne lardera pas à reconnaître que cette différence d'aspect lient à ce que certaines de leurs parties ont pris, en l'absence de la lumière, une position entièrement différente de celle sous laquelle «Jles se montrent à nous au grand jour. C'est ce changement de position dans les organes des plantes, amené par l'arrivée de la nuit, que Linné a nommé leur sommeil. Les feuilles sont le siège principal de ce curieux phénomène ; mais les fleurs ellesmêmes y sont assez souvent soumises; et dès lors c'est dans l'une et l'autre de ces parties du végétal qu'on doit successivement l'étudier.

L Sommeil des plantes considéré dans les

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