‹ Dictionnaire universel d'histoire naturelle (volume 3)Chapitre 43 sur 173 · NÉCESSITÉ DELA SUBORDINATION DES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DELA SUBORDINATION DES CARACTÈRES

Encore, on pourrait admettre ce changement de point de vue, d'ailleurs absolument nécessaire, s'il était soumis au principe de la subordination des caractères; si, en d'autres termes, les divisions de même \ aleur étaient toujours fondées sur la même considération.

Pour continuer l'examen du système de M. Coquand, sur lequel nous reviendrons l'iicorc, et que nous avons choisi à cause de la notoriété de son auteur et parce qu'il rst offert comme une sorte de révolution lithologique, nous admettrions parfaitement, j'( sii|)poser la chose débarrassée de ses incertitudes, qu'on nous dise que la division par famille sera fondée sur la considération d'origine. Mais alors il faudra que les groupes soient, eux aussi, fondés tous sur une même considération, et il n'eu est pas ainsi. L'auteur divise sa première famille en roches granitiques, porphyriques et roches volcaniques, sans qu'il soit bien facile de voir le systèmesuivi. La deuxième famille se trouve subdivisée, d'après l'origine, en roches d'origine chimique, roches d'origine méca-

ROC

nique, et roches d'origine végétale. Quanta la troisième, elle contient les schistes cristallises, (les roches d'origine chimique et des roches d'origine mécanique, (^omme on le voit, ceci e.-t fort peu satisfaisant sous le rapport de la méthode. Mais nous allons trouver mieux si nous cherchons quelle considération a guidé l'auteur pour diviser les espèces en variétés.

Pour instituer ses espèces M. Coquand s'est à peu près toujours maintenu dans la considération de la composition minéralogique, suivant en cela l'exemple si bien indiqué par Brongniart. Mais pour faire ses variétés, il fait intervenir des considérations de toutes sortes, relatives, tantôt à la structure, tantôt à l'existence des minéraui accidentels, tantôt à la couleur, tantôt au mode de formation, etc. Si encore, la considération changeant pour chaque espèce, elle restait une pour chacune d'elles, il y aurait certes un inconvénient réel, cependant il serait bien minime auprès de celui qui se présente. Mais que l'on voie comment M. Coquand divise une espèce quelconque, le granité par exemple, on trouvera les variétés suivantes: 1" Granité commun; 2° G. porphyroïde ; 3" G. amphibolifère. ... ; 9° G. grenu... H° G. quartzeux, etc. Les unes, comme on le voit, sont fondées sur la structure, les autres sur l'existence de minéraux accidentels. On pourrait croire que ces particularités s'excluent de façon que du granité porphyroïde serait nécessairement dépourvu d'amphibole, de quartz, etc.

Mais il n'en est rien, et le même échantillon peut appartenir à la fois à différentes variétés.

Que dirait-on d'un zoologiste qui diviserait lesanimaux en : 1° animaux vertébrés; 2" animaux vivant dans l'eau; 3» animaux ayant une taille de 20 à 25 centimètres, etc.? Et cependant ne reproduirait-il pas rigoureusement le système ci-dessns?.

Ce qui est extrêmement remarquable, c'est que la très grande majorité des lithologistes, parmi lesquels comptent des savants distingués et même illustres, ont aiimis des divisions identiques avec celles qui viennent d'être énumérées. Brongniart, Cordier, d'Omalius, etc., sont de ce nombre.

La raison de tout cela est, suivant nous, qu'on a voulu faire exprimer aux classiQca-

[lOG

lions beaucoup plus qu il n'est dit daus la nature. 11 existe des types de roches, voici qui est bien certain: en réunissant ensemble les types de mpnr>es compositions tninéralogiqups, on fait des groupes qui sont réels eux aussi. Mais voilà tout.

Parexornpie, le nom de famille des roches felihpaihiques adopté dans tant de classifications, ne sifjniGe rien. Si Ton y voulait mettre toutes les roches contenant du feldspath, on pourrait l'adopter, mais il serait impossib'e de comprendre ainsi celle famille. D'abord elle contiendrait les trois quarts des roches existantes, d'où il résulterait que son utilité comme division serait très faible, et en second lieu, on ne pourrait pas faire une seconde famille : les roches pyroxéniques, par exemple, seraient impossibles, puisque beaucoup de roches pyroxéniques, comme les dolérites, feraient déjà partie de la première famille en raison du feldspath qu'elles contiennent.

Ce sont des considérations de ce genre qui nous ont conduit, pour notre part, à renoncer à toute espèce de classification proprement dite, et à nous borner à disposer les roches d'après un arrangement auquel nous demandons simplement de faciliter nos études.

Page 1